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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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Quelques textes des/sur les BLACK BLOCS pour la c

Quelques textes des/sur les  BLACK BLOCS pour la c
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Black Bloc 
concernant les événements du 30 novembre 99 à Seattle


http://cettesemaine.free.fr/cs79bb.html
Le principal objectif de ce communiqué est d'éclairer le mystère qui entoure le Black Bloc et de rendre ses motivations plus transparentes puisque nos masques ne peuvent pas l'être.

Le 30 novembre 99, plusieurs groupes d'individus du Black Bloc ont attaqué différents objectifs dans le centre ville de Seattle. Parmi eux (pour n’en citer qu’une partie), on trouve : Fidelity Investment(principal investisseur dans le pétrole occidental, l’oppresseur de la tribu U’Wa en Colombie), Bank of America, US Bancorp, Key Bank et Washington Mutual Bank(institutions financières clés dans l’expansion des grands groupes), Old Navy, Banana Republic et GAP(entreprises familiales qui pillent les forêts du Nord-Ouest et exploitent les ouvriers dans des sweatshops(1)), NikeTown et Levi’s(dont les produits hors de prix sont fabriqués en sweatshops), McDonald’s(fast-food esclavagiste responsable de la destruction de forêts tropicales en pour en faire des paturages à bétail, responsable du massacre d’animaux), Starbucks(fabricant d’une matière première dont les produits sont récoltés par des paysans sous-payés et obligés de détruire leurs forêts),Warner Bros(monopole médiatique), Planet Hollywood(par le simple fait d’être ce qu’ils sont)...

Cette activité dura plus de 5 heures et entraîna la destruction de vitrines et de portes de magasins ainsi que la dégradation de façades. Des frondes, des distributeurs de journaux, des marteaux, des maillets, des pinces ont été utilisés pour détruire de façon stratégique la propriété privée et de pouvoir y rentrer (un des trois Starbuckset Niketownont été pillés). Des jets d'œufs remplis de colorant, des boules et pistolets de peinture ont également été utilisés.

Le Black Bloc est un ensemble plus ou moins organisé de groupes et individus réunis par affinité qui se baladent dans le centre ville, attirés parfois par des devantures de magasins vulnérables et éminents, parfois par la vue d'un groupe de policiers. Contrairement à la majeure partie des activistes qui ont été gazés et atteints par des balles de caoutchouc à plusieurs occasions, la plupart des membres du BB ont évité les blessures graves en restant constamment en mouvement et en évitant la bagarre avec la police. Nous sommes restés groupés et nous regardions toujours derrière nous. Ceux qui étaient attaqués par les bandits fédéraux ont été rapidement libérés par des membres du BB, organisés et préparés. Le sens de la solidarité était impressionnant.

Les activistes "gardiens de la paix"

Malheureusement, la présence et la persistance de services d'ordre a été perturbante. Au moins à six occasions, des soi-disant activistes "non violents" ont attaqué physiquement des individus qui voulaient s'en prendre à la propriété privée. Certains sont même allés jusqu'à se tenir devant la grand magasin NikeTownpour attaquer et repousser le BB. En fait, ces "gardiens de la paix" comme ils se nomment eux-mêmes ont été bien plus menaçants vis-à-vis du BB que les chiens de garde de l'État en uniforme, notoirement violents (des policiers ont même utilisé la couverture des activistes "gardiens de la paix" pour stopper ceux qui commençaient à détruire la propriété privée).

La réaction contre le Black Bloc

La réaction contre le BB a mis en lumière certaines des contradictions et des oppressions internes présentes parmi les "activistes non violents". En dehors de l'hypocrisie évidente de ceux qui se sont montrés violents avec des membres du BB (nombre d'entre eux ont été frappés bien qu'ils n'avaient pas l'intention de s'en prendre à la propriété privée), il apparaît aussi un racisme d'activistes privilégiés qui peuvent ignorer la violence perpétrée contre la société et la nature au nom de la propriété privée. L'attaque des vitrines a concerné et inspiré beaucoup des personnes parmi les plus opprimées de la ville de Seattle, et ce bien plus que n'importe quelles marionnettes géantes ou costumes de tortues de mer (ce qui ne remet pas en cause leur utilisation par d'autres groupes).

Quelques mythes à propos du Black Bloc

Voici un petit quelque chose dont l’objet est d’aller à l’encontre des mythes qui circulent à propos du Black Bloc :

1. « Ils sont tous des anarchistes d’Eugene ». Bien que certains soient effectivement des anars de Eugene, nous venons pour le reste de tous les Etats-Unis, y compris Seattle. Dans tous les cas, la plupart d’entre nous connaissent les environs (par exemple, la récente occupation du centre ville par certains des plus infâmes commerçants multinationaux).

2. « Ils sont tous adeptes de John Zerzan » (2). De nombreuses rumeurs courent, qui nous présentent comme des adeptes de J. Zerzan, un auteur anarcho-primitiviste de Eugene qui prône le destruction de la propriété. Bien que certains d’entre nous apprécient ses écrits et analyses, il n’est en aucun cas notre leader, directement, indirectement, philosophiquement ou d’une autre manière.

3. « Le grand squat public est le quartier général des anarchistes qui s’en sont pris à la propriété le 30 novembre ». En réalité, la plupart des personnes du squat ‘Zone autonome’ sont des habitants de Seattle qui ont passé la plus grande partie de leur temps, depuis l’ouverture le 28, à l’intérieur du squat. Bien qu’ils puissent se connaître, les deux groupes ne font pas un et en aucun cas les gens du squat ne doivent être considérés comme s’étant attaqués à la propriété.

4. « Ils ont transformé un manifestation pacifiste en une guerre ce qui a mené au gazage des manifestants non violents ». Notez que les tirs de grenades lacrymo, les jets de poivre et les tirs de balles en caoutchouc ont tous commencé avant les actions du BB. En plus, nous devons aller à l'encontre d'une tendance qui établit une relation de cause à effet entre la répression policière et la protestation sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de s'attaquer à la propriété ou non. La police a chargé dans le but de protéger les intérêts de quelques possédants et ceux qui s'attaquent à ces intérêts ne peuvent être accusés de violence.

5. Inversement : « Ils ont agi en réponse à la répression policière ». Bien que cela puisse constituer une meilleure image de ce qu'est le BB, c'est faux dans tous les cas. Nous refusons d'être désignés comme une simple force de réaction. Bien que la logique du BB puisse échapper à certains, c'est dans tous les cas une logique en faveur de l'action.

6. « Ils sont un groupe de jeunes garçons en colère ». En dehors du fait que dire cela revient à faire preuve de condescendance de l'âge et de sexisme, c'est faux. La destruction de la propriété n'est pas une libération fondée sur une agitation machiste et nourrie de testostérone. Ce n'est pas non plus une colère réactionnaire et en décalage. C'est stratégiquement et spécifiquement de l'action directe dirigée contre des intérêts privés.

7. « Ils ne recherchent que la bagarre ». C'est proprement absurde et c'est une façon commode d'ignorer l'ardeur des activistes "gardiens de la paix" à nous attaquer. De tous les groupes engagés dans l'action directe, le BB était peut-être le moins enclin à provoquer les flics et nous n'avions certainement aucun intérêt à nous battre contre les autres militants anti-OMC (malgré de grands désaccords dans la tactique à mener).

8. « C'est un groupe chaotique, désorganisé et opportuniste ». Bien que nombre d'entre nous pourraient passer des jours à discuter du terme chaotique, nous n'étions certainement pas désorganisés. L'organisation est peut-être apparue comme fluide et dynamique, mais elle était serrée. Quant à l'accusation d'opportunisme, il serait difficile d'imaginer qui parmi tous ceux qui participaient n'a pas essayer de tirer avantage de l'opportunité créée à Seattle et d'avancer ses idées. La question devient alors : avons-nous créé cette opportunité ?... et la plupart d'entre nous l'ont certainement fait (ce qui mène au mythe suivant).

9. « Ils ne connaissent rien à ce qui se passe » ou « Ce ne sont pas des militants qui s'intéressent à la question ». Bien que nous ne soyons pas des militants professionnels, nous avions préparé ces actions depuis des mois à Seattle. Certains ont réfléchi chez eux, d'autres se sont rendus à Seattle plusieurs mois à l'avance pour se préparer. Il est certain que nous revendiquons la présence de centaine de personnes sorties dans les rues le 30 novembre : seule une petit partie n'avait rien avoir avec le BB. La plupart d'entre nous avaient déjà réfléchi aux effets de la mondialisation de l'économie, du génie génétique, du pillage des ressources naturelles, des transports, des conditions de travail, de la suppression de l'autonomie des indigènes, des droits des animaux et des hommes et nous faisons des actions sur ces thèmes depuis des années. Nous ne sommes ni mal informés ou inexpérimentés.

10. « Les anarchistes masqués sont anti-démocratiques et camouflés parce qu'ils veulent cacher leur identité ». Bon, soyons clairs (avec ou sans masque), nous ne vivons pas actuellement en démocratie. Si cette semaine n'a pas rendu les choses très claires, laissez-nous vous rappeler que nous vivons dans un État policier. Il y a des gens qui disent que si nous étions sûrs de ce que nous avons raison, nous ne nous cacherions pas derrière des masques. Cela sous entend que La vérité vaincra. Si c'est un juste et noble but, cela ne marche pas dans l'actuelle réalité. Ceux qui menacent sérieusement les intérêts du capital et de l'État seront persécutés. Certains pacifistes voudraient nous voir accepter cela joyeusement. D'autres nous diraient que c'est un sacrifice qui en vaut la peine. Nous ne sommes pas aussi moroses. Nous ne croyons pas que nous avons le privilège d'accepter la persécution comme un sacrifice : la persécution est pour nous quotidienne et inévitable et nous tenons à nos maigres libertés. Accepter l'incarcération comme une sorte de flatterie est l'apanage d'un privilège d'"occidentaux". Nous pensons qu'une attaque de la propriété privée est nécessaire si nous voulons reconstruire un monde qui soit utile, sain et joyeux pour tous. Et ce malgré le fait que les droits concernant la propriété privée sont surabondants dans ce pays et font passer toute destruction de propriété supérieure à 250 $ pour un crime.

Sur la violence de la propriété

Nous affirmons que la destruction de la propriété n'est pas un geste violent si cela ne met pas en cause de vie ou n'entraîne aucune blessure.

La propriété privée - en particulier la propriété privée collective - est infiniment plus violente que toute action portée à son encontre. On doit distinguer la propriété privée de la propriété personnelle. En effet, la seconde est basée sur l'usage alors que la première est basée sur l'idée d'échange. L'intérêt de la propriété personnelle est que chacun d'entre nous dispose de ce dont il a besoin ou désire.

