anarchiste individualiste
11 Octobre 2015
Lire aussi : Niqab, hijab, burqa : des voiles et beaucoup de confusions
Régulièrement, le gouvernement se voit reprocher la mauvaise application de ce texte promulgué par Nicolas Sarkozy. En juin, sur France Inter, Henri Guaino jugeait ainsi que la loi n’était « pas appliquée ». Le 1er octobre, encore sur France Inter, Valérie Pécresse, chef de file du parti Les Républicains aux élections régionales en Ile-de-France, réitérait : « Est-ce que vous tolérez que, sur le sol français, la loi française qui interdit le voile intégral ne soit pas appliquée ? »
Au ministère de l’intérieur, on démontre le contraire : il y a eu 332 verbalisations en 2012, 383 en 2013, 397 en 2014 et 200 sur les neuf premiers mois de 2015. Des chiffres stables mais faibles. Plusieurs verbalisations renvoyant parfois à une même personne « multirécidiviste » : une femme a par exemple été contrôlée à 33 reprises.
Pourquoi si peu de verbalisations ? « Depuis le début, nous avons dit que ce serait difficile à appliquer, fait valoir Nicolas Comte, porte-parole du syndicat Unité SGP Police FO. Mes collègues y réfléchissent à deux fois avant de se mettre dans des situations compliquées dans certains quartiers. Et puis les services sont débordés, donc la question se pose de les mobiliser sur une infraction pas si grave. » En somme, « le jeu n’en vaut pas la chandelle ». En de très rares occasions, la situation a pu dégénérer, comme à Trappes (Yvelines) où, en 2013, un contrôle d’identité mouvementé sur une femme intégralement voilée avait entraîné trois jours de violences urbaines.
Plus fondamentalement, le phénomène reste marginal. « Le voile intégral est une réalité microscopique, appuie Mohamed-Ali Adraoui, auteur de Du Golfe aux banlieues. Le salafisme mondialisé (PUF, 2013). La loi a été un non-événement pour l’écrasante majorité des musulmans. » Les associations qui s’étaient montrées pour combattre le texte sont désormais en sommeil, à l’image des Amazones de la liberté.
Du côté des relais de la loi, la démonstration est la même : le site gouvernemental dédié, www.visage-decouvert.gouv.fr, a disparu et l’association Ni putes ni soumises, qui devait, par le biais de ses « ambassadrices de la laïcité » et une convention annuelle de 80 000 euros passée avec l’Etat, « sillonner la France pour faire de la pédagogie sur la question du voile intégral », n’a pas communiqué sur le sujet. Le Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles et ses 111 structures territoriales ont également été sollicités par l’Etat pour participer au travail d’« information des personnes » concernées. Résultat : « Nous avons échangé avec moins de dix femmes, relève la directrice générale, Annie Guilberteau. Nous sommes en contact avec pléthore d’associations de quartier et le sujet ne nous est pas remonté de façon flagrante. »
A Paris, dans la rue Jean-Pierre Timbaud, connue pour ses librairies musulmanes et ses magasins de vêtements, on ne dit pas autre chose. Shainez travaille dans une boutique et vend « quelques » niqabs (qui ne laissent voir que les yeux) par semaine. Dans une autre enseigne, Mouni Lakehal parle « d’une vente chaque mois ». Ce qui ne manque pas d’énerver cette Algérienne de 60 ans : « Celles qui portent le niqab, c’est du show-off [de la frime] », lâche-t-elle.
Une critique que réfute Samira (le prénom a été modifié), qui fait justement des achats dans la rue et porte un niqab « parce qu’[elle se] sen[t] bien et qu’[elle] devien[t] [elle]-même ». La jeune femme de 28 ans dit avoir « cherché à [se] rapprocher du meilleur comportement, celui du prophète et de ses femmes ». Elle est issue d’une « famille musulmane pas ultra-pratiquante » et son mari était opposé au voile intégral. Samira porte le niqab depuis « environ trois ans » et dit avoir essuyé de nombreuses insultes dans la rue. A contrario, « il n’y a jamais eu d’altercation avec la police », constate-t-elle, alors qu’elle a déjà fait l’objet de quatre contrôles.
C’est aussi le cas de Leila (le prénom a été modifié), trentenaire célibataire de Vaulx-en-Velin (Rhône), qui décrit une vingtaine de contrôles d’identité et une seule verbalisation : « Je lève mon voile directement, les agents apprécient. Cela se passe très bien. » Leila, issue comme Samira d’une famille musulmane « pas forcément très pratiquante », raconte avoir troqué le voile pour le niqab au moment du vote de la loi : « C’est ma façon de lutter, de dire non au gouvernement qui me retire ma liberté. »
D’après Agnès de Féo, sociologue et réalisatrice de documentaires qui travaille depuis plus de dix ans sur le port du niqab, la loi a « agi comme un déclencheur et suscité des vocations ». Avant 2010, celles qui portaient le niqab « étaient davantage dans une démarche religieuse, piétiste. Aujourd’hui, même si elles affirment toujours vouloir plaire à Dieu, il y a une volonté de revendication, de rupture avec une société qu’elles considèrent comme hostile », explique-t-elle.
