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Publié par Patrick Granet

Les processus révolutionnaires arabes

Le processus enclenché le 17 décembre 2010 en Tunisie n’est pas retombé ; il n’est pas non plus en perte de vitesse et se poursuit dans nombre de pays arabes. Après la Tunisie, l’Egypte, puis le Yémen, Bahreïn, Libye, Maroc, Oman, Syrie. En 2012, la Ola s’est étendue au Soudan, à l’Arabie saoudite, à la Cisjordanie, au Koweït et à la Jordanie.

Des processus révolutionnaires ? 
On assiste à deux sortes de dynamiques : l’une franchement révolutionnaire qui se fixe l’objectif de la fin des régimes, comme c’est le cas dans la majorité des pays qui ont connu des manifestations de rue, et une seconde, réformatrice, qui demande au régime d’entreprendre des réformes. Mais il s’agit de réformes, pour certaines, tellement substantielles et contradictoires avec l’essence même des régimes qu’une dynamique révolutionnaire pourrait s’enclencher dans ce processus. Reste qu’au Maroc, les revendications encore minoritaires « le peuple veut la chute du régime » ou « La République est la solution » progressent, et à Koweït on a entendu parfois « le peuple veut la chute du tyran ». Le seul pays où le slogan « le peuple veut la réforme du régime » n’a pas été transformé depuis deux ans est le Sultanat d’Oman

Les manifestants, de Tinghir à Sohar
Ce qui est commun à tous les pays, qu’il s’agisse de mouvements réformateurs ou révolutionnaires, compte tenu de l’espérance de vie de ces pays et de la moyenne d’âge des populations (par exemple à Oman, 40% de la population a moins de 20 ans), c’est que toute la population descend dans la rue et qu’on a l’impression que ce sont des jeunes. Et parfois, il s’agit de très jeunes, puisque ce sont parfois des familles qui manifestent, quand ce ne sont pas des enfants. En Syrie, où la mobilisation a commencé par une protestation contre la torture d’enfants, il existe des manifestations d’enfants, des fillettes haranguent les foules.
Le manifestant qui descend dans la rue n’a souvent jamais manifesté de sa vie et ne savait pas la veille qu’il allait le faire. Cela se vérifie dans tous les pays au moment du déclenchement des mouvements.
Il s’agit d’une protestation profondément pacifique, de manifestations de type politique, sans velléité ni intention d’orienter ces processus vers une autre voie. La preuve en est donnée par le refus absolu de la violence. Des manifestants syriens de Deraa, dès le mois de mai, enlevaient leur chemise face aux caméras ou aux téléphones qui les filmaient pour prouver à l’opinion internationale qu’ils n’étaient pas armés, comme le prétendait le régime. Et jusqu’à aujourd’hui, deux ans après le début de la révolution, des centaines de milliers de Syriens continuent de manifester pacifiquement les vendredis. Les Yéménites, vingt cinq millions d’habitants, -il y aurait soixante millions d’armes en circulation dans le pays-, mettent un point d’honneur à laisser leurs armes à la maison quand ils manifestent. Ce mouvement à caractère pacifique et politique est général.

