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SERPENT -  LIBERTAIRE

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17/09/2018 Publié depuis Overblog …

Accueil > Ni patrie ni frontières > Billets d’humeur > Norman Finkelstein alimente la propagande antisémite la plus grossière en (...) Norman Finkelstein alimente la propagande antisémite la plus grossière en s’appuyant sur des statistiques absurdes ! mercredi 22 août 2018, par Yves

Dans un blog récent (https://www.versobooks.com/blogs?post_author=364529 , 21 août 2018) cette icône de l’antisionisme...

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17/09/2018 Publié depuis Overblog …

KRONSTADT DANS LA RÉVOLUTION RUSSE, EFIM YARTCHOUK « LES MORTS VIVENT ET AVEC EUX, LES RÊVES QUI LES ONT PORTÉS », GUSTAV LANDAUER.

soviets libres contre dictature du parti . Efim Yartchouk, qui a participé à la révolution de 1905, est élu au...

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17/09/2018 Publié depuis Overblog …

« Le mouvement antifasciste ne peut qu’être fondamentalement internationaliste » PAR RACHEL KNAEBEL 13 SEPTEMBRE 2018 Poster Ajouter A+ A- Imprimer Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Delicious Partager sur Google+ Le procès des agresseurs de Clément Méric, étudiant et militant antifasciste mort à Paris le 5 juin 2013, se clôt cette semaine. Au même moment, l’Allemagne connaît un regain de manifestations violentes d’extrême droite, et les partis xénophobes progressent presque partout en Europe. Quel rôle l’antifascisme peut-il jouer dans ce contexte ? Quelle est l’histoire de ce mouvement ? D’où vient le symbole du double drapeau rouge et noir, devenu emblème international des « antifas » ? Basta ! a interviewé Bernd Langer, militant antifasciste allemand depuis les années 1970, dont la traduction française de l’ouvrage Antifa, histoire du mouvement antifasciste allemand, vient de paraître aux éditions Libertalia. Basta ! : Avec la montée en puissance du parti d’extrême-droite allemand AfD et les manifestations xénophobes de Chemnitz et de Köthen en Basse-Saxe – avec des agressions racistes et des saluts nazis – est-on en train d’assister à un regain des violences d’extrême droite en Allemagne ? Bernd Langer : Le contexte politique a en effet changé en Allemagne, depuis 2015. L’AfD, au début un parti libéral qui voulait sortir de l’euro, a vu son aile nationaliste, qui était présente depuis le début, prendre le dessus. C’est un grand changement car maintenant, un parti à la droite de la CDU [le parti de la chancelière Angela Merkel, ndlr] siège au Bundestag, le parlement allemand. Cela ne s’est pas produit en Allemagne depuis 1945. L’AfD constitue en plus le plus gros parti d’opposition. Pour l’instant, ils sont mis à l’écart parce que personne ne veut travailler avec eux. Mais ils s’expriment beaucoup dans les médias. Certains parlent de normalisation, parce que de tels partis existent un peu partout en Europe et, désormais, en Allemagne. Si l’AfD conserve son potentiel de 15 à 20 % des voix, il est possible que dans deux ou trois législatures, d’autres types de coalitions se forment. Il y a aussi trois partis néonazis : le NDP, Die rechten et Der Dritte weg. À Chemnitz, lors de la manifestation d’extrême droite fin août, le parti Dritte weg, qui a son siège tout près de Chemnitz, était aux premiers rangs. Ces dernières années, une sous-culture d’extrême droite s’est aussi constituée. Elle a toujours existé, mais aujourd’hui, désormais, elle rassemble, en Thuringe et en Saxe, 6000 à 7000 militants lors de certains concerts. Ils ont pris une nouvelle dimension. Les attaques contre les réfugiés, en revanche, ne sont pas nouvelles. Vous faites partir votre histoire de l’antifascisme allemand dans les années 1920, et même dès la Première guerre mondiale. Pourquoi commencer cette histoire aussi tôt ? Quel était alors le contexte ? On ne peut comprendre que si l’on part des racines. Le fascisme démarre à la fin de la Première guerre mondiale, en Italie, et est ensuite exporté sous diverses adaptations dans plusieurs pays. Il n’existe pas, jusqu’à aujourd’hui, de définition valable du fascisme, établissant ce qu’il est exactement. En Allemagne, le fascisme a été l’alliance entre les nationaux-socialistes du NSDAP [le parti nazi, ndlr] et les conservateurs de droite. Ensuite, l’histoire de l’antifascisme se superpose aussi à l’écriture de l’histoire par les partis communistes, en particulier en Union soviétique. Dans cette écriture de