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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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Lettre au CSA: faites cesser la diffusion de la haine d'Eric Zemmour

Dominique Sopo
Président de Sos racisme

Monsieur le Président,


Nous vous écrivons cette lettre collective afin de porter à votre attention une requête.


Les missions du CSA incluent notamment le respect que ne soient pas diffusés des messages de haine dans les médias audiovisuels (1).


Or, nous constatons comme téléspectateurs ou/et auditeurs qu'aujourd'hui en France un personnage à l'idéologie ouvertement raciste et anti-égalitaire peut répandre ses thèses dans un grand nombre de médias audiovisuels sans que cela ne semble émouvoir outre mesure.

Ce personnage, c'est M. Eric Zemmour. Après s'être présenté comme un analyste impertinent de la société française, ce personnage a évolué vers la délivrance de plus en plus affirmée de paroles de stigmatisation envers les immigrés et leurs enfants, avec une mention toute particulière pour les musulmans. Ces propos lui valurent d'ailleurs d'être condamné par la justice de notre pays en 2011 pour incitation à la discrimination raciale.


Ces derniers mois auront vu ce même personnage bénéficier d'une exceptionnelle promotion radiophonique et télévisuelle d'un ouvrage dont les thèses consistaient à imputer les maux de notre pays aux immigrés, à leurs enfants, aux homosexuels et aux femmes.


Enfin, et même si cela n'a pas été exprimé sur des ondes françaises, ce même personnage, à l'occasion d'une interview donnée le 29 octobre de cette année au quotidien italien Le Corriere della Serra, a tenu des propos relayés dans les médias français, laissant très clairement penser qu'il était favorable à l'expulsion de plusieurs millions de personnes en raison de leur appartenance religieuse (en l'occurrence, l'appartenance à la religion musulmane, dont découleraient des comportements d'oppression et de sédition).


Nous précisons en outre ce qui ne vous aura sans doute pas échappé, à savoir que le fait d'être musulman semble chez Eric Zemmour se révéler incompatible avec la qualité de Français.


La très large exposition médiatique de ce personnage est déjà en soi inquiétante tant elle permet de propager des idées qui visent de plus en plus clairement à susciter la haine de nos concitoyens envers une partie de la population. Mais elle l'est encore un peu plus au regard de la position particulière qu'il occupe dans plusieurs médias dont il peut se prévaloir de la légitimité en tant que collaborateur régulier.


C'est pourquoi nous vous demandons d'user de vos prérogatives afin de faire cesser cette diffusion de la haine sur les médias français.


Dans l'attente d'une réponse de votre part, nous vous prions, Monsieur le Président, de recevoir nos salutations distinguées.


Les interventions du CSA dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme dans les médias audiovisuels nationaux sont principalement fondées sur la loi n°86-1067 du 30 septembre 1986 modifiée relative à la liberté de communication et sur la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse.
La loi du 30 septembre 1986 permet au Conseil de fonder ses décisions principalement sur l'incitation à la haine et le respect de la dignité humaine. Certaines dispositions de la loi du 29 juillet 1981 instaurent une protection particulière à l'égard des personnes et groupes de personnes visés en raison de leur origine, leur ethnie, leur nation, leur race ou leur religion, ce qui permet au Conseil d'élargir les fondements juridiques de ses décisions.
Le dernier alinéa de l'article 15 de la loi du 30 septembre 1986 dispose que le Conseil veille également « à ce que les programmes des services de radiodiffusion sonore et de télévision ne contiennent aucune incitation à la haine ou à la violence pour des raisons de race, de sexe, de mœurs, de religion ou de nationalité ».
Signataires :
Dominique SOPO, Président de SOS Racisme
Amirouche LAÏDI, Président du Club Averroès
Sacha REINGEWIRTZ, président de l'UEJF
Ghaleb BENCHEIKH, spécialiste de l'Islam
Pierre BERGE, entrepreneur
Josiane BALASKO, comédienne
Michel BOUJENAH, humoriste
Slim BEN ACHOUR, avocat au barreau de Paris
José PENTROSCOPE, président du Cifordom
Serge ROMANA, président du CM98
Benjamin ABTAN, Président de l'EGAM-Le mouvement antiraciste européen
Naïma CHARAÏ, présidente de l'Agence nationale pour la Cohésion Sociale (ACSé)
Mohamed SIFAOUI, écrivain et réalisateur
Louis-George TIN, président du CRAN
Zoïa GUSCHLBAUER, présidente de la FIDL, le syndicat lycéen
Mehdi Thomas ALLAL, responsable du pôle anti-discriminations de la fondation Terra Nova
Abdelhak KACHOURI, vice-président de la région Ile-de-France
Nacer KETTANE, président de Beur FM
Yvan ATTAL, comédien
Jean BENGUIGUI, comédien
Hamid CHRIET, éditorialiste
Mehdi MAHAMMEDI-BOUZINA, membre du comité de direction de Cartes sur Table
Jean-Luc RICHARD, maître de conférences à l'Université Rennes II
Virginie MARTIN, politologue, présidente du Think Tank Different
Thomas RAYNAL, ancien journaliste dans la presse culturelle
Baki YOUSSOUFOU, fondateur de We sign it
Ibrahim SOREL, président de BDM TV
Bariza KIARI, sénatrice de Paris
Sihem SOUID, chroniqueuse
Saïd HAMMOUCHE, président de Mozaïk RH
Nadège ABOMANGOLI, conseillère régionale d'Ile-de-France
Valérie OSOUF, réalisatrice
Marc CHEB SUN, directeur de publication de « D'ici et d'ailleurs »
Alexis BACHELAY, député des Hauts-de-Seine
Yannick WEZET-JOHN NAMBO, producteur
David GAKUNZI, président du Paris Global Forum
Willian LEDAY, conseiller municipal, membre du bureau de Terra Nova
Leïla AICHI, sénatrice de Paris
Stéphane JUGNOT, statisticien-économiste à l'Insee
Muriel JASMIN, présidente du Comité Femme Fer
Razzy HAMMADI, député de Seine-Saint-Denis
Marie RAYNAL, citoyenne engagée
Claude ROSSIGNOL, citoyen engagé
Pierre HENRY, directeur Général de France Terre d'Asile
Mélite JASMIN, présidente de l'association mazzacca -afro-Caraïbeenne (M.A.C.)
David Sar AUERBACH CHIFFRIN, président de la Fédération Total Respect (Tjenbé Rèd)
Séta PAPAZIAN, présidente du collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le Négationnisme)
Yohann ROSZEWITCH, président de SOS Homophobie
Carole DA SILVA, présidente de l'Afip
Thierno CAMARA, secrétaire Général du Forim
Nabbie SOUMAH, anthropologue
Nader ALAMI, journaliste
Karime ADENIS, réalisateur
Jean RAYMOND, journaliste
Abderrahim BOURKIA, sociologue
Helen MORA, attachée de presse
Michel NOLL, producteur
François DURPAIRE, historien
Bernard SCHALSCHA, membre du comité de rédaction de La Règle du Jeu

