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Publié par Patrick Granet

Un campement insalubre de plus d’un millier de migrants, qui s’était récemment reconstitué dans le nord deParis, était en cours d’évacuation, tôt vendredi 22 juillet.

Entre 1 200 et 1 400 personnes, pour la plupart des hommes originaires d’Erythrée, de Somalie ou d’Afghanistan, avaient été recensées ces derniers jours dans ce campement situé entre les stations de métro Jaurès et Colonel-Fabien, à cheval sur les Xe et XIXe arrondissements.

Lire aussi : Que deviennent les migrants évacués des campements parisiens ?

Mouvements de foule

L’évacuation a commencé vers 6 h 30. Des centaines de personnes, quasi exclusivement des hommes, étaient massées sous le métro aérien, attendant de pouvoir monter dans des bus. Une centaine de personnes vulnérables (femmes isolées, enfants, familles) ont été prises en charge en premier.

Il y a eu, peu après le début de l’opération, des mouvements de foule. Les gens se sont pressés pour monter dans les bus qui arrivaient au compte-goutte. Les forces de l’ordre les ont alors repoussés en utilisant des bombes lacrymogènes. Les cars doivent les conduire dans des centres d’hébergement en Ile-de-France et en province. Mille cinq cents places ont été mobilisées, dont environ cinq cents en gymnase, pour cette opération, la 26e du genre en un an.

L’opération s’est déroulée en présence du préfet de région Jean Francois Carenco, de la préfète de Paris Sophie Broca, de représentants de la mairie de Paris, d’associations (Emmaus, France Terre d’asile) et de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration).

Lire aussi : Pour le Défenseur des droits, la France discrimine ses étrangers

Epuisement

Ces derniers jours, la foule s’était installée progressivement sur le terre-plein central envahi par des centaines de tentes et de matelas, au milieu des détritus et des flaques d’urine. Leweek-end dernier, des rixes avaient éclaté entre migrants, nécessitant l’intervention de policiers et CRS.

Pierre Henry, directeur de France Terre d’asile, confie son « sentiment d’épuisement » :

Lire aussi : Les associations demandent la réquisition de bâtiments publics pour les migrants

Depuis un an, les campements se sont régulièrement reconstitués dans les quartiers proches de la gare du Nord, débouchant à chaque fois sur une évacuation. Au début du mois de mai, plus de 1 600 migrants vivant sous le métro aérien Stalingrad, dans le nord de Paris, avaient été évacués. L’opération constituait un record pour la capitale. Les pouvoirs publics cherchent désormais à intervenir le plus en amont possible, lorsqu’un campement s’installe dans la capitale, pour éviter qu’il ne grossisse.

Capacités insuffisantes

La Coordination française pour le droit d’asile (CFDA), qui regroupe des associations d’assistance aux migrants, a déploré jeudi le « harcèlement policier et administratif » dont sont victimes les personnes exilées, alors que « la France a l’obligation d’accueillir dignement et d’héberger l’ensemble des personnes qui demandent une protection sur son territoire ».

Mais, « en dépit de créations importantes de places d’hébergement, les capacités demeurent insuffisantes ». La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé la création à la mi-septembre d’un centre humanitaire de réfugiés dans le nord de la capitale.

Camp humanitaire : l’Etat et Paris en quête de compromis

A quoi ressemblera le camp humanitaire de la capitale ? Depuis l’annonce mercredi 1er juin par la maire de Paris, Anne Hidalgo, de la construction d’un lieu de premier accueil pour les migrants, la Place Beauvau s’était limitée à un laconique : « L’Etat se prononcera sur le projet quand il aura pu prendre connaissance de ses objectifs, de son articulation avec le droit au séjour et avec les dispositifs nationaux »…

Jeudi 9 juin, le préfet de région, Jean-Louis Carenco, a estimé qu’il y avait « deux voies possibles ». « Soit la maire de Paris veut construire un centre d’accueil et d’orientation de plus, en modulaire. Soit elle veut faire un campement avec un toit… Mais il sera très vite plein », a-t-il prévenu, montrant du même coup l’option qu’il préfère.

Un espace inconditionnel de transit et de répit

Le représentant de l’Etat oppose un accueil inconditionnel, non contrôlé, qu’il qualifie de « camp avec un toit », à un autre où les migrants sont enregistrés et doivent déposer une demande d’asile. Un schéma plus en ligne avec la pratique du ministère de l’intérieur et de ses représentants. C’est sur ce modèle qu’a été construit le centre d’accueil provisoire (CAP) de Calais. Pour bénéficier d’un lit dans un conteneur, ou seulement y entrer, l’exilé doit s’y enregistrer....

