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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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Xavier, le Mathieu, le Conti , les Conti et les autres

Nous étions environ 300 personnes rassemblées pendant quelques heures devant le palais de justice d’Amiens, pour soutenir Xavier Mathieu, ex-Conti de l’usine Continental de Clairoix ( Oise) .

© la dame du bois-joli

manif obligatoire pour certains ... © la dame du bois-joli

Quand Xavier Mathieu prend la parole, il est ému de voir ses frères et sœurs de lutte et tous ces inconnus, il les remercie , il remercie aussi les représentants des partis politiques, des syndicats et des associations qui ont répondu présents encore une fois. Quelques extraits de son discours, dont il m’a confié le texte. Sa voix ne tremble pas quand il dit :

" Ce qui me conduit aujourd’hui devant ce tribunal est le simple fait d’avoir refusé au nom de mes droits et de mes libertés individuelles de me soumettre à un test ADN dont le but est d’aller agrandir un fichier prévu au départ pour les violeurs, pédophiles et criminels en tous genres, élargi en 2003 par Sarkozy à tous les délits pénaux, y rendant coupables et condamnables, tout militant syndical, mais aussi associatif et politique dans le seul but, vous l’aurez compris, de pouvoir continuer sa politique sécuritaire, totalitaire et liberticide au service des capitalistes, patrons de multinationales, des banquiers et autres escrocs de la spéculation. Je vous ai dit tous les délits pénaux ? Pardonnez mon erreur, sauf un … les délits financiers ! Eh bien oui vous comprendrez bien que ces gens ainsi que les puissants dont ils sont à la botte, n’allaient pas prendre le risque de se mettre dans la merde avec leurs propres lois… "

s'unir pour le meilleur et pour le meilleur © la dame du bois-joli

" Je suis syndicaliste et fier de l’être et cette criminalisation est un amalgame dangereux et insupportable pour le militant syndical que je suis depuis plus de 25 ans. Agir dans la désobéissance civile est pour moi une nécessité et un acte de résistance vital. "

" Le combat d’aujourd’hui n’est pas seulement celui de Xavier Mathieu ni même uniquement celui des Conti, mais celui de la survie du droit de lutte syndicale, associative, politique, du droit à la contestation, celui de la résistance, du refus de la résignation. Nous devons nous battre contre cette loi qui n’a pour but suprême que d’anéantir la seule véritable identité française que je reconnaisse: notre tradition révolutionnaire, ce formidable pouvoir de résistance exercé par nos aïeux lors de la commune de 1871 … "

des pensées et d'autres pensées © la dame du bois-joli

Petit retour en arrière ? Le 11 mars 2009, le groupe Continental AG annonce qu’il va fermer son usine de pneus de Clairoix au motif qu’il faut fabriquer moins de pneus et que l’usine n’est plus rentable. C’était la crise, rappelez-vous ! Moins de voitures au monde, bla bla bla , moins de pneus à fabriquer, blé blé blé. Pour Continental ce n’était pas si la crise que ça, à Clairoix les ouvriers fabriquaient plus de 8 millions de pneus par an et 28 millions de profits, une broutille ! Le chiffre d’affaires du groupe n’était que de 24 milliards d’euros, ils n’ont que 140 000 travailleurs , que sur 190 sites répandus que dans le monde qu’entier ! Des presque pauvres, passez la sébile, on va quêter.

