anarchiste individualiste
1 Novembre 2014
Les analyses du sac à dos que portait le manifestant Rémi Fraisse au moment de sa mort dimanche 26 octobre au barrage de Sivens (Tarn) confirment la thèse d'un décès causé par une grenade offensive des gendarmes, selon des informations de l'Agence France-Presse.
« Les examens réalisés sur le sac à dos de Rémi Fraisse ne mettent en évidence aucune substance, sinon le TNT présent dans la grenade utilisée par la gendarmerie », a indiqué une source proche du dossier à l'agence de presse. « C'est donc bien l'explosion de la grenade qui a causé la mort de Rémi Fraisse », conclut cette source.
Lire aussi sur l'utilisation de ce type d'arme, l'entretien : « Un contact direct avec une grenade offensive peut entraîner des blessures mortelles »
Une autre source a confirmé à l'AFP que ces analyses n'avaient pas fait apparaître d'éléments chimiques entrant dans la composition des engins pyrotechniques artisanaux fabriqués par une partie des opposants au barrage sur le site et utilisés contre les forces de l'ordre. En clair, cela signifie que Rémi Fraisse ne portait pas au moment de sa mort de cocktail Molotov artisanal, comme cela avait été soupçonné au début de l'enquête. La plupart des experts estimaient en effet qu'une grenade offensive seule ne pouvait provoquer la mort, mais qu'elle pouvait avoir été associée avec un autre agent explosif.
ANALYSE SUR LES RESTES DU SAC À DOS
Interviewé sur cette possibilité, un gendarme expliquait ainsi cette semaine au site de l'Obs :
« Si ce manifestant avait dans son sac à dos un fumigène, un réchaud à gaz, un explosif maison, genre bombe agricole ou même peut-être un aérosol, alors là, il est possible que la combinaison avec une grenade entraîne une blessure mortelle. Mais il faudrait dans ce cas que la grenade tombe dans son sac. Ce serait vraiment un scénario improbable. »
Lire la synthèse : Mort de Rémi Fraisse au barrage de Sivens : le sac à dos, pièce-clé, reste introuvable
Anna, l'amie de Rémi Fraisse, présente sur place, a assuré au site Reporterre que le jour de sa mort, « il avait juste une bouteille de vin et des gâteaux apéritifs dans son sac à dos ».
Les techniciens de la police scientifique ne possèdent cependant pas l'intégralité du sac à dos que portait Rémi Fraisse au moment où il est mort dans la nuit de samedi à dimanche. Les analyses ont ainsi été menées sur les restes du bagage — le dos du sac et les bretelles.
Le préfet de Loire-Atlantique a appelé vendredi « au respect de la paix publique » avant un rassemblement prévu samedi à Nantes en lien avec la mort de Rémi Fraisse, après des débordements lors d'une précédente manifestation lundi. Plusieurs centaines de personnes sont attendues à 14 heures devant la préfecture, pour un rassemblement « contre les violences policières », à l'appel de mouvances radicales anti-capitalistes, dont des opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.
L'ONG France Nature Environnement (FNE) a appelé à un sit-in samedi à Paris, réitérant son souhait de voir abandonné le projet.
Quelque 150 à 200 manifestants ont défilé vendredi soir à Marseille, scandant des slogans hostiles à la police. Une marche silencieuse a été annoncée pour dimanche après-midi à l'endroit où est mort Rémi Fraisse.
Mort de Rémi Fraisse : « Un contact direct avec une grenade offensive peut entraîner des blessures mortelles »
LE MONDE | 29.10.2014 à 18h26 • Mis à jour le 29.10.2014 à 21h12 |
Propos recueillis par François Béguin
Depuis l’annonce, mardi 28 octobre, par le procureur de la République d’Albi que des traces de TNT avaient été retrouvées sur des vêtements de Rémi Fraisse, l’enquête sur les conditions de la mort du manifestant, dans la nuit de samedi à dimanche près du barrage de Sivens, s’oriente du côté des grenades explosives utilisées par les gendarmes. Le TNT figure en effet « dans la composition des charges des grenades lacrymogènes ou offensives utilisées par les gendarmes » , a précisé le procureur.
