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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

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CHIITES CONTRE SUNNITES

Ce qui se passe aujourd'hui en Irak et en Syrie avec l'Etat islamique en Irak et au Levant tient notamment à l'affrontement entre ces deux branches de l'islam. L'antagonisme n'est pas nouveau mais il connaît une recrudescence.


Messi vient de marquer un but contre l'Iran en match de poule de la Coupe du monde. De Los Angeles à Téhéran, les Iraniens sont dépités, et des djihadistes affiliés à l'Etat islamique en Irak et au Levant invitent la star de foot rebaptisée «Abu Mehaddaf al-Arjantini» à rejoindre le djihad après l'avoir élevé au rang d'«émir de l'Amérique du Sud». Quel rapport?


Les membres de l'EIIL sont des extrémistes sunnites qui se battent en Irak contre le gouvernement du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, et l'équipe de foot iranienne, la Team Melli, représente la République islamique d'Iran, un Etat chiite qui soutient précisément Al-Maliki. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis...
Les djihadistes de l'EIIL, très présents sur Internet, tentent de séduire un public jeune, fan de football en diffusant depuis quelques semaines des messages de ce genre sur Facebook et Twitter. A la limite de la plaisanterie parfois, ils ont usurpé le hashtag #WorldCup2014 pour promouvoir des images de leurs victoires militaires en Irak.
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Sur le terrain, en Irak, en Syrie, au Bahrein, au Yémen et même dans l'est de l'Arabie saoudite, l'animosité entre certaines communautés chiites et sunnites s’enfonce dans une violence incontrôlable. Cet antagonisme chiites-sunnites structure désormais le cauchemar syrien et l'enfer irakien. La rivalité entre chiites et sunnites n'est pas nouvelle, elle date des premiers temps de l'islam et de la grande discorde après la mort du Prophète, «la fitna». On a parfois l'impression que quelqu'un a décidé de mettre le feu aux poudres. Mais qui?
L'onde de choc des révoltes arabes?
L'une des théories consiste à faire porter la faute sur les révolutions arabes. Elles ont remis en question un ordre établi et stable, installé par des dictateurs en place depuis des années dans la région. Le dynamisme insufflé par les mouvements de révolte arabes depuis la Tunisie jusqu'à l'Egypte puis Damas en 2011, a relancé la tectonique des plaques dans une zone sensible.
La Syrie par exemple, est peuplée entre autres de sunnites majoritaires mais les Assad père et fils ont toujours favorisé les alaouites syriens, 10%-12% de la population, au détriment des sunnites dans le pays. Les Assad sont des alaouites et la communauté alaouite est intimement liée à l'Etat syrien. Cette religion reste une branche lointaine du chiisme mais elle y est souvent assimilée, notamment par les extrémistes sunnites –pas forcément syriens– qui combattent actuellement en Syrie. Et ces extrémistes considèrent les alaouites comme hérétiques de même que les chiites.
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En Irak, Saddam Hussein, qui était le premier à opprimer les chiites, tenait le pays d'une main de fer. Comme les Assad, il a contenu les velléités des différentes religions par son autoritarisme tout en semant au fil des années, des discriminations, et des répressions, les graines de la haine confessionnelle à venir, celle qui s'impose violemment aujourd'hui.
Les Occidentaux?
Assad et Hussein n’ont finalement pas fait différemment des Occidentaux qui ont eux aussi surfé sur les divergences confessionnelles pour asseoir leurs intérêts géopolitiques. A partir de 1920 après le traité de Sèvres, l'Irak devient un mandat britannique. Les Britanniques s'appuient alors sur les grandes familles sunnites auxquelles l’Empire ottoman distribuait déjà titres et privilèges.
«Les Britanniques, dans un objectif de pacification globale de la région, cherchent à protéger la route des Indes en adoptant une politique confessionnelle en faveur du sunnisme. En effet, dans leur lutte contre l’Empire ottoman, ils s’allient en 1915 au chérif Hussein de La Mecque et à ses trois fils, haute autorité sunnite, afin d’assurer la stabilité de la région. (...) Selon Londres, l’accession au pouvoir des sunnites, partisans d’un Etat laïc avec une idéologie nationaliste panarabe, permettrait d’éviter les conflits ultérieurs entre les Etats-nations du Moyen-Orient», explique Clément Guillemot dans les Clefs du Moyen-Orient.
Les chiites seront relégués au second rang et des révoltes éclateront en 1920, 1935, 1936 et 1937. Elles s’achèvent toutes dans la répression britannique.
«Ainsi, depuis la création de l'Etat, un fort sentiment d’injustice s’est développé parmi les chiites du fait de leur sous-représentation dans les instances de pouvoir.»
