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Publié par Patrick Granet

Seizième anniversaire de la révolution russe

Les traits saillants de la situation que traverse actuellement le prolétariat, à ce 16ème anniversaire de la révolution d’Octobre sont, d’un côté, la réussite des plans quinquennaux pour l’industrialisation de l’U.R.S.S., de l’autre côté, la défaite sanglante du prolétariat de tous les pays en face de l’offensive déchaînée du capitalisme.

La victoire révolutionnaire de 1917 en Russie, avait imprégné le mouvement ouvrier d’une idée essentielle : les succès de l’État prolétarien ne pouvaient représenter que l’essor de la lutte du prolétariat international lui-même. Cette conception correspondait aux intérêts de la révolution mondiale pour la période de l’immédiat après guerre ; c’est-à-dire, pour la période dominée par le déclenchement des batailles révolutionnaires en Allemagne, Italie, Hongrie, en vue de la conquête du pouvoir. L’axe de cette période étant la lutte directe pour la destruction de l’État capitaliste ; le pôle de ces combats ne pouvait être que la Russie Soviétique, secteur de la lutte générale où le prolétariat avait atteint sa première victoire et instauré sa dictature.

Peu après, à cause des défaites révolutionnaires dans différents pays, la situation s’oriente vers de profondes modifications ; le prolétariat ne marche plus à l’assaut du bastion capitaliste mais la bourgeoisie essaye de réorganiser son appareil de domination, ébranlé par la guerre, la révolution russe, les combats révolutionnaires.

Dans ces deux situations l’intuition géniale du profond marxiste qu’était Lénine s’exprime par deux attitudes très caractéristiques. En 1917, les bolchevistes misent sur la révolution mondiale et instaurent le communisme de guerre en U.R.S.S. L’Union Soviétique représente alors le lieu géométrique ou se croisent les forces du prolétariat mondial qui lutte pour le renversement du capitalisme dans tous les pays.

Il ne manque pas des marxistes de « chaire » qui reprochent aux bolcheviks d’avoir violenté - par le communisme de guerre - ce qu’ils baptisent « libre évolution des lois économiques ». D’après leur haute sagesse la socialisation des moyens de production ne pourrait être établie que là où existe la grande industrie. En Russie, celle-ci faisant défaut, les bolcheviks auraient commis une hérésie marxiste en instaurant, violemment, une organisation sociale basée sur des principes socialistes. Ces « grands savants » ne s’intéressent pas à la lutte de classe, au grand duel de l’après-guerre entre la bourgeoisie et le prolétariat, ce qu’ils comprennent c’est une grammaire historique abstraite qui, paraît-il, contient les règles de l’évolution des événements, des préceptes propres au mécanisme économique enlevé de sa voûte : les classes sociales et leurs luttes.

Ainsi le marxisme, de méthode de compréhension de la lutte révolutionnaire, deviendrait un procédé de laboratoire, où il serait tiré d’entités économiques abstraites le tracé que les classes n’auraient qu’à suivre. Pour la fondation d’une société socialiste, il faudrait donc attendre que le « laboratoire économique » ait enregistré l’industrialisation des régions les plus incultes du globe. Pour rester fidèle à ses principes le « laboratoire » devra effacer 1789-93 du calendrier historique et inviter le capitalisme à restaurer, dans les campagnes, le pouvoir féodal et le servage, la forme de production économique n’étant pas industrielle.

Par contre, les marxistes admettent la maturité de la lutte pour l’instauration de la dictature du prolétariat, au degré atteint par le développement de la technique de production dans le monde entier. Une fois constatée l’ouverture de la période historique, dominée par la révolte des forces de production contre le régime capitaliste (celui-ci considéré dans son expression mondiale et influençant, par conséquent, même les régions à économie pré-capitaliste), les marxistes fixent comme objectif de la lutte prolétarienne mondiale, la conquête du pouvoir, et là où le prolétariat a conquis le pouvoir, ils préconisent l’établissement d’un système législatif qui concorde avec les tâches qui sont posées au prolétariat international, même si ce système n’est pas directement en concordance avec les bases économiques du pays ou l’on a conquis le pouvoir.

Après 1921, la première vague de l’assaut prolétarien ayant failli, le prolétariat devait se concentrer autour des luttes pour les revendications immédiates sans perdre de vue la perspective de leur éclosion en une lutte pour le pouvoir.