Les associations demandent la réquisition de bâtiments publics pour les migrants

Elles ont toutes signé ! La dizaine d’associations qui travaillent auprès des migrants à Paris signent ensemble lundi 9 mai une lettre au gouvernement demandant un plan d’urgence pour les réfugiés, avec réquisition de locaux d’Etat si nécessaire. Parmi elles, notamment, la Fondation Abbé Pierre, le Samusocial de Paris ou encore l’Armée du salut ont apposé leur signature au document.

Les signataires essaient depuis des mois de construire une relation de confiance avec les migrants et les réfugiés qui campent dans les rues de Paris. Untravail mis à mal, selon eux, par l’expulsion violente du lycée Jean-Jaurès, mercredi 4 mai.

Ceci, ajouté à la réservation dans plusieurs centres de rétention administrative (CRA) de places où devaient être enfermés certains des 300 migrants évacués, a été la goutte d’eau. Même si les envois en CRA n’ont apparemment pas eu lieu, la confiance n’est pas au beau fixe entre l’Etat et les humanitaires. Les signataires le rappellent avant de demander un plan cohérent du gouvernement, à la hauteur du phénomène qui commence à se voir dans les rues de Paris.

Plan d’urgence

« L’évacuation du 4 mai marque la limite des mesures engagées par l’Etat pour accueillir les personnes fuyant leur pays, victimes de la guerre et de l’extrême pauvreté », insistent ces acteurs qui mercredi avaient refusé de participer à cette « opération qui, mal préparée ne présentait pas les conditions minimales de respect des droits fondamentaux et la dignité des personnes ». Ce dont Le Monde, présent sur place aux côtés des délogés, a pu témoigner.

Lire : Expulsion manu militari des migrants du lycée Jean-Jaurès

image: http://s1.lemde.fr/image/2016/05/09/534x0/4916021_6_526c_le-campement-de-refugies-de-la-station_c45a37ad54341b1bf6ef97b164595073.jpg

La dizaine de signataires demandent « au gouvernement de réaffirmer ces principes et de respecter ses engagements humanitaires et internationaux à l’égard de tous les migrants présents sur le territoire, à Paris comme à Calais ». Le seul moyen à leurs yeux de sortir de l’impasse dans laquelle s’enferre lepouvoir – refusant de considérer les arrivées de migrants comme un flux constant et non comme un « stock » qu’il faudrait apurer de temps à autre – est à leurs yeux la mise en place d’un plan d’urgence.

Pour Florent Guégen, le directeur de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), poids lourd du secteur avec ses 800 associations – « la mobilisation de plusieurs milliers de places nouvelles pour accueillir dignement les migrants et réfugiés, y compris via la réquisition, est une absolue nécessité ». Cette prise de position est encore plus forte lorsqu’on se souvient que le président de la Fnars n’est autre que Louis Gallois, ancien patron d’EADS, passé commissaire général à l’investissement (2012-2014) sur proposition du premier ministre Jean-Marc Ayrault…

L’Etat condamné 135 fois pour entrave au droit d’asile

Toutes ces associations, qui ne veulent pas de concurrence des pauvretés, dénoncent aussi les délais d’attente en préfecture dans toute l’Ile-de-France pourfaire enregistrer les demandes d’asile, qui accroissent le séjour dans la rue des publics demandant la protection de la France. L’Etat vient d’ailleurs d’être condamné – en la personne du préfet de police, reconnu coupable 135 fois en l’espace de deux semaines d’entrave au droit d’asile –, sans qu’il ne mette pour autant les moyens appropriés pour respecter la loi.

La semaine dernière, la maire de Paris, Anne Hidalgo, avait relancé son idée de maison des migrants après l’évacuation de plus de mille personnes du camp de Stalingrad. La reconstitution récurrente de ce campement montrait à ses yeux qu’il fallait désormais que le gouvernement change de méthode et cesse d’attendre la reconstitution de lieux dortoirs au milieu des rues de la capitale pour envisager des hébergements. Elle voit son antienne reprise par le milieu associatif.

Samedi, la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, embêtée par le refus de France Terre d’asile et d’Emmaüs Solidarité de participer à l’évacuation de mercredi, a rédigé une lettre alambiquée sur son compte Twitter. Elle y souligne à la fois l’impossibilité de continuer à gérer les arrivées dans Paris de la sorte, tout en se félicitant de ce qu’a réalisé le gouvernement. Un exercice d’équilibrisme politique qui risque d’avoir du mal à tenir dans la durée.

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par Outbrain

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