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Publié par Patrick Granet

Le CLC inclut dans « la résistance » la section syrienne d’Al-Qaïda qui a récemment entrepris un ravalement de façade, cachant ses liens avec la maison mère, avec l’accord de celle-ci.

Ensuite, la résistance a été renforcée par des courants islamiques comme Al-Nosra (maintenant Jabhat Fatah Al-Cham), désignés par la Russie, les États-Unis comme « terroristes » parce qu’ils veulent un « État Islamique ». Cependant, c’est un État défini par Fatah Al-Cham comme une république islamique non-sectaire. C’est parce que la révolution est une révolution authentiquement syrienne, nationale et démocratique contre l’impérialisme qu’elle continue à gagner un soutien populaire et contrôler de larges portions du pays, refusant de signer un accord de cessez-le-feu qui permettrait à Assad de rester au pouvoir.

Les bons djihadistes « renforcent » la « résistance », ils font partie de la « révolution » du CLC !

Notons la confiance accordée à la « république islamique non-sectaire » que promettraient ces djihadistes. Cela vaut les promesses de « démocratie » de Khomeiny en 1978, auxquelles tous les opportunistes, en particulier le SWP américain, accordèrent crédit : ayant lancé le lumpen fanatisé contre les organisations révolutionnaires, les femmes, les Kurdes dès 1978, pris le pouvoir en 1979 avec la tolérance de l’impérialisme américain et le soutien de quasiment tout le mouvement ouvrier (Tudeh, Fedayin, HKE, etc.), il fit massacrer en 1988 par milliers les militants ouvriers et des minorités nationales, dont ceux qui avaient levé courageusement le drapeau du trotskysme (HKS).

Rappelons que le CLC parle de la branche syrienne d’Al-Qaïda. Al-Qaïda a été fondée par Ben Laden, un capitaliste d’Arabie saoudite, avec l’appui initial de l’impérialisme américain pour lutter contre l’URSS, en Afghanistan. Il s’est retourné contre son maître, mais ses principales victimes ne sont pas des ministres et des généraux américains. Les morénistes comme la LOI et sa FLTI-QI soutiennent Al-Qaïda comme anti-impérialiste, mais cette organisation accuse tous les Juifs du monde de la colonisation sioniste, elle rend responsable tous les habitants (y compris les travailleurs) des pays impérialistes des méfaits de leur bourgeoisie et elle menace même les musulmans chiites. Ainsi, Al-Qaida s’en est pris à des lieux de culte d’autres religions au Pakistan (2002, 2010), en Tunisie (2002), en Turquie (2003), en Irak (2003, 2005, 2006, 2007, 2012) ; à des minorités nationales non arabes en Irak (2004, 2009) ; à des touristes en Indonésie (2002, 2005), au Kenya (2002), en Égypte (2004, 2005), en Jordanie (2005), en Mauritanie (2007), au Yémen (2008), au Pakistan (2008) et au Maroc (2011) ; à un événement sportif au Pakistan (2010) ; à une chaîne de télévision en Irak (2010) ; à des enfants juifs en France (2012) ; à des artistes en France (2015) ; à des médecins au Yémen (2002) et à des humanitaires en Jordanie (2003) et au Niger (2010) ; à des immeubles où travaillaient des milliers de salariés aux États-Unis (1993, 2001), à des travailleurs du transport maritime (2002), à une banque où travaillaient plusieurs dizaines de salariés en Turquie (2003), à des trains de banlieue en Espagne (2004) et en Inde (2006), à un transbordeur aux Philippines (2004) et à des métros en Grande-Bretagne (2005)…

Le but de Fatah al-Cham (Al-Nosra) est, comme pour Daech, la charia et le califat.

Les différences entre l’EI et Al-Qaïda, du moins au niveau de la direction, tendent à tourner plutôt autour de la tactique et la stratégie que des buts … Pour les deux, les aspirations restent un califat… Théologiquement, la pierre angulaire des campagnes armées des deux groupes est la doctrine du « tafkir » — jugeant les personnes ou les groupes semblant musulmans comme en fait non musulmans, permettant par là qu’ils soient impunément tués. (International Crisis Group, Exploiting Disorder: al-Qaeda and the Islamic State, 14 mars 2016, p. 26)

Contre l’impérialisme russe… mais pas contre l’américain ?

