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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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Petite chronique de l’occupation éphémère de Tolbiac le 17 mars Publié le 18 mars 2016

Un compte-rendu subjectif sur ce qui s’est vécu jeudi en fin d’après-midi lors de la tentative d’occupation de Tolbiac, et ce qui vient après.

Tolbiac, jeudi 17 mars, 18 h : grilles, murs gris, vigiles. Fermeture administrative. On nous dit : le bâtiment n’est pas à vous, au revoir. Trois moments de luttes y avaient pourtant été décidés ce jour-là : une assemblée locale, le matin, réunissant tous les étudiant-e-s de Tolbiac, la coordination de lutte inter-universitaire francilienne ainsi qu’une assemblée inter-lutte indépendante.

Cette dernière se voulait un lieu indépendant de rencontre et d’organisation entre tous les individus et collectifs en lutte, un espace de lutte transversal dépassant les étiquettes sectorielles/syndicales/partidaires. Car si nous luttons contre la loi "Travaille !", nous cherchons surtout, partout où nous sommes, à défaire le monde de merde qui la permet et en inventer un nouveau. Le rendez-vous avait largement circulé ces derniers jours : 18 heures à Tolbiac. Aucun de ces trois moments de luttes n’ont été possibles en raison de la décision de fermeture administrative de Paris-I, précisément prise pour tuer dans l’œuf un tel moment hors-étiquette et les possibles qu’il contient, hors du contrôle des bureaucrates apprentis ou confirmés.

Plus d’une centaine de personnes se retrouvent, d’abord au parc de Choisy puis en face des grilles fermées. Que faire ? Vite, une solution. Refusons de nous laisser faire : l’université est à nous, à toutes celles et ceux qui luttent, l’université n’avait qu’à se la fermer plutôt que de fermer. Une porte à l’arrière s’ouvre, on s’engouffre par le parking, l’amphitéatre est à nous. Le directeur du site fait les cent pas dans le couloir et tire la gueule avec sa cravate rouge de travers.

Nous, on fait la teuf dans l’amphi décrépi que quelques inscriptions redécorent, lui qui n’attendait que ça. Le tableau blanc se pare ainsi d’un "Continuons le début" écarlate, qui porte en lui toute la joie rageuse de ce moment, toute la puissance possible de gentes qui décident d’agir ensemble hors des étiquettes et des comparaisons-neutralisations stériles ("C’est comme/mieux/moins bien que le CPE/le mouvement de 1986/le mouvement LRU de 2009, etc.") : on n’apprend pas à commencer !

Quelques détails techniques cependant : comment se barricader correctement, mais surtout comment faire rentrer la centaine de personne dehors, alors que les fourgons de CRS commencent à arriver et encercler le site ? Quelques un-e-s parviennent à escalader les grilles juste à temps, avant que les flics entourent complètement le périmètre et repoussent le reste des gentes plus loin. Il est 18h10, « l’assemblée peut-elle commencer ? ». Tout le monde hurle « oui ! ». A ce OUI rageur résonne un écho casqué qui vient troubler la belle ambiance : les CRS arrivent, petites rangées serrées, et tentent d’ouvrir les portes de l’amphithéâtre. Peut-être veulent-ils prendre un cours de rattrapage en auto-organisation ou en autodéfense populaire ? On tente de rester, et d’un accord commun il n’est pas question que la police vienne empêcher une assemblée de lutte de se tenir.Alors on maintient les portes fermées avec des barricades de fortune - quelques tables, un tableau, et un câble de liquide extincteur dont de généreuses rasades de liquide anti-incendie sont envoyé dans la gueule des flics, qui tentent de faire passer leurs gros boucliers par la petite porte : ça patauge, ça hurle. Un CRS se casse la gueule et se prend une volée de chaises, de bouteilles et même un gros pétard. À la force pure, ils finissent par débouler, crient, tabassent, compressent, et nous sortent tous par une petite porte. Un sale comité nous accueille. « Profitez, vous êtes filmés » ricane sûrement le major de la promo.

