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Publié par Patrick Granet

Si Israël attaque Gaza, c’est aussi pour le gaz palestinien

n enjeu caché de l’opération militaire de l’Etat d’Israël contre Gaza est constitué par les réserves de gaz sous-marines dont disposent les Palestiniens.

Pour comprendre quelle est une des raisons de l’attaque israélienne contre Gaza il faut aller en profondeur, exactement à 600 mètres sous le niveau de la mer, à trente kilomètres au large de ses côtes. Là, dans les eaux territoriales palestiniennes, se trouve un gros gisement de gaz naturel, Gaza Marine, estimé à 30 milliards de mètres cubes d’une valeur de plusieurs milliards de dollars. D’autres gisements de gaz et pétrole, selon une carte établie par laU.S. Geological Survey (agence gouvernementale étasunienne), se trouvent en terre ferme à Gaza et en Cisjordanie.

En 1999, avec un accord signé par Yasser Arafat, l’Autorité palestinienne confie l’exploitation de Gaza Marine à un consortium formé de British Group et Consolidated Contractors (compagnie privée palestinienne), avec respectivement 60 % et 30 % des actions, et dont le Fonds d’investissement de l’Autorité palestinienne détient 10 %. Deux puits sont creusés, Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. Mais ils n’entrent jamais en fonction, car bloqués par Israël, qui veut tout le gaz à des prix cassés.

Par l’intermédiaire de l’ex Premier ministre Tony Blair, envoyé du « Quartet pour le Moyen Orient », est préparé un accord avec Israël qui enlève aux Palestiniens les trois quarts des futurs revenus du gaz, en versant la part qui leur revient sur un compte international contrôlé par Washington et Londres.

Mais, après avoir gagné les élections de 2006, le Hamas refuse l’accord, en le qualifiant de vol, et demande sa renégociation. En 2007, l’actuel ministre israélien de la Défense, Moshe Ya’alon indique que « le gaz ne peut pas être extrait sans une opération militaire qui éradique le contrôle du Hamas à Gaza ».

En 2008, Israël lance l’opération « Plomb durci » contre Gaza. En septembre 2012 l’Autorité palestinienne annonce que, malgré l’opposition du Hamas, elle a repris les négociations sur le gaz avec Israël.

Deux mois plus tard, l’admission de la Palestine à l’ONU en tant qu’« Etat observateur non membre » renforce la position de l’Autorité palestinienne dans les négociations. Gaza Marine reste cependant bloqué, empêchant les Palestiniens d’exploiter la richesse naturelle dont ils disposent.

A ce moment, l’Autorité palestinienne prend une autre voie. Le 23 janvier 2014, lors de la rencontre du président palestinien Abbas avec le président russe Poutine, est discutée la possibilité de confier au russe Gazprom l’exploitation du gisement de gaz dans les eaux de Gaza. C’est l’agence Itar-Tass qui l’annonce, en soulignant que Russie et Palestine entendent renforcer la coopération dans le secteur énergétique. Dans ce cadre, en plus de l’exploitation du gisement de gaz, on prévoit celle d’un gisement pétrolifère dans les environs de la ville palestinienne de Ramallah en Cisjordanie. Dans la même zone, la société russe Technopromexport est prête à participer à la construction d’un site thermoélectrique d’une puissance de 200 mégawatts.

La formation du nouveau gouvernement palestinien d’unité nationale, le 2 juin 2014, renforce la possibilité que l’accord entre Palestine et Russie parvienne à bon port. Dix jours après, le 12 juin, survient l’enlèvement des trois jeunes Israéliens, qui sont retrouvés tués le 30 juin : le ponctuel casus belli qui amorce l’actuelle opération « Barrière protectrice » contre Gaza.

Une opération qui entre dans la stratégie de Tel Aviv, visant à s’approprier les réserves énergétiques de l’ensemble du bassin du Levant, réserves palestiniennes, libanaises et syriennes comprises, et dans la stratégie de Washington qui, en soutenant Israël, vise le contrôle de tout le Moyen Orient, en empêchant que la Russie ne regagne une influence dans la région.

Un mélange explosif, dont les victimes sont une fois de plus les Palestiniens.