Spontanéité et improvisations initiales
Sans mégaphones, ni banderoles, ni mots d’ordre unifiés, les manifestants sortent à mains nues, munis de leurs seules voix et de leurs slogans improvisés ; cela dénote l’impréparation et la spontanéité de ces révoltes. Avec le temps, les mouvements se construisent, s’organisent, se dotent de structures d’organisation des manifestations et d’unification des slogans comme on le voit en Syrie où les manifestants fabriquent drapeaux, banderoles et délivrent un thème à chaque manifestation du vendredi, où les moyens techniques apparaissent (écrans, sonorisations, dessins laser dans la nuit, etc.). 
Les rues et les places ont été le théâtre de ces processus, elle a rassemblé les populations. Tout au début en Tunisie, il y avait des réunions dans les salles des unions locales ou régionales de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), mais les locaux se sont avérés d’emblée étriqués et toute réunion débouchait sur une manifestation. Des étudiants ont organisé des sit-in sur le campus, des chaînes humaines dessinant des slogans destinés à être vus d’avion, ou plutôt filmés, des petits groupes ont improvisé des flashes mob sur les rails du métro de Tunis. Dans le sultanat d’Oman, les assemblées générales des grévistes se sont tenues parfois en public. Selon les pays les manifestations se déclinent de différentes façons, reflet des modes de vie, de la répression et partant de son contournement, et/ou encore de la créativité des insurgés : en Libye on a manifesté en voiture, en Syrie, en mobylette ou à la nage et en bateau dans les fleuves (notamment dans l’Euphrate le 18 juillet 2011) ou encore dans les cimetières (Deir Ez-Zor, 2011) où des manifestants ont repris le slogan « les morts veulent la chute du régime ».
Au Yémen on a dressé des tentes pour occuper la « place du Changement » ; dans les tentes on exerce toutes sortes d’activités artistiques, de la musique, de l’éducation, de la formation aux droits et de la politisation. On essaie aussi de sauvegarder la vie civile en célébrant des mariages dans les tentes. Un terme a été mis à cette vie alternative par le régime qui a détruit le campement. A Sohar aussi, des tentes ont été dressées sur la « place de la Réforme ». 
La nuit est mise à profit en Syrie pour des manifestations ou des veillées aux bougies ou dans le Sultanat d’Oman où la Place de la Réforme est fréquentée dans la soirée par ceux qui travaillent en journée.
La place Slimane à Maan en Jordanie a été occupée des semaines entières (décembre 2012) par des chômeurs qui ont dressé des tentes.
Les manifestations se déroulent à des rythmes différents : quotidiennes, en Tunisie ou Syrie ou hebdomadaires (ce qui suppose un début de structuration du mouvement car ils ont une semaine pour les préparer) comme à Oman ; ou mensuelles comme au Maroc : le mouvement du 20 février se donne rendez-vous le dernier dimanche du mois. Gageons que ce rythme mensuel permet plus de structuration, et fait perdre en spontanéité, et laisse la possibilité aux forces associatives, politiques et syndicales de rentrer dans le mouvement pour l’organiser. A moins que le rythme ne soit que le résultat de cette structuration ? Dans la dernière période, les manifestations qui ont marqué le point de départ des révolutions en Jordanie, Soudan, Cisjordanie étaient quotidiennes.
Les marches sont aussi un trait marquant de ces révolutions. Les manifestants n’hésitent pas à parcourir de longues distances : les marcheurs de Taez au Yémen, ceux de la Haute Moulouya récemment au Maroc, ceux de Siliana (Tunisie) qui quittent leur ville à pied, les travailleurs d’Oman qui tentent de rallier une ville à l’autre.

L’origine des mouvements
Généralement, ils ne sont pas nés dans les capitales. En Tunisie le mouvement est parti de Sidi Bouzid, région agricole paupérisée et marginalisée, en Syrie de Deraa, région également pauvre. Dans le Sultanat d’Oman, le mouvement a eu pour épicentre Sohar, une ville industrielle, au Yémen la ville de Taez a joué un rôle moteur. Au Maroc, à la fin décembre 2010, dans une région berbère pauvre et agricole, soit deux mois avant le 20 février, date « officielle » du début du mouvement, la ville de Tinghir, notamment les chômeurs et les laissés pour compte, manifestait de façon prémonitoire. En Jordanie, les régions de Maan, Karak, Dhiba ou Tafila manifestent autant sinon plus que la capitale. En Arabie Saoudite, c’est la région ouvrière de Qatif qui est l’épicentre de la contestation. Si la dimension sociale n’est pas clairement explicitée dans les revendications, elle est induite, implicite, du fait des populations qui, les premières, se sont lancées dans la bataille ; avec partout des chômeurs souvent diplômés qui ont été le fer de lance des mouvements, à l’exception du Soudan, où le mouvement initié par les étudiants n’a pas gagné l’entièreté des populations.

