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Publié par Patrick Granet

En juin 2000, la stratégie de Lisbonne s'était fixée comme objectif de devenir « l' économie de la connaissance la plus compétitive du monde » en 2010. Nous sommes en 2010, et tous les experts de l' UE sont contraints de constater que l' objectif n' est pas atteint. Tous comptaient, sur la « flexisécurité », même la CGT avait mis le pied à l' étrier du « syndicalisme d' accompagnement » avec sa revendication d'une « sécurité sociale professionnelle » pour atteindre l' objectif.

Alors, partout des accords sur la « formation tout au long de la vie »1seront signés par les syndicats; dont l' objectif est plus de servir de gare de triage des forces de travail encore utilisables et celles devant finir leur jours dans la précarité.

Mais voilà qu'avec la crise, le « passeport pour l' emploi » et la stratégie de « sécurisation des parcours » par la flexisécurité se trouvent confrontés à un accroissement du chômage et à des fermetures d' entreprises qui empêchent de compenser les suppressions d'emploi par de l' embauche dans de nouveaux secteurs.

Pris au piège de leurs contradictions, les Etats de l' UE, rongés par les dettes publiques, non seulement ne peuvent plus créer des emplois, mais s'emploient à réduire leurs dettes et pour cela, à liquider massivement jour après jour des emplois dans ce qui reste de secteur public.

Des exemples: Les suppressions de postes dans l’Education nationale et les hôpitaux se poursuivront, et ce malgré le gel annoncé par le gouvernement français de la suppression de 4000 postes des Hôpitaux de Paris. A la Poste, le nombre de salariés du privé souvent précaires égal le nombre de salariés fonctionnaires. La sous traitance n' est plus une particularité du secteur privé.

Les contrats de transition professionnelle, un pansement sur une jambe de bois.

La misère et la concurrence internationale finissent par rattraper à grande vitesse toutes les belles stratégies de gestion de l' emploi et des compétences. Le système, ne trouvant preneur qu' auprès de l' encadrement, ceux-ci ayant le niveau de connaissances suffisant pour parfaire encore leurs connaissances. Aussi, pour cette catégorie de salariés, il n' y a pas de problème « d' employabilité » ni de « sécurisation » de leur devenir, pour le moment.

Les récentes vagues de fermetures d' entreprises en France, ont démontré que les travailleurs ne se faisaient aucune illusion, sur les chausse-trappe de la formation du « droit individuel à la formation »(DIF ): ils demandent des « maxi »- indemnités de licenciements.

Tous ont assisté à la première vague de perte d' emploi des CDD et missions d' intérim2 qui sont les premier à tomber sur les champs de bataille de la concurrence internationale . Mais depuis la fin 2009, les surcapacités de l' industrie automobile ont fait exploser les licenciements de CDI et le chômage partiel . Des répliques ouvrières comme à Caterpillar,Continental, Goodyear, Molex, New Fabris, Freescale... dépassèrent le cadre légal de la loi. Des représentants des entreprises furent , séquestrés, ou même molestés.

Les endetteurs publics de l' état, allaient envoyés des huissiers et juridicialiser ces actions de classe des travailleurs, notamment avec le procès des Contis . Mais les conflits de Philips à Dreux et des reffineries de Total et d' autres encore – par exemple les séquestrations des directrices de l'hôpital Emile-Roux de Limeil-Brévannes et de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil -démontrent que ces mouvements montent en puissance malgré la loi et la force publique..

Ne pouvant plus faire face à la dégradation de la situation de l' emploi et aux réactions ouvrières, l' Etat va lancer les contrats de transition professionnelle ( CTP),mis en place à titre expérimental dans sept « bassins d'emploi » 3 entre avril 2007 et avril 2008. Cette mesure était censée assurer aux licenciés un revenu équivalent à 80% de l' ancien salaire brut pendant une année « en combinant recherche d'emploi, périodes de formation et périodes de travail courtes en entreprise. ». Ce système a pour objectif de briser toutes les réactions collectives aux licenciements en les individualisant dans un parcours de formation .

Ce CTP va être progressivement étendu dans d' autres bassins d' emploi sinistrés: Auxerre (Yonne), Dreux (Eure et loir), Les Mureaux-Poissy (Yvelines), Saint-Quentin (Aisne) et de la Vallée de l’Arve (Haute Savoie),puis jusqu'à 25 fin 2008. Mais le bilan était bien maigre: selon les chiffres officiels, 4.500 CTP ont été signés au niveau national depuis le lancement du dispositif en 2006. Dans le bassin d'emploi de Valenciennes, un des secteurs test, 690 CTP ont été signés, selon les chiffres de la maison d'emploi. Résultat: 349 personnes ont retrouvé un emploi (CDI ou CDD de six mois) et 108 sont toujours au chômage. Les autres sont toujours en contrat de transition. A la fin du mois de février 2010, Laurent Wauquiez ( secrétaire d' Etat à l' emploi) a décider d' étendre le CTP au bassin de l' emploi Orange -Carpentras (Vaucluse).

Le 12 mars on apprenait que l' état et les partenaires sociaux s'étaient entendus sur une nouvelle convention du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSSP). Il est fait état d'un déblocage de 1 milliard d' euros dont 830 millions seront gérés par les OPCA (Organismes paritaires collecteurs agrées). Ces fonds devant assumer les dépenses de formation de salariés, mais également des demandeurs d' emplois.

L 'extension des zones pouvant bénéficier « des transitions professionnelles » démontre en elle même les difficultés du pouvoir à endiguer la précarisation.

Le développement du temps et chômage partiel.