Cette analyse met à mal l’idée selon laquelle les femmes qui portent le niqab subiraient la mainmise d’un homme. On retrouve au contraire beaucoup de profils de femmes célibataires, divorcées ou agissant contre l’avis de leur mari et, dans tous les cas, revendiquant leur libre arbitre.
La sociologue évoque enfin une recherche « plus identitaire, qui est rarement suivie d’un investissement religieux profond ». En témoigne le nombre important de converties parmi les femmes qui revêtent le niqab. « Le battage médiatique autour de la loi a permis à certaines de découvrir un moyen de revendiquer une islamité valorisante à travers les codes salafistes, poursuit Agnès de Féo. C’est un renversement du stigmate. On les a nourries d’exclusion, on a projeté sur elles nos propres fantasmes, on a créé le monstre qu’on voulait éviter. »
Comment illustrer une information évoquant une ou des femmes voilées ? La question se pose régulièrement dans les rédactions. Et la réponse n’est pas toujours satisfaisante. Mercredi 10 juin, le site de Valeurs actuelles a ainsi utilisé cette image pour parler d’un fait divers impliquant une femme portant un hijab :
L’image en question, prise par un photographe de l’AFP, montre des femmes de Bahreïn manifestant après la mort d’une femme détenue par les autorités. Ces femmes portent le niqab, et non le hijab.
Le site de l’hebdomadaire n’est pas le seul àcommettre ce type d’erreurs. LeMonde.fr a également fait la confusion par le passé, commen’ont pas manqué de le relever d’autres sites. Un Tumblr, Réflexe Niqab, recense ce type d’erreurs commises au moment d’illustrer un article.
Pourtant, beaucoup d’éléments distinguent niqab, hijab, tchador et burqa, les quatre principaux types de voile islamique. Explications :
Le voile est antérieur au Coran : dès les Assyriens, la femme libre est obligée de porter le voile, sous peine de sanctions. Une pratique qu’on retrouve, avec divers degrés d’obligation, chez les Juifs ou les Romains.
Le Coran reprend cette pratique et la codifie, sans toutefois explicitement préconiser le port du voile. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet, notamment au verset 31 de la Sourate 24 :
Mais aussi au verset 59 de la sourate 33
L’usage a ensuite différé, selon les pays et les époques, tendant parfois vers plus de souplesse, et d’autres fois, à l’inverse, vers une codification importante, qui a pu être érigée en loi par les régimes politiques des pays en question. On distingue à cet effet quatre types de voiles :
image: http://s2.lemde.fr/image/2015/06/11/534x0/4651966_6_9acd_samantha-elauf-une-americaine-musulmane-a_7b74ad5b32e30b629c6917f731d6e1c3.jpg
« Hijab » signifie en réalité « voile », « rideau » ou « écran ». Le terme désigne le voile dans son acception large, et donc toutes ses déclinaisons. Néanmoins, aujourd’hui, on l’emploie surtout pour parler du voile islamique le plus répandu, couvrant la tête et les cheveux, mais pas le visage.
Selon les régions du monde, le hijab peut être porté autour du visage entier (notre photo, où il est porté par une Américaine), comme un simple voile couvrant la chevelure, ou en tant qu’élément d’un costume plus complet (Inde, Indonésie).
Le hijab ne recouvre donc pas le visage, ni l’ensemble du corps, mais il en existe plusieurs types, qui peuvent être plus ou moins visibles.
image: http://s1.lemde.fr/image/2015/06/11/534x0/4651968_6_e569_femme-portant-un-niqab-a-roubaix-en-2014_841ba67937d0557857b00eca1af00cdd.jpg
En général de couleur noire, le niqab se distingue du hijab car il masque aussi le visage, à l’exception des yeux. Son port est plutôt le fait de pratiquants d’unislam rigoriste, notamment les adeptes du salafisme. Le niqab s’accompagne parfois de gants destinés àcacher les mains (voire de lunettes de soleil ou d’un masque), et peut consister en un vêtement couvrant tout le corps.
Une controverse existe au sein de l’Islam sur « l’obligation » ou non du port du niqab. Certains courants, rigoristes, estiment que c’est le cas, contre l’avis de la plupart des théologiens.
C’est le niqab qui a posé question en France, en 2011, et abouti à la loi interdisant le fait de semasquer le visage dans les lieux publics. C’est également le niqab qui est le plus souvent utilisé par la presse pour illustrer les questions de voile, alors même que son port est largement moins répandu que celui du hijab.