Du côté sunnite également, les rancunes persistent contre les interventions occidentales dans le destin du Moyen-Orient à cette période. Les accords secrets de Sykes-Picot datant de 1916 sont dans le collimateur aujourd'hui, 98 ans plus tard!
La carte des accords Sykes-Picot. La zone «A» revient à la France, la zone «B» à la Grande-Bretagne, via Wikipedia
Sykes-Picot est devenu la cible des djihadistes de l'EIIL sur Twitter. De nombreux tweets alimentent le hashtag #SykesPicotOver. Ces accords symbolisent pour eux la trahison occidentale.
A l'époque, les Britanniques avaient promis aux peuples arabes de créer un grand royaume indépendant mais ces accords secrets conclus entre la France et le Royaume-Unis ont contribué à découper les frontières des pays arabes de la région.
Ils ne seront finalement pas appliqués mais ils servent de base au dessin de la carte actuelle. L'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) conteste ces frontières, il a pour ambition de redessiner la carte de l'Irak et de la Syrie en fondant un «califat» à cheval sur plusieurs pays existant.
L'intervention américaine en Irak?
L'Irak vit aujourd'hui sous la menace des djihadistes de l'EIIL. Est-ce un retour de boomerang? Après avoir renversé la dictature de Saddam Hussein en 2003, les Américains ont porté au pouvoir la majorité chiite, puis ils se sont retirés d'Irak.
«J'ai dit aux leaders du parti Baas qu'ils ne pouvaient pas participer au gouvernement. Ils étaient libres de faire ce qu'ils voulaient: créer des journaux, retourner à la vie civile... Mon erreur a été de confier la mise en application de cette mesure aux hommes politiques irakiens, qui l’ont appliquée trop largement», a reconnu Paul Bremer, ancien administrateur général des Etats-Unis en Irak jusqu'en 2004, interviewé récemment sur France24.
Depuis son accès au pouvoir, le Premier ministre Nouri al-Maliki a commis beaucoup d'erreurs. Il s'est enfoncé dans une politique sectaire contre les sunnites, les excluant des postes à haute responsabilité dans l'armée. La répression de certaines rébellions par des bombardements et l’envoi de milices chiites extrémistes ultraviolentes ont conduit, sans surprise, d'anciens militaires du parti Baas de Saddam Hussein à se rallier à l'EIIL. Certaines populations sunnites préfèrent aujourd’hui la protection des djihadistes à celle, défaillante, de leur propre Etat.
Un affrontement géostratégique entre l’Iran et l’Arabie saoudite?
En tant que République islamique et chiite, l'Iran se positionne évidemment en protecteur des chiites. Des lieux saints fondamentaux du chiisme se situent sur le sol irakien et sont directement visés par les djihadistes. Des centaines de milliers d’Iraniens s'y rendent chaque année en pèlerinage. Notamment Kerbala où se trouve le mausolée de l'imam Hussein, petit-fils de prophète Mahomet qui y a perdu la vie dans des combats contre les sunnites en 680.
«La nation iranienne fera tout pour défendre les lieux saints», a prévenu le President iranien Hassan Rohani mi-juin.
De la même manière, Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah au Liban, a déclaré que les mausolées chiites d'Irak revêtaient une telle importance aux yeux du Hezbollah qu'ils étaient prêts pour les défendre à «se sacrifier cinq fois plus qu'en Syrie».
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Derrière les intérêts religieux, les Iraniens sont aussi préoccupés par la fulgurante avancée de l’insurrection sunnite et djihadiste en Irak, une poussée qu'ils n'ont pas anticipée, étant focalisé sur l'allié syrien. Téhéran craint de voir le retour au pouvoir de la minorité sunnite à ses frontières. Le pays a vécu une guerre de huit ans contre l'Irak de Saddam Hussein qui a laissé des stigmates et un million de morts, alors les Iraniens souhaiteraient éviter que ne se reproduise un tel scénario.
Pour Clément Therme, chercheur associé à l'EHESS et à l'université de Genève, Téhéran redoute aussi la déstabilisation de l'Irak par crainte «d'être entourées d'Etats faillis. Ils ont déjà une autre frontière avec l'Afghanistan», rappelle le chercheur.
D'après des sources américaines, au moins trois unités de la Force al-Qods, bras armé de l'Iran hors de son territoire, ont passé la frontière pour venir prêter main forte à l'état-major irakien.
Côté saoudien, il y a un d'abord un soutien moral à la communauté sunnite qui s'appuie sur le discours religieux salafiste, fondamentalement anti-chiite. Sur le terrain militaire, le soutien aux djihadistes serait surtout financier, par des réseaux privés émanant d'hommes d'affaires, de personnalités religieuses qui versent des sommes d'argent colossales. Les groupes djihadistes qui en bénéficient varient et les versements fluctuent.
Les Saoudiens jouent leur survie hégémonique

