Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Patrick Granet

Comme le nazisme, l'islamisme exalte les pulsions destructrices que certains individus savent particulièrement susciter chez autrui, estime David Brunat.

Normalien et philosophe de formation, David Brunat est écrivain et conseiller en communication.

En 1932, le député socialiste allemand Kurt Schumacher s'écrie à la tribune du Reichstag: «Le national-socialisme est un appel au salaud qui sommeille dans chaque homme». Les nazis n'oublieront pas ces paroles cinglantes et, quelque temps après l'arrivée d'Hitler à la chancellerie, Schumacher sera arrêté et envoyé en camp de concentration.

Difficile de mieux cerner en quelques mots la nature et la dangerosité du nazisme, cet appel claironnant et haineux à nos plus bas instincts, cette volonté enragée de toute-puissance, cette négation brutale du droit à vivre pour tous ceux qui résistent à l'appel au salaud intime, cette entreprise de mort faisant de l'étouffement de la conscience morale ordinaire lesummum de la vertu et le modèle de vie de l'homme nouveau. Or, comme pour le nazisme, on peut dire que l'islamisme radical est un appel au salaud qui sommeille en chacun de nous.

Comme pour le nazisme, on peut dire que l'islamisme radical est un appel au salaud qui sommeille en chacun de nous.

Comment ne pas imaginer que le tueur au camion, que les égorgeurs de Saint-Etienne de Rouvray, que le tireur de Munich ont pris un plaisir réel, peut-être même intense, voluptueux, indicible, dans leurs entreprises macabres? Qu'ils n'ont pas seulement répondu à des instructions d'une organisation terroriste, mais aussi à l'appel de leurs instincts et de tout ce qui peut faire d'un individu une machine de mort d'autant plus redoutable qu'il aura la certitude de faire le bien et de répondre aux desseins de la Providence, exactement comme Hitler pensait travailler pour le bien de la race aryenne et faire la Volonté du Très-Haut (Gott mit uns !)? Comment ne pas voir que les soldats de Daesh ne se contentent pas d'exécuter une mission, simples rouages sans émotions d'une chaîne de commandement bien huilée, mais qu'en tuant, en torturant, en terrorisant, en s'employant à détruire tout ce qui nous est cher et qu'ils exècrent, ils sont heureux, ils vivent des émotions fortes, ils jouissent? Et que leurs donneurs d'ordre, lorsqu'ils regardent les scènes d'attentat à la télévision, doivent éprouver des émotions fortes et des états de félicité semblables à ceux que manifestèrent, selon les témoignages de plusieurs repentis, les responsables de la mort du juge Falcone, qui poussèrent des cris de joie et burent le champagne?

Bien entendu, Kurt Schumacher ne voulait absolument pas dire que les hommes sont tous des salauds. La

Les soldats de Daesh, en tuant, en torturant, en terrorisant, sont heureux, vivent des émotions fortes, jouissent ?

plupart d'entre eux résistent à cet appel intérieur infernal, et même - et c'est heureux - ne l'entendent pas. Parmi eux se comptent les héros. Mais il y a toujours un risque qu'une minorité, même infime, se mette à l'écoute et à la remorque du salaud et en fasse sa loi d'action et sa doctrine de vie.

Schumacher ne parlait pas de «folie», de «ressentiment social», de «volonté de revanche» (par exemple par rapport au Traité de Versailles), et encore moins de «crise économique» pour définir et expliquer le nazisme. Il parlait juste de l'humain et de l'inhumain, et de cette caractéristique trop humaine qui veut que certaines personnes soient attirés par le pire et parfois soient dotées d'un terrible «talent» pour y attirer les autres, comme on le vit trop bien en Allemagne dans les années 30, où s'instaura en même temps qu'un terrorisme d'Etat à grande échelle, un paganisme d'un nouveau genre qui ressemble par certains côtés au fanatisme religieux prêché du côté de Raqqa ou de Mossoul.

Certains répondent avec promptitude à l'appel au salaud, qui a encore de beaux jours devant lui, mais il n'est pas écrit que le salaud aura le dernier mot.

La présence du salaud, autre nom de ce que le philosophe Kant appelait le «mal radical» et dont le nazisme et le radicalisme islamiste offrent d'assez bonnes représentations, est ce qui rend ce genre de terrorisme particulièrement affreux. Parce qu'il est par nature sans frein ni limite éthique ; parce qu'il est beaucoup plus difficile à combattre que la pauvreté ou l'exclusion sociale dont on fait souvent, à tort ou à raison, des facteurs explicatifs du basculement dans le terrorisme ; et aussi, il faut bien le dire, parce qu'il est universel.

Certains répondent avec promptitude à l'appel au salaud, qui a par malheur encore de beaux jours devant lui ; mais il n'est pas écrit, bien au contraire, que le salaud aura le dernier mot. A la longue, les Kurt Schumacher et leurs semblables finissent toujours par l'emporter sur les Hitler et leurs complices, mais au prix de combien de souffrances, de vies arrachées, de destins brisés?

Dans son remarquable Dictionnaire amoureux de l'Orient (Plon, avril 2016), René Guitton écrit: «Le Proche-Orient a apporté le meilleur et le pire à l'humanité. Le meilleur, c'est sans nul doute l'idéal de justice véhiculé par les trois grandes religions monothéistes qui en sont issues. Le pire, c'est cette rage homicide qui fait de l'homme un loup pour l'homme et que symbolise déjà le tragique conflit entre Abel et Caïn».

Aujourd'hui à Saint-Etienne de Rouvray comme hier à Nice et avant-hier au Bataclan, c'est le pire et c'est cette rage homicide qui se sont exprimés. Mais Caïn n'a jamais eu et n'aura jamais le dernier mot. Tel est, aussi, sans aucun doute, le sens du très digne et émouvant communiqué de presse de l'archevêque de Rouen.

David Brunat

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article