Dans une société fondée sur le droit de la propriété privée, ceux qui ont la possibilité d'accumuler plus que les autres disposent de plus de pouvoir. Par extension, ils exercent un contrôle plus important sur ce que les autres perçoivent comme des besoins et des désirs, en général pour accroître leur seul profit personnel. Les défenseurs du "libre échange" prolongent ce raisonnement jusqu'à sa conclusion logique : un réseau de quelques monopoles d'industrie disposant d'un pouvoir total sur la vie de toutes et tous. Les défenseurs du "commerce équitable" souhaiteraient que ce processus soit tempéré par un contrôle des gouvernements dont le but serait d'imposer superficiellement des normes de base en matière de droits humains.

En tant qu'anarchistes, nous récusons ces deux positions. La propriété privée - et le capitalisme par extension - est intrinsèquement violente et répressive et ne peut donc être ni réformée ni atténuée. Que le pouvoir de toutes et tous soit dans les mains de quelques groupes ou réparti par un système de régulation dont le seul but est d'atténuer les désastres causés par les précédents, personne ne peut être libre comme ce serait le cas dans une société sans hiérarchie. Quand nous brisons une vitrine, notre but est de détruire le vernis de la légitimité qui recouvre la propriété privée. Dans le même temps, nous exorcisons toutes les formes de relations violentes et destructives qui imprègnent tout autour de nous.

En "brisant" la propriété privée, nous transformons sa valeur d'échange limitée en une valeur d'utilité plus large. Une devanture brisée devient un trou laissant passer de l'air frais dans une atmosphère oppressive, celui de la vente de marchandises (au moins jusqu'à ce que la police ne décide de lancer des lacrymos sur une barricade toute proche). Un distributeur automatique de journaux devient un outil pour percer de tels "trous", ou un petit blocus pour revendiquer l'espace public ou nous donner un avantage sur le terrain. Une benne à ordures empêche les flics anti-émeutes d'avancer et devient une source de chaleur et de lumière.

Une façade d'immeuble devient un tableau sur lequel on peut écrire des idées en vue d'un monde meilleur. Après le 30 novembre, beaucoup de gens ne regarderont plus une vitrine ou un marteau de la même manière qu'avant. Les utilisations possibles de l'espace urbain se sont multipliées par 100. Le nombre de vitrines éclatées est ridicule comparé au nombre de vies brisées - vies bousillées par l'hégémonie qui nous écrase et qui nous pousse à oublier toutes les violences commises au nom de la propriété privée et tout ce qui serait possible si elle n'existait pas.

Les vitres brisées peuvent être rebouchées (avec un gâchis en bois toujours plus grand) et éventuellement remplacées, mais le fracas de notre arrogance et de nos espoirs persistera heureusement pour quelque temps.

Contre le capital et l'État

Le collectif ACME 
5 décembre 1999

Contact P.O. box 563, Morgantown, wv, 26 507, Etats-Unis 
jeff@tao.ca 
NB : ces observations et analyses sont énoncées par le collectif ACME et ne doivent pas être jugées représentatives du reste du BB ou de toute autre personne qui aurait participé à l'émeute ou à la destruction de la propriété le 30 novembre.

1 Sweatshop: Littéralement « usine à sueur ». Il s’agit par exemple des usines installées dans les maquiladoras, ces zones franches situées à la frontière américano-mexicaine. Par extension, notamment en Asie du sud-est, il s’agit d’entreprises où les conditions d’exploitation sont particulièrement ignobles. 
2 NDLR : On peut, par exemple, se reporter Aux sources de l’aliénation, l’Insomniaque, octobre 1999, 128 p. et à Futur primitif,l’Insomniaque, décembre 1998, 94 p.


3. — Contes du Black Bloc 
la guerre sociale à Washington 
http://membres.lycos.fr/poingexclamation/no9/a16.htm

Ceci est un compte-rendu individuel des événements vécus dans et aux alentours du black bloc durant les manifestations à Washington le 16 et 17 avril dernier. En aucun cas ceci peut représenter la totalité de ce qui s’est passé durant ces deux jours. Tout de même , ça donne une bonne idée…

Dimanche 16 avril 2000, 6h A.M.

Rassemblement

Ce n’était qu’un petit groupe (30) d’anarchistes* qui s’était rassembléEs au Rock Creek Park à Washington pour débuter, en black bloc, ce qui allait s’avérer à être une longue et épuisante journée de militantisme. Non loin de là se tenait un autre rassemblement des sympathiques membres non-violentEs** de Reclaim the streetsde New York city. Il semblait avoir une appréciation mutuelle entre les deux groupes , mais aucune alliance tactique précise existait.

Après avoir marché pas plus qu’une centaine de mètres , un autre groupe (20) de femmes et d’hommes habilléEs en noir s’est joint au groupe original. Ce groupe avait en sa compagnie deux banderoles ; une lisant : Revolutionnary Anti-Capitalist Blocet l’autre abordant une sorcière anarchiste sur son balai et la citation d’Emma Goldmann : To those who dare belongs the futur.C’est de cette façon que le black bloc s’est formé : des groupes organisés s’attachant au bloc au fur et à mesure qu’il avancait. Ceci continua pendant près d’une demi-heure jusqu’à ce que le bloc soit fort d’à peu près 500 personnes. Notez que ceci n’est pas du à la fameuse habitude retardataire commune à la scène anarchiste montréalaise mais bien à cause d’une stratégie consciente de se rassembler sans attirer l’attention des flics, et grossir, en sauts quantitatifs, pour les déstabiliser.

*pourquoi anarchistes ? : parce que c’était en majorité des anars et puis le débat sur — et la peur du — mot commence à me faire chier. Le bloc s’appellait : Revolutionnary Anti-Capitalist blocet des libertaires de d’autres tendances, communistes, verts, etc. , étaient bienvenues.

**aucune idée si Reclaim the streetsen tant qu’organisation, est non-violente, mais les gens qui étaient à Washington s’en réclamait. Heureusement de façon non-dogmatique et amical.

Visites des groupes de blocage

Nous avons commencé notre journée en faisant le tour du périmètre délimité par plusieurs groupes qui s’avaient donné comme but de bloquer l’entrée des déléguéEs de la Banque Mondiale et du F.MI. à leur conférence. La plupart des gens que l’on rencontrait étaient contents de nous voir, particulièrement quand ils ont connu nos buts de la journée : apporter un appui physique au lignes menacées par les flics, regagner du terrain perdu, bref occuper et épuiser les forces porcines pour que le blocage soit une réussite. Bien sûr, quelques unEs étaient un peu choquéEs, il faut dire que quelques centaines de femmes et d’hommes masquéEs, arméEs (de boucliers, drapeaux et d’objets de tout genre dans les sacs à dos) et enragéEs laissent une impression forte. Pour s’occuper, pendant cette période calme, nous avons joué au soccer,certainEs ont rythmé la marche avec des tambours et des chants et d’autres grimpaient les lampadaires de la ville pour laisser voler leurs drapeaux. Les boeufs commençaient à s’impatienter : ils avaient maintenant déployé, en quasi-permanence, un de leurs hélicoptères au-dessus du black bloc et devenaient de plus en plus aggressifs le long de leur propre lignes qu’ils avaient depuis peu érigées.

Graffitis !!!

Quelques instants plus tard,  un téméraire anarchiste (montréalais!) a posé le premier geste de défiance : un de ces gros @ directement sur le capot d’un char de flic. Le black bloc, en signe d’appui, a lâché des cris de joie spontanés qui ont stimulés l’ambiance. Ensuite, des camarades de Londres sont venuEs vister le mini-bloc de Montréal pour féliciter l’auteur du graf et nous ont donné un petit cadeau : deux cannettes de spray-paint,une noire et une rouge! Remarquez que ceci étaient très apprécié car nous avions auparavant seulement un crayon feutre pour graffiter. D’autres @ ont apparus rapidement sur des boites postales… ensuite les murs : Impossibility is not a revolutionnary reality(quelque chose comme ça , hé la mémoire…) et ensuite, avec du recul, le passablement chauvin Pain et Liberté , @ Montréalet finalement le graff de la journée selon Chuck-O (anar de Washington qui écrit souvent sur @-infos : tao.ca/a-infos), Fucking WhiteHouse.La mèche étaient maintenant allumée, la police rougissait d’impuissance.

Première ligne policière…à intervenir

À quelques coins de rue d’où les graffitis ont été peints , les flics ont passé à l’action. Munis de longues matraques en bois ils ont tenté de barrer la route au black bloc, en vain!!! Des personnes à l’avant du bloc, ayant vu la manoeuvre ont crié : Fill the gap!,tighten up!, Le bloc a réagi assez vite, au pas de course nous avons contourner la ligne policière en passant par le trottoir et en tournant à droite pour prendre une autre rue. Quelques coups de matraques ont été portés, aucune arrestation ; les flics n’avaient pas la force du nombre pour effectuer une opération d’envergure. Ayant réussi à échapper à sa première menace, le black bloc était heureux mais encore plus enragé qu’au départ. Avec détermination, nous avons scandé aux flics : Whose streets , our streets! … Les rues de Washington était les nôtres et nous étions acharnéEs à les garder.

Barricades

Sachant très bien qu’on ne pourrait pas seulement jouer à la souris avec le chat policier toute la journée, nous avons décidé qu’il fallait passer à l’offensive. Des barricades ont été érigées, avec des boîtes de journaux, des boîtes postales, des clôtures de chantiers de construction, etc.. Plusieurs coins de rues ont été barrés de cette façon, ce qui ralentissait souvent la progression des flics mais qui malheureusement a aussi été nuisible pour d’autres groupes de manifestantEs. Enfin, malgré leurs torts, les barricades ont eu le mérite d’impliquer un plus grand de participantEs du black bloc à l’action. Une camarade du groupe "six" de Détroit s’est exclamé à mon oreille : «Jamais je m’ai senti aussi libérée, convaincue et décidée que nous allons vaincre la police… ensuite viendra le Capital et l’État».

Charge avec la barricade… et la réponse des flics

20 minutes et un demi-tour plus tard , nous sommes revenuEs pour apercevoir les flics en train de refaire «l'ordre» aux intersections les plus barricadées. Pensant paraître comme des bienfaisants, les flics ont tenté de remettre doucement, sans attirer l’attention, les clôtures des chantiers de construction. Par contre, pas dupe, ceci a quand même provoqué chez la foule des réactions de résistance. Plusieurs manifestantEs ont entouré les poulets-boeufs-flics-porcs-sales-coches-cochons-policiers (appelez les comme vous le voulez) les repoussant jusqu’à reprendre la clotûre entre mains militantes. Et vint la charge ; rempliEs de détermination, nous avons fait reculer les flics en question au pas de course pendant deux coins de rue jusqu’à ce qu’une rangée de policiers en motos barre le chemin. Sans hésitation, par contre, la charge poursuivit… pour frapper un mur. Les motos furent trop solides et en plus les motards détenteurs de la loi ont même eu la sale idée de peser sur le gaz! Des combattantEs ont croupi sous la clôture, subissant des blessures et perdant de l’équipement (masques et autres) aux mains des flics. Tout de suite il y a eu des gazs lacrymogènes lancés par la poulisse qui ont plutôt eu un effet de surprise et de dispersion qu’une véritable frappe physique. Aux gaz, les combattantEs ont répliqué avec des pierres et des bouteilles de bières vides… une caisse de douze s’est vidée sous mes pieds en quelques secondes. Le ruff stuffs’est passé dans un parc tout près de la rue où poivre de cayenne et matraques ont rudement réprimées les plus combatif-VEs non sans des moments de résistance assez fortes. De la furie intense de charger contre des flics apeurés à la réalisation plus que convaincante et angoissante de l’extrême force répressive de l’État via son bras armé la police, nous avons vécu dans ces trentes minutes de combat un exemple probant de la bataille de Washington et fort probablement de bien d’autres batailles qui ont lieu partout dans le monde et en tout temps entre révoltéEs et policiers.