l’histoire, des faits sont interprétés de manière très particulière et d’autres sont complètement laissés de côté, par exemple le fait qu’il y ait eu une collaboration entre le KPD [le Parti communiste allemand fondé en 1918] [1] et le parti nazi. En France, dans les années 1930, les mobilisations antifascistes ont débouché sur les grandes grèves du Front populaire, et ses conquêtes sociales. Y a-t-il d’autres exemples où les mobilisations antifascistes ont été à la base de mobilisations populaires plus vastes ? En fait, il y a eu beaucoup de mobilisations vastes. Simplement, elles ont des succès variables. En Allemagne aussi, on observe une large mobilisation dans les années 1930. Il y a eu le Front de fer, lancé par le parti social-démocrate (SPD) en 1931. Il y avait une forte volonté d’engagement dans la population. Mais les nazis sont arrivés au pouvoir en 1933. Le succès du Front populaire en France tient aussi au fait que les nazis étaient déjà au pouvoir en Allemagne, les émigrants donnaient des informations sur ce qui s’y passait. La résistance était forcément plus importante ailleurs, parce que les gens savaient ce qui était en train de se produire. Il y a eu un renouveau de l’antifascisme en Allemagne de l’Ouest dans les années 1970-1980, puis dans l’Allemagne réunifiée des années 1990. Quels contextes ont conduit à ces nouvelles vagues d’antifascisme ? Les anciens fascistes restent encore forts dans la société allemande des années 1950. Ensuite, viennent les premières protestations contre ces structures fascistes. Cela a à voir avec le mouvement de 68 mais aussi avec le fait qu’un parti néonazi, le NPD [Nationaldemokratische Partei Deutschlands], se crée en 1964, comme un regroupement de différentes factions d’extrême droite. Ils veulent entrer dans les parlements régionaux. Arrive aussi au même moment une nouvelle génération de militants néonazis, qui ne veulent pas forcément faire de politique, et se regroupent plutôt autour de sports de combat. Face à cela se constitue un mouvement « antifa ». Il y a aussi depuis 1947 la VVN – l’Association des persécutés du régime nazi – une grande organisation, qui ne souhaite pas d’activisme dans les rues, et qui suit en fait la ligne du parti au pouvoir en Allemagne de l’Est, la SED. Rapidement, des groupes qui viennent du mouvement de 68 s’en démarquent [les groupes K, des maoïstes] et refusent de travailler avec le VVN. De cette branche naît un nouveau mouvement antifa. S’y ajoutent les autonomes, à la fin des années 1970. Ce qui est nouveau dans ce mouvement, c’est qu’il dit clairement dès le début qu’il veut vraiment combattre les nazis, pas seulement avec des tracts. À partir de là, les groupes communistes sont poussés hors du mouvement antifasciste. Les groupes antifas se développement comme des groupes d’action, qui se rencontrent, échangent des informations sur les néonazis, toujours avec la volonté d’organiser des actions directes. Il leur manque évidemment un relais politique. Dans ce mouvement, on ne peut participer que si on est vraiment à 100 %. On ne peut qu’être actif, pas simplement soutenir. N’est-ce pas justement partie intégrante du mouvement antifa d’être en dehors des partis, et d’agir à partir d’une position minoritaire ? Il s’agit de toute façon d’une minorité. Il y a peu de gens qui veulent agir de manière si décidée, si engagée. Et il n’y a pas d’alliés, de partenaires pour un rassemblement plus large. La plupart des autres forces refusent les autonomes, les « antifas », et ne veulent pas de « bazar », pas d’action directe, ils veulent juste porter des pancartes. Un slogan dans le combat contre le fascisme dit d’ailleurs : « On ne peut que compter sur ses propres forces ». Le mouvement antifa a-t-il toujours été fortement réprimé par l’État ? La confrontation avec la police et les forces de l’ordre remonte évidemment au temps du nazisme. Mais aussi à l’époque de la Guerre froide, pendant laquelle l’ennemi, pour l’État, était à gauche. Il y avait le terrorisme de la Fraction armée rouge, et d’autres attaques de la gauche, pas seulement contre des néonazis. En Allemagne de l’Ouest, jusque dans les années 1970, le terme d’antifasciste était quasiment une insulte. Car l’antifascisme est un concept qui est d’abord venu des communistes, et qui était seulement utilisé par eux. À l’origine, pour le KPD dans les années 1930, l’antifascisme est essentiellement un combat contre le capitalisme, contre les sociaux-démocrates. C’est dans les années 1970 que le concept commence à