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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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LAMBER T - PRESUMEY

LAMBER T     -     PRESUMEY
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e travail de Présumey paraît chercher vraiment l’honnêteté politique, je dirai l’objectivité. Je pense qu’il y parvient parfois, mais je pense aussi qu’il passe à côté de l’essentiel. Pour une raison majeure, toujours la même : pourquoi s’arrêter de penser politique quand on s’attaque précisément à ce qui est le plus politique, ce qui concentre toute la politique, à savoir la bataille pour la construction du Parti, de l’Internationale révolutionnaires ? Pourquoi faire comme si les affres qui ont traversé le Parti étaient étrangers à/ déconnectés de/ la lutte des classes, débranchés des tensions historiques et sociales au nom précisément desquelles il trouve sa raison d’exister ? De ce fait, Lambert apparaît d’abord dans son texte comme un individu et non comme le produit d’une histoire que, comme militants, et anciens militants, nous sommes tous. Je ne nie pas le rôle des individus dans l’histoire, bien entendu, et je reconnais que ce qui a cruellement manqué des dernières décennies, c’est des gens de la stature d’un Lénine ou d’un Trotsky. Mais même Lénine était le produit du parti qu’il a construit, lui-même dans une série de continuité et de ruptures, qui n’ont pas été exactement les mêmes que celles de Trotsky, nous savons ça nous autres. Lambert a été un produit de l’OCI. L’étouffement de la liberté de discussion, ça a été en fait la réduction de cette liberté à quelques individualités du BP, et en réalité de plus en plus réservé à la totale « liberté » d’un seul, Lambert, parce qu’il n’a pas été combattu à temps. Mais pas davantage, l’OCI ne peut se ramener ni se réduire à Lambert. Passées les années du « groupe Lambert », l’OCI a vraiment commencé à connaître un développement quantitatif et qualitatif par la jeunesse, par le CLER (avec lui, les groupes Révoltes) par la crise qui a éclaté vers 1964-65 dans l’UEC, dont sont sortis les cadres jeunes les plus valeureux et les plus éminents. A la suite du CLER, la FER, qui a concentré dans les quelques semaines de la grève générale comme un précipité d’organisation, et ce en dépit des deux erreurs fondamentales que les Tk ont commises pendant ces évènements historiques : le 10 mai et les barricades (un texte des ex-militants interrogés par Karim Landais l’aborde), et surtout le décrochement, de découplage entre le mot d’ordre de Comité national central de grève et celui du gouvernement de front unique pour pouvoir donner corps au A bas de Gaulle. Eh bien malgré ces erreurs monumentales –et de nature très différente-, nous avons construit la FER, et, dans la foulée, nous avons pris l’UNEF désertée par le PSU et convoitée par les staliniens. Or l’organisation de jeunesse, par sa liberté de discussion et le véritable travail théorique que nous nous imposions, échappait pour une notable part à l’influence directe du Groupe adulte. C’est elle qui a fourni une grande partie des cadres des années 70 et même 80, c’est elle dans laquelle Lambert a ensuite puisé le corps de ses permanents de fer (et de rouille), dont j’ai été. Présumey écrit en début de son travail : « La balance penche du bon côté au solde final de l'histoire : en matière de formation de militants, de combattants, d'intellectuels, Lambert a finalement fait du bon boulot; au total, si l'on regarde ceux qui ont rompu avec lui ou qu'il a exclus ! Contradictoire ? Bien sûr : la vie est compliquée, la vie est dialectique ». Erreur de lunettes ! a) Ce n’est pas Lambert qui a fait du « bon boulot », c’est l’OCI, et son organisation de jeunesse pour laquelle Lambert n’est que peu de choses. b) Ce qui s’est fait comme « bon boulot » durant une partie de la vie de Lambert, la dernière partie de sa vie l’a défait, et de quelle manière. Présumey juge Lambert en bloc, il fait comme si le personnage n’avait pas évolué. Juge-t-on Kautsky d’un bloc sur l’ensemble de son œuvre et de sa vie militante ? Lénine reconnut et utilisa des œuvres importantes de ce « renégat » qu’il dénonça ensuite. Pour moi, Lambert est un renégat du trotskysme, mais il ne l’a pas toujours été (sans quoi, pas de renégat). Il a tout de même tenu singulièrement plus longtemps que les pablistes, et contre eux. Et, comme tu le dis aussi, lui n’a pas capitulé devant le stalinisme, il a choisi la voie des appareils syndicaux, celle de l’appareil FO. Risquant un parallèle audacieux qu’il a dû estimer élégant et surtout éclairant, Présumey croit résumer Lambert par la formule « la plus éminente médiocrité » du Parti. Cette expression de Trotsky appliquée à Staline était éminemment politique. Elle condensait ce qu’était Staline au regard de la couche bureaucratique en formation en URSS, donc d’une force sociale, matérielle, reconnaissant en Staline son plus « éminent » représentant, sa représentation la plus parfaite en quelque sorte. Quoi de commun avec la situation de Lambert au sein de l’OCI ? Rien.