Repos, dislocation

Après ces moments éprouvants, le black bloc s’est arrêté pour un repos bien mérité. Il était maintenant près de midi, ce qui faisait déjà un total de six heures de manifestation active pour les femmes et les hommes en noir. Personnellement toujours fringant d’action, j’avais envie de poursuivre malgré ma fatigue intense. Le black bloc ne pouvait pas déjà être à bout de souffle!!! Heureusement, ces minutes de repos ont pu être une occasion de faire la rencontre de camarades de d’autres villes. Nous avons rencontré des gens d’Oakland en Californie, des gens de Détroit, des gens de Washington et plus tard lors des conseils de guerre(assemblées du black bloc) des camarades de Eugene (Oregon) et de New york. Nous avons pu jaser avec des combattantEs de la bataille de Seattle et même faire la connaissance du gars qui avaient la jambe remplie de marques de balles de caoutchouc venant des flics.

Rassemblement no.2, recul des flics

Nous avons repris la marche une trentaine de minutes plus tard… Après avoir parcouru quelques coins de rues on s’est joint à un autre contingent anarchiste fort de 500 personnes aussi ! Si l’on fait le calcul , cela amenait le total d’enragéEs libertaires à près de mille combattantEs. Pendant une dizaine de minutes nous avons songé, cette fois-ci de façon désorganisée, à notre prochain coup. Un camarade a alors mentionné que ce n’était plus des manifestantEs qui bloquaient la plupart des intersections, mais bien la police. Il était clair qu’il fallait reprendre le terrain perdu. Nous avons attaqué une ligne des plus faibles, un peu à l’écart des intersections plus critiques. En arrivant, des flics à peine armés attendaient de pied mi-ferme. À chaque opportunité, des combattantEs sont venuEs porter des coups, avec leurs drapeaux, bâtons et poings, pour affirmer notre insoumission généralisée. Aussi, un fumigène, à la boucane colorée, fut lancé. Les flics, en réponse, ne pouvaient que se contenter de faire des fausses charges sans jamais penser d’affronter sérieusement le black bloc et ses amiEs de combat. Complétement enragéEs, on ne pouvait plus se retenir… Insultes, crachats et menaces pleuvaient en direction de la police qui reculait de plus en plus. Finalement, les flics se sont sauvés la peau grâce à un camion policier qui les attendait au bout de la rue. (petite) Victoire ! Nous avions réussi non pas seulement à reprendre un coin de rue (victoire tactique) mais aussi à repousser clairement et sans contre-attaque les agents de la répression (victoire morale).

Discours dans un container

Un container, (grosse poubelle pour ceux qui savent pas c’est quoi) qui avait été réaproprié lors du dernier affrontement était devenu non seulement la locomotive du train révolutionnaire mais aussi un stage, une boîte à savon pour ceux qui voulaient addressé le bloc. Tout de suite après avoir repoussé les flics, un homme en noir ultra-masqué (il était un de ceux qui avait un masque complet genre en broche recouvert de tissu) a fait savoir aux combattantEs que notre victoire n’était pas un hasard, qu’elle pouvait se reproduire si seulement on gardait le momentum gagné et si l’on poursuivait avec la même détermination. Il était temps d’attaquer d’autres lignes de flics, car d’autres victoires du black bloc pouvaient possiblement gagner encore plus la sympathie des autres manifestantEs. Plein d’espoir et rechargéEs d’énergie , nous avons poursuivi en cherchant la prochaine ligne de flics à casser.

Ligne de flics no. 2

À seulement quelques pas de notre dernier arrêt, nous avons trouvé notre prochaine cible. Par contre, cette fois-ci la police nous attendait de pied ferme. Ils étaient plus nombreux et plus équipés… Parmi les munitions… de la poivre de cayenne, des fusils pour lancer les gazs lacrymogènes, des fusils pour balles en caoutchouc etc. enfin bien d’autres armes que je ne connais même pas mais qui étaient tous pointées vers les combattantEs. Une longue période de regards menaçants de la part des deux côtés a eu lieu, la tension était insupportable. À l’avant avec mon masque à gaz pour me protéger oui des gaz mais aussi pour protéger mes yeux d’une éventuelle balle de caoutchouc projetée dans la figure, je chiais dans mes culottes non pas sans rêver, de façon absurde, que je pourrais déposer ma crotte en plein visage d’un flic. Nous avons testé la ligne en envoyant le container vers eux, aucun effet. Nous avons crié, nous avons dansé, on s’est resserré en attente d’une confrontation majeure… qui n’a jamais eu lieu. Des personnes à l’arrière ont demandé le retrait du black bloc, ce qui fut un soulagement mais en même temps une (petite) déception pour moi et les autres combattantEs à l’avant qui avaient accepté de sacrifier leurs corps au combat. Les flics seront mangés une prochaine fois.

Repos , assemblée

Après l’attaque avortée, nous nous sommes dirigéEs vers un parc tout près de l’intersection où avait eu lieu le ‘stand off entre flics et combattantEs. Il était maintenant près de 15 heures, le soleil d’après-midi plombait sur le linge noir des black blocistes. On a appris plus tard que des boeufs (2 ou 3) avaient succombés à la chaleur sous leur armature anti-émeute… pas surprenant, il faisait près de trente degrés celcius. Ce fut un moment opportun de prendre un repos et de se rassembler. Des personnes de chaque sous-groupe (la plupart des sous-groupes se formaient de camarades de la même ville) se sont rencontréEs pour discuter de stratégie et de la prochaine étape de notre journée de combat. Des anarchistes de Washington, de New York, de Détroit, de Eugene, de Montréal et d’ailleurs ont pu jasé ensemble de la journée mais aussi d’un paquet d’autres affaires. Nous avons échangé des histoires de manifs dans nos villes, partagé nos différentes conceptions théoriques et généralement on a eu du plaisir à se connaître et à établir des liens affinitaires. Mais ces assemblées n’étaient pas seulement des lieux de rencontre. Ils ont été qualifiés par des camarades de Montréal comme étant des conseils de guerre,ce qui est assez précis comme description. Nous recevions de l’information venant des cyclistes qui parcouraient le secteur occupé par les manifestantEs et les flics pour savoir où l’aide du black bloc était le plus nécessaire. Il fallait juger la situation et prendre des décisions collectivement. À ce moment précis , des manifestantEs non-violentEs qui avaient utilisé des lock-boxes(boîtes munies de cadenas) pour s’attacher et former une ligne de bloquage solide fasse aux flics avaient besoin d’appui pour pouvoir amener leurs boîtes à une destination précise sans se faire prendre par les flics (les lock-boxesétant illégales). Le black bloc a alors décidé qu’il était important de solidariser avec ces manifestantEs et nous avons entrepris une marche de solidarité entourant les non-violentEs pour les protéger des assauts porcines probables. Des slogans communs ont été scandé, certains faisant rougir les non-violentEs comme No justice no peace , kill the fascist police !Tout de même, l’expérience fut positive pour les deux groupes et la marche s’est terminé sans arrestations… Mission accomplie ! 
 

Marche légale et intervention de la cavalerie policière 
 

Pendant que le black bloc et les manifestantEs du blocage marchaient en solidarité, la marche légale du nombre de près de 50 000 personnes, regroupant un ensemble très large de syndicats, groupes de défense de l’environnement, groupes d’appui aux prisoniers politiques etc., finissait son parcours à un grand parc non loin de l’Élipse , le monument phalloïde des U.S.A. Le black bloc a traversé le parc non sans être l’objet d’insultes venant de social-médiocrates frustrés : «Le problème avec les anarchistes c’est que vous faites jamais rien dans les communautés». Sûrement que l’homme qui a vomi cette phrase ne connaît pas le travail de nombreux groupes anars dans les communautés : du travail des groupes de Food not Bombspour nourrir sur une base autonome les plus démuniEs, au travail des activistes de Cop Watchqui dans bien des villes risquent arrestation et brutalité policière en surveillant la police et en intervenant au besoin, sans oublier les combattantEs de A.R.A (action anti-raciste) qui affrontent et confrontent le racisme, le fascisme et le sexisme de façon directe là où il sont le plus menaçants : dans les rues de nos communautés. C’était bien drôle d’entendre des sociaux-démocrates parler d’implication communautaire ; eux qui ont l’habitude de faire du lobbying au près des législations, à mille lieux de la communauté bien sûr, pour avancer leurs projets. Bon, en tout cas, ce n’est pas le temps de creuser la tombe de la social-démocratie et de toute façon ce n’est pas tout le monde au parc et loin de là qui avaient des réactions négatives au black bloc ; preuve que le problème avec les syndicats n’est pas les syndiquéEs mais bien les buts que ces organisations ont, qui se résument essentiellement dans la réforme du travail, et les petits-chefs-collabos qui les dirigent.

Une fois avoir traversé le parc pour se réfugier à l’arrière, le black bloc s’est à nouveau reposé sous des arbres, à l’abri d’un soleil toujours plombant même s’il était près de 18 heures. Mais avant même qu’on ait eu le temps de se décontracter, les flics préparaient déjà une autre intervention , cette fois montés sur des chevaux. Il n’est pas clair s’ils nous poursuivaient ou s’ils voulaient empêcher la poursuite d’une manif regoupant des groupes de socialisme internationalou bien s’ils voulaient carrément réprimer les deux, mais une chose est sûre : ils se sont heurtés à deux contigents très hostiles. Le black bloc bondit collectivement sur ses pieds pour faire face à la menace pendant qu’à quelques pas de là la baston avait déjà commencé entre la poulisse et les soussialisses. Pendant près de dix minutes un combat de basse intensité se poursuivait alors que de plus en plus de gens qui relaxaient dans le parc commençaient à se rendre compte des événements. Les chevaux étaient déstabilisés à cause de toute la brasse camarade qui se passait sous leurs gueules ; un fumigène a été lancé mais n’a pas eu l’effet désiré faute d’assez de boucane. À ce moment, les flics avaient réussi à arrêter seulement une poignée de combattantEs. Mais c’est lors du retrait des chevaux, sous les applaudissements de la grand foule maintenant présente, que d’autres flics, en uniforme complet d’anti-émeute , sont venus cueillir au moins 10 à 15 combattantEs de plus pour leur panier à salade. Ce n’est qu’une minorité des personnes présentes qui ont vu cette dernière opération policière, la plupart trop enjouéEs par le départ des flics à cheval. Triste spectacle d’une société justement basé sur le spectacle ; je suis resté paralysé de frustration sachant que seulement quelques unEs avaient réellement agi devant tout le déroulement de cette scène. Simultanément, les chevaux et les combattantEs arrêtéEs partaient, sûrement à des destinations différentes, pendant que la foule se dispersait n’ayant plus rien "à voir", le rideau s’était fermé.

