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Publié par Patrick Granet

lundi 6 juin 2016, par Club Politique Bastille

Lors de notre réunion, l’introduction d’Olivier Besancenot comme la discussion générale étaient passionnantes : la plupart des intervenants se sont interrogés sur la nouvelle situation. Toutes les générations étaient réunies. Les optimistes et ceux qui le sont moins.
Je veux revenir sur deux ou trois problèmes.
1) Le mouvement est minoritaire mais déterminé, pugnace. Imprévisible. Il bénéficie du soutien moral des salariés qui n’y ont… pas participé. Ainsi, devant les pompes à essence, dans la file des voitures, la plupart de automobilistes manifestaient leur « compréhension ». Plus les chiens de garde matraquent, plus l’opinion se rebiffe. Et le chantage à l’euro ne prend pas non plus. Et même les agressions contre la police, que je ne soutiens pas, ne provoquent pas concert de protestations. Trois mois de grèves, de manifestations ont tout modifié. Une nouvelle génération est en voie de politisation.
Hollande, Valls sont seuls, hébétés. Protégés par les institutions.
La grève s’essouffle et c’est normal. Quelque soit l’issue de la mobilisation contre la loi El Khomri, l’avenir de la « Nuit Debout », les acquis politiques sont considérables.
2) Normal, car le mouvement de masse, constitué par exemple au moment du CPE n’est pas au rendez-vous. Normal car les directions CGT-FO font tout ce qu’elles peuvent pour s’opposer à un éventuel TOUS ENSEMBLE.
Un mot sur les directions syndicales. Du haut, presque jusqu’en bas, par mille liens elles sont « jumelées » avec l’état, le patronat. Membres des conseils économiques et sociaux, co-gérant de fait de la Sécurité Sociale, des mutuelles, sans oublier la collaboration de classes dans les organisations « paritaires », la formation, l’octroi des subventions etc. ont depuis longtemps liés le sort des directions syndicales à l’appareil d’état. Les organisations syndicales ont depuis une éternité rompu avec la charte d’Amiens qui posait tout à la fois la nécessité de la guerre générale pour défendre les travailleurs et l’objectif d’abolir le système capitaliste. C’est dire que malgré les mots et les postures, ni Mailly, ni Martinez n’ont voulu, sérieusement, réellement, mobiliser les salariés pour obtenir simplement le retrait de la loi. S’ils l’avaient fait, cela se serait vu… Pour contenir la mobilisation, ils ont multiplié les journées d’actions. Par contre, si la mobilisation de masse les avaient contraints, ils s’y seraient résignés !
Malgré les espoirs des uns, les illusions des autres, c’est la réalité. À certains égards, les « Nuit Debout » sont également la volonté de combattre pour mobiliser les masses, élaborer une opposition plus globale. Un début d’auto-organisation politique. Et c’est déterminant. Certains se moquent de certains aspects un peu candides dans le respect de la démocratie. C’est cependant fondamental. Ce processus aura des suites.
Voilà pourquoi POI avec ou sans « D », Lutte ouvrière etc. se sont détournés de ces nuits là pour se réfugier dans la « lutte » à partir et à partir seulement des organisations syndicales. Avec ses forces, ses limites.
Sans point de vue idéologique, il faut rappeler que seules les Comités de grève démocratiques peuvent représenter TOUS les salariés en lutte. L’unité réelle dans l’action, c’est le comité de grève. Encore, faut-il que militants et salariés en éprouvent le besoin… Ces problèmes sont également abordés dans le texte d’Ugo Palheta et Julien Salingue.
3) Aux États-Unis, la candidature Trump fracasse l’appareil du Parti Républicain alors que celle de Bernie provoque une véritable mobilisation populaire et politique contre l’establishment démocrate.
En Angleterre, le parti travailliste se gauchit sur une position verbale anti-libérale alors que l’issue du référendum sur le Brexit inquiète.
Enfin la crise politique en Espagne est le résultat de la mobilisation des masses depuis plusieurs années.
N’oublions pas la situation portugaise.
Question : et si la France s’inscrivait dans ce cadre international ? Ne sommes-nous pas au début d’une contre-offensive des salariés contre le libéralisme ? Et si le pendule repartait dans l’autre sens ?
4) La discussion du club a largement évoqué l’échéance électorale de 2017. Les dés roulent et nul ne peut savoir ce qui se passera jusqu’à la présidentielle. On peut essayer de tracer quelques perspectives.
La « gauche » Hollande-Valls sont les fourriers de la droite et de l’extrême droite ; ils sont morts. Le second tour verra donc s’affronter le candidat de la droite et celui du FN. Et Hollande, évidemment, appellera à voter pour Juppé ou Sarkozy ! La grande majorité du salariat refusera de voter PS. Sous la forme qu’on lui connaît depuis le congrès d’Epinay, le PS va disparaître corps et bien. Mais la bourgeoisie aura toujours besoin d’un parti démocrate, d’une alternance. D’une CFDT politique. Sur les ruines du PS, les plus jeunes survivants s’affronteront pour atteindre cet objectif…
De son côté, avant le mouvement contre la loi El Khomri, le NPA avait, déjà, désigné son candidat ! Aujourd’hui, toute personne sérieuse sait qu’une éventuelle candidature révolutionnaire n’a de sens que si elle est, plus ou moins, reliée à la lutte sociale, l’émanation d’assemblées, de débats, en bas, par les combattants, les militants. .
De son côté, Mélenchon a fait « don » de sa candidature au peuple français…
Mélenchon est talentueux, mais, c’est d’abord un professionnel de la politique. Votez pour moi et je ferai le reste .Sénateur à vie, député européen, ancien ministre du gouvernement Jospin, par lui caractérisé comme le plus à gauche en Europe !, Mélenchon est en fait un mitterandiste de gauche. N’oublions pas le Mitterrand partisan de la rupture avec le système capitaliste, propagandiste dans les années 80, du socialisme !… La candidature de l’ancien lambertiste, membre du grand Orient s’inscrit dans cette histoire, et constitue un obstacle de plus à surmonter politiquement.
Ne faudrait-il pas que des initiatives soient prises pour collectivement, organiser le débat ?

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