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SERPENT -  LIBERTAIRE

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Lénine et Trotsky face à la bureaucratie – Révolution russe et société de transition

Lénine et Trotsky face à la bureaucratie – Révolution russe et société de transition
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Lénine et Trotsky face à la bureaucratie – Révolution russe et société de transition
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Lénine a beaucoup réfléchi au problème de l’alliance ouvrière et paysanne. La pierre d’achoppement dans ce schéma, c’est que, en réalité, la construction d’une société de transition ne se pose pas de manière triangulaire mais quadrangulaire. A la bourgeoisie, au prolétariat et à la paysannerie s’ajoute un quatrième acteur : la bureaucratie. Ni Marx, ni Engels, ni Lénine, ni les autres dirigeants bolchéviques dans l’immédiat après insurrection de 17, ne se sont posé le problème de la bureaucratie comme couche sociale qui allait jouer un rôle spécifique autonome par rapport aux trois autres grandes forces sociales.

Pourtant, le problème de toute la société de transition, c’est que la classe ouvrière alliée à la paysannerie ne devra pas simplement combattre la bourgeoisie sur le plan international et national, elle devra également combattre les déformations bureaucratiques. Et si celles-ci prennent de l’ampleur, elle devra lutter contre la couche bureaucratique qui se sera cristallisée. Pour la période qui va de l’année 1919 à 1923, vous trouverez une série de textes de dirigeants bolchéviques qui dénoncent le bureaucratisme et la bureaucratie. Mais on ne trouve aucune analyse de la bureaucratie comme couche, qui en se cristallisant, peut jouer un rôle autonome. Au sein de « l’opposition trotskyste », il faudra attendre 1928 pour que soit écrit un texte qui analyse la bureaucratie sous cet angle. Il s’agit du fameux texte de Christian Rakovsky intitulé « Les dangers professionnels du pouvoir ».

 2. LES CINQ PREMIERES ANNEES DE L’ETAT OUVRIER SOVIETIQUE

Cinq ans après la révolution, en 1922-23, il y a une grande réflexion à propos des problèmes de bureaucratisme et la manière de les combattre. C’est surtout le dirigeant principal du parti, Lénine, qui pose la question des déformations bureaucratiques de manière systématique et essaie d’y apporter une série de solutions précises. Le bureaucratisme est aussi dénoncé par des tendances minoritaires dans le parti bolchévique, notamment par l’Opposition ouvrière (depuis 1920-21) et par la Tendance du Centralisme démocratique.

Qu’est-ce qui s’est passé dans les 5 premières années de l’Etat ouvrier soviétique ? Le nouvel Etat est à la tête d’un pays qui compte une majorité écrasante de paysans. Au moment de la révolution, il n’y a que 3 millions d’ouvriers d’industrie et 5 ans après, ils ne sont plus que 1,2 million environ.

Ce qu’apporte la révolution à la majorité paysanne, c’est l’accès à la terre ; ils la donnent à ceux qui la travaillent. La paysannerie n’est donc pas organisée dans des fermes d’Etat ou dans des coopératives. Elle est essentiellement composée de 25 millions de familles paysannes qui chacune cultive sa parcelle de terre. Les salariés agricoles sont peu nombreux ; les fermes d’Etat et les coopératives ne représentent qu’un peu moins de 2% des terres cultivées.

Entre 1917 et 1922, la politique économique soviétique passe par trois phases :

La première phase permet d’initier des transformations socialistes par des incursions « despotiques » de la dictature du prolétariat dans le domaine de la propriété privée, pour paraphraser Marx. Dans la situation de la Russie, cela implique le transfert de la terre à la nation et son attribution en usufruit à ceux qui la travaillent, la nationalisation du crédit et des banques, l’instauration du monopole d’Etat sur le commerce extérieur, la généralisation du contrôle ouvrier... Lénine, dans un discours au congrès extraordinaire des soviets du 4 décembre 1918, énumère quelques unes des mesures citées plus haut en affirmant explicitement leur caractère socialiste : « Cette révolution est socialiste. L’abolition de la propriété privée de la terre, l’introduction du contrôle ouvrier, la nationalisation des banques sont autant de mesures qui mènent au socialisme. Ce n’est pas encore le socialisme, mais ce sont des mesures qui nous y mènent à pas de géant. Nous ne promettons pas aux paysans et aux ouvriers un pays de cocagne du jour au lendemain, mais nous disons : l’alliance étroite des ouvriers et des paysans exploités, la lutte ferme, sans défaillance, pour le pouvoir des Soviets nous conduisent au socialisme. » (Lénine, Oeuvres Choisies, tome 2, p. 508-509).