Le CLC met en avant un programme en quatre points.

Cela force tous ceux qui professent être des révolutionnaires à se manifester en défense de la révolution syrienne et à fournir une aide matérielle sur quatre fronts majeurs : (1) reconnaître que le régime est fasciste et doit être renversé et non apaisé par de faux accords impérialistes incluant des cessez-le-feu et/ou la partition de la Syrie ; (2) s’opposer aux factions bourgeoises se faisant passer pour la direction de l’ASL contre la révolution et remplacer cette direction par les combattants engagés à vaincre Assad et toutes les interventions impérialistes en Syrie ; (3) combattre les djihadistes qui veulent usurper les droits nationaux des Syriens, Irakiens et Kurdes pour former un État islamique bourgeois réactionnaire ; (4) démasquer et vaincre la fausse gauche qui se place directement ou indirectement du côté du régime d’Assad et/ou de l’impérialisme russe comme défendant la « démocratie » contre le « terrorisme ».

Le point 1 déclare que seul le régime Assad serait fasciste. Le CLC ne tire aucune leçon de la révolution et de la contre-révolution islamiste en Iran en 1978-1979. Il ferme les yeux sur les djihadistes, ces aventuriers qui fanatisent le lumpen contre le communisme, la démocratie et les minorités nationales, religieuses et sexuelles. Le but de ces derniers n’est pas un simple « État bourgeois » (point 3), mais un véritable totalitarisme qui écrase le mouvement ouvrier, tout autant que le régime d’Assad.

Notons au point 2 comment la combativité militaire remplace l’indépendance de classe du prolétariat. Ensuite au point 3, le CLC distingue subtilement les mauvais djihadistes (ceux qui veulent « un État islamique bourgeois réactionnaire ») des bons (ceux qui veulent « une république islamique non-sectaire »). Ce genre de communistes d’Internet doit bien faire rire les chefs islamistes. Qu’ils en profitent : un jour, les vrais communistes arabes et kurdes les renverront aux poubelles de l’histoire.

Le point 4 ancre un lien vers un article du site internet Linux Beach (http://claysbeach.blogspot.fr/2016/08/amy-goodman-should-adress-this.html) qui affirme qu’en ne mettant pas en œuvre sa promesse d’intervenir militairement en Syrie si le régime faisait usage d’armes chimiques, Obama a provoqué un effet dévastateur dans la région ; ensuite l’article reproche à l’organisation pacifiste américaine Democracy Now sa campagne contre une intervention militaire des États-Unis. Ainsi, le CLC dénonce les amis de l’impérialisme russe, mais veut bien s’associer avec les partisans d’une intervention militaire de l’impérialisme américain ! S’opposer aux bombardements d’Alep est juste, mais il faut s’opposer aussi à ceux de Mossoul en Irak.

La charia rebaptisée « révolution permanente »

Pour la Ligue des communistes, la révolution en permanence signifiait que le prolétariat doit rester indépendant non seulement de la bourgeoisie démocratique, mais de la petite-bourgeoisie :

Les travailleurs allemands contribueront eux-mêmes à leur victoire définitive bien plus par le fait qu’ils prendront conscience de leurs intérêts de classe, se poseront dès que possible en parti indépendant et ne se laisseront pas un instant détourner — par les phrases hypocrites des petits bourgeois démocratiques — de l’organisation autonome du parti du prolétariat. Leur cri de guerre doit être : la révolution en permanence ! (Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes, mars 1850)
Le but de l’association est la déchéance de toutes les classes privilégiées, de soumettre ces classes à la dictature du prolétariat en maintenant la révolution en permanence jusqu’à la réalisation du communisme, qui doit être la dernière forme de constitution de la famille humaine.(Statuts de la Société universelle des communistes révolutionnaires, avril 1850)