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Contre la "zemmourisation" des esprits, la résistance!

POLITIQUE - Eric Zemmour est dans l'air du temps, même si cet air est pollué par les pires régressions sexistes et homophobes, racistes et islamophobes. Quarante ans, tout juste, après la Loi Veil, il n'hésite pas à reprendre les attaques les plus éculées contre le droit des femmes à l'avortement, à la contraception, au divorce. Il exalte le bon vieux temps de la tutelle, quand les femmes n'avaient pas droit de faire des chèques, quand les maris avaient le droit de "puissance paternelle" dans le couple, remis en cause en 1970.

Ce délire néo-conservateur rejoint celui du président turc Recep Tayyip Erdogan qui vient de juger l'égalité hommes-femmes contre nature. Le lundi 24 novembre, ce président islamo-conservateur a ainsi pu dire: "Notre religion a défini un statut pour les femmes, la maternité". C'est précisément le rôle que lui assigne l'auteur du "Suicide français". Cet islamophobe avéré défend finalement le même point de vue sur cette question, comme sur l'homosexualité, la dépravation des mœurs, le genre, que le président islamiste de la République Turque. La bataille des idées à laquelle nous assistons aujourd'hui, notamment sur la question de l'identité, est un affrontement mondial. Du "Tea Party" aux Etats-Unis, aux rabbins intégristes d'Israël, des nationalistes hindous à l'islamisme radical au Maghreb, en Afrique et au Moyen Orient, la réaction est de retour, surfant sur le refus d'une mondialisation où tout se vend et tout s'achète, où l'intime devient une marchandise, où le lien social disparaît. Chacun se rue vers les valeurs refuges de la xénophobie, de la religion, de l'intolérance, sous la bannière du "c'était mieux avant". En France, Eric Zemmour est l'expression la plus achevée de cette vulgate néo-réactionnaire. Sous les figures tutélaires de Napoléon et de De Gaulle, il se livre à la réécriture de quarante ans de notre histoire, revue et corrigée du point de vue des sanglots de l'homme blanc, devenu un sans couille terrorisé par les femmes, les homos, les Arabes et les Noirs.

Cette fable, prenons y garde, fonctionne à plein. Si des centaines de milliers d'exemplaires de son livre se vendent, si des milliers de personnes accourent à chacune de ses prestations, c'est qu'il dit tout haut le désarroi d'une partie de la société face à l'ampleur de la mutation en cours. Il le formule au moyen d'une grille de lecture simpliste mais adaptée à son lectorat.

Si nous avons décidé de répondre au "Suicide français", c'est parce qu'il y a urgence pour la gauche d'engager la bataille culturelle, la bataille des idées face à ce torrent de boue réactionnaire. Si personne ne se lève pour répondre à cette contagion des esprits, sous prétexte de la publicité gratuite que nous pourrions lui faire, nous lui laissons le champ libre. Nous ne l'acceptions pas.

Quelques-uns nous ont reproché d'oser faire une comparaison entre Zemmour et Valls dans notre conclusion. Si l'un et l'autre ne défendent pas les mêmes valeurs, nous ne pouvons nous résoudre à laisser le choix, cent ans après l'assassinat de Jaurès, entre l'un qui se pense comme la copie conforme de Maurras et l'autre qui s'imagine en doublure de Clémenceau. La même demande autoritaire, celle d'un Etat fort et autoritaire, d'un homme providentiel, apparaît dans les deux cas. Ces deux-là se complètent dans leur détestation de ce qui a fait l'essence même de l'esprit de mai 68 : une volonté d'autonomie de la société par rapport à l'Etat, d'émancipation humaine face aux hiérarchies politiques, sociales et morales.

La gauche et l'écologie ont été culpabilisées ces dernières années. Elles doivent sortir de leur complexe d'infériorité et retrouver le sens de la rébellion et de l'espérance. Contribuer à remettre sur pied une gauche décomplexée, voilà le signal que nous avons souhaité lancer en publiant "contre Zemmour". A bon entendeur, salut !

Contre Zemmour, réponse au "Suicide français", les Petits matins, 2014, 7,50 euros.

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