être compris comme nous l’entendons aujourd’hui. ©Kunst und Kampf. Le symbole du groupe antifa de Bad Lauterbeg, en Basse-Saxe, qui a existé de 1978 à 1985. Le mouvement antifa allemand est-il toujours un mouvement anticapitaliste aujourd’hui ? Le mouvement n’est pas un bloc monolithique. Il y a des gens chez les antifas qui ne veulent rien avoir à faire avec l’idéologie anticapitaliste, ils veulent juste combattre les néonazis. Mais ils agissent quand même ensemble. Quelles sont les relations du mouvement antifa avec l’antiracisme plus institutionnel, celui des grandes manifestations qui réunissent les syndicats, les partis de gauche, des initiatives citoyennes ? Il y a des alliances, mais cela est arrivé plus tard. Les premières alliances de ce type ont lieu après la Réunification, en réaction aux fortes mobilisations nationalistes. Là, l’État est intervenu. Des initiatives antifascistes ont été soutenues. Des fondations ont été créées. Et des personnes qui ont été actives comme antifa sont parties travailler dans ces structures. Il y a donc des liens forts. À partir de là, les choses ont été différentes. Les antifas ne sont plus aussi exclus qu’avant. Il y aussi des alliances plus institutionnelles, comme Bunt statt Braun [« coloré plutôt que brun », ndlr], qui tentent de marginaliser les activistes antifas radicaux. Car la tendance de base du mouvement antifa reste révolutionnaire. Et l’État ne veut évidemment pas de mouvement révolutionnaire. Quels liens l’antifascisme allemand contemporain a-t-il, ou a-t-il eu, avec le même mouvement en France ou en Italie ? Au début des années 1990, nous voulions créer une grande organisation, en Allemagne, avec l’AA/BO (Antifaschistische Aktion/Bundesweite Organisation), et aussi nouer des contacts au niveau international. Nous avons invité des gens de France, d’Angleterre, d’Italie, du Danemark… Il y a eu des contacts, et certains ont perduré. Mais cela n’a pas conduit à la création d’une organisation internationale. Le mouvement est-il fondamentalement internationaliste, ou bien comprend-t-il également des tendances nationalistes ? Selon moi, le mouvement antifasciste ne peut être qu’internationaliste. Mais quand on combat les fascistes, on est toujours confronté à sa propre nation, aux situations particulières dans chaque pays. La France et l’Allemagne, par exemple, sont plus différentes que l’on ne pense au premier abord. L’organisation des syndicats, par exemple, est beaucoup plus centralisée en Allemagne qu’en France. Et les grèves ne fonctionnent pas de la même manière. Les mouvements fascises aussi sont différents. Mais l’idéologie de l’antifascisme est évidemment internationaliste. Le fait que le même emblème de l’antifasciste soit utilisé par tous les mouvements est révélateur. Quelle est la place des femmes dans le mouvement en Allemagne ? Et de l’écologie ? Dans toutes les organisations de gauche allemandes, la question de la place des femmes est importante. Chez les antifas, il y a eu des groupes de femmes. Aujourd’hui, le mouvement est relativement mixte. La question de l’écologie n’est en revanche pas discutée dans le mouvement. Mais des groupes antifas sont aussi allés à des manifestations contre des centrales nucléaires en Allemagne. Quel est l’ampleur du mouvement aujourd’hui ? Beaucoup de groupes se sont dissous. Les estimations vont de 2000 à 10 000 personnes actives dans le mouvement. 10 000, je pense que c’est très optimiste. Dans les années 1980, une manifestation antifa d’ampleur nationale réunissait 2000 personnes, c’était déjà beaucoup en Allemagne et cela le reste. Il y a eu des grosses mobilisations avec les concerts, « Rock contre la droite » (Rock gegen recht) [2]. Les manifestations qui mobilisent au-delà quelques milliers de personnes sont celles organisées par une alliance large, comme à Berlin contre l’AfD en mai dernier, avec 20 000 personnes présentes. La musique fait-elle toujours partie intégrante de l’action antifa ? En Allemagne, la musique est devenue encore plus importante aujourd’hui qu’auparavant. Même si c’est sous une forme différente. Le concert antifa de Chemnitz le 4 septembre a été donné par des musiciens qui ont du succès commercialement, tout en ayant un engagement antifasciste clair. Les gens sont venus en nombre [le concert de Chemnitz a rassemblé 65 000 personnes, ndlr]. Cela montre que la musique et l’antifascisme vont ensemble. D’où vient le symbole des deux drapeaux rouge et noir accolés ? Le symbole vient à l’origine du KPD, qui l’a créé