Alors pourquoi voulaient-ils fermer les usines de Clairoix et Hanovre et fiche sur le carreau environ 1900 travailleurs européens ? A Clairoix, 1120 ouvriers seront touchés de plein fouet. Oui pourquoi voulaient-ils fermer l’usine de pneus de Clairoix qui est archi rentable ? Ils disaient qu’elle leur coûte trop d’argent … Ils étaient empêtrés, en fait, dans une vilaine OPA et perdaient du pognon . Quoi ? Vous avez déjà entendu ce genre d’histoire ? Ah tiens j’aurais pas cru … L’OPA en question ? Grandiose. Dame Schaeffler, russo-allemande richissime ( 104° rang mondial ) gérait discrètement, emperlouzée dans ses tailleurs chicos, une entreprise allemande familiale et discrète, tant discrète qu’elle ne publiait jamais les chiffres de son entreprise de roulements à billes. Elle est appelée la "lady des roulements à billes." Dame Schaeffler eut l’idée de manger Continental, trois fois plus gros qu’elle à l’époque. Et que je te fais une OPA par ci et que je t’en fais une par là et que je te croque un bras et que je te prends plus de 90% de ton capital ! Le groupeSchlaeffer, appauvri (!), demande une aide de 6 milliards d’euros à Angela Merckel pour financer les 11 milliards nécessaires pour acheter Continental…. Arrêtez de me dire que ça vous dit quelque chose cette histoire de voracité ! Entre temps, Schlaeffer avait racheté hasardeusement Siemens, avait besoin de cash d’où la décision de fermer Clairoix pour rassurer les actionnaires. Bon je vais pas m’éterniser sur le bidule, je n’y connais franchement rien et pis ça me gave grave.

Ce qui m’intéresse énormément, en revanche, c’est la lutte et la détermination des CONTI qui ont fait leur la devise : " Tous pour un, un pour tous "

DONC. Grosse colère des CONTI qui avaient déjà été trahis par le passé quand malgré leur refus, les syndicats CFTC et CGC avaient signé avec la direction un accord pour qu’il travaillent 40 heures par semaine , payées au prix de 35 ! Et ils bossaient le week-end en plus et pendant les vacances. Travailler plus pour gagner moins avec l’aide de certains syndicats qui roulent pour le patronat…

Enervés, on le serait à moins, 1 000 CONTI saccagent quelques armoires et jettent des œufs et des chaussures sur quelques uns de leurs dirigeants à Reims le 16 mars 2009. Le 21 avril 2009, environ 250 CONTI saccagent une partie des locaux de la sous-préfecture de Compiègne, ils venaient d’apprendre qu’ils avaient été déboutés dans leur demande de suspension ou d’annulation de la procédure de fermeture de leur usine.En avril 2010, à la suite de cette action, Xavier Mathieu est condamné à 4 000 euros d'amende par la cour d'appel d'Amiens, comme 5 autres CONTI. Il avait alors refusé de se soumettre à un prélèvement d'empreinte génétique, comme l'exige la loi. Une peine d’un mois de prison avec sursis avait été requise contre lui par le parquet. Le tribunal de Compiègne le relaxe le 28 juin 2011. Le parquet, sur ordre du gouvernement, conteste cette décision devant la Cour d’Appel d’Amiens. Et Xavier Mathieu est convoqué encore une fois au tribunal d’Amiens ce4 janvier 2012, pour avoir refusé le test ADN.

© la dame du bois-joli

En sortant du tribunal, Xavier annonce qu’une amende de 1500 euros a été requise par le proc’. Le délibéré aura lieu le 3 février 2012. Son avocate, Maître Dufresne-Castets donne quelques explications.

© la dame du bois-joli

Eva Joly, Nathalie Artaud, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou, tous candidats aux présidentielles, étaient venus témoigner de leur solidarité et soutenir les luttes des Contis et celles de tous les travailleurs dans notre pays. Marie-Georges Buffet, présente elle aussi, fidèle soutien depuis les débuts, prit à son tour la parole.

Laurence Rossignol, sénatrice PS de l’Oise, qui a toujours soutenu les Conti, était là aussi mais elle n’a pas pu faire oublier l’absence du candidat Hollande. Pourquoi n’était-il pas là , à cette place de leader de la gauche à rassembler, auprès des travailleurs en souffrance ?? Aucune tête pensante non plus du directoire national ou régional de la CGT … ce qui chagrina Xavier, délégué CGT et fier de lance de cette lutte depuis 2009.

La musique de Jolie Môme donna du cœur au ventre. Le soleil nous caressa le cuir, à nous les sacrifiés du grand capital les désobéissants les indignés les révoltés les solides les solidaires les résistants les rêveurs et les gueulards.