Quelques instants plus tard, j’ai retrouvé des camarades de Montréal et nous avons décidé de retourner à notre lieu de dodo, le très bourgeois (mais supposément moins bourgeois que d’autres… ha!) American Universitysitué dans un quartier quasiment aristocratique, où l’on trouvait les embassades de la plupart des États-nations du monde. Sur notre chemin nous avons vu des non-violentEs entourréEs par des flics qui scandaient : Ceci est une manif non-violente ! , Ceci est une manif non-violente! Peace with the police, Peace with the police! Ouais, ouais, je le sais, on le sait… vous êtes non-violentEs. Mais les manifs étaient loin d’être non violentes (par auto-défense) et la répression encore plus ; la journée fut remplie de coups de matraques, de gaz, d’intimidation et d’arrestations. Tout comme le capitalisme a perduré en cette journée du 16 avril 2000, ce système violent raciste et sexiste basé sur l’exploitation et défendu par les États à travers le monde, par tous les États du monde par le biais de leurs forces répressives : polices, armées et institutions. C’est bien beau des idéaux de non-violence, à chacun ses idées, mais de ne pas voir la violence dans ce monde, dans les États qui nous dominent, dans l’expression de sa répression lors des manifs que nous fréquentons est de se mettre la tête dans le sable. Les manifestations du 16 avril à Washington était belles et bien violentes, si ce n’est que dans la réponse de l’État au pouvoir populaire.

……………..Fin de la journée……………

ORD DANS LE PAS

2. — Communiqué d’une des sections du Black Bloc 
concernant les événements du 30 novembre 99 à Seattle


http://cettesemaine.free.fr/cs79bb.html
Le principal objectif de ce communiqué est d'éclairer le mystère qui entoure le Black Bloc et de rendre ses motivations plus transparentes puisque nos masques ne peuvent pas l'être.

Le 30 novembre 99, plusieurs groupes d'individus du Black Bloc ont attaqué différents objectifs dans le centre ville de Seattle. Parmi eux (pour n’en citer qu’une partie), on trouve : Fidelity Investment(principal investisseur dans le pétrole occidental, l’oppresseur de la tribu U’Wa en Colombie), Bank of America, US Bancorp, Key Bank et Washington Mutual Bank(institutions financières clés dans l’expansion des grands groupes), Old Navy, Banana Republic et GAP(entreprises familiales qui pillent les forêts du Nord-Ouest et exploitent les ouvriers dans des sweatshops(1)), NikeTown et Levi’s(dont les produits hors de prix sont fabriqués en sweatshops), McDonald’s(fast-food esclavagiste responsable de la destruction de forêts tropicales en pour en faire des paturages à bétail, responsable du massacre d’animaux), Starbucks(fabricant d’une matière première dont les produits sont récoltés par des paysans sous-payés et obligés de détruire leurs forêts),Warner Bros(monopole médiatique), Planet Hollywood(par le simple fait d’être ce qu’ils sont)...

Cette activité dura plus de 5 heures et entraîna la destruction de vitrines et de portes de magasins ainsi que la dégradation de façades. Des frondes, des distributeurs de journaux, des marteaux, des maillets, des pinces ont été utilisés pour détruire de façon stratégique la propriété privée et de pouvoir y rentrer (un des trois Starbuckset Niketownont été pillés). Des jets d'œufs remplis de colorant, des boules et pistolets de peinture ont également été utilisés.

Le Black Bloc est un ensemble plus ou moins organisé de groupes et individus réunis par affinité qui se baladent dans le centre ville, attirés parfois par des devantures de magasins vulnérables et éminents, parfois par la vue d'un groupe de policiers. Contrairement à la majeure partie des activistes qui ont été gazés et atteints par des balles de caoutchouc à plusieurs occasions, la plupart des membres du BB ont évité les blessures graves en restant constamment en mouvement et en évitant la bagarre avec la police. Nous sommes restés groupés et nous regardions toujours derrière nous. Ceux qui étaient attaqués par les bandits fédéraux ont été rapidement libérés par des membres du BB, organisés et préparés. Le sens de la solidarité était impressionnant.

Les activistes "gardiens de la paix"

Malheureusement, la présence et la persistance de services d'ordre a été perturbante. Au moins à six occasions, des soi-disant activistes "non violents" ont attaqué physiquement des individus qui voulaient s'en prendre à la propriété privée. Certains sont même allés jusqu'à se tenir devant la grand magasin NikeTownpour attaquer et repousser le BB. En fait, ces "gardiens de la paix" comme ils se nomment eux-mêmes ont été bien plus menaçants vis-à-vis du BB que les chiens de garde de l'État en uniforme, notoirement violents (des policiers ont même utilisé la couverture des activistes "gardiens de la paix" pour stopper ceux qui commençaient à détruire la propriété privée).

La réaction contre le Black Bloc

La réaction contre le BB a mis en lumière certaines des contradictions et des oppressions internes présentes parmi les "activistes non violents". En dehors de l'hypocrisie évidente de ceux qui se sont montrés violents avec des membres du BB (nombre d'entre eux ont été frappés bien qu'ils n'avaient pas l'intention de s'en prendre à la propriété privée), il apparaît aussi un racisme d'activistes privilégiés qui peuvent ignorer la violence perpétrée contre la société et la nature au nom de la propriété privée. L'attaque des vitrines a concerné et inspiré beaucoup des personnes parmi les plus opprimées de la ville de Seattle, et ce bien plus que n'importe quelles marionnettes géantes ou costumes de tortues de mer (ce qui ne remet pas en cause leur utilisation par d'autres groupes).

Quelques mythes à propos du Black Bloc

Voici un petit quelque chose dont l’objet est d’aller à l’encontre des mythes qui circulent à propos du Black Bloc :

1. « Ils sont tous des anarchistes d’Eugene ». Bien que certains soient effectivement des anars de Eugene, nous venons pour le reste de tous les Etats-Unis, y compris Seattle. Dans tous les cas, la plupart d’entre nous connaissent les environs (par exemple, la récente occupation du centre ville par certains des plus infâmes commerçants multinationaux).

2. « Ils sont tous adeptes de John Zerzan » (2). De nombreuses rumeurs courent, qui nous présentent comme des adeptes de J. Zerzan, un auteur anarcho-primitiviste de Eugene qui prône le destruction de la propriété. Bien que certains d’entre nous apprécient ses écrits et analyses, il n’est en aucun cas notre leader, directement, indirectement, philosophiquement ou d’une autre manière.

3. « Le grand squat public est le quartier général des anarchistes qui s’en sont pris à la propriété le 30 novembre ». En réalité, la plupart des personnes du squat ‘Zone autonome’ sont des habitants de Seattle qui ont passé la plus grande partie de leur temps, depuis l’ouverture le 28, à l’intérieur du squat. Bien qu’ils puissent se connaître, les deux groupes ne font pas un et en aucun cas les gens du squat ne doivent être considérés comme s’étant attaqués à la propriété.

4. « Ils ont transformé un manifestation pacifiste en une guerre ce qui a mené au gazage des manifestants non violents ». Notez que les tirs de grenades lacrymo, les jets de poivre et les tirs de balles en caoutchouc ont tous commencé avant les actions du BB. En plus, nous devons aller à l'encontre d'une tendance qui établit une relation de cause à effet entre la répression policière et la protestation sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de s'attaquer à la propriété ou non. La police a chargé dans le but de protéger les intérêts de quelques possédants et ceux qui s'attaquent à ces intérêts ne peuvent être accusés de violence.

5. Inversement : « Ils ont agi en réponse à la répression policière ». Bien que cela puisse constituer une meilleure image de ce qu'est le BB, c'est faux dans tous les cas. Nous refusons d'être désignés comme une simple force de réaction. Bien que la logique du BB puisse échapper à certains, c'est dans tous les cas une logique en faveur de l'action.

6. « Ils sont un groupe de jeunes garçons en colère ». En dehors du fait que dire cela revient à faire preuve de condescendance de l'âge et de sexisme, c'est faux. La destruction de la propriété n'est pas une libération fondée sur une agitation machiste et nourrie de testostérone. Ce n'est pas non plus une colère réactionnaire et en décalage. C'est stratégiquement et spécifiquement de l'action directe dirigée contre des intérêts privés.

7. « Ils ne recherchent que la bagarre ». C'est proprement absurde et c'est une façon commode d'ignorer l'ardeur des activistes "gardiens de la paix" à nous attaquer. De tous les groupes engagés dans l'action directe, le BB était peut-être le moins enclin à provoquer les flics et nous n'avions certainement aucun intérêt à nous battre contre les autres militants anti-OMC (malgré de grands désaccords dans la tactique à mener).

8. « C'est un groupe chaotique, désorganisé et opportuniste ». Bien que nombre d'entre nous pourraient passer des jours à discuter du terme chaotique, nous n'étions certainement pas désorganisés. L'organisation est peut-être apparue comme fluide et dynamique, mais elle était serrée. Quant à l'accusation d'opportunisme, il serait difficile d'imaginer qui parmi tous ceux qui participaient n'a pas essayer de tirer avantage de l'opportunité créée à Seattle et d'avancer ses idées. La question devient alors : avons-nous créé cette opportunité ?... et la plupart d'entre nous l'ont certainement fait (ce qui mène au mythe suivant).

9. « Ils ne connaissent rien à ce qui se passe » ou « Ce ne sont pas des militants qui s'intéressent à la question ». Bien que nous ne soyons pas des militants professionnels, nous avions préparé ces actions depuis des mois à Seattle. Certains ont réfléchi chez eux, d'autres se sont rendus à Seattle plusieurs mois à l'avance pour se préparer. Il est certain que nous revendiquons la présence de centaine de personnes sorties dans les rues le 30 novembre : seule une petit partie n'avait rien avoir avec le BB. La plupart d'entre nous avaient déjà réfléchi aux effets de la mondialisation de l'économie, du génie génétique, du pillage des ressources naturelles, des transports, des conditions de travail, de la suppression de l'autonomie des indigènes, des droits des animaux et des hommes et nous faisons des actions sur ces thèmes depuis des années. Nous ne sommes ni mal informés ou inexpérimentés.