Le caractère radical des mesures prises dès le lendemain de la prise du pouvoir n’implique aucunement dans l’esprit des bolchéviks une quelconque illusion sur la possibilité d’instaurer rapidement le socialisme en Russie. Ils considèrent au contraire que la Russie ne peut atteindre le socialisme qu’avec l’aide des prolétariats des principales puissances impérialistes de l’époque, à commencer par le prolétariat allemand. Par ailleurs, les bolchéviks considèrent que, pendant une phase transitoire, il est nécessaire de maintenir un important secteur privé, y compris capitaliste, au niveau industriel et commercial. Mais ce schéma de départ sera rapidement abandonné, en moins d’un an, parce que l’impérialisme et la contre-révolution intérieure développent à un rythme accéléré une politique d’agression extérieure et de guerre civile. Par exemple, les conditions mises par l’Allemagne à la conclusion de la paix de Brest-Litovsk, affaiblissent terriblement l’économie soviétique [2].

Le traité de Brest-Litovsk est ratifié entre l’Allemagne et la Russie soviétique en mars 1918. Il s’agit d’une paix séparée entre ces deux pays alors que la guerre continue dans le reste de l’Europe jusqu’en novembre 1918. Le prix payé par la révolution pour obtenir la paix, c’est la perte d’un tiers de la population russe, d’un tiers des terres cultivées, de la moitié de l’industrie et de 90% des mines de charbon en activité. L’Ukraine est soustraite à la Russie soviétique alors qu’elle représente 75% de la production de charbon, 2/3 du minerais de fer, 80% du sucre, 75% du manganèse, 90% du blé exportable, 2/3 du sel.

Sur le plan intérieur, on assiste à un sabotage systématique de la part de la bourgeoisie industrielle. Les patrons « lock out » les usines, notamment celles où les ouvriers appliquent le contrôle ouvrier. Il faut savoir qu’un des premiers décrets du pouvoir soviétique prévoit la généralisation de la possibilité du contrôle ouvrier. Le lock out patronal et la volonté des travailleurs de voir exproprier les patrons amènent la Direction soviétique à nationaliser la plupart des usines en juillet 1918.

Sous la pression de l’agression impérialiste et de la contre-révolution intérieure, la direction bolchévique décide alors de passer au communisme de guerre, en investissant tout l’effort économique dans le soutien à la guerre et ceci, avec une économie qui est déjà dans une situation désastreuse à cause des pertes dues au traité de Brest-Litovsk. Pour donner un exemple de ce que cela impliquait, en 1920, l’Armée rouge absorbait 50% de la production industrielle, 60% du sucre, 40% des fournitures de graisse, 90% des chaussures d’homme, 40% du savon, 100% du tabac.

La politique dite du communisme de guerre crée certaines illusions dans une partie de la direction bolchévique. Comme le pouvoir soviétique est obligé de diriger d’une main de fer toute l’économie, il est amené à supprimer les échanges monétaires entre l’industrie et la campagne. Au niveau de la campagne, on procède à des réquisitions de blé pour alimenter les villes et l’armée. Au niveau des villes, on rétribue la classe ouvrière directement en nature. Cela produit dans une partie de la direction bolchévique (Boukharine, Préobrajensky) l’idée selon laquelle on est déjà en train de passer à des formes d’échange de type socialiste car la monnaie est quasi supprimée.

Mais c’est naturellement une forme de socialisme de la misère dans lequel on répartit des rations de famine. Ce n’est absolument pas vivable sur le long terme. Et dès que, sur le plan militaire, l’Armée rouge réussit à vaincre la contre-révolution (fin de l’année 1920 - début 21) s’ouvre tout de suite un débat dans la direction bolchévique afin d’adopter un autre schéma de développement économique. On n’a plus besoin de tourner tout l’effort vers la guerre, on peut se poser les questions du développement économique, plus exactement, du redressement économique. En effet, en prenant comme indice 100, la production de la grande industrie en 1913, celle-ci est tombée en 1920 au niveau 18 ! II s’agit donc de remonter tout doucement la pente de la production.

Lénine, à la suite de Trotsky, propose la nouvelle politique économique (la NEP) qui dit en substance : « Maintenant il faut faire une retraite. La pression sous laquelle nous avons mis la paysannerie avec les réquisitions, etc., ne peut plus continuer. Il faut absolument convaincre la paysannerie d’augmenter la production de manière volon¬taire. Nous supprimons les réquisitions et nous les remplaçons par un impôt en nature. Nous permettons au paysan de vendre le surplus de sa production agricole et nous relançons un commerce privé ». C’est une retraite par rapport aux premières années de la révolution parce que le pouvoir soviétique fait des concessions aux paysans privés moyens et au commerce privé. Lénine dit lui-même que cela va introduire une dynamique très dangereuse.

Une dynamique d’économie privée, une dynamique de renaissance de l’accumulation privée qui pourrait se transformer en accumulation capitaliste à l’intérieur de la société de transition. Mais ce recul, continue-t-il, est absolument nécessaire pour une période temporaire. Le temps de consolider l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie.
Voilà donc résumés de manière simplifiée, les trois stades de politique économi¬que qui se sont succédé à partir de 1917.