Quelle couche sociale en formation derrière Lambert pour le propulser ? « Combien de divisions ?», comme disait Staline parlant du pape. Ici moins qu’ailleurs encore, comparaison n’est pas raison, et elle est même trompeuse. Que représentait donc Lambert ? Comme je lai déjà dit dans ma dernière lettre, il représentait, dans les heures assez noires de l’isolement du mouvement trotskyste après l’exclusion de la majorité de la section française, le militant le plus capable de rompre cet isolement, condition vitale de la survie. Il s’est ainsi créé une sorte de rente de situation, établie dans le conservatisme qui règne avec plus ou moins de puissance même dans le sein des organisations révolutionnaires. Le Parti en développement n’a pas su modifier ses rapports de direction, le contrôle sur sa direction. Il fallait pour cela un combat contre le « père », un « père » qui, au moins dans le début des années 70, se plaignait assez souvent devant quelques camarades que son entourage politique ne parvenait pas à se détacher de lui… tout en faisant le maximum pour qu’il en soit ainsi, tout en flattant et en encourageant les défauts les plus évidents des cadres jeunes dont il s’entourait. L’être humain comme on sait est pétri de contradictions (« L’homme est fait d’un bois tellement tordu qu’il est impossible de le redresser », pour reprendre de mémoire un aphorisme de Kant). Ce qui était positif à une certaine période de son histoire, maintenu alors que les conditions générales avaient changé, s’est transformé en son contraire. Je n’épuise bien entendu pas la question, en particulier celle de savoir jusqu’à quel point la conception même du fonctionnement de l’OCI correspondait à ce qui nous était nécessaire. La primauté de Lambert s’est opposée à cette réflexion (on ne pense pas dans le vide). Un mot sur Just et ses responsabilités. A Just étaient dévolues, outre son activité lutte de classe dans son secteur RATP, la direction du champ immense du travail théorique (qu’il partagea un temps avec Bloch) et la direction du travail international, partagée celle-là avec Lambert. A l’inverse de Lambert, Just n’avait rien d’un homme de contact et de relations, pour ne pas dire d’organisation au sens dirigeant de ce mot. Lambert a dû très vite estimer que cette division du travail, qui donnait à Just son grain à moudre, lui laissait à lui-même les coudées assez franches pour garder l’essentiel, c'est-à-dire la direction du Parti et l’absence de contrôle. J’ai toujours pensé, même lorsque je suis entré dans le Comité, que Just n’avait pas comme qualité principale l’organisation : ce n’était pas un organisateur léniniste, même si bien sûr il s’efforçait d’être pointilleux sur ces questions. Just aurait été de loin le plus capable de mener le combat de Parti pour combattre les tendances anti-parti de Lambert. Il était aussi, contradictoirement, le moins doué pour le faire. Je pense qu’il a été piégé dans l’affaire Varga, où, avec l’esprit de Parti qui dit « il vaut mieux se tromper ensemble qu’avoir raison tout seul », il a été le bras armé de la sale besogne. Il l’a été aussi pour l’exclusion de Berg, dont il devait percevoir clairement pourtant la manœuvre… mais Berg, poussé par Lambert sur la pente savonneuse de ses penchants naturels, avait commis une faute fatale : tendre à transformer le recrutement au Parti en une vaste supercherie, celle des phalanges à 10 francs. La question de la prévarication, la seule qu’il semble que l’on retienne aujourd’hui, est bien entendu également très importante, mais dans ce domaine, Lambert était, et depuis bien plus longtemps que lui, son maître. Présumey parle aussi de « la perspective d'une réunification partielle des courants se réclamant du trotskysme ». Je crains que Présumey n’ait rien compris à la tactique employée pendant ces années 70 par l’OCI et le CORQI. Il imagine que nous partagions l’illusion de l’« unité des révolutionnaires » même limitée à sa partie officiellement « trotskyste ». C’est d’ailleurs l’esprit qui souffle sur la fin de son texte avec cette formulation ambiguë : « Les militants ouvriers, ceux du futur ex-PT comme les autres, lui survivront. Avec eux nous voulons nous retrouver, tous ensemble dans le respect mutuel, dans la lutte des classes, pour en finir avec les patrons et avec l'Etat, contre toutes les bureaucraties. ». Qui est ce « tous ensemble » ? Il ne s’agissait en aucun cas d’œuvrer à une réunification avec le pablisme. En combattant pour ouvrir la discussion avec les organisations pablistes au niveau international (bien plus que national, car notre caractérisation