en 1932. Il y avait alors deux drapeaux rouge, pour le KPD et le SPD [le parti social-démocrate], qui flottent de gauche vers la droite. Dans les années 1970, l’emblème a été ressorti par le Kommunistischer Bund (Alliance communiste), qui organisait des actions antifascistes et voulait prendre un autre emblème que celui qu’utilisait l’Association des persécutés du régime nazi, qui était un triangle rouge. Elle voulait aussi se placer dans la tradition de l’antifascisme militant des années 1920 et 1930. Au début des années 1980, il y a une nouvelle réflexion là-dessus. Le mouvement antifa ne voulait pas reprendre le symbole des deux drapeaux rouges, parce qu’il était lié au stalinisme. Alors, nous avons introduit le drapeau noir, parce que nous nous référions aussi à l’anarchisme. Et parce que nous sommes un mouvement de gauche qui combat contre la droite, nous avons retourné le sens des drapeaux, pour les faire flotter de la droite vers la gauche. Ce nouvel emblème s’est diffusé rapidement au-delà de l’Allemagne dans les années 1990. Propos recueillis par Rachel Knaebel - Photo de Une : CC Brainbitch/Flickr. - Portrait de Bernd Langer : DR. Antifa. Histoire du mouvement antifasciste allemand, Bernd Langer, Éditions Libertalia, 2018, en partenariat avec La Horde.| Notes [1] Après-guerre, en Allemagne de l’Est, le KPD est fondu dans le SED, interdit en Allemagne de l’Ouest en 1956. [2] Le premier concert Rock gegen Rechts a eu lieu en 1979. RÉAGIR À CET ARTICLEVOIR LES COMMENTAIRES (0) Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Delicious Partager sur Google+ Imprimer Cet article vous a intéressé ? Basta ! a besoin de ses lecteurs pour poursuivre son travail, faites un don. TAGS Droites extrêmes Gauche radicale Luttes sociales Réagir à cet article À LIRE AVANT DE COMMENTER Forum Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire. CONNEXION | S’INSCRIRE | MOT DE PASSE OUBLIÉ ? 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17/09/2018 Publié depuis Overblog …

Enquête anthropologique sur les neurosciences cognitives

Comment le cerveau en est-il venu à acquérir, au début des années 1990, une valeur centrale auprès des chercheurs...

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17/09/2018 Publié depuis Overblog …

Benoît Borrits : « Casser le carcan de la démocratie représentative » FacebookTwitterGoogle+PinterestFacebook MessengerFlipboardPocketEmailWhatsApp Entretien inédit pour le site de Ballast La notion de « commun » revient en force. Et, avec elle, la remise en question de la propriété (qu’elle soient privée ou nationale). Dans le sillon creusé par le socialisme libertaire d’un Proudhon, l’animateur de l’association Autogestion et chercheur-militant Benoît Borrits assure qu’il est possible d’envisager un Au-delà de la propriété, titre de son dernier ouvrage, ainsi qu’un dépassement de l’État : cela aurait tout d’une révolution, et c’est à ce projet — ambitieux, il est vrai — qu’il nous convie à réfléchir… le plus concrètement possible. Une partie du mouvement anticapitaliste voit dans les coopératives une alternative entre capitalisme et communisme d’État. Vous, pas forcément. Pourquoi ? La fin de l’Union soviétique et des pays du « socialisme réel » a largement mis en veilleuse tout projet d’appropriation sociale. Pourtant, du point de vue de la pratique, les reprises d’entreprises par les salarié.e.s — auxquelles nous assistons depuis une vingtaine d’années dans différents pays (Argentine, France, Grèce…) — nous montrent que cette perspective est loin d’être éteinte, d’autant qu’elle est mise en œuvre, non par un État soit-disant ouvrier ou social, mais directement par des travailleur.se.s. Dans ces reprises, les travailleur.se.s refusent la fermeture d’une unité de production et affirment leurs droits d’utilisateurs des moyens de production contre le propriétaire qui entend en disposer. Le paradoxe est que ce processus débouche, s’il va à son terme, à la formation d’une coopérative qui est, en soi, une nouvelle forme de propriété. Si la coopérative de travail impose que les sociétaires soient les travailleur.se.s de l’entreprise — ce qui limite a priori le caractère privé de cette propriété —, il n’en reste pas moins vrai que le capital de la coopérative reste un capital et que sa logique tend à reprendre le dessus en cas de succès de l’entreprise. Il n’est pas rare de voir que, dans certaines d’entre elles, les membres fondateurs ont parfois des réticences à élargir le sociétariat1 aux nouveaux