Depuis la chute de Saddam Hussein, un croissant de gouvernements pro-chiites s'est dessiné de Téhéran à Beyrouth, en passant par l'Irak et la Syrie. L'Arabie saoudite est cerclée de toute part, également au sud et à l'est. Au Bahreïn, la majorité chiite se soulève depuis 3 ans contre le gouvernement sunnite. Riyad est directement intervenu en envoyant des troupes sur le territoire bahreïni pour les réprimer. Au Yémen, c'est un mouvement zaïdite –une branche du chiisme– qui menace la stabilité aux frontières de l'Arabie saoudite dans le nord du pays. Au sein même du royaume saoudien, les 15% de chiites qui vivent dans la province orientale, où se trouvent les champs de pétrole, se soulèvent depuis 3 ans.
Dans cette guerre contre les chiites, les Saoudiens jouent donc leur survie hégémonique. Ils n'ont pas accepté qu'en 2003 les Américains installent un gouvernement chiite en Irak et ils sont sérieusement préoccupés par l'influence iranienne sur Bagdad. Ils voient une mainmise iranienne visant à les déstabiliser à travers tous les soulèvements chiites de la région. Et l'inquiétude saoudienne croît à mesure que les discussions entre l'Iran et les pays occidentaux avancent.
Riyad était jusque-là l'allié principal des Etats-Unis pour la régulation du marché pétrolier, mais ce rôle pourrait être amoindri si les relations avec l'Iran, détenteur des deuxièmes réserves mondiales de pétrole brut, se normalisent.
Mais si l'Arabie saoudite se réjouit aujourd'hui de voir les chiites irakiens en difficulté, on peut se demander si le résultat va vraiment tourner à son avantage. L'Etat islamique en Irak et au Levant est certes proche de la mouvance sunnite de Riyad, mais le groupe djihadiste a des ambitions politiques: fonder un califat à cheval sur plusieurs pays arabes de la région. Les frontières de l'Arabie pourraient être menacées à terme, si les ambitions de l'EIIL débordent.
Et si Riyad décide finalement de s'allier à ses homologues iraniens pour empêcher cela, ce sera trop tard. Dans l'opinion publique des pays de la région, le discours religieux de haine poussé par toutes les parties en présence est allé trop loin pour qu'on puisse revenir à une approche strictement politique.
Bahar Makooi

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Les noms donnés à l'organisation islamiste diffèrent d’un média à l’autre: l’Etat islamique en Irak et au Levant, l’Etat islamique d’Irak et du Levant, ISIS, Daech...
Que signifie chacun de ces termes et leur emploi plutôt qu'un autre?
En arabe, la formule « الدولة الإسلامية في العراق والشام» (ad Dawla al Islamiya fi al ‘Iraq wa ash Sham) signifie littéralement «l'Etat islamique en Irak et au Levant» (EIIL ou ISIL en anglais). C'est cette formulation, et non «l'Etat islamique de Irak et du Levant», qui est la plus proche de la syntaxe en arabe.
De nombreux médias utilisent cependant l'acronyme arabe «Da'ech» («داعش»). Selon certains chercheurs, comme Romain Caillet, la sonorité de ce terme serait jugée disgracieuse. Ce serait donc pour cela qu'il est utilisé majoritairement par les opposants à l'EIIL.


