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Publié par Patrick Granet

: Capitalisme et Lutte de Classesistes ne sont pas de ceux qui brûlent des cierges dans les églises. Intervenir dans la politique de classe du capitalisme américain et de son État en faveur de l’intervention des États-Unis dans la guerre mondiale, voilà en réalité ce que réclame Rocker de la part des anarchistes américains. Cela constitue, remarquons-le, une intervention à deux degrés. Il s’agit de pousser les politiciens de Wall Street et d’ailleurs à pousser dans le massacre européen les ouvriers et les paysans américains habillés en soldats. Or c’est là une responsabilité qu’il n’appartient pas à un anarchiste de prendre, si ardemment qu’il puisse désirer la défaite de Hitler et la délivrance des populations occupées.  Rocker affirme que les droits démocratiques méritent d’être défendus et que leur abolition serait un coup mortel porté au progrès humain ; mais en même temps il demande que les anarchistes américains s’inclinent devant la suspension de leurs journaux, devant les persécutions de leurs militants, qu’ils cessent de participer à la lutte des classes – en un mot, qu’ils se taisent. Ou plutôt, il leur demande de parler, d’écrire et de manifester, mais en faveur de la militarisation du pays, en faveur de l’interdiction des grèves (qui ont, prétend-il, « miné la résistance française devant les hordes hitlériennes »), et surtout en faveur de l’envoi en Europe d’énormes masses de chair à canon à titre de « fourniture gouvernementale » (government issues, GI’s en abrégé) au massacre international.  Si les anarchistes se mettent à disposer pour la guerre de la vie des masses et de leurs intérêts les plus sacrés – ne serait-ce que sur le papier – en engageant les gouvernements à mobiliser et en prêchant la docilité à leurs ordres, qui restera-t-il pour défendre directement, en actes, la démocratie et les droits de la personne humaine ? Et de quel droit oserait-on, la guerre victorieusement terminée, prêcher à ces mêmes masses la révolte et cette prise en main de sa propre destinée qui fait de l’homme une individualité libre ?  Si les anarchistes ne gardent pas leur virginité politique à l’égard du militarisme, de l’impérialisme, du totalitarisme guerrier et de l’entre-égorgement des prolétaires – qui le gardera ? Si, dans l’impuissance relative de leur petit nombre, ils ne gardent pas du moins, contre vents et marées, l’intégrité révolutionnaire qu’ils ont, vaille que vaille, maintenue depuis près de cent cinquante ans à travers les trahisons de tous les chefs, sous l’écroulement de tous les partis de masse du prolétariat, et qui leur vaut encore l’estime du peuple et la haine de tous les pouvoirs – qui les ­écoutera désormais ?  La lutte est immense qui s’est ouverte, il y a trente deux ans, entre les impérialismes rivaux et qui se poursuit encore aujourd’hui sur la scène du monde. Si nous avions eu à notre disposition des forces immenses, nous aurions pu en épargner l’épreuve à l’humanité ; et si nous avions actuellement de telles forces, nous pourrions, par notre action directe, lui conférer une impulsion et une direction qui la ferait changer de caractère – qui en ferait une révolution émancipatrice, une liquidation de toutes les frontières et de toutes les injustices sociales, la fondation d’un monde de paix et de liberté. Le présent ne nous appartient que pour de petits actes de résistance où s’affirme la persistance d’un grand idéal. C’est notre rôle d’avenir qui est immense : nous ne le sacrifierons pas pour des résultats infimes qui, par eux mêmes, ne changeraient ni la nature des conflits impérialistes ni leur issue.  La seule forme d’action armée que les anarchistes puissent reconnaître, c’est l’insurrection, c’est-à-dire la lutte dans la liberté, par la liberté et pour la liberté. À ce titre, les anarchistes ont combattu individuellement et collectivement depuis toujours, parmi les opprimés et contre les oppresseurs. Dans la double guerre mondiale de l’impérialisme capitaliste, tous les entractes révolutionnaires, en Russie, en Europe centrale, en Espagne et, plus récemment, dans les pays en révolte contre l’occupation allemande, ont eu un caractère anarchiste et une participation anarchiste plus ou moins accentués. En ce qui concerne leur effort de résistance à l’occupation étrangère, de sabotage industriel, de lutte contre les gouvernements de collaboration, de guérilla et de fraternisation révolutionnaires, les anarchistes français, dans leur ensemble, se sont conduits de façon à n’avoir aucune leçon à recevoir de Rudolf Rocker. Et si ce dernier persistait à leur reprocher d’avoir de 1936 à 1939 affaibli le potentiel militaire de la France capitaliste par un attachement « trop étroit » aux intérêts de classe des ouvriers, ils pourraient lui répondre qu’il fallait bien que la conscience et la lutte de classe, exterminées en Allemagne, en Russie, en Extrême-Orient et dans la plus grande partie des pays occidentaux, France non exclue, se survécussent quelque part.  André Prudhommeaux. [Publié dans Le Réveil anarchiste, février 1946]  Rubriques Articles Anti-Psychiatrie / Normalité Audio Contre l’école Immigration et frontières Kultur L’Enfer-Travail Le sacré et le profane Les Illusions Gauchistes Qui sommes-nous ? 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Une petite contribution de camarades latinos sur les événements au Vénézuela...