salarié.e.s, au point que les sociétaires deviennent minoritaires dans l’entreprise et deviennent de facto les nouveaux « patrons » de l’entreprise. Vous retracez un ensemble d’expériences autogestionnaires et socialistes : révolutions russe, espagnole, yougoslave. Quelles leçons en tirer ? « Le capital de la coopérative reste un capital : sa logique tend à reprendre le dessus. » Si nous définissons le capitalisme comme étant la propriété privée des moyens de production, il semble alors assez naturel de considérer son antithèse comme étant la propriété collective des moyens de production. C’est dans ce chemin que la majeure partie des socialistes du XIXe siècle se sont engouffrés. Or ce projet de propriété collective a toujours échoué à déterminer quelle doit être le périmètre de cette collectivité. En passant en revue aussi bien les théories que les mises en pratique, on a pu comprendre, avec le recul de deux siècles d’expériences, combien ce projet était piégé. Nous venons d’évoquer la forme coopérative comme première tentative de propriété collective. Très tôt, les socialistes du XIXe siècle ont critiqué le caractère restreint de la collectivité limitée à l’entreprise. L’échelon supérieur qui a alors été envisagé est celui de l’État-nation : il fallait transférer la propriété des moyens de production d’agents privés à l’État. Une voie expérimentée par les bolcheviks après la révolution d’octobre 1917… Ils justifiaient cette étatisation par la supériorité de la planification sur le marché. Ne nous attardons pas sur le bilan calamiteux de cette expérience. Elle a cependant démontré que la planification intégrale d’une économie est une chimère, qui contredit la propriété collective à grande échelle. Dans les écrits tardifs de Marx, et chez Jaurès, on trouve clairement la critique d’une appropriation sociale qui se réaliserait par la seule nationalisation — est alors née l’idée d’une propriété nationale gérée par des collectifs de travailleur.se.s. D’une certaine façon, les communistes yougoslaves ont expérimenté cette voie avec des résultats non dénués d’intérêt. Mais il y a là une contradiction dans les termes : un propriétaire ne peut pas accepter que des décisions qui l’impliquent soient prises par d’autres que lui. Pour résumer, nous dirons qu’une propriété est excluante par nature. Cela se comprend aisément pour la propriété privée. Mais une propriété collective exclut aussi celles et ceux qui ne font pas partie de cette collectivité : elle apparaît à ces dernier.e.s comme privée. Il était donc nécessaire d’élargir cette collectivité. Mais en l’élargissant, on produit une bureaucratie qui exclut de facto celles et ceux au nom de qui cette propriété collective a été érigée, à savoir les travailleur.e.s et les usager.es. Le projet de propriété collective est une impasse. Seul Proudhon avait esquissé l’idée que l’alternative résidait dans la non-propriété. De quelle façon ? Son projet de Banque du peuple — en 1849 — nous donne une intuition féconde du contenu de cette non-propriété : l’important n’est pas de posséder les biens de production mais d’en disposer et les outils de financement doivent le permettre. D’une certaine façon, les libertaires et les conseillistes d’inspiration marxiste ne posaient pas la question de la propriété : ce sont les Conseils de travailleur.se.s qui, en qualité d’usager.e.s des moyens de production, devaient être dépositaires de la gestion de ces biens. Cette absence de notion de propriété devait être renforcée par la coordination des conseils de travailleur.e.s qui établiraient ensemble un plan de production. Le problème est que rien n’autorise à penser que cette planification soit possible et que les collectifs s’entendront naturellement sur des objectifs de production — ce que concèdent bien des observateurs libertaires de la révolution espagnole de 1936. En cas de désaccord, la solution réside soit dans la coercition, soit dans le recours au marché — et qui dit recours au marché dit retour à la propriété… Kurt Schwitters, 1931 Vous imaginez des dispositifs pour sortir de la propriété des moyens de production, comme celui d’un système financier anticapitaliste. Mais n’est-ce pas une contradiction ? La justification du financement d’un bien est sa durée d’utilisation. Si un collectif de travailleur.e.s doit utiliser une machine de production sur 20 ans, il est inacceptable d’exiger de celui-ci son règlement a priori : il faut donc qu’un autre agent économique avance cette somme pour payer celles et ceux