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SERPENT -  LIBERTAIRE

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Disparition des insectes : une catastrophe silencieuse

Disparition des insectes : une catastrophe silencieuse

~Pour François Ramade, professeur émérite d’écologie à l’université de Paris-Sud, les insecticides modernes, notamment les néonicotinoïdes, causent une « catastrophe écologique ». Et, selon lui, « la réponse des pouvoirs publics des pays développés et des institutions multilatérales est absente ou dérisoire ». Les personnes de plus de quarante ans se souviennent des pare-brises, phares et calandres de voiture constellés de cadavres d’insectes. La propreté des voitures actuelles est le signe d’une disparition massive d’insectes qui doit nous alarmer. L’agriculture moderne a permis, par l’usage massif d’« intrants », une augmentation considérable de la productivité des cultures. Elle atteint depuis quelques décennies des limites dues à l’impact environnemental de ses pratiques. En effet, l’accroissement de productivité qu’elle a permis n’est pas dû à une révolution biologique dans le contrôle de la photosynthèse, mais à un recours sans cesse accru aux engrais chimiques et aux pesticides, dont les conséquences écologiques néfastes sont connues. Dès les années 60, la naturaliste américaine Rachel Carson décrivait dans son best-seller Silent Spring, la lente éradication des peuplements d’oiseaux par l’usage irréfléchi du DDT et d’autres insecticides organochlorés. Adieu abeilles, papillons, oiseaux Un danger plus redoutable nous menace avec l’usage des insecticides néonicotinoïdes, dont la molécule dérive de celle de la nicotine. Cette dernière, cause de l’addiction des fumeurs de tabac, est aussi un très puissant insecticide utilisé entre les deux guerres mondiales. Au début des années 90, les chimistes ont mis au point de nouvelles molécules dont l’imidaclopride, la clothianidine ou le thiamethoxam aussi insecticides que la nicotine, mais d’une plus grande stabilité moléculaire. Elles ont aussi pour « avantage » d’être « systémiques » : elles passent directement du sol dans les plantes par absorption radiculaire et pénètrent via la sève jusqu’à l’extrémité des pousses des feuilles et des fleurs. Elles se maintiennent au-delà de deux ans dans les sols, de sorte que, plusieurs saisons après l’épandage, d’autres plantes seront contaminées. Ces insecticides sont à l’origine du déclin des pollinisateurs dont les abeilles mais, au-delà, de l’ensemble des insectes et donc de la plupart des oiseaux, majoritairement insectivores. Il faut savoir qu’en sus des abeilles, la pollinisation des plantes cultivées est assurée majoritairement (à près de 80 %) par d’autres insectes, surtout des hyménoptères dits apoïdes. Certains d’entre eux sont sociaux, tels les bourdons, mais la plupart de ces bienfaiteurs de l’humanité sont solitaires. Depuis l’introduction des néonicotinoïdes en 1995, on observe un effondrement du nombre d’abeilles et une dégénérescence des ruches. En France, le nombre de ruches a chuté de deux millions en 1996 à 600 000 aujourd’hui. Simultanément s’observe une réduction brutale du nombre de pollinisateurs sauvages et, au-delà, de l’ensemble des insectes, comme l’a montré la récente campagne nationale de dénombrement des papillons. Diverses recherches, dont certaines effectuées en France, ont démontré la responsabilité directe des néonicotinoïdes dans cette hécatombe. Des abeilles butineuses équipées de nano-GPS traitées avec de très faibles doses d’imidaclopride se sont révélées incapables de retrouver leur ruche, ce qui explique la disparition des ouvrières et l’extinction des colonies. Ce déclin massif des insectes pollinisateurs constitue une menace calamiteuse pour l’agriculture. La disparition des abeilles et des hyménoptères apoïdes signifierait la fin de nombreux végétaux cultivés et entraînerait des pertes agricoles pouvant atteindre plusieurs centaines de milliards d’euros par an. Pis encore, la sécurité alimentaire de l’humanité ne serait plus assurée. Solutions européennes dérisoires Face cette catastrophe écologique en cours, la réponse des pouvoirs publics des pays développés