Nous sommes bien loin de la période ou la CFDT revendiquait et signait des accords à temps partiel, pour « le bien des femmes et des enfants » . En fait, cette revendication venait directement du patronat, qui voulait faire sauter par tous les moyens le contrat de travail en CDI .Le premier coup de boutoir de la déréglementation fut porté par les lois Auroux du 13 novembre 1982, qui légalisaient la possibilité de déroger à la loi, au code du travail, donc à la réglementation, aux accords de branche, par simple accord d’entreprise. Georges Marchais et Henri Krazucki étaient même allés jusqu’à dire que c’était “ la plus grande conquête depuis 1936 ”.

Les gouvernements, de gauche comme de droite, vont poursuivre. La loi quinquennale pour l’emploi du 20 décembre 1993 va entre autre consacrer l' annualisation du temps de travail et l' embauche à temps partiel. La loi De Robien et les lois loi Aubry I et II poursuivront cette politique de précarisation des contrats de travail, de flexibilité totale, de mobilité et d'annualisation du temps de travail.

Alors, que l' on se gargarise de « l'égalité homme femme » jamais cette égalité n' a dépassé son cadre juridique, sauf pour faire travailler les femmes la nuit.

L' embauche à temps partiel est l'une des plus criante discrimination sexiste; elle représente plus de 18% de tous les emplois dans l' UE, concerne principalement les femmes, et ne cesse de progresser. En France les temps partiel féminin représentent 82% des 5 millions d' actifs à temps partiel ( moyenne horaire des contrats 23H hebdomadaire)4 . Officiellement 2,4 millions de travailleurs seraient exploités à temps partiel dans une douzaine de pays européens, selon une grande variété de schémas officiels plus ou moins subventionnés par les Etats. Ils seraient un amortisseur pour le chômage, les statistiques, soulignant que, dans la zone euro, alors que le PIB s’est contracté de 4% le chômage ne s’est accru que de 2,5 % avec un point particulier pour l’Allemagne où 1,4 millions sont à temps partiel. Il n' est plus rare de voir des salariés cumulant deux emplois à temps partiel pour survivre.La proportion de salariés à temps partiel remonte depuis 2003 et l’expansion devrait s’accélérer du fait des besoins croissants de services, tout particulièrement des services à la personne où les femmes sont largement prépondérantes. Les sociétés d' intérim, selon La Tribune du 16 mars 2010, seraient autorisées à proposer des services à la personne et d' aides à domicile.

Le chômage partiel ou technique

La crise économique frappe durement , les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale, et d'abord le secteur automobile et ses équipementiers. Mais aussi ce qui subsiste de l' industrie textile. Selon la presse, 146 000 salariés étaient au chômage technique au quatrième trimestre 2008, trois fois plus que le trimestre précédent

Il devient de plus en plus évident pour le gouvernement qu'il va falloir maintenir artificiellement les compétences en attendant la reprise. Début janvier 2009 un décret publié au Journal officielprévoit de nouveaux seuils pour le recours au chômage partiel. :

Quelque temps après, le 18 février 2009 le sommet social de l' Elysée sera contraint de porter l' indemnisation du chômage partiel de 60% à 75% du salaire brut. En Suisse, la ministre de l' économie Doris Leuthard va procéder dans l' urgence à l' allongement dans le temps de la durée d' indemnisation du chômage partiel, qui passe de 18 mois à 24 mois.

Les grosses entreprises de l’automobile- PSA et Renault -ont profité du chômage partiel et des réductions de coûts en interne pour se reconstituer un matelas de liquidités appelé free cash flow. Renault a ainsi engrangé 2 milliards d’euros en flux de trésorerie et estime ainsi à 200 millions d’euros les économies réalisées par la seule prise en charge par l’Etat du chômage partiel ; chômage partiel qui a aussi permis de déplacer plusieurs milliers de salariés vers des sites en suractivité pendant l’année 2009, de la prime à la casse.

Un turnover d’intérimaires et de prestataires ainsi remerciés et remplacés par des salariés en CDI transformés en saisonniers se déplace au gré de l’activité. L’intérêt politique majeur tient à rassurer et de calmer les grosses boites de l’automobile pendant qu’un déluge de licenciements s’abat sur les équipementiers européens en sursis depuis des années par la course à la mondialisation de la production automobile.

Plus d' illusions à ce faire sur le système capitaliste, il n' est même plus ce marchand d' espoir de la société de consommation . Les masques tombent les uns après les autres , ce système est celui de l' insécurité sociale, où la base même de la vie est atteinte- santé , retraite, logement. C 'est même avec un certain cynisme, que le capital proclame bien haut, comme chez les Contis, que le prix qu'il entend payer pour la conservation des emplois c' est 137 euros en Tunisie, une manière de dire que la mobilité géographique va devenir la règle, et que pour survivre il faudra émigrer ou... liquider le capitalisme.

G Bad et J.H., avril 2010

Notes-----------

1Le bilan de la négociation collective fait état de 119 accords de branche sur la formation professionnelle

2Selon la Darés,À la fin du deuxième trimestre 2009, 436 600 salariés sont intérimaires, soit +2 500 par rapport au trimestre précédent (+0,6 %). Après quatre trimestres de baisse très forte (234 300 postes supprimés entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009, soit -35,1 %), l’intérim se stabilise au deuxième trimestre.

3 Expérimentés dans 7 bassins d'emploi de Charleville-Mézières, Montbéliard, Morlaix, Saint-Dié-des-Vosges, Toulon, Valenciennes et Vitré.

4-Les salariés à temps partiel sont plus fréquemment concernés par la revalorisation du Smic. Ainsi, au 1er juillet 2009, 23 % des salariés à temps partiel ont bénéficié de la revalorisation du Smic, contre 8 % des salariés à temps complet.

Posté par spartacus1918 à 17:33 - Chômage précarité immigration - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : FLEXISECURITE, PRECARITE

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