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Publié par Patrick Granet

L'exposition du Quai Branly, l'Inca et le Conquistador, est plus historique qu'esthétique. Une histoire de spoliation. Les Incas possédaient des trésors : bijoux, vases, vaisselle, statues, pesant sept tonnes d'or et onze d'argent. Ils furent stockés dans trois pièces jusqu'à trois mètres vingt, en vue de payer la rançon du chef indien, Atahualpa. Il n'en reste rien, tout ayant été fondu et 20% remis à Charles Quint. Il en est de même pour les vêtements dont les manteaux qui ne pesaient que « le poids d'une plume » tissés en poils de chauve-souris.
Le conquistador, après avoir encaissé la rançon, fera exécuter Atahualpa par garrot, exécution bénie par un dominicain.

La brute, c'est l'Européen

Dans cette histoire, la brute, c'est l'Européen, Pizarro, un bâtard analphabète et cupide, mais intrépide et efficace. Il est le premier à explorer la côte pacifique d'un pays qui deviendra le Pérou. Il détruira l'empire Inca, un territoire immense de douze millions d'âmes s'étendant le long des Andes. La victime le monarque divinisé Atahualpa, était cultivé mais sanguinaire, n'hésitant pas à tuer son demi frère.
Comment 168 guerriers, qui seront tous indemnes, ont-ils pu neutraliser 30 000 Incas le 16 novembre 1532 dans une petite ville de montagne, au nord du Pérou ? La supériorité de l'armement (les chevaux et leurs grelots attachés aux pattes) n'est pas une explication suffisante. Les Indiens n'imaginaient pas qu'on ose s'attaquer à un dieu vivant, un être si sacré qu'on ne pouvait ni le regarder ni lui parler directement, porté sur une litière recouverte d'or et de plumes de perroquet, pour ne pas toucher une terre qui autrement tremblerait. Lorsque Pizarro crie Santiago, les Indiens tétanisés ne résistent pas, deux mille sont massacrés, l'Inca et ses dignitaires faits prisonniers.
L'aventurier ne profita longtemps d'un trésor qu'il ne sut pas partager. Ses compagnons se révoltèrent et le tuèrent (1541) La couronne d'Espagne récupéra le territoire et nomma un vice-roi.

Le conquistador et l'inca ont marqué durablement la conscience péruvienne, partagée entre répulsion et attraction chez les descendants des vainqueurs et des vaincus. Cent-vingt objets issus de fouilles péruviennes ou d'archives européennes sont exposés (casque, tunique, arquebuse, tableaux des siècles postérieurs)
De quoi méditer sur le choc entre civilisations.

L'art contemporain du Congo

Exposition sur l'art contemporain du Congo à la Fondation Cartier, très riche (350 œuvres et 41 artistes, appelée Beauté du Congo. Une découverte, celle d'un art débordant de vitalité, dans un des plus beaux musées de Paris.
Ce que j'ai aimé le plus-et de beaucoup- c'est la peinture des années 30 exposée au sous-sol. Un Français ouvrit, à Elisabethville (Katanga) un atelier à la disposition d'artistes congolais. Albert et Antoinette Lubaki sont les précurseurs. Ils s'exprimèrent par des peintures mi figuratives, mi-abstraites, généralement des huiles sur papier. Ces tableaux s'inspirent de la nature, des animaux sauvages, de la vie quotidienne, ils sont denses et chargés, des sortes de motifs de tapisserie, stimulant l'imagination. Ils dégagent une grande poésie.
La peinture populaire présentée à Kinshasa en 1978 est très différente, généralement figurative, souvent caricaturale, elle use de couleurs vives, voire agressives. L'architecture de Jean Nouvel en valorise la présentation. Ces artistes populaires sont fascinés par la ville et la modernité : gratte-ciel, bandes dessinées, musiques (que l'on peut écouter) Ils sont aussi marqués par la vie quotidienne et les évènements politiques et sociaux. Les références à l'histoire congolaises échappent au visiteur parisien. Le rire et la dérision éclatent de partout. Ils pastichent avec brio leurs élites, les Blancs et eux-mêmes. Une peinture un peu anecdotique, dont on peut se lasser.
A côté de la peinture, des sculptures, des photos, des affiches et des maquettes de villes imaginaires complètent l'exposition.


Venise au Musée d'art et d'histoire du judaïsme

Pas le Venise des cartes postales et des gondoles mais le Venise Juif.
Chassés d'Espagne ou quittant la Turquie, des Sépharades rejoignirent des Ashkénazes à Venise. Ils étaient 5000 au XVII è siècle, enfermés dans un ghetto, obligés de porter un signe distinctif (chapeau) mais occupaient des positions sociales honorables : médecins, imprimeurs, commerçants, banquiers. Soumis par les Doges à de lourdes taxes, beaucoup furent ruinés et quittèrent Venise, avant que la France révolutionnaire (1797) les émancipe et supprime le ghetto.
En septembre 1943, pressentant l'arrivée des troupes allemandes, deux responsables religieux cachèrent les objets religieux conservés dans les synagogues. Ils avaient vu juste. La persécution fut terrible, deux cents juifs moururent à Auschwitz. Cinq-cents habiteraient aujourd'hui Venise.
Longtemps après, lors de la reconstruction de synagogues, ces objets furent retrouvés et restaurés.
Ce sont ces trésors du Ghetto de Venise qui sont exposés actuellement au Musée d'art et d'histoire du judaïsme.
Le trésor est constitué principalement d'orfèvrerie liturgique (du 17è au 19è) plats et boites à aromates, en argent ou vermeil ciselés et décorés de motifs religieux (tables de la loi, candélabres à sept branches) aiguière, bassin, lampes de Hanoukka ou de synagogues, bagues de mariage, couronnes et bâtons de Torah. Beaucoup de pièces sont très belles. Des objets en bois sculpté et marqueté sont également présentés : coffres de rouleaux de Torah, arche d'alliance. Des tableaux ou gravures représentant des scènes de la vie quotidienne, mariages, circoncisions, enterrements, montrent des décors et des costumes de juifs aisés, insérés dans la vie vénitienne. Quelques manuscrits et torah complètent l'exposition.

En sous-sol, Myriam Tangi, née à Marrakech, expose des photos illustrant la séparation entre hommes et femmes dans les synagogues, « Ce que femme voit » La règle est que les hommes ne doivent pas voir les femmes. Le résultat est que les femmes ne voient presque rien. En-effet, on ne voit pas grand-chose sur les photos : des voiles, des barrières et des silhouettes en ombres chinoise. A New-York, dans quelques mosquées libérales, cette ségrégation a heureusement disparu : les femmes peuvent toucher la torah et la lire.
Ne pourrait-on photographier de la même manière des mosquées et faire la comparaison ?


PY Cossé
Aout 2015

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