En 1921-22, on connaît une situation très particulière pour une société qui veut 
construire le socialisme sous la conduite de la classe ouvrière. En effet, celle-ci ne compte qu’1,5 million de travailleurs d’industrie, tandis que l’armée compte 5,5 millions de membres (qui viennent d’être démobilisés).

L’appareil des fonctionnaires compte presque 6 millions de membres et rappelons que la paysannerie est composée essentiellement de 25 millions de familles.

Le tableau suivant présente l’évolution numérique des familles paysannes et des salariés agricoles, des ouvriers d’industrie, de l’armée et l’appareil des fonctionnaires entre 1917 et 1922 :

 Ouvriers d’industrieArméeFonctionnaires des inst. soviétiquesFamilles paysannesOuvriers agricoles
19173.024.00050.000 (gardes rouges)2.000.000
19182.486.000800.000114.53918.000.000
19192.035.0003.000.000529.84134.000
1920-211.480.0005.500.0005.880.00024.000.000
19221.243.000

La chute très forte du nombre d’ouvriers d’usine s’explique par la contribution énorme apportée par ceux-ci à l’effort de défense de leur Etat ouvrier, ils se sont engagés massivement dans l’Armée rouge.

Par ailleurs, une partie importante des ouvriers est entrée dans le nouvel appareil d’Etat soviétique. Cette faiblesse du prolétariat industriel ne constitue pas une base de départ favorable au développement d’une société socialiste. D’autant plus que les conséquences de la guerre civile ajoutées à celles de la 1re guerre mondiale ont terriblement marqué la population de l’Etat soviétique. Près de 8 millions de personnes sont mortes pendant la guerre civile dont plus de 7,5 millions à cause de la faim, du froid et des épidémies contre 350.000 morts au combat. Le nombre de morts durant la guerre civile, est supérieur à celui des morts durant la guerre de 14-18 en Russie (environ 7 millions).

 3. LE DEBAT SYNDICAL (1920 - 1921)

De décembre 1920 au printemps 1921 se déroule dans le parti bolchévique, le débat syndical. C’est à l’occasion de ce débat que Lénine est amené à mettre en évidence la déformation bureaucratique qui marque l’Etat ouvrier soviétique et à en déduire que les syndicats doivent constituer un organe de défense des travailleurs par rapport à cet Etat. Trotsky fut un des principaux protagonistes de ce débat et il adopta une position différente de celle de Lénine qui handicapa sa lutte antibureaucratique ultérieure.

Dans quelles conditions ce débat démarra-t-il ? Début 1920, la guerre civile n’est pas terminée mais l’Armée rouge a repris le contrôle d’une grande partie du territoire. Le poids de la guerre ayant diminué, se pose la question de la réorganisation de la production. L’exécutif des soviets (février 1920) puis le 9e congrès du Parti (avril 1920) décident d’organiser un service du travail et de constituer des « armées de travail ». Il s’agit de mobiliser, organiser, déplacer la main-d’œuvre nécessaire au travail de reconstruction. C’est Trotsky qui est chargé par le Bureau politique de la conduite des discussions ainsi que d’une partie de l’exécution des décisions. La priorité est donnée à la réorganisation des transports et Trotsky reçoit en mars 1920 la charge d’un nouveau ministère, il devient commissaire aux Transports tout en conservant son poste de commissaire à la Guerre.

Il démontra une nouvelle fois ses capacités d’organisateur en réorganisant complètement les chemins de fer et en utilisant pour ce faire une partie de l’armée démobilisée. Mais pour obtenir ce résultat, il mit de côté la direction syndicale traditionnelle en en créant une nouvelle. Il se mit à dos les directions syndicales et certains travailleurs.

Face à l’épuisement de la classe ouvrière, à la situation économique désastreuse, Trotsky proposait la militarisation de la classe ouvrière et des syndicats. Il considérait qu’il fallait la discipline militaire dans la production, l’absence au poste de travail étant égale à une absence au poste de combat. Il proposait le remplacement des directions syndicales par des directions plus ouvrières et plus compétentes (ce qui impliquait de pouvoir faire appel à des cadres venant de l’extérieur de l’entreprise), jouant un rôle de courroie de transmission entre le parti, l’Etat et la classe ouvrière. II critiquait les réflexes syndicalistes de défense des intérêts immédiats des travailleurs.

Au départ, Lénine soutint fermement la position de Trotsky. Puis face aux protestations des directions syndicales et de certains cadres ouvriers du parti (auxquels il faut ajouter l’Opposition ouvrière), Lénine prit la mesure des dangers qui découlaient de la position de Trotsky et la critiqua de plus en plus vigoureusement à partir de décembre 1920.

