anarchiste individualiste
31 Octobre 2014
Mercredi 29 octobre, les premiers combattants kurdes d'Irak sont arrivés en Turquie, et devraient rejoindre dans les prochains jours la ville de Kobané, en Syrie, où la résistance kurde est aux prises avec des djihadistes de l'Etat islamique depuis plus d'un mois. L'agglomération, aux confins de la frontière syro-turque, représente un intérêt hautement stratégique pour les islamistes.
La coalition internationale, menée par les Etats-Unis contre l'Etat islamique (EI) - ou Daesh -, n'y croyait plus. Depuis que les djihadistes avaient pénétré dans Kobané, troisième ville kurde de Syrie, la Turquie, par la voix de son président Recep Tayyip Erdogan, répétait inlassablement qu'elle ne viendrait pas en aide aux minorités kurdes résistantes. Officiellement, Ankara arguait de l'égale dangerosité des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des djihadistes de l'EI ; officieusement, c'est bien évidemment un sentiment de crainte qui animait M. Erdogan dans son refus invétéré. La crainte de financer une future rébellion de ces minorités kurdes dirigée contre le gouvernement turc ; contre lui-même.
Une aide turque indirecte, mais une aide tout de même
La coalition internationale s'était à ce point résignée, qu'elle semblait presque se satisfaire de l'immixtion tout aussi inespérée de la Russie dans sa lutte contre Daesh. Et finalement, lundi 20 octobre, c'est bien du plateau anatolien qu'est venue l'éclaircie, alors que le ministre turc des affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, annonçait que le pays aiderait « les peshmergas kurdes irakiens à franchir la frontière pour aller à Kobané ». La Turquie décidait enfin de rejoindre à sa manière les rangs de la coalition internationale.
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Entre mardi 28 et mercredi 29 octobre, ce sont donc plus de 150 peshmergas kurdes qui ont pris la route depuis leurs bases irakiennes, afin de rejoindre le territoire turc, où ils transiteront prochainement vers la ville de Kobané assiégée. « Quarante véhicules transportant des armes, des pièces d'artillerie et des mitrailleuses, vont se diriger vers [la province de] Dohouk et franchir aujourd'hui la frontière », annonçait mardi un officier kurde.
Cette aide précieuse matérielle - armes, munitions - et, surtout, humaine, vient s'ajouter aux multiples frappes aériennes perpétrées par les forces occidentales contre les djihadistes positionnés dans Kobané. Depuis plus d'un mois maintenant, l'agglomération nord-syrienne est le théâtre d'un bellicisme farouche entre la résistance kurde et les troupes de l'EI, qui peinent à mettre en œuvre leur méthode militaire de la razzia, consistant en une prise éclair d'un point stratégique donné.
Le triple enjeu de Kobané
Stratégique, la ville de Kobané l'est assurément, pour les djihadistes, à plusieurs titres. Financier, tout d'abord. Les forces armées de l'EI possèdent, grâce à leurs multiples expansions territoriales, d'importants champs pétroliers disséminés entre l'Irak et la Syrie. Alors que la contrebande d'hydrocarbures leur rapporterait 800 millions de dollars par an, la prise de Kobané permettrait aux islamistes de gagner plusieurs dizaines de kilomètres de frontière, afin d'écouler plus facilement leurs barils au marché noir.
Confessionnel, ensuite. Les djihadistes de l'EI, qui appartiennent à un sunnisme radical, voient d'un mauvais œil le croissant chiite qui se forme entre le Liban, à l'ouest, et l'Iran, au sud-est, englobant certaines contrée irakiennes et syriennes, peuplées de masses chiites. Depuis 1979 et la révolution islamique en Iran, les deux branches principales de l'Islam se livrent une guerre politico-idéologique, à laquelle Daesh souhaite mettre fin en exterminant les minorités chiites. C'est l'une des distinctions majeures avec ses devanciers du groupe al-Qaïda, qui n'avaient pour seuls ennemis que les Etats-Unis et leurs alliés.
Enfin, la prise de Kobané revêt un intérêt stratégique d'un point de vue politique, autre source de divergence avec le groupe d'Oussama ben Laden. Les dirigeants de l'EI souhaitent mettre en place un réel Etat sous le régime du califat, dissout en 1924 avec la fin de l'Empire ottoman, là où al-Qaïda n'était qu'une nébuleuse de groupuscules épars et mal organisés. Un revers concédé dans le nord de la Syrie marquerait la fin de l'inexorable expansion djihadiste, et jouerait indéniablement sur la psychologie des troupes islamistes.
C'est dire si l'arrivée des premiers peshmergas en Turquie et, bientôt, sur le sol syrien, est fondamentale. La défaite de Daesh dans la région signerait sans doute le début d'un retournement de situation, lent mais certain. La coalition internationale a pris conscience des enjeux que revêtait la bataille de Kobané, c'est pourquoi elle appuie sans relâche la résistance kurde sur les lieux. Pourtant, une victoire militaire ne signerait nullement la fin de l'EI. Parce qu'il représente un islamisme radical bien plus sophistiqué que tous ses prédécesseurs, il reste à la coalition internationale d'engager, et de gagner, la guerre idéologique.