Source photo et carte : Mondialisation.ca.
Article originellement paru le 14 juillet 2014 dans Il Manifesto, et traduit de l’italien par Maie-Ange Patriziodition.

Lire aussi : Les ressources énergétiques sont au coeur des conflits internationaux

Lire aussi : Gaza, la vie en cage

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    Avec une cerise sur le gâteau : 40 milliards d’euros de cadeau public aux industriels de la voiture électrique.

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    JEAN GADREY

    L’Union Européenne a signé avec seize pays d’Afrique de l’Ouest un accord dit de partenariat économique. Pire que le Traité transatlantique avec les Etats-Unis, l’APE est un blanc-seing donné par la Commission européenne aux multinationales pour piller les ressources et le marché africains. Un appel est lancé pour appeler les élus européens à ne pas ratifier cet accord.

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    LE DERNIER APPEL

    « Nous sommes pris au piège de la dynamique perverse d’une civilisation qui ne fonctionne pas si elle ne croît pas et qui, avec sa croissance, détruit les ressources naturelles qui la rendent possible. (...) Une civilisation se termine et nous devons en bâtir une nouvelle. » Et vite ! Voici le Manifeste « Le dernier appel »lancé il y a peu en Espagne.

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Si Israël attaque Gaza, c’est aussi pour le gaz palestinien

es ressources énergétiques sont au coeur des conflits internationaux

NOËL MAMÈRE

jeudi 10 juillet 2014

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La plupart des conflits internationaux sont des « conflits verts », ayant pour cause le contrôle des ressources énergétiques. En vue de la Conférence Climat de 2015 à Paris, les écologistes doivent intégrer ces nouveaux enjeux géopolitiques dans leurs réflexions et leurs analyses.

L’écologie politique a, dit-on, une vision planétaire, du local au global. Pourtant cette vision du monde ne prend que très peu en compte la nouvelle géopolitique issue de la mondialisation.

La question énergétique au coeur de tous les conflits

Ce que nous voyons au Proche et Moyen Orient, comme en Afrique ou en Asie ou encore en Ukraine, devrait pourtant nous faire réfléchir. Dans tous les conflits de basse ou haute intensité, la question énergétique est devenue centrale. Ce n’est pas nouveau. Depuis le XIXe siècle la bataille pour le contrôle des ressources énergétiques a toujours été un des éléments déterminants de la course à la guerre.

Si la Grande guerre ne fut pas déclenchée, directement, pour une raison liée à l’environnement, elle n’en fut pas moins la résultante de multiples conflits entre puissances coloniales, telles que l’Allemagne, la France et l’Angleterre, quant au contrôle du monde et de ses ressources.

L’Angleterre avait compris que, pour développer son immense Empire, elle avait besoin du pétrole ; l’Allemagne misait sur l’acier et le charbon. C’est le dernier entrant dans la guerre, les Etats-Unis, qui emporta la mise en réalisant un accord stratégique avec le chef de la tribu musulmane conservatrice des Saoud, seigneurs et maîtres de l’Arabie saoudite.

Le gaz, nouvelle source de conflits internationaux

Aujourd’hui, les conflits de l’Ukraine ou de l’Irak sont, une fois de plus, liés à la bataille énergétique. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie duXXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole et comme source d’énergie propre.

Par conséquent, le contrôle des zones gazières du monde par les anciennes et les nouvelles puissances, est à la base d’un conflit international dont les manifestations sont régionales. Gazprom est le bras armé de la Russie dans les différents conflits en cours. L’Ukraine est l’objet d’un bras de fer sur le gaz entre la Russie et les pays européens.

Faute d’avoir réorienté à temps leur politique de transition énergétique, ces derniers sont dépendants du bon vouloir de Poutine. Celui-ci a misé sur une stratégie d’influence dans tout le Caucase pour s’approprier le contrôle du gaz. Via Gazprom, il obtient la cession d’actifs de ces pays débiteurs (Moldavie, Ukraine, Kirghiztan, Biélorussie) contre le remboursement partiel de leurs dettes énergétiques.

Il pratique une politique tarifaire différentiée, préférentielle et versatile, selon la docilité des gouvernements de sa zone d’influence. Il instrumentalise les minorités ethniques pour peser indirectement dans les négociations (Russes en Ukraine, Abkhazes et Ossètes en Géorgie).