Des défaites subies en Allemagne, Hongrie, Italie, Lénine fit découler la nécessité d’une retraite du prolétariat russe. C’est alors que vint la NEP, qui fut une retraite extrêmement dangereuse mais qui se justifia par le changement de la situation. La NEP, au point de vue des principes, procéda d’une vision toujours intégrale du processus révolutionnaire dans le monde entier.

Sur la ligne convergente de la lutte du prolétariat russe et du prolétariat mondial, se manifestèrent clairement les deux positions politiques et centrales défendues par Lénine : pour le communisme de guerre d’abord, pour la NEP ensuite.

Après 1923, en connexion avec la défaite allemande, une rupture s’opère : les intérêts de l’État prolétarien ne se relient plus avec la lutte du prolétariat mondial, et de la cuisante défaite de 1923, l’I.C. déduit non pas la nécessité éventuelle d’une nouvelle retraite en Russie, mais déduit la politique qui contient déjà les germes de la théorie du « socialisme en un seul pays ».

La victoire en 1923 aurait pu souder l’État russe avec l’État prolétarien allemand et un jalon solide se serait constitué pour le développement de la révolution mondiale. Par contre, la défaite des ouvriers allemands ne devait pas obligatoirement comporter la chute du pouvoir prolétarien en U.R.S.S.

Cependant, une période très difficile devait s’ouvrir après la défaite allemande et l’œuvre de construction du socialisme en U.R.S.S. ne pouvait plus compter sur l’offensive prolétarienne, mais devait se relier aux luttes défensives de la classe ouvrière de tous les pays.

La réponse de la droite du P.C.R., de Boukharine d’abord, de Staline ensuite, fut en opposition avec celle que Lénine avait donné en 1921. Suivant Lénine on devait régresser en U.R.S.S. quand le prolétariat régressait dans les autres pays, suivant Boukharine, après 1923, il était possible de convier la classe paysanne à la réalisation du socialisme en U.R.S.S., et enfin, suivant Staline, après la défaite chinoise, on pouvait s’aventurer vers une course industrielle pour la construction du socialisme en un seul pays.

Dès lors un divorce s’opère entre le mouvement révolutionnaire international, d’une part, et les tâches que l’État prolétarien s’assigne d’autre part. Ainsi les prémices sont déjà posées pour en arriver à la situation actuelle qui voit correspondre la victoire du fascisme en Allemagne, aux succès industriels en Russie et au renforcement de la position de l’État russe vis-à-vis des États capitalistes.

La gravité de la répercussion des évènements de 1923 au sein des partis communistes, réside dans la rupture qui se fait dans la vision du développement révolutionnaire dans le monde entier qui n’est plus unitaire, comme auparavant, mais qui va se restreindre aux limites de l’État ouvrier. Pour éviter cette rupture, il aurait fallu qu’une analyse profonde parvienne à établir les bases de la lutte du prolétariat pour le triomphe de l’insurrection dans les pays capitalistes - la copie de la tactique russe entre 1917 et 1923 s’étant révélée insuffisante et ayant conduit à la défaite. En lieu et place de cette analyse, nous assistâmes à l’interdiction de toutes luttes de tendance qui s’orientaient vers ce but et au repliement du parti communiste russe sur lui-même. Au sein de ce parti, les luttes qui opposèrent Boukharine-Staline à Trotsky n’abordèrent pas le fond du problème mais se cantonnèrent dans l’alternative de la construction du socialisme selon la conception de Boukharine, avec l’aide des paysans, et la conception de Trotsky pour l’industrialisation planifiée.

L’Internationale Communiste n’a pas abordé l’analyse des évènements qui s’étaient conclus par la défaite de 1923 et de ce fait, n’a pas rempli sa tâche historique : compléter le patrimoine idéologique produit par les bolcheviks russes. Elle s’est obstinée à préconiser des méthodes et des objectifs politiques qui furent valables pour le prolétariat russe, mais qui s’étaient avérés comme non correspondants aux intérêts des prolétariats des pays capitalistes. Par surcroît - en 1924 - au 5ème Congrès avec la bolchévisation - on imposa jusqu’à la copie de la structure organisatoire du parti bolchevik. En cela consista la politique de l’Internationale Communiste, ce qui démontre et explique comment, en 1927, le centrisme put opérer le détournement frauduleux de l’État ouvrier de sa fonction révolutionnaire pour le faire ensuite coïncider, par la théorie du socialisme en un seul pays, du social-fascisme, de l’Opposition syndicale révolutionnaire, du National-bolchevisme, avec le plan de la conservation du régime Capitaliste.