Des mouvements mixtes
La mixité n’a pas été de soi partout : en Tunisie, il a fallu du temps pour que le mouvement soit réellement mixte. A tel point que dans un petit village à Mizouna, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid en Tunisie, aux premiers jours de l’Intifadha, les femmes sont sorties « elles aussi » ou « à leur tour » et ont constitué un cortège, enfants devant et hommes formant des cordons de protection. Par la suite, le mouvement s’est généralisé à l’ensemble du pays, est devenu interclassiste et a été rejoint par les étudiants et lycéens qui ont apporté la mixité. La participation des femmes obéit donc aux codes locaux, elle est le reflet de ce qui se passe dans la société. En Lybie, hommes et femmes sont séparés dans les manifestations et les femmes ont joué un rôle à la direction du CNT. En Syrie c’est souvent le cas mais les jeunes femmes essaient de briser les tabous et comme le mouvement s’y est structuré de façon clandestine, ce sont souvent des femmes qui font partie des directions et ont pris des responsabilités. Au Maroc, le mouvement est complètement mixte, à l’instar du premier spot d’appel du mouvement du 20 février : un homme, une femme. A Oman, à ceci près que les cortèges noirs sont séparés : la couleur noire, ce sont des femmes et les cortèges blancs des hommes ! Y compris lors des assemblées générales de la fonction publique, les hommes et les femmes se regroupent. Les choses ne sont pas évidentes même si les femmes gagnent une place notoire et reconnue comme au Koweït en Jordanie ou au Yémen, à tel point que le seul nom qui ait émergé au niveau international soit celui de Tawwakul Karman, prix Nobel de la Paix 2012. En Jordanie, des femmes ont organisé une manifestation spécifique. Le caractère pacifique et non-violent des révolutions facilite la participation des femmes. En revanche, tout début de militarisation les en exclut. Combien de femmes dans l’Armée syrienne libre ? Si en Libye, certaines ont participé à une rébellion armée, c’est parce qu’elles étaient militaires dans l’armée libyenne de Kadhafi, à l’instar de Naïma Rifi, colonel. Et partout les femmes ont vécu la répression générale et une répression spécifique : violées en Libye, soumises à des tests de virginité en Egypte… ou encore harcelées et violées sur la voie publique, violées en Syrie. Notons que les révolutionnaires masculins qui sont tués deviennent des martyrs et son honorés à ce titre tandis que les femmes révolutionnaires violées disparaissent de la mémoire.

Le processus enclenché le 17 décembre 2010 en Tunisie n’est pas retombé ; il n’est pas non plus en perte de vitesse et se poursuit dans nombre de pays arabes. Après la Tunisie, l’Egypte, puis le Yémen, Bahreïn, Libye, Maroc, Oman, Syrie. En 2012, la Ola s’est étendue au Soudan, à l’Arabie saoudite, à la Cisjordanie, au Koweït et à la Jordanie.

Des processus révolutionnaires ? 
On assiste à deux sortes de dynamiques : l’une franchement révolutionnaire qui se fixe l’objectif de la fin des régimes, comme c’est le cas dans la majorité des pays qui ont connu des manifestations de rue, et une seconde, réformatrice, qui demande au régime d’entreprendre des réformes. Mais il s’agit de réformes, pour certaines, tellement substantielles et contradictoires avec l’essence même des régimes qu’une dynamique révolutionnaire pourrait s’enclencher dans ce processus. Reste qu’au Maroc, les revendications encore minoritaires « le peuple veut la chute du régime » ou « La République est la solution » progressent, et à Koweït on a entendu parfois « le peuple veut la chute du tyran ». Le seul pays où le slogan « le peuple veut la réforme du régime » n’a pas été transformé depuis deux ans est le Sultanat d’Oman

Les manifestants, de Tinghir à Sohar
Ce qui est commun à tous les pays, qu’il s’agisse de mouvements réformateurs ou révolutionnaires, compte tenu de l’espérance de vie de ces pays et de la moyenne d’âge des populations (par exemple à Oman, 40% de la population a moins de 20 ans), c’est que toute la population descend dans la rue et qu’on a l’impression que ce sont des jeunes. Et parfois, il s’agit de très jeunes, puisque ce sont parfois des familles qui manifestent, quand ce ne sont pas des enfants. En Syrie, où la mobilisation a commencé par une protestation contre la torture d’enfants, il existe des manifestations d’enfants, des fillettes haranguent les foules.
Le manifestant qui descend dans la rue n’a souvent jamais manifesté de sa vie et ne savait pas la veille qu’il allait le faire. Cela se vérifie dans tous les pays au moment du déclenchement des mouvements.
Il s’agit d’une protestation profondément pacifique, de manifestations de type politique, sans velléité ni intention d’orienter ces processus vers une autre voie. La preuve en est donnée par le refus absolu de la violence. Des manifestants syriens de Deraa, dès le mois de mai, enlevaient leur chemise face aux caméras ou aux téléphones qui les filmaient pour prouver à l’opinion internationale qu’ils n’étaient pas armés, comme le prétendait le régime. Et jusqu’à aujourd’hui, deux ans après le début de la révolution, des centaines de milliers de Syriens continuent de manifester pacifiquement les vendredis. Les Yéménites, vingt cinq millions d’habitants, -il y aurait soixante millions d’armes en circulation dans le pays-, mettent un point d’honneur à laisser leurs armes à la maison quand ils manifestent. Ce mouvement à caractère pacifique et politique est général.