Xavier termina son discours par une citation de Malcolm X. « Je termine par une citation que je dédie à tous les militants, les contestataires, les désobéissants, les résistants, les révolutionnaires, à tous ceux qui oeuvrent pour une société humaine et un monde meilleur. Tant que vous continuerez à aimer des personnes, des nations et système qui vous méprisent et vous haïssent, vous ne cesserez de vous rendre méprisables et haïssables et ce faisant commettez un triple crime ; le premier contre votre propre dignité en vous humiliant ; le second en servant objectivement en tant que supplétifs des intérêts qui feront votre perte, et enfin contre l’intelligence et le bons sens qui veulent que l’attrait et l’admiration soient toujours partagés »

Merci, Xavier, merci les CONTI. Message reçu. Message compris. Message transmis. Très bon article ici sur le site Bellaciao.

Les CONTI ne lâchent rien, ils préparent déjà une expédition à Sarreguemines au début de février pour soutenir leurs autres camarades CONTI en lutte eux aussi. 6 caissières d’un supermarché d’Albertville ont tenu bon, faisant grève plus de 100 dimanches pour refuser de travailler le dimanche , elles viennent de gagner. A vous de Sea France , nous disons, tenez bon comme tiennent bon les CONTI.

Les luttes sont à mener, les luttes des travailleurs doivent être gagnées. Avec les dirigeants des syndicats qui parfois sont invisibles ... !

Nous sommes là et nous ne lâcherons rien, car à la fin c’est nous qu’on va gagner !

La révolution, c’est simple. Le feu brille en nous. Et si les nuisibles ne comprennent pas, on va le leur mettre le feu !

le feu, c'est l'année du dragon ! © la dame du bois-joli

© la dame du bois-joli

TOUS LES COMMENTAIRES

05/01/2012, 21:16 | PAR ELISA13

Merci la Dame ! et soutien total aux Conti, et à Xavier Mathieu. Cette lutte devrait être dans les livres scolaires, à la place de l'histoire du petit homme qui se croyait président de la république.

T'en as eu de la chance d'être présente, la Dame Super témoignage.

05/01/2012, 21:28 | PAR LA DAME DU BOIS-JOLI EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE ELISA13 LE 05/01/2012 À 21:16

merci élisa

ils sont gonflés à bloc, c'est du plaisir de partager ces moments-là avec des personnes si déterminées

05/01/2012, 22:05 | PAR JJMU

Leur courage entretient le nôtre. Merci à eux.

Jean-Jacques M’µ

05/01/2012, 22:26 | PAR JONASZ

Formidable travail. Dame du bois joli. Ça donne la pêche pour la suite, pour ce qui nous attend.

05/01/2012, 23:10 | PAR ESPOIR EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE JONASZ LE 05/01/2012 À 22:26

Vous êtes une très belle conteuse du réel , celui que nous devrions tous voir , merci!

05/01/2012, 23:13 | PAR LA DAME DU BOIS-JOLI EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE JONASZ LE 05/01/2012 À 22:26

la pêche, la patate, et la frite !! on aura de quoi manger au moins , on pourra faire une soupe populaire

05/01/2012, 23:09 | PAR FRANÇOIS PÉRIGNY

Magnifique, la dame ! Formidable Xavier Mathieu et les autres.

Oui, quand on lutte, quand on résiste, quand on se tient debout la lumiére brille.

05/01/2012, 23:13 | PAR MARC TERTRE

Nos ancétres des années 60 criaient avec Che Guevara ; "Un, mille Cuba dans le monde" Nous pouvons reprendre "un, mille Conti dans la france en lutte"...

05/01/2012, 23:15 | PAR FRANÇOIS PÉRIGNY

Quand on lutte, on n'est pas sûr de gagner. Quand on ne lutte pas, on est sûr de perdre.

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Le retour du batteleur des Conti

Xavier Mathieu, porte-voix des salariés Continental à Clairoix, a obtenu sa réintégration dans l’usine fantôme après quatre ans de conflit.

