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Publié par Patrick Granet

Nuit Debout est différent du 15M espagnol, d’Occupy, des Aganaktismeni grecs, du Gezi turc, du YoSoy132 mexicain, et de tous les autres mouvements antérieurs, même si il faut le penser dans le contexte de la vague des mouvements post-2010. On ne peut leur ôter certaines caractéristiques communes qui les définissent, comme par exemple l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux pour communiquer, se coordonner et s’adresser à la société dans son ensemble. Chaque contexte est unique et ne peut être répété, mais nous avons appris beaucoup de travailler ensemble.

Cette lettre est une réponse à celle publié sur Paris-Luttes.info le 10 Juin :
Lettre ouverte d’Occupy Wall Street à Nuit Debout : Nuit Debout, méfiez-vous !

Nuit Debout est différent du 15M, d’Occupy, des Aganaktismeni grecs, du Gezi turc, du YoSoy132 mexicain, et de tous les autres mouvements antérieurs, même s’il faut le penser dans le contexte de la vague des mouvements post-2010. On ne peut leur ôter certaines caractéristiques communes qui les définissent, comme par exemple l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux pour communiquer, se coordonner et s’adresser à la société dans son ensemble. Chaque contexte est unique et ne peut être répété. Il définit la complexité de chaque mouvement dans sa situation sociale, politique, économique et historique.

Désirant lire l’analyse (pas encore publiée) sur ce nouveau, mais attendu, mouvement français, je partage ce que j’ai observé durant mes deux années dans le pays et pendant ma participation à la gestation et à l’évolution du Mouvement Nuit Debout place de la République à Paris.

En tant qu’activiste de la constellation du 15M à Barcelone, quand je suis allée vivre au « pays de la révolution » j’ai contacté les mouvements et collectifs afin d’y participer et d’y être active. Ce que j’ai trouvé était bien différent de ce que j’attendais : des collectifs intéressants mais dont la tendance était de travailler au sein de leurs cercles d’affinité, collaborant peu entre eux et manifestant peu d’intérêt pour ce qui se passait ailleurs en Europe et dans le monde. Leurs structures et leurs récits renvoyaient à d’autres époques et l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux était basique, avec un message politique qui n’éveillait pas d’intérêt massif dans la rue ou pour les nouvelles générations.

Il était important pour moi de comprendre que le temps historique en France n’est pas le même qu’en Espagne, son baby-boom ayant lieu après la Seconde Guerre mondiale et le nôtre après la dictature. Ainsi aujourd’hui les personnes issues de ce baby-boom approchent les 65 ans. Ils-Elles appartiennent à des générations qui ont lutté en leur temps mais qui n’ont pas, jusqu’à aujourd’hui passé le relai aux suivantes.

Jusqu’à ce qu’apparaisse Nuit Debout.

L’identité de Nuit Debout comme mouvement a en effet été forgée par le travail des gens qui ont lancé les réseaux sociaux « Nuit Debout » (face aux autres slogans utilisées comme « Nuit Rouge, Rêve Générale ou Jour et Nuit Debout »). Ce sont des personnes appartenant à ces nouvelles générations, qui font partie de ce que l’on appelle déjà la « société en réseau ». Pour le #31mars, nous avons conçu une ligne éditoriale qui cherchait à catalyser ce moment, avec l’intention de rompre avec la peur imposée par la doctrine du choc (une société qui a peur ne peut pas faire peur aux pouvoirs) et arriver avec un récit renouvelé et avec plus du sens à la société, pas juste aux « gens déjà en lutte ».

Le groupe qui a travaillé sur les réseaux sociaux s’est formé deux semaines avant le #31mars. Il était constitué de personnes de différents collectifs et de trajectoires diverses (et une majorité de femmes), qui, pour la plupart ne se connaissaient pas auparavant. Aujourd’hui il s’est agrandi avec de nouveaux-elles venues dans l’équipe, de Paris et de toute la France. Il a diversifié ses canaux de communication et ses outils en se coordonnant avec le réseau organique, très riche et varié des médias nés du mouvement Nuit Debout : Agence debout presse, Bulletin Debout, Gazette Debout, RadioDebout, TVDebout, ReportersDebout, des streamers et beaucoup d’autres.

Le succès des comptes Facebook et Twitter est retentissant : plus de 48 000 sur Twitter et 168 000 sur Facebook, sans compter les autres réseaux (Instagram, Snapchat, Tumblr…), en plus de ceux créés par la Commission Numérique (site web, wiki, chat, etc.).
Nous avons réussi à « hacker » la presse traditionnelle en y intégrant dès la première heure du #32mars le récit de celles et ceux qui font la Nuit Debout. L’affluence sur les places a été massive, donnant lieu à un processus de transformation sociale et politique qui aujourd’hui encore reste en construction.

Les réseaux sociaux sont-ils une clé pour un mouvement ?

Sans doute. Cependant, le mouvement se forge par le travail collectif, les stratégies de lutte et d’incidence politique, la capacité de transformation sociale et la précieuse faculté de faire parvenir le message politique du mouvement au reste de la société pour lui donner du pouvoir et l’inviter à l’action, que ce soit par différentes formes de soutien ou par l’implication directe. Les outils de communication, parmi lesquels les réseaux sociaux, sont un pilier essentiel (même si on doit connaître leurs limites, être conscient de qui les possède et de la sécurité de nos données). Il faut s’en préoccuper, il faut les développer. Ils grandissent ainsi en fonction du travail solide et ils attirent des communautés ou d’autres selon la nature de la conversation et du récit émis.

Et que se passe-t-il avec le travail en réseaux de Nuit Debout ?

Selon moi Nuit Debout a deux âmes ; deux groupes distincts de personnes qui envisagent la lutte politique différemment et par conséquent communiquent de manières différentes. En toute logique l’une ne se reconnait pas dans le récit de l’autre et chacune a créé ses propres canaux. Il n’y a pas de risque d’appropriation, même si une partie réclame le contrôle sur les canaux qu’elle n’a pas construit, en ayant les siens propres. L’une des parties n’a pas manifesté l’intérêt de participer à ce travail sur les réseaux sociaux quand l’autre le lui a proposé, avant le début du mouvement, ni les premiers jours quand le travail était considérable : la première ne voyait par exemple pas l’intérêt d’un compte Twitter. Au fond, ce qui manquait c’est une collaboration dès le début du mouvement ou simplement la capacité de comprendre que chaque groupe est capable de toucher des communautés différentes par les affinités différentes qu’elles éveillent, et qu’ensemble elles font une somme et n’en sont que plus fortes.

Le 15M est toujours là, fort, et en lutte pour la transformation sociale et de nos vies.

Depuis le début, des activistes du 15M se sont impliqués dans l’évolution des réseaux Nuit Debout, tant en présentiel qu’à distance. Nous avons travaillé main dans la main, partageant le savoir et apprenant les uns des autres, aidant à la communication et avec l’utilisation des réseaux sociaux.

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