La critique du travail demeure centrale pour remettre en cause l’ordre marchand. Les marxistes traditionnels et les keynésiens se contentent de critiquer le « néolibéralisme ». Ils veulent éventuellement améliorer les conditions de travail, voire collectiviser les entreprises. Mais ils restent dans l’idéologie bourgeoise qui valorise le travail et même le productivisme. De l’extrême-droite à l’extrême-gauche, tout le monde défend le travail. Même les anarchistes proposent l’autogestion des marchandises par les travailleurs.
La critique du travail doit permettre un épanouissement complet dans son activité. Le caractère contraignant, réifiant, dépossédant doit être abolit. Plutôt que l’abstraction comptable, c’est la dimension qualitative et concrète qui doit être valorisée. La critique du travail vise à l’égalité et à l’émancipation. L’Etat, les formes juridiques et toutes les hiérarchies doivent disparaître pour ne pas reproduire les inégalités sociales.

Le livre de Benoît Bohy-Bunel propose des chroniques stimulantes sur divers sujets. Sa grande force consiste à analyser les symptômes du capitalisme spectaculaire. Il prend pour objet des phénomènes qui semblent anodins et superficiels, mais qui restent présents dans notre vie quotidienne. Benoît Bohy-Bunel montre comment la logique marchande colonise tous les aspects de la vie. Les films, la littérature, la télévision ou les réseaux sociaux reproduisent souvent les mécanismes du monde marchand.
Benoît Bohy-Bunel explore également des phénomènes aussi divers que les humoristes, la presse people, le football pour penser la civilisation marchande. Il montre que ces sujets ne sont pas anecdotiques, mais révèlent les symptômes du capitalisme. Il faut souligner l’importance de cette approche. Les marxistes, même hétérodoxes, se focalisent sur la sphère de la production et sur l’économie. Mais le monde culturel exerce également une influence dans notre vie quotidienne. La logique marchande dépasse le cadre de l’entreprise pour s’immiscer dans tous les autres moments de notre existence.
Benoît Bohy-Bunel ne se contente pas d’évoquer le domaine de la culture et l’absurdité du spectacle. Il développe une critique du monde du travail, avec sa souffrance et son hypocrisie. Le management veut le bien-être des salariés, mais leur impose aussi des objectifs qui renforcent le stress. Surtout, Benoît Bohy-Bunel ne se contente pas d’une critique superficielle. Lorsqu’il analyse les symptômes, c’est pour s'attaquer à la racine du problème. Il ne propose pas d’améliorer et de rendre plus vivable la barbarie marchande. Il insiste sur l’importance de remettre en cause l’exploitation et l’aliénation, le travail et le capital.
Néanmoins, le constat clinique s’accompagne de peu de perspectives politiques. La critique de l’industrie culturelle laisse même songer à un rouleau-compresseur qui éradique tout esprit critique de la part d’individus aliénés et définitivement englués dans le spectacle. L’analyse des objets culturels ne permet pas de prendre en compte la possibilité d’une réception critique du public. Par exemple, la publicité ou la télé-réalité ne sont pas toujours perçues comme crédibles et sérieuses par la population.
Lorsque Guy Debord évoque le règne du Spectacle, il évoque également les Conseils ouvriers et les révoltes historiques. Benoît Bohy-Bunel évoque peu les perspectives de transformation sociale. Il semble même céder à la mode postmoderne et à l’idéologie intersectionnelle. Il reprend la blague tiers-mondiste du travailleur occidental repu qui bénéficie de l’exploitation des pays pauvres.
Il propose même un catalogue des « dominations structurelles et massives » : économiques, racistes-coloniales, sexistes-patriarcales, validistes, anthropocentristes, âgistes. La transformation sociale doit alors provenir d’une alliance entre diverses sectes et collectifs spécialisés dans une facette de la victimologie. On est loin de la perspective situationniste d’une révolte globale qui attaque toutes les hiérarchies.
Malgré ces limites politiques, les réflexions de Benoît Bohy-Bunel permettent de réactualiser la démarche de Guy Debord. Il cherche à analyser les nouvelles formes d’aliénations dans la vie quotidienne. Il développe également une critique radicale du travail et de la société marchande pour permettre d’inventer un autre monde.
Source : Benoît Bohy-Bunel, Symptômes contemporains du capitalisme spectaculaire. Actualités inactuelles, L’Harmattan, 2019
La critique de l'industrie culturelle
Culture de masse et aliénation
Facebook et l'aliénation technologique
Une critique radicale du travail
La critique de la valeur et ses limites
Vidéo : LECTURE 4# | Critique du travail – Benoît Bohy-Bunel, mis en ligne sur le site de Guillaume Deloison le 19 février 2018
Vidéo : Contre la gauche du capital, mise en ligne sur le site Expansive le 29 novembre 2018
Radio : Lordon, altercapitalisme keynésien, national-étatisme, spinozisme, mis en ligne sur le site Sortir du capitalisme
Radio : Guy Debord, une critique radicale du Spectacle et du Capitalisme, conférence enregistrée le 22 octobre 2016
Site de Benoît Bohy-Bunel
Benoit Bohy-Bunel, La critique radicale du travail, et son incompatibilité structurelle avec le principe spectaculaire, publié sur le site Palim-Psao le 22 octobre 2016
Benoit Bohy-Bunel, La souffrance de la réification et le mouvement des gilets jaunes, publié sur le site Palim-Psao le 12 décembre 2018
Benoit Bohy-Bunel, A propos de « Contre le travail » de Guiseppe Rensi, publié sur le site Palim-Psao le 12 mai 2017
Benoit Bohy-Bunel, Citoyennisme, protectionnisme, nationalisme. Les vrais virages populistes d'une certaine « gauche » contemporaine, publié sur le site Palim-Psao le 16 mars 2016
Benoit Bohy-Bunel, Le fétichisme de la marchandise chez Marx, publié sur le site Palim-Psao le 24 juin 2017
Benoit Bohy-Bunel, La critique marxienne de la valeur. Une critique de la richesse fétichisée, qui approfondit la critique radicale de l'exploitation, contre tout altercapitalisme superficiel, publié sur le site Palim-Psao le 8 décembre 2016
Benoit Bohy-Bunel, Le travail est une catégorie historiquement déterminée, publié sur le site Palim-Psao le 10 juin 2013