En 1927, une nouvelle théorie fait son entrée triomphale au sein de l’I.C. Le programme internationaliste est banni, les courants de la gauche internationaliste sont exclus et le prolétariat essuie sa plus terrible défaite. Les partis communistes qui surgirent de la victoire révolutionnaire de 1917, devinrent alors des instruments de lutte contre les prolétaires qui continuèrent le combat pour les idées politiques qui avaient permis le triomphe de la révolution d’Octobre.

Pendant la troisième période la perspective réelle des luttes révolutionnaires dans les pays capitalistes est substituée par l’aventure et la politique des culbutes vers la gauche. L’on supposera la révolution pour appliquer une tactique qui comporte des appels à la lutte insurrectionnelle du prolétariat. Comme appât pour maintenir les prolétaires sous son influence, le centrisme ne fera que répéter une manoeuvre identique à celle qui avait été appliquée par les réformistes d’avant-guerre. Il mettra en avant le renforcement matériel de l’État russe comme les réformistes avaient fait miroiter le renforcement de l’organisation syndicale.

Le centrisme dira que l’État ouvrier ne se renforce plus en tant qu’expression politique de la lutte du prolétariat mondial, mais qu’il se renforce dans la mesure où il conquiert une position toujours croissante vis-à-vis des États capitalistes. Pas autrement avaient raisonné les réformistes lorsqu’ils disaient que l’organisation syndicale ne se renforce pas en tant qu’expression de la lutte ouvrière mais dans la mesure unique ou elle s’introduit au sein même des institutions démocratiques de l’État capitaliste.

Les circonstances de la crise économique devaient aider la politique du centrisme. Crise dans tous les pays, le pays du socialisme est isolé de cette crise mondiale et réalise de grand succès industriels. Au point de vue économique, l’industrialisation de l’Union Soviétique au milieu de la crise mondiale n’est nullement la confirmation de la théorie du socialisme en un seul pays.

En Russie il s’agissait surtout de franchir une étape, celle de l’industrialisation, déjà dépassée par les pays capitalistes, et l’une des tâches de la révolution d’Octobre consistait justement dans l’accomplissement d’objectifs historiques qui avaient caractérisé les révolutions bourgeoisies du siècle passé.

D’autre part, l’économie de la Russie n’est pas comparable à celle des pays agraires et coloniaux, car ceux-ci se trouvent sous l’emprise et le contrôle direct de l’impérialisme qui entrave leur développement économique. Toute la théorie des plans quinquennaux en tant que morceaux de socialisme était donc foncièrement fausse et l’on peut comprendre que le camarade Trotsky y ait donné son adhésion, cela pour les considérations que nous avons déjà exposées quant aux répercussions de la défaite allemande de 1923, au sein de l’I.C. A ce sujet, la position du camarade Trotsky représente une solution positive et marxiste pour les problèmes intérieurs de l’Union Soviétiste, mais la base fondamentale de la politique qu’il préconise ne prend pas racine dans les nécessités réelles de la lutte du prolétariat mondial. L’Opposition Internationale de Gauche, en répétant la même erreur, au lieu de repérer parmi les événements de l’après-guerre les points fondamentaux permettant la continuité avec l’œuvre des bolcheviks, se borne encore à répéter une sorte d’évangile qui revient à consacrer une politique qui s’est déjà manifestée comme conduisant à la défaite révolutionnaire.

Dans la phase ascendante du capitalisme les contradictions économiques évoluaient vers des crises cycliques suivies, à leur tour, par une nouvelle période de prospérité permettant à l’essor des forces de production de se diriger vers de nouvelles zones. Dans la phase de l’impérialisme, les contradictions économiques dépendent du nouveau caractère des situations historiques. A savoir, de la révolte des forces de production contre le mode capitaliste de la production. Ces contradictions trouvent leur débouché dans l’alternative suivante : ou bien le prolétariat parviendra à prendre le pouvoir pour diriger cette révolte vers une organisation socialiste de la société, ou bien le capitalisme, impuissant à mater cette révolte, passera à la destruction violente et simultanée, des marchandises, des moyens de production et de la force du travail elle-même. En définitive, l’alternative propre à la phase actuelle du capitalisme est celle de la révolution ou de la guerre, et le nouveau cycle c’est l’intervalle entre ces deux alternatives.