qui ont fabriqué ce bien. Toute la question est donc de savoir qui est cet agent économique. Dans le système capitaliste, cet agent économique est un individu privé — une personne physique ou morale — qui avance cet argent dans un unique but : gagner encore plus d’argent. Peu importe donc l’objet de cet investissement, qu’il soit polluant ou pas, qu’il soit socialement utile ou pas, pourvu qu’il rapporte. Les unités productives d’aujourd’hui sont totalement dépendantes de la volonté des détenteurs de capitaux : l’entreprise doit contenter des actionnaires qui exigent un rendement pour le maintien de la valorisation de l’entreprise ou des banquiers ou des prêteurs individuels, qui peuvent être réticents à prêter un capital contre la promesse d’un taux d’intérêt. « Une rupture fondamentale avec l’ordre capitaliste réside dans l’affectation des investissements. » Ma proposition de système financier socialisé — qui n’est en aucun cas étatique — s’articule autour d’un Fonds socialisé d’investissement (FSI). Celui-ci se constitue sur une zone géographique donnée, probablement un pays dans un premier temps, sachant que la politique s’exprime prioritairement à cette échelle. Sa constitution initiale pourrait très bien se faire par une cotisation ou un impôt sur les entreprises qui contribuera à remettre en cause la rentabilité des entreprises privées pour permettre aux travailleur.se.s et usager.e.s de les reprendre. Ce fonds pourra alors accorder des prêts aux entreprises et sera alimenté en retour par les remboursements. Une rupture fondamentale avec l’ordre capitaliste réside dans l’affectation des investissements. En régime capitaliste, ceux-ci ne le sont que selon un critère de rentabilité. Dans notre système socialisé, la population déterminera les grandes orientations de l’économie en répartissant les crédits en enveloppes d’investissements pouvant correspondre à des finalités (transition énergétique, mobilité, outil industriel…), des modalités de crédit (crédit simple remboursé sur plusieurs années, ligne de crédit pour financer un Besoin en fonds de roulement, apports pour financer de la recherche et développement) ou encore une politique volontariste d’investissements dans certains territoires défavorisés. Parce que des budgets existeront pour diverses modalités d’investissements, il devient alors possible de financer la totalité des actifs de l’entreprise pour aboutir à la disparition des fonds propres, et donc des propriétaires. La voie est alors ouverte à une entreprise sans propriétaire, un commun productif qui serait directement géré par ses travailleur.e.s avec une intervention très fréquente des usager.e.s. Vous dites également que la démocratie économique implique des prises de décision concertée entre les travailleurs et les usagers. Si l’unité de production opère dans un environnement économique tel que les consommateur.rice.s puissent facilement trouver un concurrent en cas d’insatisfaction, l’intervention des usager.e.s n’est pas indispensable : imaginons un restaurant en ville qui produirait des plats infâmes servis de façon désagréable, on comprend que les travailleur.se.s se tirent une balle dans le pied s’il existe d’autres restaurants dans les environs. Si, par contre, l’unité de production se trouve dans un environnement monopolistique ou oligopolistique, on comprend que les usager.e.s doivent disposer d’un pouvoir de codécision avec les travailleur.se.s. Le plus simple est de garantir dans tous les cas un droit de mobilisation des usager.e.s pour constituer un Conseil d’orientation, qui dialoguerait avec le Conseil des travailleur.se.s pour les décisions essentielles sur le contenu, les prix et les modalités de distribution. Ce droit de mobilisation des usager.e.s devrait d’ailleurs s’appliquer dès aujourd’hui à l’égard des entreprises privées — ce qui permettrait de contester le pouvoir unique des actionnaires. Kurt Schwitters,1921 Cette codécision entre travailleur.se.s et usager.e.s n’est pour autant pas le seul lieu de partage du pouvoir. Les unités productives doivent aussi se financer auprès du système socialisé. Ils vont donc devoir dialoguer avec les travailleur.se.s des banques autogérées et tenir compte des décisions macroéconomiques des citoyen.ne.s concernant l’orientation des investissements. De même, la structure des revenus est dépendante des décisions collectives prises en terme de socialisation des revenus. Nous avons au final deux types de communs qui s’articulent : des communs productifs, de nature