Pour Myriam Benraad, politologue spécialiste de l'Irak, il s'agit d'un «non-débat».
«Le terme "Da'ech"n'est pas péjoratif en soi, il l'est devenu en raison du contenu qu'on lui associe: les exactions, les exécutions, les offensives, etc.»
Si les partisans de l'EIIL n'utilisent pas ce terme, c'est qu'ils sont «dans une logique de pureté de la langue, poursuit la chercheuse. Leurs communiqués sont écrits dans un arabe parfait et donc choisi et sans fautes, ce qui leur permet d'affirmer leur identité et de recruter plus. Ils n'utilisent donc pas cet acronyme».
Les partisans de l'EIIL utilisent cependant, dans leurs communications sur les réseaux sociaux et autres, l'acronyme anglais «ISIS». Selon les médias, deux significations différentes lui sont associées: «Islamic State in Irak and Syria» [Etat islamique en Irak et en Syrie] ou «Islamic State in Irak and al-Sham»[Etat islamique en Irak et al-Sham].
Mais seule la seconde formule est correcte, car les objectifs de cette organisation ne se limitent pas à l'Irak et à la Syrie. Le Sham désigne le Levant, c'est le nom qui était donné historiquement à la Syrie, au Liban, à la Jordanie et à Isräel-Palestine avant le tracé des frontières coloniales.
Myriam Benraad explique:
«Pour l'instant, les combattants ne sont vraiment actifs que dans cette région, mais leur objectif est un califat sunnite qui va bien au-delà de l’Irak et du Levant et qui s'étendrait à l'ensemble du monde musulman. Ils parlent déjà de s'étendre à l'Egypte et dans les pays du Golfe. Et rien ne dit qu'il ne se rebaptiseront pas un jour.»
Fanny Arlandis

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Les djihadistes d'EIIL peuvent-ils détrôner les vieux d'al-Qaida?
Françoise Chipaux Monde 25.06.2014 - 15 h 43 mis à jour le 25.06.2014 à 15 h 43
Un combattant de l'EIIL à Mossoul, le 23 juin 2014. REUTERS
Un combattant de l'EIIL à Mossoul, le 23 juin 2014. REUTERS
Al-Qaida n'est plus aujourd'hui l'organisation centralisée et puissante qu'elle était à son apogée en 2001. Mais il est encore trop tôt pour évoquer une passation de pouvoir.


De son repaire dans les confins montagneux qui séparent le Pakistan de l'Afghanistan, Ayman al-Zawahiri, le chef d'al-Qaida, contemple sans doute avec envie les récents succès de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). La montée en puissance de ce groupe qu'il a publiquement désavoué et répudié en février pour sa conduite en Syrie menace directement son pouvoir et l'emprise qu'il a encore sur les branches d'al-Qaida.
S'il est trop tôt pour évoquer une passation de pouvoir, al-Qaida n'est plus aujourd'hui l'organisation centralisée et puissante qu'elle était à son apogée en 2001. La mort de son chef historique, Oussama ben Laden, la clandestinité à laquelle sont contraints ceux de ses dirigeants qui n'ont pas été tués ou arrêtés, ont affaibli son appel et mis à mal ses finances. Les attaques du 11 septembre 2001 sont vieilles de treize ans et pour les jeunes de 18-20 ans qui s'engagent aujourd'hui, c'est de l'histoire ancienne.
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Contrairement à l'EIIL qui fait feu de tout bois sur les terrains syrien et irakien, al-Qaida n'a pas grand-chose à montrer. Zawahiri n'a jamais eu l'aura de Ben Laden et son incapacité à communiquer directement n'arrange pas les choses. Peu formés sur le plan religieux, encore moins tolérants que leurs aînés, les jeunes djihadistes acceptent plus facilement l'extrémisme de l'EIIL.
La percée de l'EIIL dans les rangs des djihadistes internationaux tient à son entrée en Syrie en 2013, ce pays servant d'aimant pour nombre de jeunes attirés par le djihad. Les rapides victoires d'Abou Bakr al Baghdadi, le chef de l'EIIL ont facilité le recrutement de militants et le désaveu de l'organisation par le chef d'al-Qaida, désignant le Front al-Nosra comme le seul représentant d'al-Qaida en Syrie n'y a rien changé.
Devant les succès de l'EIIL en Irak, le Front al-Nasra a préféré se joindre à son concurrent au principal point de passage entre l'Irak et la Syrie.
Al-Qaida reste-t-elle la référence?
Les victoires attirent les financements et de ce côté, l'EIIL se porte très bien. Selon The Guardian, les autorités irakiennes auraient mis la main sur des cartes mémoires stipulant qu'avant la prise de Mossoul, l'EIIL était à la tête de 875 millions de dollars. Outre les dons privés, l'EIIL aurait exploité à son profit les puits de pétrole de l'est syrien et vendu des antiquités de très grande valeur dérobées en Syrie.
Pour les 18-20 ans,
le 11-Septembre, c'est de l'histoire ancienne