10. « Les anarchistes masqués sont anti-démocratiques et camouflés parce qu'ils veulent cacher leur identité ». Bon, soyons clairs (avec ou sans masque), nous ne vivons pas actuellement en démocratie. Si cette semaine n'a pas rendu les choses très claires, laissez-nous vous rappeler que nous vivons dans un État policier. Il y a des gens qui disent que si nous étions sûrs de ce que nous avons raison, nous ne nous cacherions pas derrière des masques. Cela sous entend que La vérité vaincra. Si c'est un juste et noble but, cela ne marche pas dans l'actuelle réalité. Ceux qui menacent sérieusement les intérêts du capital et de l'État seront persécutés. Certains pacifistes voudraient nous voir accepter cela joyeusement. D'autres nous diraient que c'est un sacrifice qui en vaut la peine. Nous ne sommes pas aussi moroses. Nous ne croyons pas que nous avons le privilège d'accepter la persécution comme un sacrifice : la persécution est pour nous quotidienne et inévitable et nous tenons à nos maigres libertés. Accepter l'incarcération comme une sorte de flatterie est l'apanage d'un privilège d'"occidentaux". Nous pensons qu'une attaque de la propriété privée est nécessaire si nous voulons reconstruire un monde qui soit utile, sain et joyeux pour tous. Et ce malgré le fait que les droits concernant la propriété privée sont surabondants dans ce pays et font passer toute destruction de propriété supérieure à 250 $ pour un crime.

Sur la violence de la propriété

Nous affirmons que la destruction de la propriété n'est pas un geste violent si cela ne met pas en cause de vie ou n'entraîne aucune blessure.

La propriété privée - en particulier la propriété privée collective - est infiniment plus violente que toute action portée à son encontre. On doit distinguer la propriété privée de la propriété personnelle. En effet, la seconde est basée sur l'usage alors que la première est basée sur l'idée d'échange. L'intérêt de la propriété personnelle est que chacun d'entre nous dispose de ce dont il a besoin ou désire.

Dans une société fondée sur le droit de la propriété privée, ceux qui ont la possibilité d'accumuler plus que les autres disposent de plus de pouvoir. Par extension, ils exercent un contrôle plus important sur ce que les autres perçoivent comme des besoins et des désirs, en général pour accroître leur seul profit personnel. Les défenseurs du "libre échange" prolongent ce raisonnement jusqu'à sa conclusion logique : un réseau de quelques monopoles d'industrie disposant d'un pouvoir total sur la vie de toutes et tous. Les défenseurs du "commerce équitable" souhaiteraient que ce processus soit tempéré par un contrôle des gouvernements dont le but serait d'imposer superficiellement des normes de base en matière de droits humains.

En tant qu'anarchistes, nous récusons ces deux positions. La propriété privée - et le capitalisme par extension - est intrinsèquement violente et répressive et ne peut donc être ni réformée ni atténuée. Que le pouvoir de toutes et tous soit dans les mains de quelques groupes ou réparti par un système de régulation dont le seul but est d'atténuer les désastres causés par les précédents, personne ne peut être libre comme ce serait le cas dans une société sans hiérarchie. Quand nous brisons une vitrine, notre but est de détruire le vernis de la légitimité qui recouvre la propriété privée. Dans le même temps, nous exorcisons toutes les formes de relations violentes et destructives qui imprègnent tout autour de nous.

En "brisant" la propriété privée, nous transformons sa valeur d'échange limitée en une valeur d'utilité plus large. Une devanture brisée devient un trou laissant passer de l'air frais dans une atmosphère oppressive, celui de la vente de marchandises (au moins jusqu'à ce que la police ne décide de lancer des lacrymos sur une barricade toute proche). Un distributeur automatique de journaux devient un outil pour percer de tels "trous", ou un petit blocus pour revendiquer l'espace public ou nous donner un avantage sur le terrain. Une benne à ordures empêche les flics anti-émeutes d'avancer et devient une source de chaleur et de lumière.

Une façade d'immeuble devient un tableau sur lequel on peut écrire des idées en vue d'un monde meilleur. Après le 30 novembre, beaucoup de gens ne regarderont plus une vitrine ou un marteau de la même manière qu'avant. Les utilisations possibles de l'espace urbain se sont multipliées par 100. Le nombre de vitrines éclatées est ridicule comparé au nombre de vies brisées - vies bousillées par l'hégémonie qui nous écrase et qui nous pousse à oublier toutes les violences commises au nom de la propriété privée et tout ce qui serait possible si elle n'existait pas.

Les vitres brisées peuvent être rebouchées (avec un gâchis en bois toujours plus grand) et éventuellement remplacées, mais le fracas de notre arrogance et de nos espoirs persistera heureusement pour quelque temps.

Contre le capital et l'État

Le collectif ACME 
5 décembre 1999

Contact P.O. box 563, Morgantown, wv, 26 507, Etats-Unis 
jeff@tao.ca 
NB : ces observations et analyses sont énoncées par le collectif ACME et ne doivent pas être jugées représentatives du reste du BB ou de toute autre personne qui aurait participé à l'émeute ou à la destruction de la propriété le 30 novembre.

1 Sweatshop: Littéralement « usine à sueur ». Il s’agit par exemple des usines installées dans les maquiladoras, ces zones franches situées à la frontière américano-mexicaine. Par extension, notamment en Asie du sud-est, il s’agit d’entreprises où les conditions d’exploitation sont particulièrement ignobles. 
2 NDLR : On peut, par exemple, se reporter Aux sources de l’aliénation, l’Insomniaque, octobre 1999, 128 p. et à Futur primitif,l’Insomniaque, décembre 1998, 94 p.


3. — Contes du Black Bloc 
la guerre sociale à Washington 
http://membres.lycos.fr/poingexclamation/no9/a16.htm

Ceci est un compte-rendu individuel des événements vécus dans et aux alentours du black bloc durant les manifestations à Washington le 16 et 17 avril dernier. En aucun cas ceci peut représenter la totalité de ce qui s’est passé durant ces deux jours. Tout de même , ça donne une bonne idée…

Dimanche 16 avril 2000, 6h A.M.

Rassemblement

Ce n’était qu’un petit groupe (30) d’anarchistes* qui s’était rassembléEs au Rock Creek Park à Washington pour débuter, en black bloc, ce qui allait s’avérer à être une longue et épuisante journée de militantisme. Non loin de là se tenait un autre rassemblement des sympathiques membres non-violentEs** de Reclaim the streetsde New York city. Il semblait avoir une appréciation mutuelle entre les deux groupes , mais aucune alliance tactique précise existait.

Après avoir marché pas plus qu’une centaine de mètres , un autre groupe (20) de femmes et d’hommes habilléEs en noir s’est joint au groupe original. Ce groupe avait en sa compagnie deux banderoles ; une lisant : Revolutionnary Anti-Capitalist Blocet l’autre abordant une sorcière anarchiste sur son balai et la citation d’Emma Goldmann : To those who dare belongs the futur.C’est de cette façon que le black bloc s’est formé : des groupes organisés s’attachant au bloc au fur et à mesure qu’il avancait. Ceci continua pendant près d’une demi-heure jusqu’à ce que le bloc soit fort d’à peu près 500 personnes. Notez que ceci n’est pas du à la fameuse habitude retardataire commune à la scène anarchiste montréalaise mais bien à cause d’une stratégie consciente de se rassembler sans attirer l’attention des flics, et grossir, en sauts quantitatifs, pour les déstabiliser.

*pourquoi anarchistes ? : parce que c’était en majorité des anars et puis le débat sur — et la peur du — mot commence à me faire chier. Le bloc s’appellait : Revolutionnary Anti-Capitalist blocet des libertaires de d’autres tendances, communistes, verts, etc. , étaient bienvenues.

**aucune idée si Reclaim the streetsen tant qu’organisation, est non-violente, mais les gens qui étaient à Washington s’en réclamait. Heureusement de façon non-dogmatique et amical.

Visites des groupes de blocage

Nous avons commencé notre journée en faisant le tour du périmètre délimité par plusieurs groupes qui s’avaient donné comme but de bloquer l’entrée des déléguéEs de la Banque Mondiale et du F.MI. à leur conférence. La plupart des gens que l’on rencontrait étaient contents de nous voir, particulièrement quand ils ont connu nos buts de la journée : apporter un appui physique au lignes menacées par les flics, regagner du terrain perdu, bref occuper et épuiser les forces porcines pour que le blocage soit une réussite. Bien sûr, quelques unEs étaient un peu choquéEs, il faut dire que quelques centaines de femmes et d’hommes masquéEs, arméEs (de boucliers, drapeaux et d’objets de tout genre dans les sacs à dos) et enragéEs laissent une impression forte. Pour s’occuper, pendant cette période calme, nous avons joué au soccer,certainEs ont rythmé la marche avec des tambours et des chants et d’autres grimpaient les lampadaires de la ville pour laisser voler leurs drapeaux. Les boeufs commençaient à s’impatienter : ils avaient maintenant déployé, en quasi-permanence, un de leurs hélicoptères au-dessus du black bloc et devenaient de plus en plus aggressifs le long de leur propre lignes qu’ils avaient depuis peu érigées.

Graffitis !!!

Quelques instants plus tard,  un téméraire anarchiste (montréalais!) a posé le premier geste de défiance : un de ces gros @ directement sur le capot d’un char de flic. Le black bloc, en signe d’appui, a lâché des cris de joie spontanés qui ont stimulés l’ambiance. Ensuite, des camarades de Londres sont venuEs vister le mini-bloc de Montréal pour féliciter l’auteur du graf et nous ont donné un petit cadeau : deux cannettes de spray-paint,une noire et une rouge! Remarquez que ceci étaient très apprécié car nous avions auparavant seulement un crayon feutre pour graffiter. D’autres @ ont apparus rapidement sur des boites postales… ensuite les murs : Impossibility is not a revolutionnary reality(quelque chose comme ça , hé la mémoire…) et ensuite, avec du recul, le passablement chauvin Pain et Liberté , @ Montréalet finalement le graff de la journée selon Chuck-O (anar de Washington qui écrit souvent sur @-infos : tao.ca/a-infos), Fucking WhiteHouse.La mèche étaient maintenant allumée, la police rougissait d’impuissance.

Première ligne policière…à intervenir

À quelques coins de rue d’où les graffitis ont été peints , les flics ont passé à l’action. Munis de longues matraques en bois ils ont tenté de barrer la route au black bloc, en vain!!! Des personnes à l’avant du bloc, ayant vu la manoeuvre ont crié : Fill the gap!,tighten up!, Le bloc a réagi assez vite, au pas de course nous avons contourner la ligne policière en passant par le trottoir et en tournant à droite pour prendre une autre rue. Quelques coups de matraques ont été portés, aucune arrestation ; les flics n’avaient pas la force du nombre pour effectuer une opération d’envergure. Ayant réussi à échapper à sa première menace, le black bloc était heureux mais encore plus enragé qu’au départ. Avec détermination, nous avons scandé aux flics : Whose streets , our streets! … Les rues de Washington était les nôtres et nous étions acharnéEs à les garder.

Barricades

Sachant très bien qu’on ne pourrait pas seulement jouer à la souris avec le chat policier toute la journée, nous avons décidé qu’il fallait passer à l’offensive. Des barricades ont été érigées, avec des boîtes de journaux, des boîtes postales, des clôtures de chantiers de construction, etc.. Plusieurs coins de rues ont été barrés de cette façon, ce qui ralentissait souvent la progression des flics mais qui malheureusement a aussi été nuisible pour d’autres groupes de manifestantEs. Enfin, malgré leurs torts, les barricades ont eu le mérite d’impliquer un plus grand de participantEs du black bloc à l’action. Une camarade du groupe "six" de Détroit s’est exclamé à mon oreille : «Jamais je m’ai senti aussi libérée, convaincue et décidée que nous allons vaincre la police… ensuite viendra le Capital et l’État».

