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Publié par Patrick Granet

Benoit Bohy-Bunel

13 avril 2016

Si les droits des travailleurs sont remis en cause, le mouvement de contestation sociale qui vient dénoncer cette remise en cause se voit confronté à un problème d'ordre théorique et stratégique.

Qu'est-ce à dire ? Des lois comme la loi El Khomri sont d'abord riches d'enseignement. Le système qui met en avant les finalités que sont la « croissance », la « productivité », la«compétitivité », s'il assure qu'une légalité permettant son fonctionnement n'exclut pas la négation des intérêts vitaux de la classe laborieuse (qui rend possible pourtant la création de la valeur, au sens strict), fait à cet instant un aveu explicite. D'une certaine manière, et de façon paradoxale, ce système s'auto-dénonce. De façon impudique, il proclame que ce qui est pour lui« vertueux » correspond, dans les faits, à une occultation des vécus qualitatifs concrets de ceux qui font « fonctionner » la machine, c'est-à-dire correspond à ce qui est scandaleux en soi.

Cet aveu est une aubaine : la classe qui détient le capital, et l'Etat qui défend ses intérêts, nous donnent le bâton pour qu'on les batte. Un cynisme aussi clair nous indique définitivement que le système n'a absolument rien de « sain » (fait que le mythe des « Trente glorieuses » tendait à nous faire oublier). Une démonstration aussi radicale d'un mépris institutionnalisé est un appel à l'insurrection.

Quel est le sens d'une « provocation » ? Celui qui provoque s'attend à une réaction proportionnée à l'ampleur de la provocation. La loi El Khomri sera une ultime provocation, qui appelle une réponse à la mesure du scandale. Dans ce contexte, on ne saurait la réduire à une énième réforme dont il s'agirait simplement d'exiger la « refonte », ou même « l'abolition ». Il y a là plutôt un saut qualitatif qui se joue. Le système de la valeur accumulée montre son vrai visage, et il faudrait savoir saisir cette occasion.

L'inconscient des agents d'entretien du système républicain est un vaste champ de ruines que nous pourrions explorer. Ici, des idéaux de jeunesse abandonnés, des renoncements, des abdications. A l'endroit où ils se trouvent, règne en maître une « double pensée » (Orwell) en laquelle il s'agit de formuler, sur un mode phatique, des prescriptions technocratiques désincarnées dont on a pleinement oublié la signification proprement « humaine ». Leur connexion sociale se résume à l'analyse quantitative de « courbes » ou de « graphiques », de« sondages » ou de « statistiques », qui n'a plus rien de tangible. Une parole émerge alors, au sein de ce marasme pathétique : la « vertu » de ce système, nous disent-ils, correspond à la nécessité de piétiner ceux qui permettent son fonctionnement. Et soudainement, ils nous délivrent, indirectement mais certainement, une amère vérité, que nous avions préféré ne plus voir : le système en question, pas une seule seconde, n'a pour finalité la prise en compte et la reconnaissance positive de ses membres laborieux.

Un individu qui reconnaît que sa « vertu » consiste en l'occultation-destruction des autres se dénonce lui-même : sa provocation appelle une réaction proportionnée. De même, un système qui rend possible des lois comme la loi El Khomri est un appel à sa radicale remise en cause, à sa radicale destruction. Inconsciemment, les agents d'entretien du système républicain, en proposant ou en soutenant des projets aussi scandaleusement négateurs de l'humain, savent qu'ils susciteront une réaction proportionnée : ils sont guidés malgré eux par une logique irréversible, qui est la logique de l'auto-dépassement du capitalisme, vers une société post-capitaliste.

Il faudrait donc que nous puissions nous situer à la mesure du scandale. Deux options sont à envisager dans ce mouvement de lutte contre la loi El Khomri : ou bien nous revendiquons exclusivement la suppression de la loi (et ainsi, si nous obtenons gain de cause sur ce terrain, nous pourrons retourner à nos activités « normales", nous pourrons continuer à survivre dans un système qui aura pourtant exhibé aussi fièrement son nihilisme intrinsèque) ; ou bien nous profitons de cette occasion pour promouvoir, de façon plus globale, la destruction radicale du système, et le passage à de nouvelles formes sociales et économiques.