Les trois prises de position qui suivent ont été publiées entre 2013 et 2015 par divers camarades de lutte. Bien que deux années se soient écoulées depuis, nous sommes convaincus de ce que leur contenu ne manque pas d’actualité, et tout au contraire, le bilan qui y est fait correspond assez à ce qui se passe dernièrement dans la région des Caraïbes.

Comme chacun le sait, les matériaux que nous publions sur ce blog ont toujours eu pour objectif de s’écarter de la roue idéologique qui est présente tout autant dans les médias de gauche que de droite. Si notre réalité locale nous dépasse généralement, par conséquent ce qui se passe en dehors de nos frontières encore plus. Cependant, se limiter à abandonner tout effort pour susciter des critiques, à les divulguer et les discuter, n’a pas de raison d’être. Des contributions comme celles-ci ne doivent pas être comprises comme étant définitives, mais bien comme des efforts qui font partie d’un processus continu, comme de simples (mais nécessaires) contributions pour forger nos propres alternatives de lutte, autonomes et véritablement révolutionnaires à partir de la critique radicale. De toute évidence, donner une réponse précise à toutes les implications concernant le terrain pratique de la lutte, ainsi que les innombrables tâches que comporte son organisation, tout cela ne sera pas résolu en quelques lignes écrites, ni ne s’obtiendra mécaniquement ou à court terme, et encore moins avec volontarisme et immédiatisme. Les échecs et les revers constants doivent se produire dans les rues pour entrevoir les progressions.

Pendant ce temps, décrivant un peu la question que nous abordons, il nous semble pertinent de souligner et de résumer les éléments suivants : se placer sous la bannière du faux antagonisme « impérialisme yankee contre démocratie socialiste latino-américaine », c’est accepter aveuglément de se précipiter dans le vide, c’est prendre part à un simulacre d’opposition qui va nous conduire inévitablement à ce que les choses restent en l’état (ou qu’elles deviennent pires qu’auparavant). C’est pour cela que lorsque nous brandissons la consigne « Ni chavisme ni opposition », nous ne sommes pas en train d’utiliser un simple slogan perturbant, loin de là, nous sommes en train d’exposer sans détours une réalité qui a été mystifiée et déformée pendant des années par toutes les fractions de la bourgeoisie.

L’autoproclamée révolution bolivarienne n’est pas le moins du monde opposé au capitalisme. Le socialisme du XXI° siècle, c’est du réformisme tout court, encadré dans la continuité des tâches démocratiques bourgeoises, à savoir : la défense de l’économie, de la valeur, de l’État, de la nation, du progrès développementaliste.

De plus, ni Hugo Chavez ni Maduro n’ont été des dictateurs fascistes, tout au contraire, ils sont aussi démocrates que leurs homologues exigeant « la libération des prisonniers politiques au Venezuela » (évidemment en se référant exclusivement aux prisonniers de la MUD). Tous les citoyennistes, conservateurs, démocrates qui cyniquement et hypocritement s’indignent et dénoncent la répression policière menée par le gouvernement bolivarien, simultanément dans « leurs propres pays », ils font aussi offices de complices, de dénonciateurs, de commanditaires et même de participants directs à la répression et au massacre des prolétaires précaires, paupérisés et marginalisés qui luttent contre l’exploitation et le pillage effectué par les entreprises pétrolières, gazières et minières.

La lutte révolutionnaire que nous revendiquons pour détruire le Capital doit s’opposer dans la même veine à tous les États nationaux, en les réduisant à moins que des décombres ; indépendamment de l’adjectif qui les caractérise, l’idéologie qu’ils proclament, ou le personnage ou le groupe qui est à la tête ; ceci est une affirmation incontournable de notre programme historique.

Publié en espagnol sur le blog Materiales.
Traduit en français par Guerre de Classe.

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