Depuis, les millions de dollars siphonnés dans les banques de Mossoul et les équipements militaires américains abandonnés par l'armée irakienne sont venus renforcer les coffres de l'organisation. L'EIIL qui a peut être appris d'al-Qaida, l'importance de la propagande, a mis en valeur ses prises de guerre qui ne peuvent qu'encourager les candidats au djihad à rejoindre le groupe.
Dirigé jusqu'à présent par al-Qaida, le djihad global qui visait pour son fondateur Ben Laden à l'instauration mondial du califat a peut être vécu sous sa forme centralisée. Pour les aspirants au Djihad, répartis par régions d'influence, al-Qaida est semble-t-il davantage devenue une inspiration qu'une force déterminante dans la conduite des opérations. Les franchises qui se réclament encore des pères fondateurs, comme al-Qaida au Magreb islamique, al-Qaida dans la péninsule arabique, al Shabaab en Somalie ont des liens plus ou moins lâches avec l'organisation initiale.
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Pour prétendre à détrôner d'al-Qaida, il faudrait d'abord que l'EIIL consolide ses succès en Irak qui restent dépendants de ses alliances: d'une part avec les tribus sunnites marginalisées par le pouvoir de Nouri al Maliki et d'autre part les anciens officiers du Baas écartés par les Etats-Unis. L'extrémisme islamique pratiqué par l'EIIL dans les territoires sous son contrôle pourrait très vite aliéner une partie de la population. Abou Bakr al Baghdadi n'a pas non plus derrière lui la renommée d'un Ben Laden, un Saoudien qui avait abandonné la vie facile promise par sa fortune au profit du djihad, un argument toujours souligné par ses fidèles.
En éclatant en groupes plus ou moins contrôlés, al-Qaida n'a pas perdu son pouvoir de nuisance et son nom continue pour l'instant à attirer pour nombre de jeunes qui rallient suivant leurs moyens les groupes les plus actifs et les plus aptes à répondre à leurs aspirations.
Françoise Chipaux

EIIL: la résistible ascension du califat en Irak et en Syrie
Bachir El Khoury Monde 20.06.2014 - 14 h 51 mis à jour le 22.06.2014 à 18 h 18
Un combattant de l'EIIL, au nord de Mossoul, le 11 juin 2014. REUTERS
Un combattant de l'EIIL, au nord de Mossoul, le 11 juin 2014. REUTERS
Des villes irakiennes tombent, l’une après l’autre, dans l’escarcelle d’un des groupes les plus radicaux au Moyen-Orient, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Il a mis la main le 21 juin sur trois nouvelles villes à l'ouest de l'Irak et un point de passage à la frontière de la Syrie. De plus en plus riche et puissant, son expansion compte tout de même des limites.