Jean-Hugues Matelly, chercheur associé au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), explique le fonctionnement de ces grenades, dont le ministère de l’intérieur a décidé mardi de suspendre l’utilisation par les forces de l’ordre, sans attendre les résultats de l’enquête.
Mercredi, plusieurs syndicats de police — dont le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) et l'UNSA-Police — ont estimé que cette suspension ne pouvait être que temporaire.
Comment fonctionnent les grenades offensives mises en cause dans l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse ?
Jean-Hugues Matelly : Les grenades offensives, dites (OF) F1, sont utilisées pour leur effet de souffle afin de disperser des manifestations violentes et armées. Leur usage est relativement courant. On les utilise par exemple pour reprendre une barricade tenue par des manifestants qui jettent des cocktails molotov.
Ces grenades peuvent-elles tuer ?
Il arrive qu’il y ait des accidents, comme des mains arrachées, lorsque les manifestants les ramassent. Elles sont généralement réglées pour exploser 5 à 7 secondes après avoir été dégoupillées.
Ces grenades ne peuvent tuer que dans des conditions particulières. Lorsqu’elles sont utilisées dans des locaux fermés par exemple. En extérieur, il faudrait un contact direct pour entraîner des blessures mortelles. Si la grenade offensive explose au contact de la personne, l’effet peut être dévastateur. Cet effet peut évidemment être renforcé si d’autres éléments rentrent en jeu au moment de l’explosion, comme d’autres éléments explosifs à proximité par exemple.
Qui prend la décision d’utiliser ces grenades ?
Depuis 2009, les gendarmes agissent dans le même cadre que les CRS. Les règles étaient plus formelles auparavant. C’est à l’autorité civile, présente ou représentée sur les lieux des affrontements (maire, officier de police judiciaire…), de prendre la décision d’utiliser ces grenades.
Mais si le commandant d’une unité de gendarmerie estime que ses personnels sont gravement menacés, il peut également choisir d’utiliser de sa propre initiative des moyens proportionnés à la menace. C’est le cas évidemment lorsque des gendarmes sont sérieusement blessés.
Qui est autorisé à lancer les grenades explosives ?
D’une manière générale, on veille à ce que ce soit des personnels expérimentés car il ne faut pas faire n’importe quoi sous l’effet du stress.
Comment doivent être envoyées ces grenades ?
Par définition, les grenades offensives s’envoient à la main. L’usage d’un lanceur n’est pas possible, comme c’est le cas avec d’autres types de grenades, notamment les grenades lacrymogènes instantanées (GLI). Cela n’a donc pas de sens de parler de tir tendu pour des grenades offensives.
L’envoi au sol est préconisé, pour que les dégâts aient lieu au niveau du sol. Mais je ne connais pas le terrain dans le Tarn, si cela se trouve, il y avait un dénivelé entre les gendarmes et les manifestants. Ou il y a pu y avoir un effet ricochet ou encore des manifestants pouvaient s’être positionnés au sol. C’est à l’enquête de préciser tout cela.
Jean-Hugues Matelly, chercheur associé au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip)
Chef d’escadron de gendarmerie, M. Matelly avait été sanctionné en 2008 par la hiérarchie militaire pour avoir ouvert en 2007 un forum de discussion sur Internet. La Cour européenne des droits de l’homme lui a donné raison le 2 octobre. Sur son blog, il revient en détail sur le cadre juridique de l’usage de la force armée dans les opérations de maintien de l’ordre.
/http%3A%2F%2Fs2.lemde.fr%2Fimage%2F2014%2F10%2F31%2F534x267%2F4515768_3_4b0d_le-campement-des-opposants-au-barrage-de-sivens_dd1e0a9609a70867ce567edb808838db.jpg)
Mort de Rémi Fraisse : la thèse de la grenade offensive confirmée par les analyses
Le Monde | * Mis à jour le " Les examens réalisés sur le sac à dos de Rémi Fraisse ne mettent en évidence aucune substance, sinon le TNT présent dans la grenade utilisée par la gendarmerie ...