Spontanéité et improvisations initiales
Sans mégaphones, ni banderoles, ni mots d’ordre unifiés, les manifestants sortent à mains nues, munis de leurs seules voix et de leurs slogans improvisés ; cela dénote l’impréparation et la spontanéité de ces révoltes. Avec le temps, les mouvements se construisent, s’organisent, se dotent de structures d’organisation des manifestations et d’unification des slogans comme on le voit en Syrie où les manifestants fabriquent drapeaux, banderoles et délivrent un thème à chaque manifestation du vendredi, où les moyens techniques apparaissent (écrans, sonorisations, dessins laser dans la nuit, etc.). 
Les rues et les places ont été le théâtre de ces processus, elle a rassemblé les populations. Tout au début en Tunisie, il y avait des réunions dans les salles des unions locales ou régionales de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), mais les locaux se sont avérés d’emblée étriqués et toute réunion débouchait sur une manifestation. Des étudiants ont organisé des sit-in sur le campus, des chaînes humaines dessinant des slogans destinés à être vus d’avion, ou plutôt filmés, des petits groupes ont improvisé des flashes mob sur les rails du métro de Tunis. Dans le sultanat d’Oman, les assemblées générales des grévistes se sont tenues parfois en public. Selon les pays les manifestations se déclinent de différentes façons, reflet des modes de vie, de la répression et partant de son contournement, et/ou encore de la créativité des insurgés : en Libye on a manifesté en voiture, en Syrie, en mobylette ou à la nage et en bateau dans les fleuves (notamment dans l’Euphrate le 18 juillet 2011) ou encore dans les cimetières (Deir Ez-Zor, 2011) où des manifestants ont repris le slogan « les morts veulent la chute du régime ».
Au Yémen on a dressé des tentes pour occuper la « place du Changement » ; dans les tentes on exerce toutes sortes d’activités artistiques, de la musique, de l’éducation, de la formation aux droits et de la politisation. On essaie aussi de sauvegarder la vie civile en célébrant des mariages dans les tentes. Un terme a été mis à cette vie alternative par le régime qui a détruit le campement. A Sohar aussi, des tentes ont été dressées sur la « place de la Réforme ». 
La nuit est mise à profit en Syrie pour des manifestations ou des veillées aux bougies ou dans le Sultanat d’Oman où la Place de la Réforme est fréquentée dans la soirée par ceux qui travaillent en journée.
La place Slimane à Maan en Jordanie a été occupée des semaines entières (décembre 2012) par des chômeurs qui ont dressé des tentes.
Les manifestations se déroulent à des rythmes différents : quotidiennes, en Tunisie ou Syrie ou hebdomadaires (ce qui suppose un début de structuration du mouvement car ils ont une semaine pour les préparer) comme à Oman ; ou mensuelles comme au Maroc : le mouvement du 20 février se donne rendez-vous le dernier dimanche du mois. Gageons que ce rythme mensuel permet plus de structuration, et fait perdre en spontanéité, et laisse la possibilité aux forces associatives, politiques et syndicales de rentrer dans le mouvement pour l’organiser. A moins que le rythme ne soit que le résultat de cette structuration ? Dans la dernière période, les manifestations qui ont marqué le point de départ des révolutions en Jordanie, Soudan, Cisjordanie étaient quotidiennes.
Les marches sont aussi un trait marquant de ces révolutions. Les manifestants n’hésitent pas à parcourir de longues distances : les marcheurs de Taez au Yémen, ceux de la Haute Moulouya récemment au Maroc, ceux de Siliana (Tunisie) qui quittent leur ville à pied, les travailleurs d’Oman qui tentent de rallier une ville à l’autre.