Charge avec la barricade… et la réponse des flics

20 minutes et un demi-tour plus tard , nous sommes revenuEs pour apercevoir les flics en train de refaire «l'ordre» aux intersections les plus barricadées. Pensant paraître comme des bienfaisants, les flics ont tenté de remettre doucement, sans attirer l’attention, les clôtures des chantiers de construction. Par contre, pas dupe, ceci a quand même provoqué chez la foule des réactions de résistance. Plusieurs manifestantEs ont entouré les poulets-boeufs-flics-porcs-sales-coches-cochons-policiers (appelez les comme vous le voulez) les repoussant jusqu’à reprendre la clotûre entre mains militantes. Et vint la charge ; rempliEs de détermination, nous avons fait reculer les flics en question au pas de course pendant deux coins de rue jusqu’à ce qu’une rangée de policiers en motos barre le chemin. Sans hésitation, par contre, la charge poursuivit… pour frapper un mur. Les motos furent trop solides et en plus les motards détenteurs de la loi ont même eu la sale idée de peser sur le gaz! Des combattantEs ont croupi sous la clôture, subissant des blessures et perdant de l’équipement (masques et autres) aux mains des flics. Tout de suite il y a eu des gazs lacrymogènes lancés par la poulisse qui ont plutôt eu un effet de surprise et de dispersion qu’une véritable frappe physique. Aux gaz, les combattantEs ont répliqué avec des pierres et des bouteilles de bières vides… une caisse de douze s’est vidée sous mes pieds en quelques secondes. Le ruff stuffs’est passé dans un parc tout près de la rue où poivre de cayenne et matraques ont rudement réprimées les plus combatif-VEs non sans des moments de résistance assez fortes. De la furie intense de charger contre des flics apeurés à la réalisation plus que convaincante et angoissante de l’extrême force répressive de l’État via son bras armé la police, nous avons vécu dans ces trentes minutes de combat un exemple probant de la bataille de Washington et fort probablement de bien d’autres batailles qui ont lieu partout dans le monde et en tout temps entre révoltéEs et policiers.

Repos, dislocation

Après ces moments éprouvants, le black bloc s’est arrêté pour un repos bien mérité. Il était maintenant près de midi, ce qui faisait déjà un total de six heures de manifestation active pour les femmes et les hommes en noir. Personnellement toujours fringant d’action, j’avais envie de poursuivre malgré ma fatigue intense. Le black bloc ne pouvait pas déjà être à bout de souffle!!! Heureusement, ces minutes de repos ont pu être une occasion de faire la rencontre de camarades de d’autres villes. Nous avons rencontré des gens d’Oakland en Californie, des gens de Détroit, des gens de Washington et plus tard lors des conseils de guerre(assemblées du black bloc) des camarades de Eugene (Oregon) et de New york. Nous avons pu jaser avec des combattantEs de la bataille de Seattle et même faire la connaissance du gars qui avaient la jambe remplie de marques de balles de caoutchouc venant des flics.

Rassemblement no.2, recul des flics

Nous avons repris la marche une trentaine de minutes plus tard… Après avoir parcouru quelques coins de rues on s’est joint à un autre contingent anarchiste fort de 500 personnes aussi ! Si l’on fait le calcul , cela amenait le total d’enragéEs libertaires à près de mille combattantEs. Pendant une dizaine de minutes nous avons songé, cette fois-ci de façon désorganisée, à notre prochain coup. Un camarade a alors mentionné que ce n’était plus des manifestantEs qui bloquaient la plupart des intersections, mais bien la police. Il était clair qu’il fallait reprendre le terrain perdu. Nous avons attaqué une ligne des plus faibles, un peu à l’écart des intersections plus critiques. En arrivant, des flics à peine armés attendaient de pied mi-ferme. À chaque opportunité, des combattantEs sont venuEs porter des coups, avec leurs drapeaux, bâtons et poings, pour affirmer notre insoumission généralisée. Aussi, un fumigène, à la boucane colorée, fut lancé. Les flics, en réponse, ne pouvaient que se contenter de faire des fausses charges sans jamais penser d’affronter sérieusement le black bloc et ses amiEs de combat. Complétement enragéEs, on ne pouvait plus se retenir… Insultes, crachats et menaces pleuvaient en direction de la police qui reculait de plus en plus. Finalement, les flics se sont sauvés la peau grâce à un camion policier qui les attendait au bout de la rue. (petite) Victoire ! Nous avions réussi non pas seulement à reprendre un coin de rue (victoire tactique) mais aussi à repousser clairement et sans contre-attaque les agents de la répression (victoire morale).

Discours dans un container

Un container, (grosse poubelle pour ceux qui savent pas c’est quoi) qui avait été réaproprié lors du dernier affrontement était devenu non seulement la locomotive du train révolutionnaire mais aussi un stage, une boîte à savon pour ceux qui voulaient addressé le bloc. Tout de suite après avoir repoussé les flics, un homme en noir ultra-masqué (il était un de ceux qui avait un masque complet genre en broche recouvert de tissu) a fait savoir aux combattantEs que notre victoire n’était pas un hasard, qu’elle pouvait se reproduire si seulement on gardait le momentum gagné et si l’on poursuivait avec la même détermination. Il était temps d’attaquer d’autres lignes de flics, car d’autres victoires du black bloc pouvaient possiblement gagner encore plus la sympathie des autres manifestantEs. Plein d’espoir et rechargéEs d’énergie , nous avons poursuivi en cherchant la prochaine ligne de flics à casser.

Ligne de flics no. 2

À seulement quelques pas de notre dernier arrêt, nous avons trouvé notre prochaine cible. Par contre, cette fois-ci la police nous attendait de pied ferme. Ils étaient plus nombreux et plus équipés… Parmi les munitions… de la poivre de cayenne, des fusils pour lancer les gazs lacrymogènes, des fusils pour balles en caoutchouc etc. enfin bien d’autres armes que je ne connais même pas mais qui étaient tous pointées vers les combattantEs. Une longue période de regards menaçants de la part des deux côtés a eu lieu, la tension était insupportable. À l’avant avec mon masque à gaz pour me protéger oui des gaz mais aussi pour protéger mes yeux d’une éventuelle balle de caoutchouc projetée dans la figure, je chiais dans mes culottes non pas sans rêver, de façon absurde, que je pourrais déposer ma crotte en plein visage d’un flic. Nous avons testé la ligne en envoyant le container vers eux, aucun effet. Nous avons crié, nous avons dansé, on s’est resserré en attente d’une confrontation majeure… qui n’a jamais eu lieu. Des personnes à l’arrière ont demandé le retrait du black bloc, ce qui fut un soulagement mais en même temps une (petite) déception pour moi et les autres combattantEs à l’avant qui avaient accepté de sacrifier leurs corps au combat. Les flics seront mangés une prochaine fois.

Repos , assemblée

Après l’attaque avortée, nous nous sommes dirigéEs vers un parc tout près de l’intersection où avait eu lieu le ‘stand off entre flics et combattantEs. Il était maintenant près de 15 heures, le soleil d’après-midi plombait sur le linge noir des black blocistes. On a appris plus tard que des boeufs (2 ou 3) avaient succombés à la chaleur sous leur armature anti-émeute… pas surprenant, il faisait près de trente degrés celcius. Ce fut un moment opportun de prendre un repos et de se rassembler. Des personnes de chaque sous-groupe (la plupart des sous-groupes se formaient de camarades de la même ville) se sont rencontréEs pour discuter de stratégie et de la prochaine étape de notre journée de combat. Des anarchistes de Washington, de New York, de Détroit, de Eugene, de Montréal et d’ailleurs ont pu jasé ensemble de la journée mais aussi d’un paquet d’autres affaires. Nous avons échangé des histoires de manifs dans nos villes, partagé nos différentes conceptions théoriques et généralement on a eu du plaisir à se connaître et à établir des liens affinitaires. Mais ces assemblées n’étaient pas seulement des lieux de rencontre. Ils ont été qualifiés par des camarades de Montréal comme étant des conseils de guerre,ce qui est assez précis comme description. Nous recevions de l’information venant des cyclistes qui parcouraient le secteur occupé par les manifestantEs et les flics pour savoir où l’aide du black bloc était le plus nécessaire. Il fallait juger la situation et prendre des décisions collectivement. À ce moment précis , des manifestantEs non-violentEs qui avaient utilisé des lock-boxes(boîtes munies de cadenas) pour s’attacher et former une ligne de bloquage solide fasse aux flics avaient besoin d’appui pour pouvoir amener leurs boîtes à une destination précise sans se faire prendre par les flics (les lock-boxesétant illégales). Le black bloc a alors décidé qu’il était important de solidariser avec ces manifestantEs et nous avons entrepris une marche de solidarité entourant les non-violentEs pour les protéger des assauts porcines probables. Des slogans communs ont été scandé, certains faisant rougir les non-violentEs comme No justice no peace , kill the fascist police !Tout de même, l’expérience fut positive pour les deux groupes et la marche s’est terminé sans arrestations… Mission accomplie ! 
 

Marche légale et intervention de la cavalerie policière 
 

Pendant que le black bloc et les manifestantEs du blocage marchaient en solidarité, la marche légale du nombre de près de 50 000 personnes, regroupant un ensemble très large de syndicats, groupes de défense de l’environnement, groupes d’appui aux prisoniers politiques etc., finissait son parcours à un grand parc non loin de l’Élipse , le monument phalloïde des U.S.A. Le black bloc a traversé le parc non sans être l’objet d’insultes venant de social-médiocrates frustrés : «Le problème avec les anarchistes c’est que vous faites jamais rien dans les communautés». Sûrement que l’homme qui a vomi cette phrase ne connaît pas le travail de nombreux groupes anars dans les communautés : du travail des groupes de Food not Bombspour nourrir sur une base autonome les plus démuniEs, au travail des activistes de Cop Watchqui dans bien des villes risquent arrestation et brutalité policière en surveillant la police et en intervenant au besoin, sans oublier les combattantEs de A.R.A (action anti-raciste) qui affrontent et confrontent le racisme, le fascisme et le sexisme de façon directe là où il sont le plus menaçants : dans les rues de nos communautés. C’était bien drôle d’entendre des sociaux-démocrates parler d’implication communautaire ; eux qui ont l’habitude de faire du lobbying au près des législations, à mille lieux de la communauté bien sûr, pour avancer leurs projets. Bon, en tout cas, ce n’est pas le temps de creuser la tombe de la social-démocratie et de toute façon ce n’est pas tout le monde au parc et loin de là qui avaient des réactions négatives au black bloc ; preuve que le problème avec les syndicats n’est pas les syndiquéEs mais bien les buts que ces organisations ont, qui se résument essentiellement dans la réforme du travail, et les petits-chefs-collabos qui les dirigent.

