Vendredi 3 octobre, le vice-président américain Joe Biden prend la parole au John F. Kennedy Forum organisé à Boston par la Harvard Kennedy School. Évoquant la situation au Proche-Orient et la guerre contre l’organisation de l’État islamique (OEI), il s’en prend avec une certaine virulence à trois pays qui, selon lui, ont soutenu financièrement cette organisation malgré les mises en garde du gouvernement américain. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU) et la Turquie sont pointés du doigt, ce qui va déclencher une véritable crise diplomatique entre Washington et ses trois alliés. Dès le lendemain, la Maison-Blanche prend ses distances avec ce propos tandis que Biden fait savoir qu’il n’entendait nullement insulter ces pays, allant même jusqu’à téléphoner à leurs dirigeants — du moins ceux des Émirats et de la Turquie — pour présenter ses plus plates excuses.
Il est difficile de savoir si cette sortie était intentionnelle — ce qui confirmerait l’existence de fortes tensions au sein de la coalition que les États-Unis tentent de mettre en place contre l’organisation de l’État islamique — ou s’il faut l’ajouter à la longue liste des gaffes commises par le vice-président américain depuis l’élection de Barack Obama en 2008. Mais l’un des aspects les plus intéressants de cette affaire est la réaction de certains médias américains comme CNN qui se sont empressés d’inclure le Qatar dans la liste des pays incriminés alors même que le nom de cet émirat n’a pas été cité par Joe Biden. « Pourquoi le vice-président n’a-t-il pas cité le Qatar ? », s’est par ailleurs demandé le membre du Congrès et républicain Michael Mc Caul alors qu’il était interrogé par Fox News. Il faut rappeler que ce Texan membre de la Chambre des représentants fait partie des personnalités qui tirent à vue sur l’émirat, affirmant haut et fort qu’il est au centre du financement du terrorisme islamiste et des activités anti-américaines à travers le monde.
Il faut dire que le Qatar bashing bat son plein depuis début 2013 aux États-Unis. Longtemps hors des radars, l’émirat incarne désormais la figure de l’allié jouant un double jeu. Du Washington Post à CNN en passant par des médias moins intéressés par l’actualité internationale, les dossiers spéciaux et autres enquêtes à charge sur le Qatar se multiplient. Comment expliquer cette tendance quand on sait que Doha, via ses organismes publics, n’a pas été avare de publicités payantes et autres sponsorings dans les médias américains ? La réponse est venue début septembre du New York Times. Selon ce quotidien, plusieurs pays mènent une intense action de lobbying contre le Qatar avec, à leur tête, les Émirats arabes unis. Ces derniers ont engagé une entreprise de relations publiques, Camstoll Group, fondée en novembre 2012 par d’anciens fonctionnaires du Trésor américain. La principale figure de cette agence est Matthew Epstein, un néoconservateur qui était en charge au milieu des années 2000 du dossier des sanctions à l’encontre de l’Iran. Pour un montant de 400 000 dollars par mois, Camstoll Group a donc entrepris de « briefer » journalistes et parlementaires à propos du rôle que jouerait le Qatar dans le financement des groupes terroristes dont le Front Al-Nosra, réputé proche d’Al-Qaida, en Syrie.