Mais il eut soin de circonscrire ses critiques à l’égard de Trotsky (soutenu par Boukharine et Préobrajensky). Il ne rompit nullement ses relations avec Trotsky au contraire de ce qu’il fit deux ans plus tard à l’égard de Staline. Lénine savait mesurer l’ampleur réelle des divergences au sein de la direction bolchévique. Lénine dira à plusieurs reprises que Trotsky, dès qu’il est devenu bolchévique fut l’un des meilleurs ! En effet, Trotsky a dirigé l’insurrection d’Octobre 1917. C’est lui qui a mené à la victoire l’Armée rouge qu’il a contribué grandement à construire, c’est encore lui qui joue un rôle de tout premier plan à la tête de l’Internationale communiste créée en 1919.

Mais revenons au débat sur les syndicats. Selon les positions de Trotsky de cette époque, le pouvoir de contestation des syndicats à l’égard de l’Etat n’a plus de raison d’être dans la mesure où cet Etat appartient aux travailleurs. A cela, Lénine réplique que l’Etat ouvrier est un Etat à déformations bureaucratiques. Les ouvriers doivent donc conserver un outil pour se défendre contre les déformations et les erreurs possibles de celui-ci. Il considère que les syndicats doivent être des écoles du communisme pour pousser la classe ouvrière à mieux travailler, mais aussi pour la défendre, sans toutefois recourir aux grèves étant donné que la situation économique est dangereuse.

Lénine avait raison contre Trotsky. Il avait également raison contre l’Opposition ouvrière.

Trotsky et l’Opposition ouvrière se revendiquaient du programme du parti qui impliquait que les syndicats devaient exercer la gestion de l’économie. Mais, ce qui les différenciait, c’est que l’Opposition ouvrière manifestait une profonde méfiance à l’égard de l’Etat bureaucratisé et partant de là, refusait la fusion entre les organes étatiques et les syndicats, ce que Trotsky proposait.

Selon l’Opposition ouvrière, les syndicats devaient être au pouvoir, devaient diriger les usines parce qu’ils représentaient véritablement les ouvriers à la différence de l’Etat atteint par les déformations bureaucratiques.

Mais faire en sorte que les syndicats deviennent la direction des usines ne constitue pas un garde-fou contre la bureaucratie ; c’est, au contraire, à terme, catalyser la bureaucratisation des syndicats et de l’Etat ouvrier.

En effet, si les syndicalistes deviennent les gestionnaires, ils perdent la possibilité de contrôler la gestion car ils l’exercent directement et ils risquent à coup sûr de devenir un rouage de la bureaucratie. Donner la gestion des usines aux syndicats, c’est catalyser la bureaucratisation des syndicats et de l’Etat ouvrier. Il faut en effet maintenir une relation dialectique entre gestion étatique ou publique d’une part, et contrôle ouvrier d’autre part. Les positions de Trotsky, Boukharine, Préobrajensky, Rakovsky, Piatakov, d’une part, et celles de l’Opposition ouvrière, d’autre part, ne permettaient pas de maintenir une dynamique de contrôle ouvrier.

Néanmoins, il serait erroné de présenter la politique défendue par Trotsky comme étant de nature bureaucratique. Il voulait par cette proposition permettre un élargissement de la démocratie ouvrière. Il considérait que les masses devaient jouer le rôle essentiel dans la reconstruction de l’appareil économique dévasté au cours de la guerre civile. Le problème, c’est qu’il ne voyait pas la nécessité d’assurer l’autonomie des syndicats par rapport à l’appareil de gestion économique et plus généralement par rapport à l’Etat. Un autre élément qui montre que la motivation de Trotsky n’était pas bureaucratique, c’est qu’il était appuyé par des dirigeants bolchéviques comme Préobrajensky, Rakovsky, I.N. Smirnov qui tout au long des années 20, ont mené de manière constante une lutte contre la bureaucratie. Mais si Trotsky ne partait pas d’un point de vue bureaucratique, les positions qu’il a défendues dans le débat sur les syndicats pouvaient alimenter, accélérer la bureaucratisation

Lénine et Trotsky face à la bureaucratie – Révolution russe et société de transition
 1. Remarques préliminaires

Premièrement, les marxistes et le problème de la société de transition entre le capitalisme et le socialisme : Quand les bolchéviks ont été confrontés à la construction d’un Etat ouvrier à partir de l’insurrection d’Octobre 1917, ils avaient très peu de bases théoriques sur lesquelles s’appuyer en cette matière. C’était effectivement la première expérience historique, pratique, sur grande échelle, de tentative de construction d’une société socialiste.

Des écrits marxistes abordaient les problèmes de la transition, des écrits d’avant 1917. Ce sont les écrits de K. Marx et F. Engels, notamment la Critique du programme de Gotha et d’Erfurt, et les leçons tirées par Marx, Engels, et plus tard par Lénine, de l’expérience de la Commune de Paris. Celle-ci représente la première expérience historique de dictature du prolétariat, bien que de courte durée et sur une échelle géographique très réduite, pas spécialement comparable à la Russie tsariste. Enfin, il y a un livre extrêmement important écrit par Lénine lui-même pendant l’année 17, à savoir L’Etat et la Révolution. Ce texte prolonge les analyses de Marx et propose une méthode de direction politique de la société de transition, mais ne pose pas le problème sous l’angle économique.