L'importance fondamentale de Kobané dans la lutte contre Daesh
INTERNATIONAL - La défaite de Daesh dans la région signerait sans doute le début d'un retournement de situation, lent mais certain. La coalition internationale a pris conscience des enjeux que ...
http://www.huffingtonpost.fr/julie-wiczeck/kobane-etat-islamique_b_6076052.html
Publication: 09/10/2014 07h06 CEST Mis à jour: 09/10/2014 07h06 CEST
La question qui hante les esprits depuis la mise en lumière de la non intervention turque dans la ville kurde de Kobane, bientôt aux mains des jihadistes de l'Organisation de l'Etat islamique est la suivante: qu'est-ce qui a empêché la Turquie de secourir Kobane?
Tout d'abord, il n'est pas étonnant que la Turquie ne souhaite pas s'engager seule au sol militairement pour combattre « l'Organisation de l'Etat islamique » -je tiens à cette expression, elle est plus juste que « l'Etat islamique tout court ». La coalition elle-même ne le fait pas. Les Américains, qui réalisent pour leur part 90% des frappes aériennes, n'ont aucune envie de remettre le pied dans un bourbier à la manière de l'Irak. La France n'a plus de budget militaire, tout comme le Royaume-Uni. Des militaires français confiaient récemment que nous étions au bout de nos capacités humaines et matérielles. Par ailleurs, cela serait s'illusionner que de croire à une possibilité d'éradiquer une telle organisation avec de « simples » bombardements aériens.
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La contradiction militaire est bien là. Associée à une contradiction politique. En effet, si l'on souhaitait mettre fin à cet imbroglio militaire, il faudrait redéfinir des objectifs politiques clairs, et obtenir une résolution de l'Onu donnant un mandat clair à une intervention militaire.
Ainsi, on peut reprocher à la Turquie de ne pas intervenir pour sauver Kobane mais, sans vouloir justifier leur position, on peut la comprendre dans ce contexte de contradiction à la fois politique et militaire au sein de la coalition contre l'Organisation de l'Etat islamique.
Aujourd'hui pour obtenir une résolution adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'Onu, il faudrait qu'elle soit discutée en amont avec les Russes et les Chinois, pour éviter qu'elle ne soit rédigée par les équipes américaines seules. Je suis persuadé que si une résolution était préparée en bonne et due forme, elle serait acceptée par toutes les parties.
Mais un autre problème de taille se poserait alors. L'organisation est à la fois en Irak et en Syrie. Si la résolution se concentre sur l'Irak, on pourrait aboutir à une résolution commune sans trop de difficultés. En revanche, pour intervenir en Syrie, les choses se compliquent, Russes et Chinois n'étant pas sur la même longueur d'ondes que les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni depuis le début de la guerre civile.
Ceci m'amène à penser que la lutte contre l'Organisation de l'Etat islamique doit avant tout être prise en charge par les Etats de la région. Bien sûr, cela poserait des problèmes politiques. Imaginez les négociations avec l'Iran...
La Turquie seule semble être un allié acceptable. Mais elle fait face à deux problèmes majeurs. Le premier est l'obsession d'Erdogan de mettre fin au règne de Bachar El Assad. Dès lors, il a soutenu tous les groupes susceptibles de lui causer du tort à ce dernier. Et bien sûr, les groupes qui ont su tirer leur épingle du jeu sont les plus radicaux, à savoir l'Organisation de l'Etat islamique, devenue incontrôlable.
La Turquie paie le prix de cette erreur.
Second enjeu : les Kurdes. Cette question apparaît, aux yeux des Turcs, comme plus dangereuse que l'EI. Les combattants du PKK sont toujours considérés comme des terroristes par la Turquie et l'Union européenne, ce qui n'empêche, au passage, pas la France de les armer.
Ne pas intervenir à Kobane c'est aussi dire au monde la crainte de la Turquie de voir les Kurdes profiter de la situation pour imposer un nouveau rapport de forces à l'égard des autorités turques. Ainsi, je ne vois qu'une seule issue, elle est politique.
Les pourparlers avec le PKK mises en oeuvre depuis deux ans n'ont pas abouti. Or, il devient urgent d'entamer un processus de résolution politique. Revenons un peu en arrière. Les pourparlers ont commencé fin 2012. Le leader du PKK, en prison depuis 1999, a appelé le 21 mars 2013 (début de l'année kurde), à un cessez-le-feu. Ses troupes ont obtempéré. Le 8 mai 2013, ce même chef a demandé à ses combattants de partir du sol turc. Une partie a commencé à partir vers le nord de l'Irak. Mais quelques semaines plus tard, les événements de Taksim ont éclipsé ces avancées. Ont suivi plusieurs affaires de corruption, puis des démissions du gouvernement, puis des élections... Aujourd'hui, la Turquie paie le prix de ces discussions avortées. Et il ne faut pas oublier que pour la Turquie, les combattants de l'Organisation de l'Etat islamique sont près de 25.000, alors que les Kurdes sont 15 millions. Ainsi, je fais le pari que si les différentes parties revenaient à la table des discussions, cela décrisperait la situation.