Paru dans leJDD

Xavier Mathieu, délégué CGT de l’usine Continental de Clairoix (Oise), dans l’arrière-salle du café Le Bon Coin, le QG des ouvriers du site. (Eric Dessons/JDD)

D’une courbette ironique, il salue nonchalamment la direction assise en rang d’oignons sur des chaises en plastique, pour arracher un sourire à ses anciens collègues, mines grises et regards crispés. "Messieurs…" Puis, accoudé à la balustrade, Xavier Mathieu encourage leur avocat, Fiodor Rilov, d’un bruyant "Allez, Fifi!" La tension monte et le délégué CGT tente de déminer les angoisses.

Le conseil des prud’hommes de Compiègne (Oise) examine ce mardi le cas de 680 ex-salariés de l’usine Continental de Clairoix dans un gymnase aménagé pour l’occasion. À la barre, le film de leur vie et de leur combat défilera pendant trois jours : l’annonce de la fermeture en mars 2009, la mise à sac de la sous-préfecture, la fin du conflit avec 50.000 euros pour chaque salarié, l’espoir d’obtenir aujourd’hui de nouveaux dommages et intérêts… "C’est une belle histoire, mais il est temps qu’elle se termine", lâche-t-il. Et que ce nouvel épisode devant les prud’hommes, mis en délibéré le 30 août prochain, vienne clore une lutte de quatre ans déjà.

Verbe facile, colère intacte

Son cas à lui a été tranché par le tribunal administratif quinze jours plus tôt : la juridiction a invalidé les motifs économiques du licenciement de 22 ouvriers protégés, leur donnant la possibilité d’être réintégrés dans une usine désormais… fantôme! La direction a fait appel. "Ce sera une victoire quand le juge rendra cette décision pour vous aussi, harangue-t-il sur les marches du gymnase. Ces salopards qui n’ont jamais été devant la justice doivent enfin payer." S’il a eu au début besoin des conseils de Roland Szpirko – vieux routier de Lutte ouvrière – pour "monter sur le camion", Xavier Mathieu a désormais le verbe facile. Sa colère, elle, reste intacte. "Le juge a estimé que Continental avait la possibilité de passer la crise. Tout ça, c’était pour délocaliser en Roumanie et faire du fric pour payer les actionnaires. Ils ont mis mille familles à la rue et une région à genoux!"

L’ancien meneur, entré à l’usine comme confectionneur, a appelé le directeur pour être réintégré. Pour la forme. "Mais il ne sait même pas dans quel pays sont parties les machines… C’est insensé." Attablé à l’ancien QG des Conti , il embraye sur son nouveau cheval de bataille : une loi obligeant les entreprises à "prouver les véritables motifs économiques des licenciements" avant la fermeture des usines. "Si Hollande et Montebourg ont des couilles, qu’ils fassent cela… On aurait sauvé 80% des entreprises qui ont fermé depuis 2009!"

"Sans notre instinct de survie, on est morts"

Belle gueule burinée malgré des traits amaigris, Xavier Mathieu vit désormais "au jour le jour", après vingt-cinq ans aux 3-8. Lui a pu rebondir à 45 ans grâce à Cédric Klapisch et son rôle dans Ma part du gâteau, avant d’enchaîner sur un film de Niels Tavernier et un téléfilm pour Canal +. "En quatre ans, c’est le seul endroit où on m’a proposé du travail! J’ai du bol." La moitié de ses 1.200 excollègues n’ont toujours pas retrouvé d’emploi, selon les syndicats. Il savoure le milieu du cinéma où "personne n’est rien sans les autres, comme à l’usine". "Il y a un vide quand ça s’arrête. C’est pareil qu’une lutte collective."

La lutte, Xavier Mathieu ne la stoppe vraiment jamais : il appelle à manifester mardi contre l’accord Medef-CFDT, bat le pavé pour soutenir ses copains en difficulté, notamment Mickaël Wamen, délégué CGT chez Goodyear. "Ils ont raison de continuer, de se battre pour un salaire. C’est la guerre. Si on perd notre instinct de survie, on est morts."