L’histoire n’est pas finie. Trouvant scandaleuse la tournure des évènements, une quarantaine d’amateurices de rugby entame une mêlée contre les boucliers des gendarmes mobiles dans une partie de la nasse. La charge ouvre un espace entre les deux boucliers. Une quarantaine de personnes peut s’enfuir. Malheureusement, des baqueux postés autour pratiquent alors leur sport préféré : plaquer des gens par terre, les tabasser, les arrêter, les relâcher, puis leur courir à nouveau dessus, les taper, etc. Résultat : un bras cassé, une personne aux urgences avec le crâne ouvert, plusieurs blessés, plusieurs arrêté-e-s, beau tableau de chasse.

Pendant ce temps les alentours de la facs sont progressivement quadrillés de bleus, qui ne se gênent pas pour palper voire frapper quelques jeunes du quartier jugés suspects et/ou trop solidaires. De nombreux badauds assistent, médusés, à l’ensemble de la triste scène depuis le rebord de l’esplanade des Olympiades et des magasins à côtés. Après environ 3/4 d’heure le reste des personnes dans la nasse (une centaine environ) est libéré sans contrôle d’identité.

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Conseils en manif - mars 2016

Prenons nos précautions quand on sort pour une manif, une action, ou autre. Face à la police, face à la justice... réduisons les risques !

Quelques conseils...

... AVANT LA MANIF

Éviter de venir seul.e. Former des binômes et trinômes (personnes se connaissant et ayant les mêmes objectifs), si possible venir en plus grand groupe et fixer un rencard d’après-manif pour voir si tout le monde va bien.

Éviter d’amener agenda, carnet d’adresses, tracts et papiers compromettants. Les portables sont utiles, mais attention à les éteindre en cas d’arrestation. De l’eau, de la bouffe et un foulard peuvent être utiles, ainsi que du sérum physiologique. Avoir des chaussures adaptées et éviter de porter des vêtements trop amples. Emporter le nom ou le numéro d’un avocat et de la commission anti-répression (si elle existe).

... PENDANT LA MANIF

Rester mobile et attentif.ve à « l’environnement » : ’’forces de l’ordre’’ (CRS, BAC, RG...), vidéosurveillance urbaine, téléphones portables, go-pro ... Avec leurs caméras, les flics fichent les manifestant.e.s : se masquer le visage peut être utile.

La première arme de la police c’est la peur. Sirènes, fusées, grenades assourdissantes et intimidations orales sont surtout des techniques de dissuasion. Face à cela, essayer de rester le plus calme possible, même dans les mouvements de foule ; éviter de crier ou de courir inutilement (cela augmente le stress collectif). Ne pas céder à la panique... La peur est naturelle mais on peut apprendre à la canaliser (chanter ensemble, crier des slogans...).

Une charge de police dépasse rarement 50 m donc il est inutile de courir plus loin ; il vaut mieux marcher groupé.e.s et éviter de laisser des personnes isolées derrière le groupe. La BAC est là pour interpeller : ils agissent en roue libre avant de se replier derrière les lignes de CRS/GM, rester groupé.e.s face à elle, former des chaînes si nécessaire, c’est un bon moyen d’éviter les arrestations.

Les lacrymos sont souvent très localisées, il suffit de se décaler de quelques mètres pour les éviter. En cas de gazage, respirer au travers d’un tissu imbibé d’eau (attention ! si le citron fait du bien sur le coup, l’association citron+lacrymos est très nocive). Les lacrymos collent à la peau et aux tissus, il faut donc éviter de se toucher les yeux et les lèvres avec des mains ou des vêtements contaminés. Se rincer la peau avec de l’eau. Pour les yeux, le mieux est le sérum physiologique, sinon on peut utiliser de l’eau (éventuellement mélanger à du Malox). Rester toujours attentif.ve aux autres manifestant.es : l’entraide est essentielle. Si on voit une arrestation, on peut s’y opposer en agrippant la personne et en interpellant les gens autour. Mais attention, ça ne sert à rien de jouer les zorros... et de se faire serrer aussi.