de la LCR en ces temps lointains, pour ne pas être aimable, n’en avait pas moins une prétention scientifique : « organisation krypto-stalinienne » à quoi nous ajoutions « propulsée par la bourgeoisie ». Cette appellation d’origine contrôlée tenait à l’origine particulière de la LCR à partir de la même crise de l’UEC dont j’ai déjà parlé, et d’autres paramètres qu’il faudrait que je retravaille pour les énoncer avec précision (mais ce n’est pas difficile à retrouver dans les écrits de l’époque), mais dont faisait éminemment partie l’entrisme préconisé par Pablo et ses conséquences organisationnelles sur la minorité du PCI français restée au SU. Non, la tactique d’ouverture d’une discussion au niveau international

Non, la tactique d’ouverture d’une discussion au niveau international avec toutes les organisations appartenant au SU avait pour but d’ouvrir une crise d’éclatement du Secrétariat Unifié, condition pour le succès de la reconstruction de la IV. Cette tactique a commencé à donner ses fruits, d’une part avec la scission que nous avions organisée dans le sein de la LCR, d’autre part avec la liaison, déjà nettement plus entachée de Lambert mauvaise manière -et donc douteuse-, avec Moreno et ceux qui le suivaient. Nous nous appuyions pour cela sur l’hétérogénéité politique énorme du mouvement pabliste, et Just a dirigé là- dessus, avec d’autres camarades très qualifiés comme de Massot, un travail remarquable dans sa vigueur théorique, tactique, et sa continuité acharnée. Côté français, c’est Chisserey au début des années 70 et même un peu avant, qui avait commencé le travail de recrutement interne dans la LCR. Il ne s’agissait en rien d’entrisme, et en cela Présumey a tout à fait raison. L’entrisme, comme il le rappelle, c’était la conception pabliste pour se fondre dans le stalinisme et s’y dissoudre. Nous, nous placions des militants dans la LCR comme on place des bâtons de dynamite dans le rocher pour le faire exploser. Les résultats lents, patients et remarquables de ce travail ont donné la LCI puis la jonction avec l’OCI en 79, en même temps que les noces de paille avec Moreno. Il faudrait relire avec précision comment s’est passée la rupture initiée par Moreno (à partir de sa position sur la situation française). Car la situation française, la position du PCI au moment de l’élection présidentielle de 1981, a commencé à montrer les vacillements terribles annonciateurs du glissement ultérieur : l’appel au vote Mitterrand dès le 1er tour, le renoncement à utiliser la campagne électorale comme une tribune pour affirmer nos positions, notre programme, la construction du Parti, une faute politique majeure. La seconde marque de ce glissement a été le ralliement de l’UNEF, que nous dirigions depuis une dizaine d’années, à la participation dans les universités, négation même de ce sur quoi nous avions conquis l’UNEF, en la défendant contre les menaces d’intégration et de destruction que représentait sa soumission à la loi Faure de 1969. Il faut d’abord chercher là les causes du ralliement des cadres étudiants emmenés par KostasCambadélis au PS. Une des conséquences de ce retournement avait déjà été l’entrée du MAS dans l’UNEF, le partage du « pouvoir » avec ces jeunes « socialistes », les accords de sommet, la corruption politique et ses aspects financiers, qui n’ont pas souvent été évoqués (le banquier excamarade Marc Rosenblat et quelques autres comme Philippe Raillard qui, de la misère ordinaire étudiante, passa rapidement aux manteaux en poil de chameau et autres colifichets carlabrunistes une fois qu’il dirigea l’Office du Tourisme Universitaire je crois, sis Passage du Désir –ça ne s’invente pas- à deux pas du local, me pardonnent). Toute cette corruption, la direction du Parti la laissa faire, ferma les yeux, alors que la direction de l’UNEF devait à l’inverse nécessiter un contrôle sourcilleux et permanent comme ce fut je crois le cas les premières années. Nous savions que les zones de contact les plus larges avec l’ennemi –et les responsabilités syndicales en sont, a fortiori quand on en dirige un de cette importance stratégique- étaient certainement les plus délicates et les plus périlleuses. Je sais bien que je prends de face ici le « dogme » extraordinaire institué dans la « charte » du PT, à savoir « l’indépendance réciproque des partis et des syndicats ». Ce « dogme » lui-même va à l’encontre de toute l’histoire du mouvement ouvrier en particulier en France, à l’encontre du marxisme. Là aussi Lambert a des responsabilités majeures, mais il n’est pas le seul. Pas une voix dans le Parti alors pour combattre la