Camille Neveux - Le Journal du Dimanche

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dimanche 03 mars 2013

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Salut, vous êtes sur le portable de Xav’, un des 1120 futurs chômeurs de chez Continental. Ben j’suis pas là. Laissez un message.» Tout y est, dans ces quelques notes de répondeur. Le ton gouailleur, la voix assurée, le langage franc. Xavier Mathieu, on a l’impression de le connaître depuis longtemps. Sans doute parce que d’entrée, il tutoie. Et pose sur vous ce regard engageant, un chouia malicieux, qui fait frissonner les femmes et enhardit les hommes. Il faut dire, aussi, que depuis six mois il est abonné aux manchettes des journaux. Un jour meneur de lutte des «Contis» de Clairoix, une autre fois prévenu au tribunal de grande instance (TGI) de Compiègne, ou encore délégué CGT qui fait trembler Bernard Thibault et consorts. L’homme est entier mais aussi multiple.

S’il y a un bien une chose que ne conçoit pas Xavier Mathieu, c’est qu’on veuille le ranger dans une case. Quand on tente de lui coller l’étiquette Lutte Ouvrière ou Nouveau Parti Anticapitaliste, il voit rouge. Non qu’il ait une dent contre l’extrême gauche. Au contraire. Mais il craint de se sentir «parqué». Dit vouloir rester un «électron libre». «Attention, je ne suis pas une girouette. J’ai des idées», tient à préciser l’admirateur de José Bové, qui vote Verts à chaque scrutin. Seule exception: aux élections européennes, il a glissé un bulletin Lutte Ouvrière dans l’urne pour remercier Roland Szpirko, ancien élu régional LO de l’Oise, devenu son mentor lors du conflit chez l’équipementier automobile. «J’ai demandé qu’on l’appelle dès la fermeture de l’usine, le 11 mars, car il avait mené une lutte exemplaire avec les Chausson dans les années 1990. Tout seul, je ne me sentais pas capable de faire face au conflit», avoue Xavier Mathieu. Et d’égrener les «bonnes décisions» prises grâce à celui qui est devenu un ami : mise en place d’un comité de lutte, «AG» chaque jour, manifs à Paris et à Hanovre ou encore prime de 50000 euros par salarié.

Lutte Ouvrière qui fricote avec les ouvriers, ce n’est pas du goût de la CGT. Encore moins quand Olivier Besancenot, leader du NPA, s’affiche dans les manifs des Contis alors que Bernard Thibault ne s’est pas déplacé. Pendant quatre mois, Xavier Mathieu ronge son frein. Le divorce est consommé le 17 juillet. Avec six collègues, le délégué comparaît pour avoir, le 21 avril, saccagé la sous-préfecture de l’Oise à Compiègne aux côtés de 200 salariés furieux de la fermeture de leur usine. «Thibault a refusé de demander notre relaxe. La seule réponse qu’on a eue, c’est que la CGT ne soutient pas les voyous», fustige Mathieu. Le 17 août, au micro de France Info, il se lance dans une violente diatribe contre sa hiérarchie : «Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille.» Deux semaines plus tard, la colère n’est pas retombée. Comme un boxeur qui monte sur le ring, il a préparé une définition du mot racaille («un élément méprisant dans une organisation»), en rajoute une couche («c’est un parasite»), annonce qu’il pourrait rendre sa carte si Thibault est réélu lors du congrès de la CGT en décembre. Puis le visage se relâche et le ton change. Naïf : «Je ne pensais pas que mes propos auraient un tel poids.» Provocateur : «L’interview de France Info, je l’ai réalisée devant le match PSG-Montpellier.» Inquiet : «Comment ont réagi les secrétaires fédéraux?» Mathieu vient en tout cas d’enregistrer un premier retour de bâton : il est déprogrammé de la Fête de l’Huma, le 12 septembre.

