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Publié par Patrick Granet

Au large du Yémen, des centaines de migrants jetés à la mer par des passeurs

À une journée d’intervalle, deux drames similaires se sont produits au large des côtes yéménites : des migrants éthiopiens et somaliens ont été forcés par des passeurs à se jeter à la mer. Des dizaines d’entre eux sont morts noyés.

 

Crédit photo : AFP

Deux drames successifs ont eu lieu dans la même zone maritime, au large du Yémen, ces derniers jours. Ce mercredi 9 août, un passeur a forcé la centaine de migrants qui se trouvait sur une embarcation ralliant le Yémen depuis la Somalie ou Djibouti à se jeter à la mer. 29 corps avaient été retrouvés par une patrouille de routine dans des tombes creusées hâtivement sur une plage yéménite. Le personnel médical avait déclaré que 27 survivants étaient restés sur la plage, auxquels des soins d’urgence ont été administrés, tandis que certains avaient déjà quitté les lieux et que 22 personnes sont portées disparues.

Le lendemain, jeudi 10 août, ce sont 180 passagers qui ont été jetés à la mer par un passeur. L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a déclaré avoir retrouvé 6 corps sur la plage suite à ce deuxième drame. « 13 personnes sont portées disparues. Quatre-vingt-quatre avaient déjà quitté les lieux avant l’arrivée de l’OIM, dont le personnel médical a pu fournir des soins d’urgence, ainsi que de l’eau et de la nourriture, à quelque 57 survivants qui étaient encore sur place. »

Au total, l’OIM fait état de plus de 50 morts et une trentaine de portés disparus. Et à chaque fois, ce sont les mêmes témoignages. Laurent de Boeck, chef de mission de l’organisation, relate :

Les survivants ont dit à nos collègues sur la plage que les passeurs leur avaient demandé de se jeter à la mer après avoir vu ce qui semblait être des représentants des autorités

Alors que les médias se focalisent généralement sur les routes migratoires menant vers l’Europe, ces évènements tragiques mettent en lumière le parcours terrible de celles et ceux qui fuient la guerre et la misère de la Corne d’Afrique (Éthiopie, Érythrée, Somalie et Djibouti) et tentent de rallier les pays du Golfe en passant par le Yémen.

Laurent de Boeck explique que les migrants qui empruntent cette route « ne sont même pas au courant que le Yémen est en proie à une guerre. Ils ne sont même pas prêts à nous croire quand on essaie de leur expliquer la situation ». Pourtant le pays est déchiré par un conflit entre rebelles houthis, chiites soutenus par l’Iran, et le gouvernement de Sanaa, porté par une coalition sunnite menée notamment par l’Arabie Saoudite. Ainsi, le Yémen est le théâtre d’une guerre par procuration que se mènent les puissances régionales, avec l’appui et le financement des puissances impérialistes. La France a notamment vendu des armes en masse à l’Arabie Saoudite dans le cadre de ce conflit.

Enfin, outre les 8400 morts et 48 000 blessés engendrés par la guerre, le pays est en proie à une épidémie de Choléra qui a déjà fait près de 2000 victimes. C’est dans ce contexte que des milliers de migrants originaires des pays de la Corne d’Afrique principalement sont parqués dans des camps yéménites pour une durée indéterminée, sans réussir à poursuivre leur route vers les pays du Golfe. Depuis le début de l’année, ils seraient déjà 55 000 dans cette situation. Et les passeurs, des deux côtés du golfe d’Aden, exploitent cette misère par le biais de trafic d’êtres humains, n’hésitant pas à violer et torturer les migrants pour être payés – ou encore à les jeter par-dessus bord au cours de la traversée…



 

MOTS-CLÉS

 Yémen   /    Réfugiés   /    Monde

 
 

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