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Publié par Patrick Granet

A la veille du lancement de l’Euro, les poubelles envahissent les trottoirs de Paris et font la une des médias. A Ivry/ Paris 13, comme sur le site de Saint-Ouen, de Romainville, mais également en Ariège, à Saint-Etienne, à la Fos-sur-Mer, le ramassage des déchets est à l’arrêt. Face à un mouvement qui prend de l’ampleur et se renforce, les autorités commencent à montrer les dents : après avoir tenté, sans succès, de déloger les grévistes par la force à Paris, c’est la cabale médiatique contre les éboueurs.

Yano Lesage

Paris, Marseille, Saint-Etienne, l’Ariège…

Les travailleurs du plus gros centre de traitement des déchets de la région et de France, situé à Ivry-sur-Seine, viennent de reconduire la grève jusqu’au 14 juin prochain. Le site est désormais à l’arrêt total. A partir de ce point névralgique, c’est un mouvement d’ampleur des éboueurs qui est en train de se constituer. Avec la grève qui touche l’incinérateur de Saint-Ouen, et le blocage du centre de traitement de Romainville depuis plusieurs jours, les trottoirs de Paris et de sa proche banlieue commence à voir s’amonceler les poubelles.

Le site de traitement des déchets de la Fos-sur-Mer est lui bloqué depuis mercredi matin par les salariés en grève de l’incinérateur, et les conséquences ne tarderont pas à se faire voir (et sentir) sur la cité phocéenne dans les jours prochains. Le maire Les républicains de Marseille, Jean-Claude Gaudi a d’ors et déjà demandé « le déblocage d’urgence » des accès du site par les forces de l’ordre, à l’image de ce qu’Anne Hidalgo a tenté d’imposer mercredi à Paris. Une opération sans succès qui n’a fait que renforcer la détermination des éboueurs de Paris, ayant reconduit la grève à plus de 95%.

A Saint-Etienne, alors que la ville s’apprête à accueillir quatre matchs de l’Euro, les ordures n’étaient plus collectées depuis plus d’une semaine par les 120 agents des services de propreté. Déplorant un « risque sanitaire », le maire stéphanois, Les Républicains, Gaël Perdriau, a eu recours au tribunal administratif pour casser la grève. En lui donnant raison, le tribunal administratif a permis à l’agglomération de recourir à un prestataire privé, Suez, pour la collecte des déchets. La CGT a saisi un recours pour « entrave au droit de grève » tout en dénonçant « une action orientée » puisque seul le centre-ville a été nettoyé, laissant les quartiers périphériques seuls face « au –soit disant- risque sanitaire ».

En dépit de la volonté de freiner l’étendue du mouvement, la grève des éboueurs, très forte en Ile-de-France a également gagné des villes stratégiques du point de vue de l’Euro puisque plusieurs matchs y seront accueillis. Elle s’étend également à l’Ariège, où depuis six jours, le SMECTOM de Plantaurel, qui assure la collecte des ordures ménagères de 72000 habitants de 120 communes a été bloqué par l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires. Elle va jusqu’à impacter l’intercommunalité du pays de Foix, où depuis jeudi 9 juin, les ordures ne sont plus ramassées.

A la veille de l’Euro, moment stratégique, les autorités montent au créneau

Secteur exploité et dévalorisé au possible, les éboueurs en grève retrouvent actuellement leur fierté. Ces travailleurs, ces mains qui nettoient, assainissent, assurent l’hygiène des villes, de jour et surtout de nuit, quasiment invisibles, trop souvent méprisés, brillent aujourd’hui par leurs absences et leur combat contre la loi travail. Ils portent également des revendications spécifiques : contre la dégradation des conditions de travail, contre la privatisation du nettoyage et de collecte des déchets qui va souvent de pair avec des contrats précaires et des statuts d’intérimaires dans les grandes boites comme Veolia ou Suez.

De par son caractère stratégique, ce mouvement de grève en rappelle un autre : celui des éboueurs brésiliens de Rio qui s’est mis en place de façon spectaculaire quelques semaines avant le lancement de la Coupe du Monde en 2014, et le déroulement du fameux Carnaval.

C’est aussi la raison pour laquelle le gouvernement craint comme la peste la poursuite et l’extension du mouvement. La mairie de Saint-Etienne tout comme la tentative d’Anne Hidalgo de faire dégager les grévistes annoncent la couleur.

Dans la journée de jeudi 9 juin, les poubelles parisiennes ont fait les unes des médias. Le gouvernement en a profité pour chercher à faire basculer l’opinion, faute de parvenir à faire plier les grévistes très remontés. Tandis qu’Anne Hidalgo (PS), maire de Paris, déplorait des « actions de blocages » et « l’enjeu sanitaire » que représentait la collecte des déchets « en période de crue » d’autres, plus honnêtes, déclaraient craindre les conséquences en termes économiques et sur la renommée de la capital à l’heure de l’accueil de l’événement sportif.

Les médias ne se sont d’ailleurs pas fait prier pour interviewer commerçants et riverains agacés, prenant soin de contourner les avis favorables à la grève et au retrait de la loi travail qui soutiennent le mouvement. Les éboueurs grévistes sont donc accusés de ternir l’image de Paris. A la belle heure, quand on sait que ce sont eux qui, tous les jours nettoient la ville. Rien à voir face à la crasse de nos dirigeants qui continuent de casser nos droits et le code du travail.

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