anarchiste individualiste
27 Décembre 2017
Il a récemment été annoncé que l’Église luthérienne de Suède demanderait à ses ministres de faire attention à l’usage du masculin pour parler de Dieu, et suggérerait des alternatives à certaines formules très marquées par le genre: «Dieu» plutôt que «Seigneur» ou «il»; et au lieu de l’invocation «Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», la plus neutre «Au nom du Dieu trine» (ce qui en français, donne le très orthodoxe: «Au nom de la Trinité»).
Le changement est moins dramatique que ne l’avaient d’abord répercuté certains journaux puisqu’il n’a rien de contraignant, et n’introduit pas de nouveau pronom pour parler de Dieu au neutre. Seulement des alternatives plus inclusives, et la proposition, d’ailleurs fondée exégétiquement et historiquement, d’utiliser le genre féminin pour parler de l’Esprit saint. Dans l’Ancien Testament, le terme hébreu «Rouah» qu’on traduit par Esprit est le plus souvent du genre féminin.
Des théologiens se sont émus de telles propositions. La théologie inclusive ne serait-elle pas une simple concession à l’air du temps, au détriment du témoignage d’une vérité qui s’est toujours dite au masculin, bref une hérésie, péril au moins aussi mortel pour celles et ceux qui la pratiquent que ne l’est l’écriture inclusive pour la langue française?
Et, en effet, bien des raisons existent de refuser une telle fluidité dans le genre de Dieu. Deux principales: d’une part, la prière chrétienne centrale s’adresse au Père, entité marquée par le genre masculin s’il en est. D’autre part, l’affirmation principale du christianisme, qui le distingue des autres religions monothéistes, est celle de l’incarnation de Dieu en Jésus-Christ, être humain, mais aussi homme masculin, jusqu’à preuve du contraire.
Quant à Dieu le Père, on peut bien dire qu’il s’agit là d’une dénomination symbolique, qui parle plus de la relation que nous entretenons à lui que de ce qu’il est en lui-même. Dieu, infini, est au-delà de toutes nos catégories, y compris de nos catégories genrées (affirmation partagée, bien sûr, dans le judaïsme et l’islam). Mais Jésus-Christ? Si pour ses disciples, Jésus-Christ est vraiment Dieu, alors le christianisme est la seule religion dont on puisse dire littéralement que le Dieu est un homme (masculin). Neutraliser le genre de Dieu, ce serait risquer finalement de le désincarner.
Dieu n’est pourtant pas seulement, dans le christianisme, Père et Fils (incarné). Il est aussi, classiquement, Esprit saint. Il est la Trinité. Il paraît un peu difficile de mettre en cause directement le genre du Père et du Fils sans risquer de dépouiller la foi de toute référence historique, mais cela n’est pas nécessaire.
Qu’en est-il de cette troisième personne? À supposer que le féminin lui convienne, cela ne voudrait pas dire concéder un tiers seulement de féminité à Dieu. Car dans la Trinité, aucune des trois personnes n’existe pour elle-même. Au contraire, chacune n’existe que dans le mouvement par lequel elle va vers les autres. Ainsi, le Père n’existe qu’à engendrer le Fils, c’est-à-dire à se donner entièrement à lui. Mais inversement, le Fils n’est rien d’autre que l’image du Père. Il n’existe que pour montrer le Père, lui rendre témoignage. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’on peut donner à Dieu le nom de Père, parce qu’on le désigne par la relation qu’il entretient au Fils, et non pour ce qu’il est en lui-même et qui reste insaisissable. Et c’est pour cela aussi qu’il nous est connu au masculin, parce que son image, le Fils incarné, nous a été plutôt connue au masculin.