Un autre vêtement se rapproche du niqab : le haik, une pièce de tissu attachée à la ceinture, que les femmes du Maghreb porttaient avec un voile, parfois transparent, sur le visage. Il est aujourd’hui moins présent, mais existe encore dans certains villages.
image: http://s2.lemde.fr/image/2015/06/12/534x0/4652837_6_c4c4_femmes-vetues-de-jilbab-lors-d-un-congres-du_ea2f309cfde5638915fec2ba032c76f0.jpg
Un autre vêtement, qui n’est cette fois pas limité aux cheveux et au visage mais englobe tout le corps, apparaît depuis quelques années : le jilbab, une longue robe, souvent noire mais pas exclusivement, et utilisée par les Saoudiennes. Contrairement au niqab il ne cache pas le visage, mais contrairement au hijab, il couvre l’intégralité du corps, masquant les formes de ses porteuses, ce qui est vu comme « vertueux » par les défenseurs de ce vêtement.
Ce vêtement, et son équivalents masculins (le « qamis », une longue robe masculine de couleur unie, venue d’Arabie Saoudite), sont parfois vécus comme étant eux aussi empreints d’une signification religieuse, voire le seuls vêtements « purs » pour de vrais croyants. Cette vision rigoriste, diffusée notamment dans l’islam salafiste.
Pourtant, de très nombreux théologiens refusent cette interprétation, rappelant qu’historiquement, les musulmans se sont habillés très différemment selon les pays et les époques, et que ces deux vêtements sont surtout originaires du Golfe Persique.
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Fréquemment employé pour « niqab », le tchador est en réalité un vêtement (de couleur bleue, noire ou plus rarement blanche) correspondant à une pratique précise : celle du chiisme iranien. Le tchador n’est pas seulement le voile (qui se porte, comme le hijab, sans couvrir le visage), mais une pièce de tissu, sans manches, que les femmes iraniennes portaient avant l’arrivée de l’Islam.
Au départ porté durant la prière, le tchador est devenu obligatoire dans la rue au XVIIIe siècle. Le shah d’Iran l’a ensuite interdit en 1936, demandant aux policiers de faire la chasse aux femmes qui le portaient.
Dans les années 1970, les femmes iraniennes avaient adopté des voiles plus légers, laissant voirles cheveux. Mais, à partir de 1979 et l’arrivée aupouvoir de l’ayatollah Khomeiny, le tchador a été remis à l’honneur. Néanmoins, son port n’est pas obligatoire dans l’Iran actuel, un foulard cachant les cheveux et des vêtements dissimulant les formes étant suffisants.
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Là aussi source de nombreuses confusions, la burqa n’est pas le niqab. Et ce vêtement n’existe que très peu ailleurs qu’Afghanistan, où il est né. La burqa, de couleur bleue, est un vêtement couvrant tout le corps, y compris le visage. Un voile ou une « grille » de tissu est installé au niveau des yeux pourpermettre de voir.
Ce vêtement, devenu un symbole de l’oppression subie par les femmes dans des pays aux mains d’islamistes radicaux, n’existerait que depuis une quelques décennies sous cette forme, le vêtement traditionnel afghan étant plus proche du tchador iranien.
Ce sont les talibans, fanatiques islamistes, qui ont imposé la burqa lors de leur arrivée au pouvoir dans le pays, à la fin des années 1990. Leurs motifs pour le faire étaient différents de ceux évoqués dans le Coran : il ne s’agit pas de voiler la femme pour sa protection, mais bien pour éviter aux hommes la tentation.
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Vos réactions (370)
Merdalafin il y a 2 semaines
@ AdLib Xxxx c'est une convention, le "q" latin
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AdLib xxxx 19/06/2015 - 15h04
Quelqu'un peut-il me dire pourquoi on écrit, en "français", "burqa" et "niqab" sans "u" derrière le "q", alors que ça ne correspond à rien dans la graphie de notre langue ? Et que, en version originale, de toute façon, ces mots ne s'écrivent pas avec l'alphabet latin ?
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Daniel BILLARD 13/06/2015 - 19h30
Il y a un truc que je ne comprends pas. Nous avons normalement droit à 3 commentaires. Or je constate que certains, toujours les mêmes d'ailleurs, dépassent largement ce quota.Réponse?
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@ 14/06/2015 - 08h15
C'est une question de Q.I. Il suffit de savoir lire les "règles de participation au forum".
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Moliëre 13/06/2015 - 10h04
Esthétiquement je trouve très beaux tous ces voiles. et poétiques, pour le reste en rester à l'avis de qui les porte.
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Lydie AUTE 13/06/2015 - 08h01
L'exhibitionnisme est souvent le fait des hommes. Cette pathologie consiste à exhiber ses attributs génitaux pour provoquer le désir ou l'effroi, 2 attitudes opposées mais attestant que ces attributs existent. Plus surveillées, les femmes peuvent jouer avec le caché-dévoilé. Si des motivations sexuelles (les cheveux =métonymie du sexe) existent dans le désir de porter un voile, il y a bien qq chose de l'ordre de l'exhibitionnisme chez les femmes voilées. Le cs et l'incs, le dit et le non-dit.
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