Les deux options, bien sûr, ne s'excluent pas mutuellement. D'abord, dans un contexte qui n'est pas encore révolutionnaire, il faut bien sûr défendre les droits des travailleurs s'ils sont menacés, dans la mesure où, tant que le capitalisme n'a pas été détruit, il faut pourtant bien vivre, et ce dans les meilleures conditions possibles. Mais il devrait être possible aussi, et même nécessaire il me semble, de tenir ensemble les deux finalités : dans le temps où nous défendons les droits des salariés, dans le temps où nous tentons de réduire les inégalités au niveau de la distribution des marchandises et de la valeur, dans le temps où nous souhaitons éviter que la politique politicienne produise des dégâts irrémédiables, nous pourrions préparer l'avènement d'une société en laquelle seraient abolis le travail, la propriété privée des moyens de production, la marchandise, la valeur, et l'Etat. La focalisation présente sur la loi El Khomri (qui n'est pas qu'un prétexte, mais plutôt un détonateur) ne se priverait pas d'un horizon révolutionnaire, et d'un projet post-capitaliste.

Etre à la « hauteur » de l'aveu scandaleux qui vient de nous être fait, être à la hauteur d'une provocation qui dévoile le système en son être amoral et nihiliste, ce pourrait donc bien être cela : défendre une lutte plus radicale, défendre une remise en cause fondamentale des règles du jeu économique et social, par-delà tout réajustement cosmétique inessentiel.

La loi El Khomri nous dévoile l'être du travail en régime capitaliste. Sachons retenir cette leçon. Quelle est cette leçon ? Le travail, d'abord, est en crise. La révolution micro-informatique a rendu de moins en moins indispensable le travail vivant. Le recours massif à l'automatisation de la production, permettant des gains concurrentiels, produit une inutilité relative d'un bon nombre de travailleurs. Mais précisément, cette inutilité n'est que relative : car, fondamentalement, le système capitaliste a besoin, en sous-main, du travail vivant exploité, pour que s'accumule, et même pour que se maintienne, la valeur, la force de travail étant la seule « marchandise » susceptible de créer plus de valeur qu'elle n'en coûte. Face à cette contradiction, le capitalisme se confronte à une radicale et irréversible dévalorisation de la valeur. Le travail, devenu inutile, se met à affirmer son irréductible nécessité. La traduction politique de cette tension inhérente au capitalisme n'est pas une ultime reconnaissance des travailleurs, mais bien plutôt leur précarisation irrémédiable, via une législation appropriée : car l'extraction de plus-value doit se faire plus « agressive », plus « efficace », dans la mesure où le système se confronte à la potentialité de son auto-destruction.

Autre enseignement : le travail ne vaut pas en tant qu'il produit des valeurs d'usage concrètes, susceptibles d'avoir une utilité sociale concrète et vertueuse, mais il ne vaut qu'en tant qu'il permet une « croissance » quantitativement et abstraitement appréhendée. Avec la loi El Khomri, c'est l'idée de « travail en général », de travail « tout court » qui émerge : peu importe votre activité, la manière dont vous vous reconnaissez en elle, et la manière dont elle sert le bien commun ; ce qui importe, c'est d'abord le fait qu'elle soit activité salariée productrice de valeur abstraite. Car la « croissance » qui inquiète tant les Politiques n'est elle-même qu'un enjeu désincarné, par-delà tout projet raisonnable ou authentiquement humain.