Dans la période de l’après-guerre on reconnaît manifestement ces deux alternatives. C’est d’abord la vague révolutionnaire pour la conquête du pouvoir jusqu’en 1921 ; c’est ensuite le premier mouvement défensif du prolétariat mondial s’exprimant par l’instauration de la NEP en Russie. En 1923, après la défaite allemande, c’est le déclenchement de l’offensive du capitalisme mondial. La loi même de cette offensive capitaliste était celle qui amenait l’orientation des contradictions économiques non plus vers la révolution mais vers la guerre. En 1927, après la défaite chinoise et la défaite de la gauche au sein des partis communistes, la condition est historiquement remplie pour permettre l’acheminement vers la nouvelle conflagration.

Le capitalisme international ne pouvait pas ignorer l’existence de l’État prolétarien en U.R.S.S., d’un autre côté l’État prolétarien lui-même ne pouvait pas rester à l’abri des événements internationaux. Sa mission de porteur de la révolution dans les pays capitalistes ne s’était pas réalisée. Le contre coup ne pouvait pas manquer de se produire et l’État ouvrier se trouve être menacé par le capitalisme mondial qui l’entraîne déjà dans son giron.

La victoire du fascisme en Allemagne a représenté, grâce à l’étranglement du prolétariat révolutionnaire, la canalisation de la classe ouvrière internationale vers la préparation directe de la guerre de demain. Cette victoire a aussi facilité la formation des deux blocs impérialistes qui s’affronteront dans le nouveau carnage.

Jusqu’en 1927, la vision d’un bloc universel du capitalisme contre l’U.R.S.S., bien que n’étant nullement fatale, était possible. Après ce moment, l’État ouvrier déclare se séparer du mouvement ouvrier mondial et affirme que son salut réside à l’intérieur de ses frontières.

Le renforcement militaire et économique de l’U.R.S.S. se fait suivant la nécessité d’atteindre et de dépasser les positions détenues par les États capitalistes. Problème qui est en répercussion constante et qui est appelé à évoluer vers l’issue qui attire les États capitalistes eux-mêmes. En effet, chacun des succès des plans quinquennaux se vérifiera en liaison avec un progrès analogue des États capitalistes et la course sera chaque fois à reprendre. L’on pourrait objecter qu’à un moment déterminé l’État ouvrier proclamera sa séparation de cette course économique et militaire, pour attribuer les ressources économiques accumulées à une grande amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière en Russie. Une telle hypothèse n’a aucun rapport avec la réalité historique qui est faite de la lutte des classes sociales et des États, et non de la volonté arbitraire d’individus qui, à un moment donné, décideraient de libérer la Russie de l’engrenage où elle est happée. L’État ouvrier, lors de sa fondation, se reliait intimement au prolétariat international. Peu après le centrisme l’a séparé du mouvement ouvrier mondial et son nouveau soutien a été représenté par le capitalisme des différents pays. De ce fait l’État ouvrier se trouve incorporé dans le système du capitalisme mondial, en subit ses lois, son évolution et devient lui-même un facteur de la nouvelle situation qui s’est créée.

Une solidarité évidente s’est déjà manifestée entre l’U.R.S.S, et le capitalisme lors des situations politiques qui se sont conclues par la victoire du fascisme en Allemagne ; cette solidarité se manifeste actuellement d’une façon éclatante quand les constellations commencent à se constituer pour la nouvelle guerre.

En échange de l’aide fourni pour son industrialisation par le capitalisme international, l’État ouvrier a dû dérouter le parti communiste allemand et le mettre dans la position qui rendait possible la victoire de l’ennemi. A l’heure actuelle, quand le capitalisme dans tous les pays célèbre son orgie de sang contre le prolétariat allemand et mondial, l’U.R.S.S. passe des Traités de non agression, d’amitié et de collaboration technique avec le capitalisme, alors qu’elle salue la coexistence pacifique des deux régimes, sur les débris des organisations prolétariennes dans le monde entier.

Cette solidarité se manifestera demain dans la nouvelle guerre, et encore une fois on essayera de se prévaloir de l’opinion de Lénine pour justifier l’incorporation de l’U.R.S.S. dans une constellation impérialiste, pendant la guerre. Lénine disait qu’il fallait exploiter les contrastes entre les brigands impérialistes et qu’il fallait même concevoir l’éventualité que la Russie, pour gagner du temps, conclue des accords avec un groupe de brigands contre un autre groupe de brigands.

