anarchiste individualiste
10 Mars 2018
Pierre Naville polémique contre Barbusse, écrivain phare du PCF qui dirige les pages littéraires de L’Humanité. Barbusse défend une conception idéaliste et morale du communisme, très éloignée de la lutte des classes. Ensuite, il se rattache à une vision rationaliste qui occulte les structures économiques et sociales. Pour Pierre Naville, la révolution ne doit se réaliser au nom de la Raison, mais pour l’émancipation de la classe ouvrière. Il dénonce également l’idée d’un monde littéraire au-delà des classes sociales.
Pierre Naville s’éloigne de la discipline du Parti à travers les écrits de Victor Serge. Figure de l’opposition de gauche proche de Trotsky, ce militant propose des analyses critiques des positions staliniennes. Pierre Naville se rend même à Moscou pour rencontrer Léon Trotsky. Il diffuse les idées de l’opposition de gauche et se fait exclure du PCF. Pierre Naville décide la suppression de Clarté pour lancer sa nouvelle revue La lutte de classes.
Pierre Naville et Alfred Rosmer structurent l’opposition de gauche en France. Ils permettent l’émergence du mouvement trotskiste. En 1930, Pierre Naville adhère à la Ligue communiste. Il tente de redresser le mouvement communiste contre le Parti et l’Internationale communiste contrôlée par Staline. Pour Pierre Monatte et Ferdinand Loriot, cette stratégie se révèle illusoire. Les syndicalistes d’action directe de La Révolution prolétarienne estiment qu’il n’y a rien à attendre d’un mouvement fourvoyé dans le stalinisme. Pierre Naville considère qu’ils se centrent trop sur le syndicalisme et délaissent les enjeux internationaux. Dans une logique de purisme révolutionnaire, il refuse les compromis et les alliances avec les autres groupes proches de l’opposition de gauche.
Trotsky n’apprécie pas l’orientation que Pierre Naville donne à La Vérité. Ce journal doit rester une feuille illisible consacrée aux questions doctrinales et idéologiques selon Trotsky. Pierre Naville veut en faire un véritable journal qui aborde également des sujets artistiques et littéraires. Trotsky juge que ces préoccupations n’intéressent pas les ouvriers. Ensuite, il dénonce un article consacré à Panaït Istrati, romancier qui critique l’URSS. Trotsky estime que Pierre Naville reste trop hostile au stalinisme et au PCF. Il préfère les basses manœuvres politiciennes de Raymond Molinier pour tenter de peser sur la ligne du PCF. Mais les trotskistes mènent des combats minoritaires et précurseurs contre le colonialisme, contre le fascisme et contre la terreur stalinienne.
André Breton se rapproche de Trotsky. Les deux hommes fondent la FIARI (Fédération internationale pour un art révolutionnaire indépendant). Ils estiment que la liberté artistique et la créativité ne doivent pas être subordonnées à des impératifs politiques. De son côté, Pierre Naville sépare l’engagement politique de la créativité. « Il faut être, soit un militant révolutionnaire, soit un intellectuel qui se consacre entièrement à l’art, alternative radicale qui repousse toute confusion idéologique, tout idéalisme de type révolutionnaire creux et inconséquent », analyse Alain Cuenot.
Cette démarche permet d’éviter la posture de l’intellectuel engagé avec son moralisme béat sans la moindre analyse politique. Au contraire, le statut d’intellectuel ne fournit pas une supériorité politique. Mais l’ancien surréaliste Pierre Naville sépare désormais la révolte et la créativité. Ce qui débouche vers unmilitantisme austère et routinier, insensible au bouillonnement créatif des luttes sociales.
Après la guerre, Pierre Naville rompt avec le trotskisme. Il observe que les vieux schémas ne fonctionnement pas. Le mythe de la guerre impérialiste qui débouche sur une révolution ne s’observe pas. Pierre Naville entend sortir de ce dogmatisme qui tente de faire rentrer la réalité dans des théories. Mais il ne renonce pas au marxisme et matérialisme historique. Loin des recettes toutes faites, il tente d’analyser la situation « dans ses particularités, ses singularités, ses aspects imprévisibles ». Pierre Naville fuit la secte trotskiste enfermée dans un « gauchisme sénile ». Mais il continue de croire à la nécessité de créer un Parti ouvrier pour réaliser un front uni avec le PCF et la SFIO.