La loi El Khomri nous dévoile l'être de l'Etat républicain en régime capitalise. Sachons retenir cette leçon. Quelle est cette leçon ? L'Etat n'est plus que le gestionnaire du capitalisme. Ses finalités (productivité, compétitivité) peuvent toutes être ramenées à la notion de profit (profit qui concerne une infime minorité de la population). La manière dont il définit sa gestion du tout social renvoie à une façon de privilégier systématiquement un ensemble d'intérêts privés négateurs du bien-être commun. La « double pensée » qu'il porte consiste à faire passer certains enjeux vagues et mal définis (croissance) pour des questions concernant quelque« intérêt général » abstrait et immédiatement séduisant. Mais tout universel abstrait, pourtant, recouvre un particulier concret à tendance totalitaire se faisant passer fallacieusement pour le tout là où il n'est qu'une partie non représentative de ce tout. Avec des lois comme la loi El Khomri, l'Etat républicain nous fait un aveu : pour lui, la liberté n'est jamais que la liberté d'entreprendre (ou de consommer) ; mais cette liberté est le contraire de la liberté politique au sens strict, qui est une liberté positive en actes et en paroles ; pour lui, l'égalité est une égalité quantitative qui concerne la sphère de la circulation des biens ; mais cette égalité repose sur le principe inégalitaire par excellence (l'exploitation). Prendre acte de cet aveu, c'est prendre acte d'un fait important : l'Etat qui affirme lui-même la nécessité de défendre les principes démocratiques est en train d'affirmer lui-même qu'il revendique sa propre abolition, dans la mesure où il défend le contraire de la démocratie. Telle est la conséquence de la « double pensée » en milieu démocratique : les « représentants » au pouvoir exigent eux-mêmes, certes inconsciemment, qu'on les renverse, et que l'on fasse cesser leur mascarade. S'ils étaient conséquents, et s'ils comprenaient réellement ce que signifie leur défense de la « démocratie », ils voudraient eux-mêmes ne plus gouverner, et reconnaîtraient la légitimité de tout mouvement de désobéissance civile. Sur ce point donc, écoutons-les, et soyons conformes à leur souhait inconscient : abattons leur système, puisqu'ils paraissent tant le désirer (quoiqu'ils ne le sachent pas eux-mêmes...).

Il serait absurde de vouloir sauver ce qu'on appelle « l'économie réelle » en s'attaquant à la loi El Khomri. Car ce qu'on appelle idéologiquement « économie réelle » en milieu capitaliste est en réalité le règne de l'abstraction, la négation de toute qualité et de tout projet conscient. L'« économie réelle », c'est le mouvement tautologique et autoréférentiel AMA' (Argent-Marchandise-Davantage d'argent). Le capitaliste achète des facteurs de production (AM), puis voit sa valeur de départ augmenter (A') dans la mesure où le travailleur a effectué un surtravail. Dans ce procès, c'est l'argent en tant qu'abstraction quantitative qui est au départ et à l'arrivée du mouvement. Ne compte que l'abstraction en tant qu'abstraction. Le fait que les produits du travail aient une certaine utilité sociale (ou inutilité) ne compte absolument pas ; le fait que le travailleur se « reconnaisse » dans son travail, ou dans sa fonction sociale, ne compte absolument pas, car il n'est jamais qu'un agent de la valeur, une partie aliquote d'un tout numériquement défini. La croissance, donc, que promeut l'Etat gestionnaire du capitalisme, cette croissance qui concerne quelque « économie réelle » confusément appréhendée, n'est en réalité que la négation d’une dimension concrète et consciente (soit réelle) dans les sphères de la production et de la circulation. Si le mouvement qui s'oppose à la loi El Khomri ne remet pas en cause ces règles du jeu (l'argent pour l'argent, en l'absence de tout contrôle conscient des sphères économique et sociale), s'il ne s'agit que de rendre « plus vertueux » le système du salariat, ou de la valorisation des biens, nous n'aurons pas su nous situer à la hauteur du scandale et de l'aveu (auto-dénonciation) dont il est ici question.

Certains « penseurs officiels » du mouvement parisien ne sont pas à la hauteur du scandale. Lordon, en se focalisant trop souvent sur la dénonciation du système « pernicieux » de la finance, indique qu'il se satisferait très bien d'ajustements cosmétiques (donner plus de pouvoir à l'Etat, régulation des flux financiers, etc.). Mais la finance n'est jamais que la manifestation, en superficie, des folies provoquées par ladite « économie réelle » (AMA'). Déplorer les« ravages » de la finance sur un mode indigné est stérile et inefficace (et cela peut même donner lieu à un antisémitisme rance). La finance ne produit des ravages que parce que« l'économie réelle" est en elle-même folle et absurde (elle est un monde qui marche sur la tête, un système qui inverse la fin et les moyens). La finance ne produit ce qu'elle produit que parce qu'elle est dépendante d'une sphère productive en elle-même folle et absurde : système du travail abstrait, de la valeur, et de la marchandise. Donc si l'on déplore la folie financière (chose stratégiquement dangereuse), on est en train de dénoncer les catégories du travail, de la valeur, de l'argent, de la marchandise. Mais alors, autant s'en prendre immédiatement à la racine du problème, et commencer par déconstruire ces catégories naturalisées par les économistes« bourgeois » (chose que Lordon, toujours inconséquent, ne fait pas sérieusement).