Deuxième remarque. Comment voyait-on jusqu’en 1917 le problème de la transition entre le capitalisme et le socialisme, le problème de la dictature du prolétariat ?

Celui-ci était posé de manière triangulaire par les marxistes de l’époque et notamment par Lénine. Triangulaire, dans la mesure où il mettait en présence trois classes sociales essentielles : la bourgeoisie, le prolétariat industriel et la paysannerie. Il s’agissait de réaliser l’alliance du prolétariat et de la paysannerie pour renverser la dictature bourgeoise. Cette alliance devait se faire sous la conduite du prolétariat et devait être maintenue après la prise du pouvoir si l’on voulait à la fois combattre les vestiges de l’ancien ordre, faire face aux attaques de la bourgeoisie impérialiste, réaliser les tâches de la révolution démocratique et entreprendre des transformations socialistes.

Lénine a beaucoup réfléchi au problème de l’alliance ouvrière et paysanne. La pierre d’achoppement dans ce schéma, c’est que, en réalité, la construction d’une société de transition ne se pose pas de manière triangulaire mais quadrangulaire. A la bourgeoisie, au prolétariat et à la paysannerie s’ajoute un quatrième acteur : la bureaucratie. Ni Marx, ni Engels, ni Lénine, ni les autres dirigeants bolchéviques dans l’immédiat après insurrection de 17, ne se sont posé le problème de la bureaucratie comme couche sociale qui allait jouer un rôle spécifique autonome par rapport aux trois autres grandes forces sociales.

Pourtant, le problème de toute la société de transition, c’est que la classe ouvrière alliée à la paysannerie ne devra pas simplement combattre la bourgeoisie sur le plan international et national, elle devra également combattre les déformations bureaucratiques. Et si celles-ci prennent de l’ampleur, elle devra lutter contre la couche bureaucratique qui se sera cristallisée. Pour la période qui va de l’année 1919 à 1923, vous trouverez une série de textes de dirigeants bolchéviques qui dénoncent le bureaucratisme et la bureaucratie. Mais on ne trouve aucune analyse de la bureaucratie comme couche, qui en se cristallisant, peut jouer un rôle autonome. Au sein de « l’opposition trotskyste », il faudra attendre 1928 pour que soit écrit un texte qui analyse la bureaucratie sous cet angle. Il s’agit du fameux texte de Christian Rakovsky intitulé « Les dangers professionnels du pouvoir ».

 2. LES CINQ PREMIERES ANNEES DE L’ETAT OUVRIER SOVIETIQUE

Cinq ans après la révolution, en 1922-23, il y a une grande réflexion à propos des problèmes de bureaucratisme et la manière de les combattre. C’est surtout le dirigeant principal du parti, Lénine, qui pose la question des déformations bureaucratiques de manière systématique et essaie d’y apporter une série de solutions précises. Le bureaucratisme est aussi dénoncé par des tendances minoritaires dans le parti bolchévique, notamment par l’Opposition ouvrière (depuis 1920-21) et par la Tendance du Centralisme démocratique.

Qu’est-ce qui s’est passé dans les 5 premières années de l’Etat ouvrier soviétique ? Le nouvel Etat est à la tête d’un pays qui compte une majorité écrasante de paysans. Au moment de la révolution, il n’y a que 3 millions d’ouvriers d’industrie et 5 ans après, ils ne sont plus que 1,2 million environ.

Ce qu’apporte la révolution à la majorité paysanne, c’est l’accès à la terre ; ils la donnent à ceux qui la travaillent. La paysannerie n’est donc pas organisée dans des fermes d’Etat ou dans des coopératives. Elle est essentiellement composée de 25 millions de familles paysannes qui chacune cultive sa parcelle de terre. Les salariés agricoles sont peu nombreux ; les fermes d’Etat et les coopératives ne représentent qu’un peu moins de 2% des terres cultivées.

