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Publié par Patrick Granet

ar Martin Masse


Le keynésianisme est discrédité comme théorie économique depuis les années 1970, quand ses théoriciens n'ont pu expliquer un phénomène qui aurait dû être impossible dans leur perspective, la stagflation. Malgré cela, certaines thèses keynésiennes ont tellement pénétré la conscience populaire qu'on les reconnaît aujourd'hui encore dans les politiques et les exposés économiques.

Les keynésiens ont toujours eu une fixation sur la gestion de la demande et ont à toutes fins pratiques ignoré les mécanismes comme l'innovation, l'entrepreneurship et les changements technologiques qui agissent sur la production et l'offre de biens et services. Pour eux, l'un des rôles essentiels du gouvernement est de veiller, en utilisant les « leviers » économiques que sont la politique fiscale et la gestion de la monnaie, à ce que la demande soit toujours assez forte pour stimuler la production, sans toutefois être trop forte pour créer une surchauffe et une hausse trop forte des prix. C'est ce qu'on a appelé en anglais la méthode du « fine-tuning ».

Stagflation

La réalité n'a bien sûr pas suivi la théorie. Sur le plan de la gestion monétaire, la tendance keynésienne à constamment stimuler le plus possible l'économie en augmentant la quantité de monnaie en circulation finit par créer tellement de distorsions dans les décisions des acteurs économiques qu'une récession s'avère en bout de ligne inévitable. En effet, les investissements non rentables engendrés par le « boost » artificiel que procurent la création d'argent par la banque centrale ainsi que des taux d'intérêt trop bas doivent à un moment ou l'autre être liquidés. Lorsque cela survient, la réaction en chaîne qui s'ensuit provoque une récession. La quantité surabondante de monnaie en circulation ne disparaît pas pour autant et, avec une quantité réduite de produits et services disponibles, les prix ont naturellement tendance à grimper. C'est ainsi qu'on se retrouve dans une situation paradoxale de stagnation économique et d'inflation, c'est-à-dire de stagflation.

La stagflation n'afflige heureusement plus notre économie. Les banques centrales sont plus « conservatrices » depuis la vague monétariste des années 1980 et ont réussi pour combien de temps encore? à éviter de ramener l'inflation. Mais le paradigme est essentiellement resté le même. La presse financière spécule constamment sur le niveau exact d'une hausse ou d'une baisse des taux d'intérêt qui permettrait de stimuler un peu plus la croissance ou de prévenir un retour de l'inflation. Les yeux et les oreilles sont constamment fixés vers le président de la Fed Allan Greenspan. On ne parle plus de fine-tuning, mais c'est encore ce modèle qui nous régit. Ce sera le cas aussi longtemps que des banques centrales étatisées contrôleront la monnaie et que celle-ci sera constituée de simple papier dont la valeur dépend de la confiance qu'on lui accorde plutôt que d'une correspondance avec une unité réelle comme l'étalon-or.

Une loi folklorique

L'autre levier qu'est la politique fiscale permet lui aussi, selon la théorie keynésienne, de stimuler la croissance en suscitant une augmentation des dépenses des consommateurs ou, inversement, de prévenir une surchauffe en réduisant leur pouvoir d'achat. Cette « loi » de la gestion de la demande fait presque partie du folklore, au point où des gens qui ne comprennent manifestement rien à l'économie s'y réfèrent comme s'il s'agissait d'une évidence inattaquable.

Ainsi, pour défendre son projet de « revenu minimum garanti » devant un auditoire d'étudiants, le syndicaliste Michel Chartrand aurait prétendu, nous rapportait il y a quelques jours la Presse canadienne, que « la meilleure façon de relancer l'économie est de mettre de l'argent dans les poches du monde. (...) ils vont le dépenser et cela relancera l'économie. Si on donne des subventions aux entreprises, elles le mettent dans leur poche et grossissent leurs profits. »

Cette affirmation est manifestement illogique. D'abord, parce qu'il n'y a aucune différence entre de l'argent qui s'en va dans les poches des démunis et de l'argent qui s'en va dans les poches des entreprises et ultimement dans celles de leurs propriétaires et investisseurs. Ces derniers ne le cachent tout de même pas sous leur matelas! Ils le dépenseront ou le réinvestiront d'une manière ou d'une autre. Ensuite parce que la simple redistribution d'un pouvoir d'achat par le gouvernement ne peut logiquement engendrer une croissance nette. Ces montants que M. Chartrand aimerait voir redistribuer en revenu minimum garanti viennent bien de quelque part, ceux qui les auront financés en impôts et taxes ne pourront les dépenser. Le pouvoir d'achat des payeurs diminue donc en proportion égale à la hausse du pouvoir d'achat des bénéficiaires, sans effet sur la demande globale.

Le plus troublant, c'est lorsqu'un organisme supposément sérieux comme l'OCDE recommande au Congrès américain, comme il l'a fait ces derniers jours dans son rapport sur l'état de l'économie mondiale, de ne pas approuver de réductions d'impôts parce que cela risquerait de surchauffer une économie déjà en forte croissance et de créer une pression inflationniste. La logique est pourtant tout aussi claire: en quoi des dépenses de citoyens consommateurs peuvent-elles être plus inflationnistes que des dépenses, avec le même argent, de bureaucrates? Cet argument énoncé à plusieurs reprises autant par des politiciens que des commentateurs au cours des derniers mois ne tient pas debout, mais il a toutefois l'avantage de justifier des taxes et impôts élevés pour ceux qui croient encore aux bienfaits de l'interventionnisme.

Bref, on a beau dire que le keynésianisme est mort comme théorie économique crédible, son influence continue de se faire sentir dans nos institutions, chez nos dirigeants, dans la presse financière comme au sein de la population en général.


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