Ses sorties intempestives ont fait sa réputation. Sa compagne Florence, jolie brune d’origine vietnamienne, institutrice dans l’Oise où vit le couple, confirme qu’«il a la langue plus rapide que son ombre». Avant de confier : «Il se prend facilement la tête avec les gens, même s’il sait reconnaître ses erreurs.» Ces derniers mois, Xavier Mathieu a beaucoup appris. A commencer par s’accepter tel qu’il est. «C’est plus fort que moi, je dis les choses et je réfléchis après. Mais avec les responsabilités, j’ai eu très peur de me tromper. Cela a dû me rendre moins arrogant.» Une mutation qu’a perçue Fabrice Queniez, délégué CFDT de l’usine : «Avant, il s’emportait à tout-va, foutait toutes les réunions en l’air. Pendant le conflit, j’ai découvert un bonhomme plus réfléchi.»

Sa grande gueule, Xavier Mathieu la tient de son père, un Auvergnat qui pose ses valises à Tracy-le-Val (Oise) en 1968, pour gérer un chantier de charbon. «C’était l’emmerdeur public numéro 1», s’amuse le fiston. Les Mathieu auront quatre garçons en trois ans et demi, des jumelles huit ans plus tard et une petite dernière, aujourd’hui âgée de 23 ans. Xavier, 44 ans, est le quatrième rejeton de la famille. Son père lui transmet le goût du militantisme écolo; sa mère, des valeurs religieuses qui désarment ceux qui croisent sa route. L’air sérieux, il s’interroge: «Si Jésus revenait sur la Terre, je me demande de quel côté politique il serait.» La religion et la politique, pour lui, c’est du pareil au même : il refuse de s’adonner à un culte en particulier. Prie juste une force supérieure afin «d’être guidé».

Petit, Xavier n’aime pas l’école, incapable de rester assis ou de se taire. A 16 ans, il obtient un peu par hasard un CAP de boucher. De la même façon, il entre sans trop réfléchir chez Continental sept ans plus tard, comme confectionneur. Premier souci à l’atelier : la direction veut augmenter les cadences. Le jeune homme, pas encore encarté, rouscaille. On l’invite à rejoindre la CGT. Mais le premier gros combat de la centrale, en 1994, il le manque en raison d’un arrêt de travail. «Je m’étais écrasé la main dans une machine. J’ai vécu les trois semaines de grève chez moi, regrette-t-il. Ça a été dur.» Alors, le 11 mars dernier, il ne manque pas l’occasion de se rattraper. Au point de s’investir corps et âme dans la lutte. «Au début, je ne dormais que trois heures par nuit. Je marchais au Lexomil, raconte-t-il. J’ai perdu six kilos.» La carapace du dur à cuire abrite un «bileux», comme il se qualifie.

A Port-la-Nouvelle (Aude), où ses parents possèdent une petite résidence secondaire, il tente d’oublier les quatre mois de lutte en pêchant, «la seule activité pour laquelle je peux rester assis des heures». Il ressent un vide. Pas lié à l’absence des caméras ou à la peur de retomber dans l’ombre. Non, ce sont les copains qui lui manquent, avec lesquels il a vécu sa «plus belle histoire» - après la naissance de ses trois enfants. Et de se remémorer la virée à six Contis, le 31 juillet à Châtellerault, pour soutenir les New Fabris. «Le putain de pied qu’on a pris!», s’exclame-t-il, les yeux brillants.

Xavier Mathieu dit ne rien regretter mais espère ne pas payer trop cher son exposition. Son prochain combat : retrouver un boulot. Peut-être dans l’environnement. A la question d’un éventuel engagement politique ou syndical, il retrouve sa verve. «Les calculs et la langue de bois, c’est pas dans ma nature, s’emporte-t-il. Et avec le temps, tu fais le tri dans les combats.» Première échéance : le jugement du TGI de Compiègne, demain. Le bagarreur est plutôt serein. Mais ajoute :«Ma maman m’a toujours dit: "C’est la vie qui te mate".»

Xavier Mathieu en 7 dates

15 mai 1965 Naissance à Paris XIVe.

1988 Embauché à l’usine Continental de Clairoix (Oise).

11 mars 2009 La fermeture de l’usine est annoncée.