Une fois avoir traversé le parc pour se réfugier à l’arrière, le black bloc s’est à nouveau reposé sous des arbres, à l’abri d’un soleil toujours plombant même s’il était près de 18 heures. Mais avant même qu’on ait eu le temps de se décontracter, les flics préparaient déjà une autre intervention , cette fois montés sur des chevaux. Il n’est pas clair s’ils nous poursuivaient ou s’ils voulaient empêcher la poursuite d’une manif regoupant des groupes de socialisme internationalou bien s’ils voulaient carrément réprimer les deux, mais une chose est sûre : ils se sont heurtés à deux contigents très hostiles. Le black bloc bondit collectivement sur ses pieds pour faire face à la menace pendant qu’à quelques pas de là la baston avait déjà commencé entre la poulisse et les soussialisses. Pendant près de dix minutes un combat de basse intensité se poursuivait alors que de plus en plus de gens qui relaxaient dans le parc commençaient à se rendre compte des événements. Les chevaux étaient déstabilisés à cause de toute la brasse camarade qui se passait sous leurs gueules ; un fumigène a été lancé mais n’a pas eu l’effet désiré faute d’assez de boucane. À ce moment, les flics avaient réussi à arrêter seulement une poignée de combattantEs. Mais c’est lors du retrait des chevaux, sous les applaudissements de la grand foule maintenant présente, que d’autres flics, en uniforme complet d’anti-émeute , sont venus cueillir au moins 10 à 15 combattantEs de plus pour leur panier à salade. Ce n’est qu’une minorité des personnes présentes qui ont vu cette dernière opération policière, la plupart trop enjouéEs par le départ des flics à cheval. Triste spectacle d’une société justement basé sur le spectacle ; je suis resté paralysé de frustration sachant que seulement quelques unEs avaient réellement agi devant tout le déroulement de cette scène. Simultanément, les chevaux et les combattantEs arrêtéEs partaient, sûrement à des destinations différentes, pendant que la foule se dispersait n’ayant plus rien "à voir", le rideau s’était fermé.

Quelques instants plus tard, j’ai retrouvé des camarades de Montréal et nous avons décidé de retourner à notre lieu de dodo, le très bourgeois (mais supposément moins bourgeois que d’autres… ha!) American Universitysitué dans un quartier quasiment aristocratique, où l’on trouvait les embassades de la plupart des États-nations du monde. Sur notre chemin nous avons vu des non-violentEs entourréEs par des flics qui scandaient : Ceci est une manif non-violente ! , Ceci est une manif non-violente! Peace with the police, Peace with the police! Ouais, ouais, je le sais, on le sait… vous êtes non-violentEs. Mais les manifs étaient loin d’être non violentes (par auto-défense) et la répression encore plus ; la journée fut remplie de coups de matraques, de gaz, d’intimidation et d’arrestations. Tout comme le capitalisme a perduré en cette journée du 16 avril 2000, ce système violent raciste et sexiste basé sur l’exploitation et défendu par les États à travers le monde, par tous les États du monde par le biais de leurs forces répressives : polices, armées et institutions. C’est bien beau des idéaux de non-violence, à chacun ses idées, mais de ne pas voir la violence dans ce monde, dans les États qui nous dominent, dans l’expression de sa répression lors des manifs que nous fréquentons est de se mettre la tête dans le sable. Les manifestations du 16 avril à Washington était belles et bien violentes, si ce n’est que dans la réponse de l’État au pouvoir populaire.

……………..Fin de la journée……………

1. — QU'EST-CE QU'UN BLACK BLOC ?


http://www.cnt-2eme-ur.org/HTML/DOSSIERS/Blackbloc/BBWhatistrad.html 
(texte original en anglais)


C'est un rassemblement d'anarchistes et de groupes de sensibilité anarchiste qui s'organisent pour une action particulière de protestation. L'essence d'un black bloc change d'une action à l'autre, mais les objectifs principaux sont d'assurer la solidarité face à un état policier répressif et faire passer le message critique anarchiste au sujet de l'évènement en cause ce jour-là.

LE BLACK BLOC EST-IL UNE ORGANISATION ?

Certains vivent dans l'illusion qu'on peut entrer dans une "organisation black bloc". Ce genre d'organisation n'existe pas en dehors des manifestations. II y a le mouvement anarchiste qui existe toujours (et ce depuis plus d'un siècle). On peut dire qu'un black bloc n'est qu'un regroupement d'anarchistes temporaire qui représente un imprévu dans une manifestation. Le black bloc est une tactique, semblable à la désobéissance civile.

POURQUOI UN BLACK BLOC ?

II y a plusieurs raisons à la présence d'un black bloc pendant les manifestations. On peut citer :

1. la solidarité — un nombre important d'anarchistes procure une couverture contre la répression policière et met en oeuvre les principes de solidarité de la classe ouvrière ; 
2. la visibilité — le black bloc vu comme un défilé de la gay pride ; 
3. les idées — une façon de présenter les idées anarchistes sur le problème du jour ; 
4. l'aide mutuelle et la libre association — exemple visuel de la façon dont les groupes affinitaires peuvent s'organiser pour former un groupe plus important et combiner leurs objectifs ; 
5. l'escalade — une méthode pour faire monter une protestation en puissance afin qu'elle aille au-delà du simple réformisme et du recours à l'Etat pour plus de justice.

mes les chiens de garde des riches, ils sont en première ligne quand les anarchistes mènent leur guerre de classe contre les riches.

DOIT-ON S'HABILLER EN NOIR DANS UN BLACK BLOC ?

Non. Le noir est la couleur de l'anarchisme, c'est pourquoi nous nous appelons "black bloc". Beaucoup d'anarchistes vont jusqu'à porter du noir, mais on porte du noir pendant un black bloc pour être anonyme plus que pour s' afficher.

UNE COURTE LISTE DES BLACK BLOCS MEMORABLES.

1992 - Washington DC. Black bloc pendant les manifs anti-guerre du Golfe. Les vitrines de la Banque Mondiale sont fracassées. 
1992 - San Francisco - Anniversaire de la conquête par Christophe Colomb. Le black bloc défile pour protester contre 500 ans de génocide des Premières nations. 
1999 - 24 avril - Philadelphie - 1500/2000 anarchistes défilent dans un black bloc pendant la marche Millions for Mumia. 
1999 - 30 novembre - Seattle - le black bloc entreprend un "shopping anarchiste" dans le quartier des affaires du centre ville. 
2000 - 16 et 17 avril - RACB = bloc anti-capitaliste révolutionnaire à la manifestation anti-banque Mondiale/FMI à Washington DC. Environ 700/1000 participants. 
2000 - 1er mai - Black blocs à New York, Chicago et Portland (Oregon). Le black bloc new-yorkais est victime de plusieurs arrestations préventives. 
2000 - 1er août - Philadelphie - actions de rue pendant la convention du GPO (Grand Old Party = parti républicain).

EST-CE QUE TOUS LES BLACKS BLOCS DETRUISENT DES BIENS MATERIELS ?

Ça dépend. Le black bloc qui a défilé à Seattle pendant les manifestations anti-OMC du 30 novembre 2000 est celui qui a déclenché la surveillance nationale des black blocs. Ils ont entrepris des actions variées, y compris des destructions. Ce n'était pas du vandalisme adolescent irréfléchi, c'était pour des raisons politiques. Au fait, tous les membres du black bloc du 30 novembre ne venaient pas de Eugene (Oregon).

POURQUOI LES MEMBRES D'UN BLACK BLOC PORTENT-ILS DES MASQUES ?

Pendant l'année écoulée pas mal de libéraux naïfs ont demandé aux anarchistes d'ôter leurs masques. En fait, beaucoup d'anarchistes dans un black bloc ne portent pas de masque. Ce sont généralement ceux qui sont "sortis de I' anonymat", pour ainsi dire. Les anarchistes portent des masques pour plusieurs raisons. La principale est la prise de conscience que la police filme les militants et les fiche. La police le fait même quand la loi l'interdit (voir les brigades rouges). Les masques procurent l'anonymat et l'égalité. Ils protègent aussi l'identité de ceux qui veulent commettre des actes illégaux et échapper à la police pour pouvoir s'engager dans les luttes suivantes.

QUELLES SONT LES TACTIQUES-TYPE D'UN BLACK BLOC ?

Les tactiques varient d'un blac bloc à l'autre. Les plus communes sont d'empêcher une arrestation et de faire une chaîne en se tenant par le bras. Empêcher une arrestation signifie que le bloc libère les gens qui ne veulent pas être arrêtés. Ça marche en général si on est plus nombreux que les flics. Ça marche aussi parce que la plupart des flics sont surpris de voir des militants essayer de libérer quelqu'un. Faire la chaîne aide un bloc à maintenir sa cohésion et empêche la police de le disperser facilement. Ça ressemble un peu à une formation de police, mais plus mobile et plus organisée.


2. — Communiqué d’une des sections du Black Bloc 
concernant les événements du 30 novembre 99 à Seattle

http://cettesemaine.free.fr/cs79bb.html
Le principal objectif de ce communiqué est d'éclairer le mystère qui entoure le Black Bloc et de rendre ses motivations plus transparentes puisque nos masques ne peuvent pas l'être.

Le 30 novembre 99, plusieurs groupes d'individus du Black Bloc ont attaqué différents objectifs dans le centre ville de Seattle. Parmi eux (pour n’en citer qu’une partie), on trouve : Fidelity Investment(principal investisseur dans le pétrole occidental, l’oppresseur de la tribu U’Wa en Colombie), Bank of America, US Bancorp, Key Bank et Washington Mutual Bank(institutions financières clés dans l’expansion des grands groupes), Old Navy, Banana Republic et GAP(entreprises familiales qui pillent les forêts du Nord-Ouest et exploitent les ouvriers dans des sweatshops(1)), NikeTown et Levi’s(dont les produits hors de prix sont fabriqués en sweatshops), McDonald’s(fast-food esclavagiste responsable de la destruction de forêts tropicales en pour en faire des paturages à bétail, responsable du massacre d’animaux), Starbucks(fabricant d’une matière première dont les produits sont récoltés par des paysans sous-payés et obligés de détruire leurs forêts),Warner Bros(monopole médiatique), Planet Hollywood(par le simple fait d’être ce qu’ils sont)...

Cette activité dura plus de 5 heures et entraîna la destruction de vitrines et de portes de magasins ainsi que la dégradation de façades. Des frondes, des distributeurs de journaux, des marteaux, des maillets, des pinces ont été utilisés pour détruire de façon stratégique la propriété privée et de pouvoir y rentrer (un des trois Starbuckset Niketownont été pillés). Des jets d'œufs remplis de colorant, des boules et pistolets de peinture ont également été utilisés.