Entre 1917 et 1922, la politique économique soviétique passe par trois phases :

La première phase permet d’initier des transformations socialistes par des incursions « despotiques » de la dictature du prolétariat dans le domaine de la propriété privée, pour paraphraser Marx. Dans la situation de la Russie, cela implique le transfert de la terre à la nation et son attribution en usufruit à ceux qui la travaillent, la nationalisation du crédit et des banques, l’instauration du monopole d’Etat sur le commerce extérieur, la généralisation du contrôle ouvrier... Lénine, dans un discours au congrès extraordinaire des soviets du 4 décembre 1918, énumère quelques unes des mesures citées plus haut en affirmant explicitement leur caractère socialiste : « Cette révolution est socialiste. L’abolition de la propriété privée de la terre, l’introduction du contrôle ouvrier, la nationalisation des banques sont autant de mesures qui mènent au socialisme. Ce n’est pas encore le socialisme, mais ce sont des mesures qui nous y mènent à pas de géant. Nous ne promettons pas aux paysans et aux ouvriers un pays de cocagne du jour au lendemain, mais nous disons : l’alliance étroite des ouvriers et des paysans exploités, la lutte ferme, sans défaillance, pour le pouvoir des Soviets nous conduisent au socialisme. » (Lénine, Oeuvres Choisies, tome 2, p. 508-509).

Le caractère radical des mesures prises dès le lendemain de la prise du pouvoir n’implique aucunement dans l’esprit des bolchéviks une quelconque illusion sur la possibilité d’instaurer rapidement le socialisme en Russie. Ils considèrent au contraire que la Russie ne peut atteindre le socialisme qu’avec l’aide des prolétariats des principales puissances impérialistes de l’époque, à commencer par le prolétariat allemand. Par ailleurs, les bolchéviks considèrent que, pendant une phase transitoire, il est nécessaire de maintenir un important secteur privé, y compris capitaliste, au niveau industriel et commercial. Mais ce schéma de départ sera rapidement abandonné, en moins d’un an, parce que l’impérialisme et la contre-révolution intérieure développent à un rythme accéléré une politique d’agression extérieure et de guerre civile. Par exemple, les conditions mises par l’Allemagne à la conclusion de la paix de Brest-Litovsk, affaiblissent terriblement l’économie soviétique [2].

Le traité de Brest-Litovsk est ratifié entre l’Allemagne et la Russie soviétique en mars 1918. Il s’agit d’une paix séparée entre ces deux pays alors que la guerre continue dans le reste de l’Europe jusqu’en novembre 1918. Le prix payé par la révolution pour obtenir la paix, c’est la perte d’un tiers de la population russe, d’un tiers des terres cultivées, de la moitié de l’industrie et de 90% des mines de charbon en activité. L’Ukraine est soustraite à la Russie soviétique alors qu’elle représente 75% de la production de charbon, 2/3 du minerais de fer, 80% du sucre, 75% du manganèse, 90% du blé exportable, 2/3 du sel.

Sur le plan intérieur, on assiste à un sabotage systématique de la part de la bourgeoisie industrielle. Les patrons « lock out » les usines, notamment celles où les ouvriers appliquent le contrôle ouvrier. Il faut savoir qu’un des premiers décrets du pouvoir soviétique prévoit la généralisation de la possibilité du contrôle ouvrier. Le lock out patronal et la volonté des travailleurs de voir exproprier les patrons amènent la Direction soviétique à nationaliser la plupart des usines en juillet 1918.

Sous la pression de l’agression impérialiste et de la contre-révolution intérieure, la direction bolchévique décide alors de passer au communisme de guerre, en investissant tout l’effort économique dans le soutien à la guerre et ceci, avec une économie qui est déjà dans une situation désastreuse à cause des pertes dues au traité de Brest-Litovsk. Pour donner un exemple de ce que cela impliquait, en 1920, l’Armée rouge absorbait 50% de la production industrielle, 60% du sucre, 40% des fournitures de graisse, 90% des chaussures d’homme, 40% du savon, 100% du tabac.

La politique dite du communisme de guerre crée certaines illusions dans une partie de la direction bolchévique. Comme le pouvoir soviétique est obligé de diriger d’une main de fer toute l’économie, il est amené à supprimer les échanges monétaires entre l’industrie et la campagne. Au niveau de la campagne, on procède à des réquisitions de blé pour alimenter les villes et l’armée. Au niveau des villes, on rétribue la classe ouvrière directement en nature. Cela produit dans une partie de la direction bolchévique (Boukharine, Préobrajensky) l’idée selon laquelle on est déjà en train de passer à des formes d’échange de type socialiste car la monnaie est quasi supprimée.

Mais c’est naturellement une forme de socialisme de la misère dans lequel on répartit des rations de famine. Ce n’est absolument pas vivable sur le long terme. Et dès que, sur le plan militaire, l’Armée rouge réussit à vaincre la contre-révolution (fin de l’année 1920 - début 21) s’ouvre tout de suite un débat dans la direction bolchévique afin d’adopter un autre schéma de développement économique. On n’a plus besoin de tourner tout l’effort vers la guerre, on peut se poser les questions du développement économique, plus exactement, du redressement économique. En effet, en prenant comme indice 100, la production de la grande industrie en 1913, celle-ci est tombée en 1920 au niveau 18 ! II s’agit donc de remonter tout doucement la pente de la production.