Un mouvement de lutte radicale ne doit pas s'approprier les catégories établies par le système qu'elle combat pour simplement viser leur « purification ». Elle doit créer de nouveaux points de vue. Car c'est au sein de la logique de ces catégories que se situe le point critique : par exemple, la logique de la valeur comme fin en soi, inséparable de la catégorie du travail comme abstraction, produit une totale absence de contrôle de la part des gestionnaires de la production ; ceci est en soi une pourriture du système, et ce n'est pas en « modifiant » de l'intérieur de telles catégories que l'on pourra sortir du marasme que nous déplorons (ceci pose, par exemple, de façon très précise, un problème écologique de premier ordre : l'automouvement de la valeur, qui rend impossible toute limitation consciente de la production, nous engage vers une fuite en avant désastreuse écologiquement parlant). Les communistes « traditionnels », en s'engageant dans le mouvement, voudraient aujourd'hui faire passer leur petit message : il s'agirait de revendiquer une distribution plus « égalitaire » des catégories capitalistes (valeur, marchandise, argent, travail). Autant dire qu'il s'agirait d'embourgeoiser les prolétaires (mais alors, ils ne seront plus jamais susceptibles de lutter par la suite). En nous réappropriant de la sorte les catégories capitalistes, nous ferions vivre l'esprit capitaliste d'une façon dangereuse, soit cet esprit par lequel aucun contrôle humain dans la sphère économique n'est possible. Trop de« communistes » aujourd'hui font vivre l'esprit du capitalisme (Mélenchon, NPA, Friot, etc.). Etre à la hauteur du scandale et de l'aveu que constitue la loi El Khomri, ce serait donc critiquer radicalement les catégories de base du capitalisme, plutôt que de revendiquer leur« purification », dans la mesure où leur caractère fondamentalement destructeur et inconscient aurait été dévoilé.

Bernard Friot, de son côté, propose précisément un système de la valorisation et du salariat qui serait « purifié ». Il ne remet pas en cause le système de la valeur ou du salariat, mais tend au contraire à les magnifier. Par ailleurs, en maintenant une logique étatiste, dans son utopie niaise et irréalisable, il oublie que la logique de l'Etat, historiquement, est celle des Etats-nations. Il n'y a pas d'étatisation sans nationalisme. Et, par ailleurs, il n'y a pas de nationalisme en dehors du cadre du libre-échange. Les Etats-nations se sont constitués dans le cadre d'une économie de marché qui tendait à se mondialiser, dans laquelle les Etats, partenaires ou concurrents, devaient souscrire aux injonctions associées à l'accumulation de la valeur. Il est proprement impossible, dans cette mesure, de proposer une remise en cause des règles du jeu capitaliste dans un cadre étatique, c'est-à-dire dans un cadre nationaliste. C'est bien là l'écueil de tout « communisme réformiste », s'il est possible d'employer ce terme : en dernière instance, les règles du jeu productiviste sont admises, et l'on se contente de modifier superficiellement un système qui dès lors verra ses aberrations et ses folies, souterrainement, se consolider. Par ailleurs, Bernard Friot, en réhabilitant parfois une méritocratie inégalitaire rance (les plus diplômés seront les mieux rémunérés, dans le cadre de son concept de « salaire à vie »), ne retient pas même les leçons de Bourdieu, si bien que, même sur le terrain de l'égalitarisme, il ne tient pas vraiment la route. Ce ne peuvent être de tels individus, trop bien installés dans une institution qui ne voit pas en eux un bien grand danger, qui pourraient porter un discours alternatif à la mesure des enjeux soulevés par le mouvement de lutte sociale contre la loi El Khomri.