associative (on le rejoint volontairement en tant que travailleur.se.s ou en tant qu’usager.e.s) et des communs sociaux, de nature géographiques (ce sont les résident.e.s d’une zone géographique donnée qui constituent un commun destiné à réaliser un objet social). Ces communs géographiques peuvent aussi être utilisés pour d’autres fonctions telles que la production de droit ou de services publics. Dans ces deux types de communs existent des usager.e.s/citoyen.ne.s et des travailleur.se.s qui doivent codécider en permanence. On peut songer aussi aux travaux de l’écologiste Murray Bookchin sur le municipalisme libertaire… « Je m’inscris dans un projet clair de dépassement de l’État. » Je partage la préoccupation de Bookchin sur l’importance des usager.e.s et des citoyen.ne.s dans les prises de décision, mais il est tout aussi important de briser la subordination salariale : dans tous les communs que nous avons décrits, la codécision entre travailleur.se.s et usager.e.s/citoyen.ne.s est essentielle. De même, j’évoque une nécessaire coordination verticale remontant la chaîne de production, qui serait possible avec la présence des usager.e.s dans les organes de décision. Cette coordination ne saurait avoir un caractère systématique et obligatoire : elle doit s’inscrire dans une interaction avec d’autres sources de pouvoir, notamment en termes de socialisation des revenus et des financements. Je m’inscris dans un projet clair de dépassement de l’État. Vous évoquiez le projet proudhonien de Banque du peuple. Son idée était que les ouvriers puissent obtenir les capitaux permettant de créer leur propre entreprise autogérée et, ainsi, ne plus dépendre des investissements capitalistes. Un système alternatif de financement pourrait-il vraiment suffire ? Son projet est essentiel pour comprendre son approche de la non-propriété des moyens de production : il n’est pas nécessaire d’être propriétaire des moyens de production pour réaliser l’appropriation sociale mais d’y avoir accès et de les utiliser. C’est cette approche que j’ai reprise dans la conception du Fonds socialisé d’investissements pour faire disparaître les fonds propres des entreprises et donc la notion même de propriétaire. Ceci étant, Proudhon inscrivait sa Banque du peuple dans une démarche de construction d’alternatives au système, alternatives qui, par leurs développements propres, devaient se substituer au capitalisme. Si le projet de Banque du peuple avait été mené à bien, il est peu probable qu’il aurait changé l’économie. Nous assistons aujourd’hui à de nombreuses alternatives dans le domaine du financement, telles que la Nef ou les fonds coopératifs Socoden ou Scopinvest. Ces innovations sont essentielles. Elles nous montrent concrètement que l’on peut fonctionner avec des critères différents de la finance capitaliste ; elles sont sources d’inspiration pour aller plus loin… Mais ? Mais ces expériences sont limitées par l’environnement capitaliste qui nous entoure. C’est ainsi qu’une petite structure bancaire comme la Nef doit se refinancer comme les autres banques sur le marché et que sa petite taille la pénalise dans l’obtention de faibles taux d’intérêt. Socoden et Scopinvest sont des structures d’investissement en quasi-fonds propres qui, en diminuant l’engagement financier des sociétaires, favorisent les reprises d’entreprises par les salarié.e.s. Mais comme elles engagent l’argent collecté par les Scop, qui reste donc de l’argent privé, elles ne s’engagent significativement que sur les dossiers les plus sûrs. Il est donc nécessaire que ces alternatives se systématisent pour ne plus être en concurrence avec la finance privée ; c’est l’outil du commun géographique qui le permet : une population qui s’érige en commun pour définir des règles de prélèvement qui s’imposent à toutes et tous pour générer une ressource commune2. Kurt Schwitters, 1921 C’est à une révolution que vous appelez, en somme… Le processus de transformation sociale nécessite une initiative législative qui suppose son approbation par une majorité politique, majorité politique qui sera sans doute le produit d’une combinaison de mouvements sociaux et d’alternatives concrètes qui ont conscience de la nécessité de leur généralisation. L’objectif de cette majorité n’est surtout pas d’appliquer un programme précis au nom du peuple ou de la classe ouvrière mais de casser le carcan de l’État bourgeois de démocratie représentative au profit d’une démocratie des communs. Les citoyen.ne.s pourront désormais s’exprimer