L’origine des mouvements
Généralement, ils ne sont pas nés dans les capitales. En Tunisie le mouvement est parti de Sidi Bouzid, région agricole paupérisée et marginalisée, en Syrie de Deraa, région également pauvre. Dans le Sultanat d’Oman, le mouvement a eu pour épicentre Sohar, une ville industrielle, au Yémen la ville de Taez a joué un rôle moteur. Au Maroc, à la fin décembre 2010, dans une région berbère pauvre et agricole, soit deux mois avant le 20 février, date « officielle » du début du mouvement, la ville de Tinghir, notamment les chômeurs et les laissés pour compte, manifestait de façon prémonitoire. En Jordanie, les régions de Maan, Karak, Dhiba ou Tafila manifestent autant sinon plus que la capitale. En Arabie Saoudite, c’est la région ouvrière de Qatif qui est l’épicentre de la contestation. Si la dimension sociale n’est pas clairement explicitée dans les revendications, elle est induite, implicite, du fait des populations qui, les premières, se sont lancées dans la bataille ; avec partout des chômeurs souvent diplômés qui ont été le fer de lance des mouvements, à l’exception du Soudan, où le mouvement initié par les étudiants n’a pas gagné l’entièreté des populations.

Des mouvements mixtes
La mixité n’a pas été de soi partout : en Tunisie, il a fallu du temps pour que le mouvement soit réellement mixte. A tel point que dans un petit village à Mizouna, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid en Tunisie, aux premiers jours de l’Intifadha, les femmes sont sorties « elles aussi » ou « à leur tour » et ont constitué un cortège, enfants devant et hommes formant des cordons de protection. Par la suite, le mouvement s’est généralisé à l’ensemble du pays, est devenu interclassiste et a été rejoint par les étudiants et lycéens qui ont apporté la mixité. La participation des femmes obéit donc aux codes locaux, elle est le reflet de ce qui se passe dans la société. En Lybie, hommes et femmes sont séparés dans les manifestations et les femmes ont joué un rôle à la direction du CNT. En Syrie c’est souvent le cas mais les jeunes femmes essaient de briser les tabous et comme le mouvement s’y est structuré de façon clandestine, ce sont souvent des femmes qui font partie des directions et ont pris des responsabilités. Au Maroc, le mouvement est complètement mixte, à l’instar du premier spot d’appel du mouvement du 20 février : un homme, une femme. A Oman, à ceci près que les cortèges noirs sont séparés : la couleur noire, ce sont des femmes et les cortèges blancs des hommes ! Y compris lors des assemblées générales de la fonction publique, les hommes et les femmes se regroupent. Les choses ne sont pas évidentes même si les femmes gagnent une place notoire et reconnue comme au Koweït en Jordanie ou au Yémen, à tel point que le seul nom qui ait émergé au niveau international soit celui de Tawwakul Karman, prix Nobel de la Paix 2012. En Jordanie, des femmes ont organisé une manifestation spécifique. Le caractère pacifique et non-violent des révolutions facilite la participation des femmes. En revanche, tout début de militarisation les en exclut. Combien de femmes dans l’Armée syrienne libre ? Si en Libye, certaines ont participé à une rébellion armée, c’est parce qu’elles étaient militaires dans l’armée libyenne de Kadhafi, à l’instar de Naïma Rifi, colonel. Et partout les femmes ont vécu la répression générale et une répression spécifique : violées en Libye, soumises à des tests de virginité en Egypte… ou encore harcelées et violées sur la voie publique, violées en Syrie. Notons que les révolutionnaires masculins qui sont tués deviennent des martyrs et son honorés à ce titre tandis que les femmes révolutionnaires violées disparaissent de la mémoire.

Le processus enclenché le 17 décembre 2010 en Tunisie n’est pas retombé ; il n’est pas non plus en perte de vitesse et se poursuit dans nombre de pays arabes. Après la Tunisie, l’Egypte, puis le Yémen, Bahreïn, Libye, Maroc, Oman, Syrie. En 2012, la Ola s’est étendue au Soudan, à l’Arabie saoudite, à la Cisjordanie, au Koweït et à la Jordanie.

Des processus révolutionnaires ? 
On assiste à deux sortes de dynamiques : l’une franchement révolutionnaire qui se fixe l’objectif de la fin des régimes, comme c’est le cas dans la majorité des pays qui ont connu des manifestations de rue, et une seconde, réformatrice, qui demande au régime d’entreprendre des réformes. Mais il s’agit de réformes, pour certaines, tellement substantielles et contradictoires avec l’essence même des régimes qu’une dynamique révolutionnaire pourrait s’enclencher dans ce processus. Reste qu’au Maroc, les revendications encore minoritaires « le peuple veut la chute du régime » ou « La République est la solution » progressent, et à Koweït on a entendu parfois « le peuple veut la chute du tyran ». Le seul pays où le slogan « le peuple veut la réforme du régime » n’a pa

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