Sans nous prononcer sur le fond même de cette position de Lénine, que nous revendiquons le droit de discuter et fort probablement de repousser, il faut considérer que Lénine avait en vue les situations de Brest-Litovsk avant l’armistice de Novembre 1918, qui clôtura la dernière guerre. C’est-à-dire des situations qui renfermaient des prémices pour des luttes révolutionnaires, dans différents pays, alors que la Russie risquait d’être abattue par un groupe d’impérialistes. Lénine considérait donc la nécessité de garder le pouvoir prolétarien en Russie pour le laps de temps, extrêmement court, qui aurait permis à l’État russe de rejoindre les mouvements révolutionnaires ascendants dans les autres pays. Les accords éventuels avec des groupes de brigands n’étaient en définitive qu’une manoeuvre très hardie pour profiter des contrastes entre les impérialistes et pour ne pas laisser écraser le jeune État prolétarien qui pouvait escompter le déclenchement de mouvements révolutionnaires.

La conception de Lénine n’a donc rien à voir avec l’entrée de l’U.R.S.S. dans une constellation impérialiste. Car, cette fois-ci, elle y arriverait à la suite d’une série d’actes politiques qui ont permis l’écrasement des mouvements révolutionnaires dans les autres pays. Le rôle de l’État russe s’en trouve renversé et, de pôle de rassemblement du prolétariat mondial pour le renversement du capitalisme, il se transforme en un facteur pour l’éclosion de l’alternative opposée à la révolution : la guerre.

Les situations qui ont immédiatement suivi la victoire du fascisme en Allemagne semblent dessiner une orientation de l’U.R.S.S. vers un bloc avec l’impérialisme français, et il ne manque pas de journalistes pour établir, entre les voyages de Pierre Cot et d’Herriot en Russie, des analogies avec ceux faits par Poincaré avant la guerre.

Il est trop tôt pour déterminer aujourd’hui l’orientation définitive des puissances en présence ainsi que la place qu’occupera l’U.R.S.S. parmi elles. Il n’est nullement exclu que l’État ouvrier fasse partie, malgré les complications diplomatiques actuelles, du bloc qui se centralisera autour de l’Allemagne. Les complications Russo-Japonaises semblent indiquer bien plus une orientation de la Russie vers l’Allemagne.

Sans vouloir préjuger d’éléments encore incertains, il est d’ores et déjà évident que l’Union Soviétique sera comprise dans l’un ou l’autre des blocs impérialistes qui s’affronteront.

A l’occasion de la guerre qui consommera définitivement l’œuvre néfaste du centrisme, la trahison brutale de l’État prolétarien conclura la politique de dégénérescence qui a miné les bases des partis communistes.

Le 16ème anniversaire de la révolution russe se déroule devant cette situation tragique de préparation fébrile pour un nouveau carnage. Le prolétariat, qui ne sut pas profiter de nombreuses occasions qui se présentèrent devant lui, peut à nouveau devenir la victime des contradictions du monde capitaliste. Contre le prolétariat agissent, à l’unisson, les forces du fascisme, de la social-démocratie et du centrisme. Pour sa défense il n’y a que les groupes insignifiants des fractions de gauche des partis communistes. Ces fractions, si elles poussent la vision de la réalité au delà de toutes les illusions qui alimentent les optimistes professionnels de la confusion politique, et si elles comprennent toute la terrible gravité de la situation, réaliseront la condition du succès de demain et aussi la possibilité d’intervenir dans les situations actuelles pour la reprise de la lutte révolutionnaire, afin d’éviter une nouvelle guerre.

Dans l’après-guerre, les batailles révolutionnaires ont été perdues par le manque de partis révolutionnaires qui puissent guider la lutte des ouvriers pour la révolution.

La fraction de gauche doit savoir construire ce parti sur la base des expériences grandioses que nous avons vécu. Les noyaux qui se rassemblent au sein des fractions de gauche peuvent construire les grands partis de demain. L’élévation de la fraction en parti ne suit pas les procédés de la pédagogie scolastique, mais suit la pédagogie des événements. Ceux-ci sont appelés à évoluer vers les grandes tourmentes sociales et c’est au feu de celles-ci que les fractions de gauche se développeront, grandiront, jusqu’à devenir le guide des luttes révolutionnaires pour la victoire socialiste dans le monde entier. Mais pour cela il faut dès maintenant construire les cadres indispensables pour les nouveaux partis communistes, tout comme Lénine avant 1917.

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