et des institutions multilatérales est absente ou dérisoire. Les agences compétentes de l’ONU, tels la FAO ou le Pnue, ne se sont pas saisies du problème. En France et dans d’autres pays européens, l’interdiction partielle de l’imidaclopride et du fipronil n’est pas suffisante, tout comme la décision récente de l’Union européenne d’interdire pour trois ans le premier de ces insecticides ainsi que la clothianidine et le thiamethoxam. C’est l’interdiction de la totalité des néonicotinoïdes qui s’impose de toute urgence ! Un groupe international d’experts s’est créé en 2009, à l’initiative de Maarten Bijleveld, ancien secrétaire scientifique de la commission écologie de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il a rassemblé les preuves scientifiques justifiant cette interdiction et milite auprès des pouvoirs publics européens et des institutions internationales pour l’obtenir. Où sont les politiques en charge de notre avenir ? François Ramade est professeur émérite d’écologie à l’université de Paris-Sud (Laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution de la faculté des sciences d’Orsay) et auteur du Dictionnaire encyclopédique de l’écologie et des sciences de l’environnement (Dunod). Source : Marianne.net Photos : . Chapô : Pixabay (PublicDomainPictures / Public Domain CC0) . Abeille : Pixabay (Washu / Public Domain CC0) Lire aussi : Monsanto veut contrôler le business des abeilles Info Testet : le massacre des arbres continue mais la résistance populaire grandit GRÉGOIRE SOUCHAY (REPORTERRE) Une semaine terrible s’achève sur la zone humide du Testet. Gendarmes et bûcherons ont déjà rasé un quart de la zone concernée par le projet. Mais la mobilisation pour résister se renforce. Un grand rassemblement a lieu ce dimanche. DOSSIER : La bataille pour sauver la zone humide du Testet REPORTERRE Dans le Tarn, le projet de barrage de Sivens menace d’engloutir plus de trente hectares de forêts et de zone humide pour un gain économique dérisoire. La résistance ne cesse de monter depuis l’automne 2013. BREVES - La France étant condamnée par l’Europe pour sa pollution par les nitrates, Manuel Valls veut une adaptation de la directive nitrates Tribune Climat : ne prenons plus l’avion PIERRE-EMMANUEL NEUROHR Premier détenu climatique de France, Pierre-Emmanuel Neurohr a passé deux mois en prison pour avoir bloqué des avions. Il repasse en procès ce vendredi 5 septembre. Il estime que le changement climatique entraîne un risque de génocide. CHRONIQUE - Mille milliards pour sauver les banques. Et rien pour le climat ? PIERRE LARROUTUROU Des milliards d’euros ont été avancés pour sauver les banques. Si l’on peut mettre tant d’argent sur la table pour les banques, il faut en faire autant pour sauver le climat. À quelques mois du sommet Climat de Paris, il est temps de lancer un grand plan de financement de la transition énergétique et d’affirmer avec force qu’il y a une alternative au dogme néo-libéral destructeur du climat défendu par les pseudo-socialistes. Lanza del Vasto : non-violence rime avec décroissance FRÉDÉRIC ROGNON Lanza del Vasto (1901-1981), disciple de Gandhi et fondateur du mouvement de l’Arche, a joué un rôle central pour la diffusion de la non-violence en France. Sa pensée et son action résonnent aujourd’hui avec le mouvement écologiste critique de la croissance et du développement. Rencontre avec Frédéric Rognon, auteur de Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire. Lettre d'info Une fois par semaine, la sélection de Reporterre Une minute, une question L’écologie politique a-t-elle les moyens de rivaliser avec le Front national ? Erwan Le Coeur Pourquoi est-il urgent de réglementer les perturbateurs endocriniens ? Michèle Rivasi Qu’est-ce que l’écologie de l’attention ? Igor Galligo Pourquoi lancer une marque de textile éco-responsable ? Axelle Les expériences de monnaies locales en Amérique du sud ont-elles été positives ? Nathanaël Legeard Pourquoi montez-vous un spectacle sur les vers de terre ? Sophie Accaoui Accueil | Qui sommes-nous ? | La vie de Reporterre | Mentions légales | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0

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