décision de se ranger à la participation aux conseils d’université. Sérac, premier président tk. de l’UNEF, aurait été bien placé pour le faire en premier. Quant à moi, je n’en parle même pas, mais je ne boxais pas dans la même catégorie. Présumey laisse de côté cet aspect capital des choses, capital parce qu’il établit le lien entre l’activité et les mouvements internes du Parti et l’orientation politique. Présumey écrit : « Fin 1983, à la demande d'André Bergeron, le dirigeant de FO, une décision importante est prise et imposée par Lambert : faire sortir de la FEN la grande majorité des militants de l'OCI-PCI pour leur faire prendre en main la fédération FO de l'enseignement. Véritable coup historique porté à l'unité de la FEN, cette décision, qui n'a pas réellement bouleversé le paysage syndical enseignant, apparaît après coup comme ayant ouvert à la voie à la tentative de "recomposition syndicale" de la FEN par ses propres dirigeants, mettant en cause leurs anciennes traditions (objectif de réunifier le mouvement ouvrier, forts syndicats de métiers et droit de tendance) et montant ce qui sera l'UNSA. Elle signifie un alignement profond de toutes les positions syndicales de l'OCI-PCI sur les intérêts de l'alliance bureaucratique entre Lambert et Hébert avec Bergeron. Elle

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conduit l'OCI-PCI à renier un de ses fondements : le combat pour la réunification syndicale du mouvement ouvrier français sur la base de l'indépendance de classe. » Je suis d’accord avec lui sauf sur un point, celui qui lui fait dire que cette décision du passage à FO « n’a pas réellement bouleversé le paysage syndical enseignant ». Je pense au contraire que cela a très sérieusement concouru, peut-être de manière décisive (mais on ne lit pas dans le marc de café), à permettre l’éclatement de la FEN. Nous animions la tendance Ecole Emancipée pour le Front Unique ; nous étions historiquement dans la FEN les plus fermes défenseurs de son unité, les plus fermes combattants contre les forces centrifuges qui la menaçaient de plus en plus fortement d’éclatement. Si nous étions restés dans la FEN, où le PCI possédait nombre de ses cadres les plus éprouvés et les plus reconnus dans leur milieu, le jeu des appareils stalinien et réformiste aurait été singulièrement dérangé. Nous avons laissé le terrain libre aux destructeurs, c’est une énorme responsabilité. Nous avons disloqué et détruit des relations, des secteurs d’intervention, des positions importantes. Pour ne prendre qu’un seul exemple, une militante avait littéralement construit le syndicat des médecins scolaires de la FEN, elle en était la secrétaire nationale, son syndicat comptait plus d’une centaine d’adhérents et croissait. En passant à FO, elle a emmené avec elle, si ma mémoire est bonne, quatre ou cinq adhérents, et… a donc remis le reste entre les mains de l’appareil de la FEN : un beau cadeau, et une belle saloperie pour les syndiqués. Je ne reviens pas sur ce que représentait la FEN, non seulement dans l’enseignement, mais dans le mouvement ouvrier tout entier, comme seul secteur qui n’avait pas explosé lors de la division confédérale de 1947, et grâce notamment à la motion Bonissel-Vallières, au combat des tk. Il était important pour la bourgeoisie –et pour ses valets des appareils ouvriers- que la FEN soit démantibulée ; c’est ce qui a assuré le succès de la réforme Jospin de 1989, car, avec une FEN maintenue, il n’était pas du tout dit que Jospin serait parvenu à faire son mauvais coup contre l’enseignement. Les bases de la fondation du MPPT, puis du PT, c’est aussi cela. En parlant de la transformation du PT en « Parti ouvrier indépendant », Présumey dit qu’il s’agit de simples « métamorphoses du serpent qui change de peau pour devenir toujours le même ». Je n’insiste pas sur cette question parce que tu as toi-même dans un autres texte très bien analysé une différence, une aggravation essentielle que représente le nouveau « parti » dans le domaine du décervelage de militants et dans celui de leur inféodation aux caciques municipaux et syndicaux (la citation de leur appel commençant par lés « élus », les maires, les syndicalistes… avant les militants). Ce que j’ai fait dans cette lettre, c’est chercher continuellement à établir le lien organique entre l’histoire interne du Parti et les développements de la lutte des classes –relations entre les classes et relations internes à la classe ouvrière-. Je ne sais pas si j’y suis arrivé, au moins en partie, de manière suffisamment convaincante

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