- Vladimir Poutine et George W. Bush, le 2 juillet 2007. -

Le pétrole, butin de guerre

En Irak et en Syrie, l’Etat Islamique du « Calife Ibrahim » a mis la main sur de vastes champs pétroliers et entend les exploiter tel un butin de guerre.

Pour les peuples de cette région, le pétrole n’est pas une « manne » mais un mal qui corrompt les dirigeants et qui, au lieu de conforter les Etats, les affaiblit durablement. La guerre d’Irak voulue par Bush était d’abord une guerre pour le contrôle des ressources pétrolières de ce pays, afin d’empêcher la Chine d’avoir accès à des champs pétroliers indispensables à son développement. Elle déboucha en fait sur la déstabilisation de tous les Etats de la Région.

En Palestine, la bataille fait rage autour des ressources en eau. L’Etat d’Israël et les colons asphyxient la Palestine en ouvrant ou fermant le robinet selon leur bon vouloir.
En Afrique, la guerre du Mali n’est pas - contrairement au storytelling humanitaire que l’on nous raconte - une guerre dénuée d’enjeux économiques. La proximité des sites d’uranium du Niger, exploités par Areva, comme les ressources exploitables dans le Nord-Mali, sont au cœur de ce conflit.

Le peuple de l’écologie doit prendre en compte ces nouveaux enjeux géopolitiques

Les conflits verts, c’est aussi la bataille autour des « terres rares », indispensables aux composants des matériaux et des technologies de l’avenir, qui ne fait que commencer, de la Mongolie à l’Amérique latine. La lutte contre« l’extractivisme » est en train de devenir un puissant facteur de rassemblement du peuple de l’écologie, partout dans le monde.

Les écologistes ne peuvent rester indifférents à ces nouveaux enjeux géopolitiques. Alors que la conférence climat, la Cop 2015, sera organisée l’année prochaine en France, je propose de placer ces nouveaux conflits au centre de notre réflexion. Nombreux seront les écologistes de tous les pays à venir en France. Nous devons en profiter pour mutualiser nos analyses et nos actions.

Ce que je vois à travers ma mission parlementaire sur l’Arctique et l’Antarctique me le confirme : nous sommes à la veille d’un bouleversement généralisé qui donnera naissance à un nouvel ordre mondial. Ne pas s’en préoccuper serait irresponsable.

Source : Noël Mamère pour Reporterre

Photos :
. Chapô : Wikipedia
. Poutine et Bush : Wikipedia

Lire aussi : Ukraine, Thaïlande : derrière les révoltes, la crise de la civilisation fossile

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Libertés

Gaza, la vie en cage

HERVÉ KEMPF ET JÉRÔME EQUER

mercredi 9 juillet 2014

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Le projet de ce livre est simple : raconter la vie quotidienne des habitants de la bande de Gaza.

Cette terre de Palestine n’était jusqu’ici connue que comme une caricature, illustrée par des hommes en noir brandissant des Kalachnikov.

En fait, Gaza et son territoire vibrent de vie. Hommes, femmes, enfants, confrontés à la violence et à la pénurie, souffrent mais vivent aussi les joies des mariages, les angoisses du chômage, l’ennui des jours sans distraction, la peine du labeur et de l’effort, la détente des palabres...

Le propos du livre est de raconter les histoires denses de ces habitants, par les mots et par les photos, et de faire sentir l’humain derrière la querelle historique.

Les auteurs (Jérôme Equer à la photo, Hervé Kempf à l’écriture) ont effectué quatre longs reportages à Gaza, en 2004.

Ils n’avaient jamais auparavant plongé dans ce qu’on appelle le « conflit palestino-israélien », sur lequel ils ont porté un regard neuf.

Le projet a été totalement autofinancé : cette autonomie a garanti la liberté du choix des angles, des sujets et du mode de récit.

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Gaza, la vie en cage, éd. du Seuil, 2005, 256 p., 90 photos, 26 euros.

Photos : Copyright © Jérôme Equer.

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Recensions :

Yvette Reynaud-​​Kherlakian, de l’Association France Palestine Solidarité

Les photos de Gaza par Jérôme Equer ont fait l’objet d’une exposition dans leFestival Visa pour l’image de Perpignan en 2005.

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