Pour la 4e Internationale, la révolution permanente voulait dire qu’il n’y a plus de révolution démocratique séparée par toute une période de la révolution socialiste, que seule la classe ouvrière peut mener une révolution à l’époque de l’impérialisme et que cette révolution devient forcément internationale et socialiste :

Quelles que soient les premières étapes épisodiques de la révolution dans les différents pays, l’alliance révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie n’est concevable que sous la direction politique de l’avant-garde prolétarienne organisée en parti communiste. Ce qui signifie à son tour que la victoire de la révolution démocratique n’est concevable qu’au moyen de la dictature du prolétariat qui s’appuie sur son alliance avec la paysannerie et résout, en premier lieu, les tâches de la révolution démocratique. (Trotsky, Thèses sur la révolution permanente, novembre 1929)

Les chefs du CLC sont des faussaires. Ils se gargarisent d’une « Révolution Permanente » sans aucune expropriation, sans intervention des travailleurs et sans parti ouvrier révolutionnaire. Selon eux, elle peut même être confiée à des djihadistes.

Cette contrefaçon ne se présente pas comme la politique consciente de la classe ouvrière, donc d’un parti ouvrier révolutionnaire ; elle semble surgir spontanément, comme des pâquerettes fleurissant sur une prairie. En cela, le CLC accentue de manière grossière l’opportunisme des liquidateurs de la 4e Internationale des années 1950. Pablo et Mandel, rejoints dans les années 1960 par Hansen et Moreno, envisageaient que la lutte des masses transformerait les organisations nationalistes bourgeoises ou staliniennes en véritables forces révolutionnaires, dont les dirigeants deviendraient des « trotskystes inconscients ». En fait, ces révisionnistes du trotskysme capitulaient devant la bureaucratie stalinienne qui tentait d’empêcher la révolution mondiale tout en trouvant des alliées dans la bourgeoise arabe naissante.

Aujourd’hui, l’opportunisme prend un aspect encore plus lamentable et réactionnaire, car la bourgeoisie arabe, que ce soit sa fraction issue du panarabisme faussement « socialiste » ou sa fraction cléricale ouvertement anticommuniste, n’a plus rien à apporter aux masses. Marx a écrit un jour que la tragédie se répète parfois en farce. La « révolution » du CLC est la reprise, à une échelle dérisoire et d’une manière caricaturale, de l’illusion de la révolution par étapes et de la capitulation envers les classes dominantes arabe, perse, turque et kurde. Brown et ses adjoints appellent « révolution » tantôt les bavardages d’une poignée de petits-bourgeois démocrates qui appellent les puissances impérialistes occidentales à leur secours, tantôt la contre-révolution menée par les fascistes cléricaux.

Moralité

L’explication de la calomnie envers les communistes internationalistes réside dans l’opportunisme envers son propre impérialisme et dans la complaisance envers la contre-révolution arabe.

Ceux qui confondent charia et bolchevisme, qui prétendent que des djihadistes « renforcent » la « révolution permanente » et qui accréditent auprès des travailleurs leur « République islamique » ne sont pas une avant-garde mais une arrière-garde qui n’apprend rien de l’histoire et qui ne peut conduire la classe ouvrière qu’à des défaites.

La révolution sociale en Syrie et au Proche-Orient passe par la rupture avec la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie, par la construction d’un parti ouvrier. Seule la mobilisation des travailleurs peut imposer les libertés démocratiques, l’égalité des femmes, la séparation des religions et de l’État, les droits des minorités nationales et religieuses, l’armement du peuple par lui-même. En prenant la tête de tous les opprimés et exploités, la classe ouvrière ne se limitera pas à la révolution démocratique, elle réalisera le contrôle des travailleurs sur la production et la répartition, la création de conseils ouvriers et populaires, l’expropriation des propriétaires fonciers et des grands capitalistes, un gouvernement ouvrier et paysan, la fédération socialiste du Machrek.

 

2 octobre 2016
Bureau du Collectif révolution permanente

 

 

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