Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

Publicité

1916 : Sans enthousiasme, la France se rallie à la révolte arabe contre les Turcs

1916 : Sans enthousiasme, la France se rallie à la révolte arabe contre les Turcs
Publicité

Le déclenchement de la révolte du chérif Hussein de La Mecque contre l’empire ottoman en 1916 suscite un certain trouble en France, « puissance musulmane » qui craint tout mouvement de contestation populaire de ses propres musulmans. Pourtant, bien qu’en rivalité avec Londres qui encourage Hussein, Paris ne peut rester inactif et essaiera de jouer un rôle auprès des insurgés, sans grand succès.

Dans les accords secrets (la correspondance McMahon-Hussein, comme l’accord négocié par Sykes et Georges-Picot), il n’est question que de zones d’influence et d’États, jamais de pays nommément désignés. Comme l’observe James Barr, « ce protocole était extrêmement vulnérable aux événements, d’autant plus qu’un tel secret était voué à susciter la controverse quand il finirait par être exposé au grand jour »10.

UNE « GRANDE PUISSANCE MUSULMANE »

En juin 1916, le gouvernement français est en tout cas conscient qu’il lui faut manifester un soutien immédiat au chérif Hussein, puisque sa révolte permet de présenter les Turcs comme les assaillants des Lieux saints : « (…) au point de vue politique, [la révolte] peut s’étendre parmi les populations de la Palestine, de la Syrie et de la petite Arménie, libérer momentanément ces provinces des persécutions turques et préparer une intervention française »11, édicte le colonel Hamelin, chef de la section d’Afrique au ministère de la guerre. Dans une note au président du Conseil du 19 juillet 1916, Paul de Margerie expose par ailleurs qu’il y a « un intérêt pour le Gouvernement français à ne pas confondre absolument son action avec celle des Anglais vis-à-vis du chérif et à bien lui donner l’impression que la France est, elle aussi, une grande puissance musulmane (…) »12. À défaut, il identifie un risque majeur : « Si nous affectons de nous désintéresser de ce mouvement, nous pourrions, lorsqu’il aura réussi, nous trouver en présence d’un islam arabisé ayant puisé dans ses succès mêmes une force nouvelle d’expansion et de résistance aux puissances chrétiennes. »

Dans l’immédiat, le Quai d’Orsay propose de dépêcher auprès d’Hussein une mission politique, constituée à la hâte de notables musulmans d’Afrique du Nord, et une mission militaire, composée exclusivement d’officiers d’Afrique du Nord. Le 2 août, Aristide Briand donne son accord à ce projet. La direction de la délégation politique est confiée à l’Algérien Si Kaddour Ben Ghabrit, un haut fonctionnaire qui a commencé sa carrière en 1892 comme interprète auxiliaire (drogman) à la légation de France à Tanger. Acteur-clé du protectorat français au Maroc, Ben Ghabrit est, en 1916, chef du protocole du sultan du Maroc, Moulay Youssef.

Pour diriger la mission militaire auprès du chérif Hussein, le Quai d’Orsay jette son dévolu sur le colonel Touchard, qui a été officier des affaires indigènes pendant près de dix ans avant de commander un régiment de tirailleurs marocains. Surtout, il est question de convoyer jusqu’à La Mecque plus de 600 pèlerins originaires d’Algérie, de Tunisie et du Maroc — des représentants du culte musulman et chefs maraboutiques pour la plupart. Une subvention d’un montant de 1,25 million de francs or est prévue pour le chérif Hussein, les Britanniques venant de lui délivrer la même somme. Une enveloppe de 900 000 francs est également réservée pour distribuer des cadeaux aux Hachémites. Une somme identique est enfin dédiée à la mission militaire pour ses frais de fonctionnement et la fourniture d’armes aux Hachémites.

LA MISSION MILITAIRE D’ÉGYPTE

Contre toute attente, le ministère de la guerre conteste le choix du Quai d’Orsay pour la direction de la mission militaire. Le colonel Touchard parle peu l’arabe, ne pouvant se passer d’un interprète. Le ministère de la guerre propose un autre officier colonial pour le poste, le lieutenant-colonel Édouard Brémond, un Saint-Cyrien de 48 ans. Brémond parle et écrit parfaitement l’arabe. Il possède « une connaissance complète des questions musulmanes »13pour avoir servi en Algérie puis au Maroc, dans l’équipe du résident général Hubert Lyautey.

Brémond est appelé à Paris par télégramme le 10 août. Arrivé à la capitale, il prend connaissance de son ordre de mission. Il doit « s’enquérir auprès du chérif du concours qu’il attend de la France en personnel d’encadrement, en armes, en munitions, et en matériel de guerre »14. L’ordre de mission indique aussi que les officiers de la mission « pourront même être appelés à coopérer à l’organisation des contingents du chérif et à leurs opérations militaires. » La mission militaire est improprement dénommée « mission militaire d’Égypte » parce qu’elle sera basée dans ce pays, avant de se projeter en Arabie.

Dans le cours de la guerre contre les Turcs, en 1917 et 1918, la mission militaire française ne jouera qu’un rôle assez mineur. Ses quelques centaines de soldats pèseront bien peu face aux dizaines de milliers d’hommes alignés par l’empire britannique, en Palestine. C’est surtout grâce à l’action de ces derniers que la prise de Damas par les Hachémites sera rendue possible le 1er octobre 1918. En fait, l’action la plus significative des officiers de la mission française aura été de perturber les communications des troupes turques en dynamitant avec persévérance le chemin de fer du Hedjaz, entre Médine et le wadi (oued) Rumm. Avec une poignée d’officiers britanniques, parmi lesquels T. E. Lawrence, ils auront permis de bloquer sur la voie ferrée des milliers de soldats turcs, qui auraient pu, sinon, prêter main-forte aux troupes turques de Palestine et rendre la tâche plus ardue aux divisions du général Allenby.

1Bibliothèque nationale, Cartes et plans, Société de géographie, papiers Marin, 225, rapport n° 2 554, 4 octobre 1916 ; p. 91.

2Intérêts et impérialisme frança

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article