21 avril Saccage de la sous-préfecture de Compiègne (Oise).

25 juin Fin du conflit. Chaque salarié licencié reçoit 50 000 euros.

17 août Traite Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, de «racaille».

1er septembre Jugement du tribunal de Compiègne, sur le saccage de la sous-préfecture.


Libération

Xavier Mathieu: Fin d'un combat pour l'ancien leader des «Conti»?

1 contribution

Publié le 10 décembre 2013.

Xavier Mathieu, ancien délégué CGT, pendant un meeting à Amiens le 4 janvier 2012. D. CHARLET/AFP PHOTO

SOCIETE - L'ancien leader des «Conti» de Clairoix passe mardi devant les Prud'hommes, attaquant Continental pour «discrimination et entrave»...

Xavier Mathieu, figure de la lutte des 1.100 salariés de l’usine Continental de Clairoix, dans l’Oise, passe aux Prud’hommes de Compiègne ce mardi. Le leader des «Conti» attaque en référé la direction de l’équipementier pour «discrimination et entrave».

L’ancien délégué CGT estime que l’entreprise a refusé de le réintégrer dans ses rangs, malgré une décision du tribunal administratif d'Amiens du 14 février. Retournement de situation le 5 décembre, Continental lui proposant un poste d'agent de sécurité… sur le site désaffecté de Clairoix. Ce mardi, c’est désormais un juge départiteur, c’est-à-dire un magistrat professionnel désigné, qui tranchera le dossier.

Vers de nouveaux horizons

Cette nouvelle journée signe-t-elle la fin d’un combat entre Xavier Mathieu et Continental, qui après un violent conflit social en 2009, a fermé son usine de fabrication de pneus dans l’Oise début 2010? La réponse est loin d’être écrite.

>> Notre portrait de Xavier Mathieu, à lire par là

Depuis quatre ans, l’engagement -et la gouaille- du délégué syndical ont médiatisé la lutte des salariés de Continental, devenu un symbole de la désindustrialisation du pays. Un engagement qui l’a mené, avec une poignée de collègues, devant la justice, après le saccage de la sous-préfecture de Compiègne (Oise) en avril 2009, puis pour refus de se laisser prélever de l’ADN.

Et une grande gueule qui le mène à la guéguerre avec Bernard Thibault, alors secrétaire général de la CGT, que Xavier Mathieu traite de «racaille», avant de revenir sur ces propos. Un personnage qui attire irrésistiblement le cinéma et le théâtre. L’homme a débuté sur les planches et est passé plusieurs fois devant la caméra, étant à l’affiche du prochain film de Nils Tavernier, «L’Epreuve d’une vie». Un titre qui entre en écho avec les luttes, sur le terrain, de Xavier Mathieu.

Anne-Laëtitia Beraud

Xavier Mathieu: «Tous les autres ont été réintégrés sauf moi»

4 contributions

Publié le 10 janvier 2014.

Xavier Mathieu, leader CGT des ex-salariés de l'usine Continental de Clairoix (Oise), le 2 janvier 2012, à Paris B.GUAY / AFP

INTERVIEW – L’ancien leader syndical de l’usine Continental de Clairoix (Oise) attend, ce vendredi, la décision des prud’hommes sur sa réintégration…

Quatre ans après, les caméras de télévision ont disparu. Mais Xavier Mathieu se bat toujours contre son ancien employeur. Ce vendredi, le conseil de prud’hommes de Compiègne (Oise) doit rendre sa décision. L’ancien leader CGT de l’usine Continental de Clairoix a attaqué son employeur pour «discrimination et entrave». Son but: obtenir sa réintégration. Il explique sa démarche à 20 Minutes.

Pourquoi vous estimez-vous victime de discrimination?

Tout simplement parce que cela fait un an que j’attends ma réintégration dans l’entreprise. Le tribunal administratif d’Amiens a estimé que le licenciement économique des 22 salariés protégés dont moi était illégal. Ils ont tous été réintégrés, sauf moi.