Le Black Bloc est un ensemble plus ou moins organisé de groupes et individus réunis par affinité qui se baladent dans le centre ville, attirés parfois par des devantures de magasins vulnérables et éminents, parfois par la vue d'un groupe de policiers. Contrairement à la majeure partie des activistes qui ont été gazés et atteints par des balles de caoutchouc à plusieurs occasions, la plupart des membres du BB ont évité les blessures graves en restant constamment en mouvement et en évitant la bagarre avec la police. Nous sommes restés groupés et nous regardions toujours derrière nous. Ceux qui étaient attaqués par les bandits fédéraux ont été rapidement libérés par des membres du BB, organisés et préparés. Le sens de la solidarité était impressionnant.

Les activistes "gardiens de la paix"

Malheureusement, la présence et la persistance de services d'ordre a été perturbante. Au moins à six occasions, des soi-disant activistes "non violents" ont attaqué physiquement des individus qui voulaient s'en prendre à la propriété privée. Certains sont même allés jusqu'à se tenir devant la grand magasin NikeTownpour attaquer et repousser le BB. En fait, ces "gardiens de la paix" comme ils se nomment eux-mêmes ont été bien plus menaçants vis-à-vis du BB que les chiens de garde de l'État en uniforme, notoirement violents (des policiers ont même utilisé la couverture des activistes "gardiens de la paix" pour stopper ceux qui commençaient à détruire la propriété privée).

La réaction contre le Black Bloc

La réaction contre le BB a mis en lumière certaines des contradictions et des oppressions internes présentes parmi les "activistes non violents". En dehors de l'hypocrisie évidente de ceux qui se sont montrés violents avec des membres du BB (nombre d'entre eux ont été frappés bien qu'ils n'avaient pas l'intention de s'en prendre à la propriété privée), il apparaît aussi un racisme d'activistes privilégiés qui peuvent ignorer la violence perpétrée contre la société et la nature au nom de la propriété privée. L'attaque des vitrines a concerné et inspiré beaucoup des personnes parmi les plus opprimées de la ville de Seattle, et ce bien plus que n'importe quelles marionnettes géantes ou costumes de tortues de mer (ce qui ne remet pas en cause leur utilisation par d'autres groupes).

Quelques mythes à propos du Black Bloc

Voici un petit quelque chose dont l’objet est d’aller à l’encontre des mythes qui circulent à propos du Black Bloc :

1. « Ils sont tous des anarchistes d’Eugene ». Bien que certains soient effectivement des anars de Eugene, nous venons pour le reste de tous les Etats-Unis, y compris Seattle. Dans tous les cas, la plupart d’entre nous connaissent les environs (par exemple, la récente occupation du centre ville par certains des plus infâmes commerçants multinationaux).

2. « Ils sont tous adeptes de John Zerzan » (2). De nombreuses rumeurs courent, qui nous présentent comme des adeptes de J. Zerzan, un auteur anarcho-primitiviste de Eugene qui prône le destruction de la propriété. Bien que certains d’entre nous apprécient ses écrits et analyses, il n’est en aucun cas notre leader, directement, indirectement, philosophiquement ou d’une autre manière.

3. « Le grand squat public est le quartier général des anarchistes qui s’en sont pris à la propriété le 30 novembre ». En réalité, la plupart des personnes du squat ‘Zone autonome’ sont des habitants de Seattle qui ont passé la plus grande partie de leur temps, depuis l’ouverture le 28, à l’intérieur du squat. Bien qu’ils puissent se connaître, les deux groupes ne font pas un et en aucun cas les gens du squat ne doivent être considérés comme s’étant attaqués à la propriété.

4. « Ils ont transformé un manifestation pacifiste en une guerre ce qui a mené au gazage des manifestants non violents ». Notez que les tirs de grenades lacrymo, les jets de poivre et les tirs de balles en caoutchouc ont tous commencé avant les actions du BB. En plus, nous devons aller à l'encontre d'une tendance qui établit une relation de cause à effet entre la répression policière et la protestation sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de s'attaquer à la propriété ou non. La police a chargé dans le but de protéger les intérêts de quelques possédants et ceux qui s'attaquent à ces intérêts ne peuvent être accusés de violence.

5. Inversement : « Ils ont agi en réponse à la répression policière ». Bien que cela puisse constituer une meilleure image de ce qu'est le BB, c'est faux dans tous les cas. Nous refusons d'être désignés comme une simple force de réaction. Bien que la logique du BB puisse échapper à certains, c'est dans tous les cas une logique en faveur de l'action.

6. « Ils sont un groupe de jeunes garçons en colère ». En dehors du fait que dire cela revient à faire preuve de condescendance de l'âge et de sexisme, c'est faux. La destruction de la propriété n'est pas une libération fondée sur une agitation machiste et nourrie de testostérone. Ce n'est pas non plus une colère réactionnaire et en décalage. C'est stratégiquement et spécifiquement de l'action directe dirigée contre des intérêts privés.

7. « Ils ne recherchent que la bagarre ». C'est proprement absurde et c'est une façon commode d'ignorer l'ardeur des activistes "gardiens de la paix" à nous attaquer. De tous les groupes engagés dans l'action directe, le BB était peut-être le moins enclin à provoquer les flics et nous n'avions certainement aucun intérêt à nous battre contre les autres militants anti-OMC (malgré de grands désaccords dans la tactique à mener).

8. « C'est un groupe chaotique, désorganisé et opportuniste ». Bien que nombre d'entre nous pourraient passer des jours à discuter du terme chaotique, nous n'étions certainement pas désorganisés. L'organisation est peut-être apparue comme fluide et dynamique, mais elle était serrée. Quant à l'accusation d'opportunisme, il serait difficile d'imaginer qui parmi tous ceux qui participaient n'a pas essayer de tirer avantage de l'opportunité créée à Seattle et d'avancer ses idées. La question devient alors : avons-nous créé cette opportunité ?... et la plupart d'entre nous l'ont certainement fait (ce qui mène au mythe suivant).

9. « Ils ne connaissent rien à ce qui se passe » ou « Ce ne sont pas des militants qui s'intéressent à la question ». Bien que nous ne soyons pas des militants professionnels, nous avions préparé ces actions depuis des mois à Seattle. Certains ont réfléchi chez eux, d'autres se sont rendus à Seattle plusieurs mois à l'avance pour se préparer. Il est certain que nous revendiquons la présence de centaine de personnes sorties dans les rues le 30 novembre : seule une petit partie n'avait rien avoir avec le BB. La plupart d'entre nous avaient déjà réfléchi aux effets de la mondialisation de l'économie, du génie génétique, du pillage des ressources naturelles, des transports, des conditions de travail, de la suppression de l'autonomie des indigènes, des droits des animaux et des hommes et nous faisons des actions sur ces thèmes depuis des années. Nous ne sommes ni mal informés ou inexpérimentés.

10. « Les anarchistes masqués sont anti-démocratiques et camouflés parce qu'ils veulent cacher leur identité ». Bon, soyons clairs (avec ou sans masque), nous ne vivons pas actuellement en démocratie. Si cette semaine n'a pas rendu les choses très claires, laissez-nous vous rappeler que nous vivons dans un État policier. Il y a des gens qui disent que si nous étions sûrs de ce que nous avons raison, nous ne nous cacherions pas derrière des masques. Cela sous entend que La vérité vaincra. Si c'est un juste et noble but, cela ne marche pas dans l'actuelle réalité. Ceux qui menacent sérieusement les intérêts du capital et de l'État seront persécutés. Certains pacifistes voudraient nous voir accepter cela joyeusement. D'autres nous diraient que c'est un sacrifice qui en vaut la peine. Nous ne sommes pas aussi moroses. Nous ne croyons pas que nous avons le privilège d'accepter la persécution comme un sacrifice : la persécution est pour nous quotidienne et inévitable et nous tenons à nos maigres libertés. Accepter l'incarcération comme une sorte de flatterie est l'apanage d'un privilège d'"occidentaux". Nous pensons qu'une attaque de la propriété privée est nécessaire si nous voulons reconstruire un monde qui soit utile, sain et joyeux pour tous. Et ce malgré le fait que les droits concernant la propriété privée sont surabondants dans ce pays et font passer toute destruction de propriété supérieure à 250 $ pour un crime.

Sur la violence de la propriété

Nous affirmons que la destruction de la propriété n'est pas un geste violent si cela ne met pas en cause de vie ou n'entraîne aucune blessure.

La propriété privée - en particulier la propriété privée collective - est infiniment plus violente que toute action portée à son encontre. On doit distinguer la propriété privée de la propriété personnelle. En effet, la seconde est basée sur l'usage alors que la première est basée sur l'idée d'échange. L'intérêt de la propriété personnelle est que chacun d'entre nous dispose de ce dont il a besoin ou désire.

Dans une société fondée sur le droit de la propriété privée, ceux qui ont la possibilité d'accumuler plus que les autres disposent de plus de pouvoir. Par extension, ils exercent un contrôle plus important sur ce que les autres perçoivent comme des besoins et des désirs, en général pour accroître leur seul profit personnel. Les défenseurs du "libre échange" prolongent ce raisonnement jusqu'à sa conclusion logique : un réseau de quelques monopoles d'industrie disposant d'un pouvoir total sur la vie de toutes et tous. Les défenseurs du "commerce équitable" souhaiteraient que ce processus soit tempéré par un contrôle des gouvernements dont le but serait d'imposer superficiellement des normes de base en matière de droits humains.

En tant qu'anarchistes, nous récusons ces deux positions. La propriété privée - et le capitalisme par extension - est intrinsèquement violente et répressive et ne peut donc être ni réformée ni atténuée. Que le pouvoir de toutes et tous soit dans les mains de quelques groupes ou réparti par un système de régulation dont le seul but est d'atténuer les désastres causés par les précédents, personne ne peut être libre comme ce serait le cas dans une société sans hiérarchie. Quand nous brisons une vitrine, notre but est de détruire le vernis de la légitimité qui recouvre la propriété privée. Dans le même temps, nous exorcisons toutes les formes de relations violentes et destructives qui imprègnent tout autour de nous.

En "brisant" la propriété privée, nous transformons sa valeur d'échange limitée en une valeur d'utilité plus large. Une devanture brisée devient un trou laissant passer de l'air frais dans une atmosphère oppressive, celui de la vente de marchandises (au moins jusqu'à ce que la police ne décide de lancer des lacrymos sur une barricade toute proche). Un distributeur automatique de journaux devient un outil pour percer de tels "trous", ou un petit blocus pour revendiquer l'espace public ou nous donner un avantage sur le terrain. Une benne à ordures empêche les flics anti-émeutes d'avancer et devient une source de chaleur et de lumière.

Une façade d'immeuble devient un tableau sur lequel on peut écrire des idées en vue d'un monde meilleur. Après le 30 novembre, beaucoup de gens ne regarderont plus une vitrine ou un marteau de la même manière qu'avant. Les utilisations possibles de l'espace urbain se sont multipliées par 100. Le nombre de vitrines éclatées est ridicule comparé au nombre de vies brisées - vies bousillées par l'hégémonie qui nous écrase et qui nous pousse à oublier toutes les violences commises au nom de la propriété privée et tout ce qui serait possible si elle n'existait pas.

 

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