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Publié par Patrick Granet

7 juillet 2016 - 95 % des salariés payés au salaire minimum sont ouvriers ou employés. Près des deux tiers sont des femmes. Les jeunes aussi sont surreprésentés.

Qui sont donc les smicards ? Qui sont ces salariés payés au minimum syndical ? On dresse rarement le portrait de cette « France d’en bas » des salaires qui chaque année attend de savoir si elle aura droit ou pas à quelques euros de plus que l’inflation. Cette France a pourtant un visage : la quasi-totalité des personnes payées sur la base du salaire minimum sont des ouvriers ou des employés, comme le montre une enquête du ministère du Travail qui n’a pas fait grand bruit lors de sa publication tant le désintérêt médiatique est grand sur la question [1]. Plus de la moitié des salariés au Smic sont des employés (caissiers, vendeurs, etc. ), alors que ces derniers représentent 29 % de l’ensemble des salariés des entreprises de dix salariés ou plus. 38 % sont des ouvriers, qui rassemblent pourtant 30 % des salariés. 22 % des smicards sont des ouvriers non qualifiés, plus de deux fois plus que leur part parmi les salariés (9 %) [2]. À l’opposé, les cadres supérieurs et professions intermédiaires ne représentent que 5 % des smicards mais 40 % de l’ensemble des salariés. Au total, un quart des employés non qualifiés et un cinquième des ouvriers non qualifiés ne touchent que le salaire minimum, contre 0,1 % des cadres et 1,9 % des professions intermédiaires.

Les jeunes et les femmes, plus concernés par le salaire minimum

L’âge constitue aussi un facteur discriminant : les jeunes de moins de 25 ans sont beaucoup plus souvent rémunérés au Smic que les autres : ils constituent 5,6 % des salariés, mais 19 % de ceux qui sont payés au minimum. Au total près de trois salariés de moins de 25 ans sur dix sont payés au Smic, contre 11 % des 25-29 ans et 7 % des plus de 30 ans. Ces jeunes travailleurs sont en moyenne moins diplômés et travaillent plus souvent dans les secteurs qui emploient massivement au niveau minimum : les secteurs de l’hébergement, de la restauration et du commerce.
Si l’on pense qu’il est juste de rémunérer davantage l’expérience et l’ancienneté, cette situation n’est pas anormale. Pour autant, le Smic n’est pas réservé aux débutants comme un sas d’entrée dans la vie active : 45 % des smicards ont plus de 40 ans. La situation sociale de ces salariés est différente des plus jeunes. Ils supportent souvent des charges de familles et n’ont que de très faibles perspectives d’augmentation de salaire.
Le salaire minimum a aussi un genre. 12,7 % des femmes sont rémunérées au Smic, contre 5,5 % des hommes alors que les femmes sont plus souvent diplômées, notamment les plus jeunes. Cette situation est liée à la structure des emplois selon le sexe : 27 % des femmes occupent des postes non qualifiés contre 16 % des hommes, selon le ministère du Travail. A emploi similaire, « la probabilité pour les femmes d’être rémunérées sur la base du Smic est 1,7 fois supérieure à celle des hommes », relève le ministère. Plus souvent employées de façon précaire, en temps partiel subi, les femmes sont donc aussi plus fréquemment tout en bas de la hiérarchie salariale.

Smic et temps partiel

43 % des salariés rémunérés au Smic travaillent à temps partiel, alors que c’est le cas de 17,5 % de l’ensemble des salariés. Parmi les salariés à temps partiel, plus d’un salarié sur cinq est payé au minimum, contre 5,9 % des salariés à temps complet. On oublie parfois que les salariés en temps partiel payés au Smic ne reçoivent qu’une fraction de ce salaire, proportionnelle à leur temps de travail. Un caissier employé 24 heures par semaine au salaire minimum touche 780 € nets par mois (données 2016) : s’il lui faut nourrir une famille, son niveau de vie après prestations sociales et prime d’activité sera bien en-dessous du seuil de pauvreté.
Ces données dressent le portrait de la France des plus bas salaires. Au total, toutes tailles d’entreprise confondues, 12 % de salariés – soit deux millions de personnes – sont rémunérés au Smic (voir encadré). Ils appartiennent presque exclusivement aux catégories populaires et constituent une population dans laquelle les femmes sont majoritaires et les jeunes sont surreprésentés. Un salariat très populaire qui ne connaît que de très faibles hausses de son niveau de vie, du fait des faibles revalorisations annuelles du salaire minimum.

Photo / Jack Hynes

Notes

[1] « Les emplois du privé rémunérés sur la base du Smic », Dares Analyses n° 014, ministère du Travail, mars 2016. Les données portent uniquement sur les entreprises du secteur privé, de dix salariés ou plus.

[2] Sauf précision, il s’agit toujours des entreprises de dix salariés ou plus, du secteur privé.

Date de rédaction le 7 juillet 2016

Dernière révision le 7 juillet 2016

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