La direction ne vous a-t-elle pas proposé un poste d’agent de sécurité sur le site de Clairoix?

C’est de la fumisterie! L’usine est fermée depuis 2009. Et on sait bien que le site a été revendu. C’est de la poudre aux yeux. La seule question à laquelle je n’ai pas de réponse, c’est pourquoi envoie-t-on les CRS pour libérer les patrons séquestrés et pas pour faire appliquer la décision de justice me concernant.

Pensez-vous payer aujourd’hui pour le combat que vous avez mené?

C’est le lot de tous les gens qui osent se battre pour des idées et refuser l’insupportable.

Que faites-vous depuis le conflit à Continental?

Depuis cinq ans, la seule proposition que j’ai reçue vient du milieu du cinéma. C’est très précaire, stressant, dur. Mais j’ai joué quelques rôles. Le 23 janvier, je dois apparaître dans un téléfilm sur France 2. Surtout, le 27 mars, je serai à l’affiche du film «Toutes nos forces»


Voir la bande-annonce de «Ma part du gâteau» avec Xavier Mathieu

Cela ne vous suffit pas?

Depuis 2010, c’est surtout Pôle emploi qui m’aide. Car la meilleure année payée par le cinéma m’a rapporté moitié moins que ce que je gagnais chez Continental. Aujourd’hui, si je demande ma réintégration, c’est que j’en ai besoin.

Vous craignez, qu’après votre rôle dans le conflit social, personne ne veuille vous embaucher?

C’est un risque, en effet. Mais je ne regrette rien.

Vincent Vantighem

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"La Saga des Conti" : extension du domaine de la lutte

Le Monde.fr | 19.03.2013 à 12h45 • Mis à jour le 30.08.2013 à 09h18 |Par Isabelle Regnier

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Documentaire d'immersion, sans commentaire, sans temps mort non plus, La Saga des Conti plonge le spectateur dans la longue lutte des ouvriers de l'usine de pneus Continental à Clairoix qui a fait suite à leur licenciement collectif en mars 2009. Quatre ans après ces événements qui avaient été largement médiatisés à l'époque, le sujet ne semble guère engageant. Le film, pourtant, est passionnant.

Réalisé par Jérôme Palteau, un habitant de Clairoix, il documente précisément la mécanique de ce mouvement autonome, quasiment spontané, affranchi de toute allégeance syndicale, dont l'étincelle de départ est née d'un sentiment partagé d'indignation et de révolte.

La parole des personnages se conjugue aux expressions, souvent inventives, de leur lutte, pour mettre lumière les logiques de solidarité qui ont permis au mouvement de durer, et l'intelligence collective qu'elles ont fait naître, qui a conduit, in fine, à une jolie victoire.

Si une partie de l'histoire est reconstituée a posteriori, par une interview deXavier Mathieu, leader charismatique qui s'était imposé comme le visage et la voix du mouvement, l'intérêt du film réside surtout dans les scènes prises sur le vif.

Le cinéaste n'a pas pu tout filmer (on imagine que la caméra n'était pas bienvenue partout), mais il a assisté à certaines séances de brainstorming stratégique (orchestrées par l'excellent Roland Szpirko, vieux briscard des luttes sociales venu conseiller les Conti pour cette aventure), il est monté dans le train spécialement affrété pour les ouvriers de Clairoix, partis manifester aux côtés de leurs collègues allemands devant le siège de Continental en Allemagne le jour de l'assemblée générale des actionnaires...

Il a aussi suivi les négociations tripartites avec la direction de Continental et un émissaire du gouvernement, qui ont conduit, après un long bras de fer, à ce que l'on peut légitimement appeler un happy end.

L'élan engendré par le mouvement, la victoire de la dignité humaine qu'il a représentée font toute la valeur de ce film dont on regrette seulement qu'il ne se laisse pas un peu plus aller, sur le plan formel, sur le chemin du rêve ouvert parses personnages.

LA BANDE-ANNONCE (sur YouTube)

Film documentaire français de Jérôme Palteau (1 h 37).

Sur le Web : www.lasagadesconti.com.

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