Si rien ne peut être tenté, demander à la personne de crier son nom et son adresse puis donner ces infos à la commission « anti-répression » ; si il n’y en a pas, contactez-nous. Cela aide à accélérer l’aide juridique (préparer un dossier, discuter de la défense...) et l’ami.e incarcéré.e se sentira moins seul.e. Si on est arrêté.e, crier son nom aux témoins, et éviter les insultes et les coups : l’« outrage et rébellion » est l’arme judiciaire préférée des flics pour charger un dossier.

... EN CAS DE GARDE A VUE

La durée maximale d’un contrôle d’identité est de 4 h ; une garde-à-vue peut durer 24 h, prolongeables jusqu’à 48 h. Depuis la réforme de la GAV en 2011, il est possible d’exiger la présence d’un avocat dès le début de la GAV et pendant les interrogatoires ; il a 2 h pour arriver. Dans les faits, les flics peuvent insister pour commencer sans lui, sous prétexte qu’il n’est pas joignable, et débuter une audition. Ne pas céder sur ce point. Rester vigilant.e même en présence d’un avocat : un avocat peu soucieux de la situation vous conseillera peut-être de tout dire, ou de donner votre ADN… Demander à voir un médecin (si cette demande n’est pas satisfaite il y a vice de procédure... et ça fait toujours du bien de rencontrer des gens).

Il faut savoir que tout ce que vous direz lors d’une audition sera utilisé ensuite par un juge pour vous condamner. La loi n’oblige qu’à donner ses noms, date de naissance et adresse. Une des techniques policières employées est de vous inciter à reconnaître ce qui vous est reproché pour sortir plus vite de garde à vue. Accepter est un mauvais calcul.

Malgré toutes les pressions des flics on a évidemment le droit de ne rien déclarer. Attention, les flics manipulent souvent les Procès-Verbaux, il faut bien les relire avant d’éventuellement les signer. Il est quasi impossible de revenir, lors d’un procès, sur des déclarations faites au cours d’une garde à vue.

Le fichage génétique (ADN) est un grand pas vers la surveillance totale. Même si refuser de donner son ADN aux flics constitue un délit (un an de prison et 15 000 euros d’amende), les poursuites ne sont pas systématiques, et les condamnations sont souvent légères ( une amende de quelques centaines d’euros...) quand la.e prévenu.e invoque un refus du fichage génétique et est soutenu.e par des associations, syndicats… Là aussi, la Caisse de Solidarité ou - s’il y en a une - la commission « anti-répression » de votre mouvement sont là pour organiser la solidarité en cas de condamnation pour refus ADN.

En règle générale il vaut mieux demander à reporter la comparution immédiate pour préparer sa défense car les condamnations sont en moyenne plus lourdes lors de celles-ci. Il faut que vous jugiez selon la gravité des faits, le contexte de l’arrestation et les garanties de représentation (information qui prouvent que vous ne risquez pas de ne pas vous présenter à votre jugement : attestation de travail, formation, logement...) que vous pouvez fournir, on encourt alors le risque d’une détention préventive (quelques semaines). D’où l’importance aussi de préparer un dossier solide lorsque vos ami.es sont arrêté.es pour confirmer les garanties de représentation.

... APRES LA MANIF

Changer ses vêtements si nécessaire, éviter de rentrer seul.e chez soi. C’est souvent bien de trouver un moment pour discuter de la manif et de nos ressentis, et pour s’organiser pour la prochaine !

Conseil tiré d’un article sur rebellyon

Une caisse d’auto-défense collective sur Paris/banlieue : https://paris-luttes.info/cadecol-caisse-d-auto-defense

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