directement sur toute une série de domaines — par exemple, les allocations de budget d’investissements dans le cadre du FSI —, sans avoir à recourir à des représentants qui décident de tout : de la politique étrangère, du budget de l’État, des réformes à introduire sans jamais avoir à en référer à la base électorale. Dans ce processus révolutionnaire, il y a donc bien une combinaison entre la production d’alternatives concrètes — les reprises en Scop, les initiatives de construction de circuits courts, de production d’énergies renouvelables… — et la nécessité d’une alternative politique qui permette la systématisation de celles-ci par l’établissement d’une démocratie véritable. « Le processus de transformation sociale nécessite une initiative législative qui suppose son approbation par une majorité politique. » Il est de coutume de baisser les bras face à une mondialisation néolibérale, qui imposerait aux États ses règles inéluctables. C’est du moins ce que tentent de nous faire croire les dominants. Mais il est une autre réalité que l’on refuse de regarder en face : ce système ne tient plus désormais que grâce aux politiques de ces États qui, par des « réformes » successives, limitent la part des salaires dans la valeur ajoutée et favorisent les valorisations des entreprises déterminées par les anticipations de dividendes. Si, demain, un gouvernement devait pratiquer une politique inverse de hausse de la part des salaires dans la valeur ajoutée, tout ce système serait en péril — ouvrant la voie à la reprise des entreprises par les travailleur.se.s et les usager.e.s. Il s’agit cependant de réussir ces reprises. Et c’est dans cette perspective que s’inscrit l’établissement de communs de socialisation du revenu et de financement. Mais quelles seraient les chances de cette économie des communs de se développer dans un environnement a priori hostile, notamment au sein de l’Union européenne ? Aujourd’hui, l’économie est plurielle. Elle comporte des coopératives qui se développent tout en dérogeant aux règles du capitalisme. Il n’est donc pas absurde d’imaginer une économie où, sur certaines zones géographiques, s’imposeraient d’autres règles. Le fait que ces zones géographiques se dotent de communs de socialisation des revenus et d’investissement doit leur permettre de faire face à la concurrence étrangère. Ainsi la socialisation des revenus permet d’assurer à toutes et tous un travail rémunéré à un niveau décent. De même, le Fonds socialisé d’investissement est une arme essentielle qui permet à une zone géographique de ne plus dépendre des capitaux extérieurs. En libérant les entreprises des actionnaires, en favorisant leur contrôle par les travailleur.se.s et les usager.e.s, en permettant aux citoyen.ne.s de se déterminer sur les orientations essentielles d’une économie ainsi que sur les modalités d’une répartition des revenus, cette économie des communs sera largement plus désirable que celle d’exclusion et de prédation dans laquelle nous vivons et elle ne tardera pas à s’étendre alors à d’autres zones géographiques. Illustration en bannière : extrait d’une œuvre de Kurt Schwitters REBONDS ☰ Lire notre article « Le municipalisme libertaire : qu’est-ce donc ? », Elias Boisjean, septembre 2018 ☰ Lire notre abécédaire de Murray Bookchin, septembre 2018 ☰ Lire notre entretien avec Christian Laval : « Penser la révolution », mars 2018 ☰ Lire notre entretien avec Arnaud Tomès et Philippe Caumières : « Castoriadis — La démocratie ne se limite pas au dépôt d’un bulletin dans une urne », janvier 2018 ☰ Lire notre témoignage « Théâtre social : quand Philippe Durand raconte les Fralib », juin 2016 ☰ Lire notre article « Associations : faire face à l’offensive des entrepreneurs sociaux », Pablo Sevilla, mai 2016 ☰ Lire notre entretien avec Bernard Friot : « Nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires pour produire », septembre 2015 ☰ Lire notre entretien avec Alain Bihr : « Étatiste et libertaire doivent créer un espace de coopération », mai 2015 PDF | Imprimer 1. ↑ Qualité, rang de sociétaire. 2. ↑ C’est ainsi que j’avais suggéré, dans Coopératives contre capitalisme, que le FSI soit initié par une cotisation sociale patronale, qui aurait la double fonction de ponctionner les profits privés des entreprises et de constituer une ressource. Publié le 17 septembre 2018 dans Économie par Ballast Ballast Ballast « Tenir tête, fédérer, amorcer » Découvrir d'autres articles de Ballast

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