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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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Sociologie de la guerre Pierre Naville

Sociologie de la guerre Pierre Naville
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Alors que la scène internationale continue d’être traversée par de nombreux conflits armés, la guerre reste souvent conçue comme un évènement exceptionnel qui viendrait rompre le cours quotidien des choses sociales et politiques. À l’encontre de cette position, Pierre Naville s’emploie dans cet article à socialiser les questions de stratégies militaires, en montrant qu’elles sont modifiées par et modifient en retour les structures économiques de la société. Comment mobiliser la société en faveur d’un conflit armé ? Et comment utiliser la guerre pour transformer les structures sociales chez le vainqueur comme chez le vaincu ? Telles sont dorénavant les deux questions principales que doivent aborder la stratégie militaire et sa critique.

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Qui a mieux défini la stratégie que Clausewitz ? C’est, dit-il, l’usage du combat aux fins de la guerre. Cela signifie qu’une stratégie ordonne l’enchaînement de combats qui ont leur tactique propre, de façon à atteindre un but déterminé. Liddel-Hart, après bien d’autres, regrette que cette définition lie la stratégie à la bataille. À son avis, la stratégie ne vise pas à rompre en tous les cas par la violence une résistance (sauf celle qu’opposent les obstacles naturels) mais à diminuer la possibilité de la résistance en exploitant certaines situations comme le mouvement et la surprise. Pourtant, si l’on retient l’observation de Clausewitz : que la menace de la bataille est l’équivalent stratégique ou tactique de celle-ci — ce que nous rappelle chaque jour la politique de dissuasion nucléaire — il dévient clair qu’abattre une résistance ou détruire la possibilité de cette résistance sont aussi des équivalents.

La stratégie, ainsi conçue, est une forme d’action dont le modèle existe bien ailleurs que dans la guerre. N’est-elle pas le schéma sous-jacent de presque toutes les activités sociales ? Ne parle-t-on pas de stratégie économique, politique, sociale, religieuse même ? Ce modèle est d’ailleurs décelable aux échelles les plus différentes : la stratégie peut se développer dans de vastes sphères (terrestres, et même cosmiques aujourd’hui) aussi bien que dans des lieux et milieux restreints, sans perdre son caractère; elle s’assigne des objectifs de portée très variable : souvent lointains, mais parfois tout proches. Ne pourrait-on alors formuler une théorie générale de la stratégie, essence des actes sociaux commandés, des mouvements contradictoires qui agitent les États et les sociétés, dont l’importance et la signification furent longtemps estompés aux yeux des analystes par le caractère alternativement figé ou bouleversé que l’on imputait aux institutions et aux constitutions ? Certaines théories modernes des jeux s’efforcent en effet de ramener à quelques règles simples une science de la stratégie applicable à tous les cas possibles d’activité sociale, où plusieurs adversaires se disputent un enjeu en vertu de certaines règles, et où les décisions des joueurs font office de bataille. En tout cas les stratégies, quel qu’en soit l’objet, supposent des adversaires ou des compétiteurs aux prises, des obstacles à vaincre, un but à atteindre, et un enchaînement de tout cela1.

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