Pierre Naville anime La Revue internationale avec son ami Gilles Martinet. Les articles abordent l’actualité de la recherche scientifique dans la biologie, les mathématiques, les lettres, les arts, l’histoire et les sciences sociales. Mais Pierre Naville vise à orienter la revue vers l’actualité et les enjeux politiques.
Pierre Naville poursuit son engagement politique. Dans le contexte de la guerre froide il rejette autant le capitalisme que le stalinisme. En 1948, il rejoint le Parti socialiste unitaire (PSU). Cette organisation regroupe notamment des anciens socialistes qui espèrent influer sur la ligne du PCF. Pierre Naville développe une critique de l’URSS. Il observe des inégalités sociales qui perdurent. Ensuite, le régime stalinien maintient la distinction entre tâche d’exécution et de direction. Pierre Naville propose de transformer la société soviétique dans un sens démocratique et prolétarien.
Coincé entre la SFIO et le PCF, le PSU reste un groupuscule impuissant loin de son objectif illusoire de rassembler les organisations ouvrières. Mais Pierre Naville continue de croire à un mouvement de rassemblement des forces de gauche. « Il multiplie les signes de bonne volonté, se fait le héraut de l’union des gauches tout en montrant une certaine rigueur doctrinale dans la défense d’un marxisme ambitieux », décrit Alain Cuenot. Malgré son marxisme critique, Pierre Naville se montre complaisant à l’égard du PCF et du stalinisme. Pris dans l’urgence militante, il estime que le rassemblement ne peut se faire sans le plus grand parti de la gauche. Ensuite, chercheur au CNRS, il se préoccupe d’accéder à une respectabilité scientifique dans un monde intellectuel contrôlé par les staliniens.
Mais les tentatives de rassemblements des gauches se heurtent au monde réel. Les bureaucrates du PCF ne veulent pas dialoguer avec les groupuscules de la nouvelle gauche. La SFIO s’enferme dans une politique colonialiste. Mais Pierre Naville continue de penser que les sections locales socialistes peuvent infléchir la politique de Guy Mollet.
En 1957 est créée l’UGS (Union des gauches socialistes) qui bénéficie d’importants relais médiatiques comme France Observateur. Mais Pierre Naville tient à se démarquer d’un réformisme à la Pierre Mendès-France. Il affirme la nécéssité de l’abolition du salariat et de l’appropriation des moyens de production.
L’UGS dialogue avec le PSA qui regroupe des dissidents socialistes. Mais Pierre Naville regrette l’absence d’influence de l’UGS dans le mouvement ouvrier et les syndicats. Il critique également le PSA et ses nombreux parlementaires. Il souligne les limites de Pierre Mendès-France et du réformisme keynésien. Cette politique vise à aménager le capitalisme sans remettre en cause l’exploitation. Ensuite, Pierre Mendès-France prétend défendre l’intérêt général. Il gomme les antagonismes de classe. Pierre Naville participe à la création du Parti socialiste unifié (PSU). Contre toute forme de dirigisme ou d’autoritarisme, Pierre Naville valorise l’autogestion. Il estime que des comités d’entreprise et de citoyens doivent rédiger un contre-plan pour gouverner.
Pierre Naville devient une des figures de la sociologie du travail. Mais il reste attaché à la théorie marxiste. Il critique Alain Touraine et les modernistes du PSU qui insistent sur le développement des « couches nouvelles » avec les cadres et les ingénieurs. Pierre Naville insiste sur l’importance de la classe ouvrière et des rapports sociaux d’exploitation malgré le développement du secteur tertiaire. Pierre Naville critique également l’abandon de toute réflexion globale par une sociologie qui se spécialise sur des sujets précis. L’observation empirique délaisse l’élaboration théorique dans une sociologie tiède qui se veut objective. Pierre Naville s’attache à relier la sociologie avec le mouvement social pour penser le monde et sa transformation.