Nous ne saurions non plus revendiquer l'avènement d'un nouvel Etat Providence. L'Etat Providence promulgue des lois qui rendent plus vivable l'aliénation au travail, mais il accroît aussi la servitude attachée à l'esclavage moderne. Par ailleurs, l'Etat Providence aura tendance à purifier la logique de la valeur, soit à consolider le système économique par lequel nul contrôle humain conscient n'est possible. L'Etat Providence est bien souvent, certes paradoxalement, d'abord une aubaine pour les capitalistes (lesquels, inconsciemment, ont tendance à détruire leur propre système). Pire, l'Etat Providence, outre le fait qu'il ne peut jamais être durable, selon une mécanique cyclique inexorable, tend à retarder la crise, et à faire oublier les aberrations et les folies qui se développent souterrainement. Nous ne pouvons souhaiter un retour aux trente glorieuses : car les trente glorieuses, mécaniquement, ne peuvent pas empêcher la crise de 2007.

Des simples réformes politiques, formulées dans le langage de la politique (dans le langage du pouvoir séparé de la pensée et de la pensée séparée du pouvoir) ne sont absolument pas utiles. Ce genre de projet est même pernicieux, dans la mesure où il tend à réduire le point critique à de pseudo-enjeux de souveraineté citoyenne, là où le problème se situe davantage au niveau des rapports de production. Mélenchon, avec sa sixième République, sa nouvelle Constitution, est inepte, outre le fait qu'il développe un populisme rance, un communisme-capitaliste, et une nationalisme déguisé : en se focalisant sur la superstructure politique, il suppose que la politique politicienne serait le terrain sur lequel se situeraient les enjeux principaux de la lutte ; il oublie que le système auquel il appartient ne saurait jamais avoir le moindre « impact » sur la restructuration radicale des conditions économiques ; occultant complètement les bases de tout matérialisme historique, il produit un discours abstrait inefficient qui se dissout dans le bavardage spectaculaire en lequel on marchande à bon prix diverses marchandises idéologiques indifférentes.

Etienne Chouard, dont la pauvreté intellectuelle n'est plus à prouver, en bon confusionniste rouge-brun, mélange populisme, nationalisme, et socialisme, dans un imbroglio incongru. Telle la poule épatée par un couteau, il a peut-être lu Arendt, et a redécouvert par ce biais lesdites« vertus » de la polis athénienne. Ses idées, qui se comptent sur les doigts d'une main, font non seulement l'impasse sur le matérialisme historique, mais sont en plus totalement absconses : ne compte que l'acte d'apparaître pour manifester sa petite originalité. Pourquoi ne pas relire Arendt, qui formule beaucoup plus clairement ce genre d'idées (et sans l'arrière-fond fasciste) et pourquoi diffuser ce genre de conneries dangereuses, qui n'aident en rien la lutte à avancer ? Ces moments de contestation sont trop importants pour que nous continuions à donner la parole à de tels clowns dangereux. A ce dont se satisfait l'esprit, on peut mesurer l'ampleur de sa perte!

Faisons donc taire ceux qui voudraient être les « penseurs officiels » du mouvement qui est en train de naître. S'il s'agit d'un mouvement autonome, s'il s'agit de la création d'une brèche, d'une alternative radicale, nous ne devrions pas avoir besoin d'intellectuels spécialisés, ou médiatisés, qui appartiennent à l'ancien monde, et qui consolident un rapport de maître à disciple, de « fans » à « stars », de prolétaires symboliques à « people » (rapport spectaculaire par excellence, qui s'oppose à toute forme d'émancipation).

Je n'ai fait ici que parler en mon nom. Et, si je dis « nous », c'est que j'ai cru, en dialoguant avec certains camarades, qu'il pouvait y avoir des préoccupations communes. J'assume néanmoins mes propos en première personne, et considère que ce « nous » est plus une communauté que je souhaite qu'une réalité figée et définitive.

Personnellement, j'aimerais me situer à la hauteur du scandale et de l'aveu que dévoile la loi El Khomri. Cela signifie pour moi : m'insérer dans la lutte en revendiquant l'abolition du travail, de la valeur, de la marchandise, de l'argent, et de l'Etat, pour préparer une société où l'auto-organisation et la démocratie directe régneraient.

13 avril 2016.

Benoit Bohy-Bunel

(texte extrait de son blog)

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