Lénine, à la suite de Trotsky, propose la nouvelle politique économique (la NEP) qui dit en substance : « Maintenant il faut faire une retraite. La pression sous laquelle nous avons mis la paysannerie avec les réquisitions, etc., ne peut plus continuer. Il faut absolument convaincre la paysannerie d’augmenter la production de manière volon¬taire. Nous supprimons les réquisitions et nous les remplaçons par un impôt en nature. Nous permettons au paysan de vendre le surplus de sa production agricole et nous relançons un commerce privé ». C’est une retraite par rapport aux premières années de la révolution parce que le pouvoir soviétique fait des concessions aux paysans privés moyens et au commerce privé. Lénine dit lui-même que cela va introduire une dynamique très dangereuse.

Une dynamique d’économie privée, une dynamique de renaissance de l’accumulation privée qui pourrait se transformer en accumulation capitaliste à l’intérieur de la société de transition. Mais ce recul, continue-t-il, est absolument nécessaire pour une période temporaire. Le temps de consolider l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie.
Voilà donc résumés de manière simplifiée, les trois stades de politique économi¬que qui se sont succédé à partir de 1917.

En 1921-22, on connaît une situation très particulière pour une société qui veut 
construire le socialisme sous la conduite de la classe ouvrière. En effet, celle-ci ne compte qu’1,5 million de travailleurs d’industrie, tandis que l’armée compte 5,5 millions de membres (qui viennent d’être démobilisés).

L’appareil des fonctionnaires compte presque 6 millions de membres et rappelons que la paysannerie est composée essentiellement de 25 millions de familles.

Le tableau suivant présente l’évolution numérique des familles paysannes et des salariés agricoles, des ouvriers d’industrie, de l’armée et l’appareil des fonctionnaires entre 1917 et 1922 :

 Ouvriers d’industrieArméeFonctionnaires des inst. soviétiquesFamilles paysannesOuvriers agricoles
19173.024.00050.000 (gardes rouges)2.000.000
19182.486.000800.000114.53918.000.000
19192.035.0003.000.000529.84134.000
1920-211.480.0005.500.0005.880.00024.000.000
19221.243.000

La chute très forte du nombre d’ouvriers d’usine s’explique par la contribution énorme apportée par ceux-ci à l’effort de défense de leur Etat ouvrier, ils se sont engagés massivement dans l’Armée rouge.

Par ailleurs, une partie importante des ouvriers est entrée dans le nouvel appareil d’Etat soviétique. Cette faiblesse du prolétariat industriel ne constitue pas une base de départ favorable au développement d’une société socialiste. D’autant plus que les conséquences de la guerre civile ajoutées à celles de la 1re guerre mondiale ont terriblement marqué la population de l’Etat soviétique. Près de 8 millions de personnes sont mortes pendant la guerre civile dont plus de 7,5 millions à cause de la faim, du froid et des épidémies contre 350.000 morts au combat. Le nombre de morts durant la guerre civile, est supérieur à celui des morts durant la guerre de 14-18 en Russie (environ 7 millions).

 3. LE DEBAT SYNDICAL (1920 - 1921)

De décembre 1920 au printemps 1921 se déroule dans le parti bolchévique, le débat syndical. C’est à l’occasion de ce débat que Lénine est amené à mettre en évidence la déformation bureaucratique qui marque l’Etat ouvrier soviétique et à en déduire que les syndicats doivent constituer un organe de défense des travailleurs par rapport à cet Etat. Trotsky fut un des principaux protagonistes de ce débat et il adopta une position différente de celle de Lénine qui handicapa sa lutte antibureaucratique ultérieure.

Dans quelles conditions ce débat démarra-t-il ? Début 1920, la guerre civile n’est pas terminée mais l’Armée rouge a repris le contrôle d’une grande partie du territoire. Le poids de la guerre ayant diminué, se pose la question de la réorganisation de la production. L’exécutif des soviets (février 1920) puis le 9e congrès du Parti (avril 1920) décident d’organiser un service du travail et de constituer des « armées de travail ». Il s’agit de mobiliser, organiser, déplacer la main-d’œuvre nécessaire au travail de reconstruction. C’est Trotsky qui est chargé par le Bureau politique de la conduite des discussions ainsi que d’une partie de l’exécution des décisions. La priorité est donnée à la réorganisation des transports et Trotsky reçoit en mars 1920 la charge d’un nouveau ministère, il devient commissaire aux Transports tout en conservant son poste de commissaire à la Guerre.

Il démontra une nouvelle fois ses capacités d’organisateur en réorganisant complètement les chemins de fer et en utilisant pour ce faire une partie de l’armée démobilisée. Mais pour obtenir ce résultat, il mit de côté la direction syndicale traditionnelle en en créant une nouvelle. Il se mit à dos les directions syndicales et certains travailleurs.

Face à l’épuisement de la classe ouvrière, à la situation économique désastreuse, Trotsky proposait la militarisation de la classe ouvrière et des syndicats. Il considérait qu’il fallait la discipline militaire dans la production, l’absence au poste de travail étant égale à une absence au poste de combat. Il proposait le remplacement des directions syndicales par des directions plus ouvrières et plus compétentes (ce qui impliquait de pouvoir faire appel à des cadres venant de l’extérieur de l’entreprise), jouant un rôle de courroie de transmission entre le parti, l’Etat et la classe ouvrière. II critiquait les réflexes syndicalistes de défense des intérêts immédiats des travailleurs.

Au départ, Lénine soutint fermement la position de Trotsky. Puis face aux protestations des directions syndicales et de certains cadres ouvriers du parti (auxquels il faut ajouter l’Opposition ouvrière), Lénine prit la mesure des dangers qui découlaient de la position de Trotsky et la critiqua de plus en plus vigoureusement à partir de décembre 1920.

Mais il eut soin de circonscrire ses critiques à l’égard de Trotsky (soutenu par Boukharine et Préobrajensky). Il ne rompit nullement ses relations avec Trotsky au contraire de ce qu’il fit deux ans plus tard à l’égard de Staline. Lénine savait mesurer l’ampleur réelle des divergences au sein de la direction bolchévique. Lénine dira à plusieurs reprises que Trotsky, dès qu’il est devenu bolchévique fut l’un des meilleurs ! En effet, Trotsky a dirigé l’insurrection d’Octobre 1917. C’est lui qui a mené à la victoire l’Armée rouge qu’il a contribué grandement à construire, c’est encore lui qui joue un rôle de tout premier plan à la tête de l’Internationale communiste créée en 1919.

Mais revenons au débat sur les syndicats. Selon les positions de Trotsky de cette époque, le pouvoir de contestation des syndicats à l’égard de l’Etat n’a plus de raison d’être dans la mesure où cet Etat appartient aux travailleurs. A cela, Lénine réplique que l’Etat ouvrier est un Etat à déformations bureaucratiques. Les ouvriers doivent donc conserver un outil pour se défendre contre les déformations et les erreurs possibles de celui-ci. Il considère que les syndicats doivent être des écoles du communisme pour pousser la classe ouvrière à mieux travailler, mais aussi pour la défendre, sans toutefois recourir aux grèves étant donné que la situation économique est dangereuse.

Lénine avait raison contre Trotsky. Il avait également raison contre l’Opposition ouvrière.

Trotsky et l’Opposition ouvrière se revendiquaient du programme du parti qui impliquait que les syndicats devaient exercer la gestion de l’économie. Mais, ce qui les différenciait, c’est que l’Opposition ouvrière manifestait une profonde méfiance à l’égard de l’Etat bureaucratisé et partant de là, refusait la fusion entre les organes étatiques et les syndicats, ce que Trotsky proposait.

Selon l’Opposition ouvrière, les syndicats devaient être au pouvoir, devaient diriger les usines parce qu’ils représentaient véritablement les ouvriers à la différence de l’Etat atteint par les déformations bureaucratiques.

Mais faire en sorte que les syndicats deviennent la direction des usines ne constitue pas un garde-fou contre la bureaucratie ; c’est, au contraire, à terme, catalyser la bureaucratisation des syndicats et de l’Etat ouvrier.

En effet, si les syndicalistes deviennent les gestionnaires, ils perdent la possibilité de contrôler la gestion car ils l’exercent directement et ils risquent à coup sûr de devenir un rouage de la bureaucratie. Donner la gestion des usines aux syndicats, c’est catalyser la bureaucratisation des syndicats et de l’Etat ouvrier. Il faut en effet maintenir une relation dialectique entre gestion étatique ou publique d’une part, et contrôle ouvrier d’autre part. Les positions de Trotsky, Boukharine, Préobrajensky, Rakovsky, Piatakov, d’une part, et celles de l’Opposition ouvrière, d’autre part, ne permettaient pas de maintenir une dynamique de contrôle ouvrier.

Néanmoins, il serait erroné de présenter la politique défendue par Trotsky comme étant de nature bureaucratique. Il voulait par cette proposition permettre un élargissement de la démocratie ouvrière. Il considérait que les masses devaient jouer le rôle essentiel dans la reconstruction de l’appareil économique dévasté au cours de la guerre civile. Le problème, c’est qu’il ne voyait pas la nécessité d’assurer l’autonomie des syndicats par rapport à l’appareil de gestion économique et plus généralement par rapport à l’Etat. Un autre élément qui montre que la motivation de Trotsky n’était pas bureaucratique, c’est qu’il était appuyé par des dirigeants bolchéviques comme Préobrajensky, Rakovsky, I.N. Smirnov qui tout au long des années 20, ont mené de manière constante une lutte contre la bureaucratie. Mais si Trotsky ne partait pas d’un point de vue bureaucratique, les positions qu’il a défendues dans le débat sur les syndicats pouvaient alimenter, accélérer la bureaucratisation

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