La chute de Mossoul aux mains du groupe salafiste al-Dawla al-Islamiyya fi al-Iraq wal-Sham (l’Etat islamique en Irak et au Levant, EIIL), suscite depuis plus d’une semaine de nombreuses interrogations quant à la vitesse à laquelle la deuxième ville d’Irak a été arrachée à l’autorité centrale, ainsi que sur les capacités militaires du groupe ultra-radical face à l’armée irakienne mais aussi sur les motifs stratégiques de cette expansion.
Jusque-là réputé pour ses activités en Syrie, où il avait rejoint la rébellion armée contre le régime de Bachar el-Assad avant de s’ériger en entité indépendante combattant aussi bien les forces régulières que les autres factions armées de l’opposition (modérée et islamique) ainsi que les milices kurdes, l’EIIL avait progressivement commencé à étendre son influence au-delà des frontières syriennes l’an dernier. Si la chute accélérée de Mossoul a abasourdi aussi bien les habitants de la province que les médias internationaux, elle n’est pourtant pas si surprenante. Romain Caillet, chercheur sur les groupes radicaux au sein de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO), précise:
«Le groupe contrôle depuis plusieurs années une partie de la province d’Anbar, où il avait conclu une alliance en 2006 avec une trentaine de tribus locales qui représentent 70% de la population de la région (…) Il était également présent à Mossoul, où il prélevait des taxes à hauteur de 8 millions de dollars par mois.»
Il ajoute:
«L’EIIL est également infiltré au sein de l’administration irakienne et fonctionnait déjà comme un Etat au sein de l’Etat. Le régime de Nouri al-Maliki a sous-estimé, en revanche, sa capacité à lancer une insurrection et à s’imposer sur le plan militaire.»
Cette insurrection a commencé dans la ville de Fallouja, dans la province d’Anbar. D’abord déclenchée par les tribus locales, elle fut appuyée militairement par l’EIIL qui prit le contrôle total de la ville en janvier 2014. Progressivement, le groupe gagne alors du terrain et commence à jouir d’une influence majeure dans cette zone frontalière de la Syrie.
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La vitesse à laquelle le groupe a réussi à prendre d’assaut d’autres villes à travers le pays et l’absence de réaction efficace de l’armée irakienne, qui possède des avions F16 et d’autres équipements lourds s’expliquent non seulement par les failles majeures au sein du commandement et de la stratégie militaires mais aussi parce que «certains généraux auraient été soudoyés par l’EIIL et seraient aujourd’hui aux commandes de l’offensive djihadiste, aux côtés d’anciens officiers du régime baasiste irakien qui connaissent la structure du terrain et celle de l’armée», ajoute le chercheur à l’IFPO.
Preuve de trahison ou de confusion au sein de l’armée, le Premier ministre Nouri al-Maliki a limogé mardi plusieurs hauts commandants des forces de sécurité.
Une stratégie militaire bien définie
Du côté de l’EIIL, alors que les prises de certaines villes ou localités en Syrie et en Irak semblaient jusque-là tactiques et disparates, l’occupation de Mossoul et la marche vers Bagdad confirment l’hypothèse selon laquelle le groupe agirait selon une stratégie préméditée. Raphaël Lefèvre, chercheur au centre Carnegie à Beyrouth, souligne:
«Tout indique que la prise de Mossoul a été soigneusement préparée en coopération avec les alliés locaux de l’EIIL comme certaines tribus arabes et des anciens officiers du parti Baas irakien.»
Cette stratégie a été confortée par les gains notoires réalisés en Syrie et la volonté d’élargir le couloir nécessaire au transfert d’armes et de combattants entre les deux pays. Le contrôle de la frontière syro-irakienne constitue en effet l’un des piliers de la stratégie d’expansion de l’EIIL. En Irak, «l’objectif militaire est clair; il s’agit de contrôler totalement certaines villes-clés, comme Baidji et Kirkouk, qui comportent des raffineries de pétrole, ainsi que les bases militaires autour de Bagdad, notamment celle de Taji. Si cette dernière est occupée, c’est la moitié de Bagdad qui tombe», explique Romain Caillet.


Les villes citées dans l'article
Ces conquêtes s’inscrivent dans le cadre d’un objectif politique plus large: celui de la création d’un Etat islamique transfrontalier qui inclurait, comme le suggère la dénomination du groupe, l’Irak, la Syrie, le Liban et la Palestine, et qui serait le prélude à l’instauration d’un califat.
Preuve d’une détermination à fonder un territoire administré par un pouvoir bien structuré, le groupe a jeté à Raqqa les fondements de futures «institutions», aujourd’hui encore embryonnaires, où il assure désormais plusieurs services publics, dont le Transport, par le biais d’une institution islamique spécifique, ainsi que des services sociaux et la production et la distribution de pain. Romain Caillet:
«Cela constitue une nouvelle étape dans l’histoire contemporaine du monde musulman (…) Il s’agit d’un palier au-dessus de celui d’al-Qaida, qui n’a jamais pu établir ni un projet politique réel ni des institutions.»
Le projet de rétablissement d’un califat, dont le dernier remonte à 1924, après le démantèlement de l’empire ottoman, n’est toutefois pas propre aux seuls djihadistes de l’EIIL. De nombreux mouvements islamiques, dont l’organisation des Frères musulmans, fondée en 1928, quatre ans après la chute du dernier calife, avaient comme ultime objectif la création d’un grand Etat islamique à travers le monde arabe, fondé sur la charia, même si leur discours a évolué au fil du dernier siècle.
Combattre le «projet safavide»
Si ce projet ambitieux demeure le principal dessein du groupe salafiste, les récents évènements en Irak ne sont pas uniquement liés à la création d’un califat ni à l’EIIL. Il s’agit également d’une insurrection sunnite contre le pouvoir chiite en place. D’autres groupes radicaux comme Ansar al-islam et Jaish al-moujahidin cherchent à rétablir une suprématie sunnite perdue, qui remonte à l’époque ottomane, et que le régime de Saddam Hussein (1979-2003) avait consacrée. Raphaël Lefèvre explique:
«Pour cette coalition hétérogène, il s'agit d'abord d'établir des zones autonomes dans les régions à majorité sunnite et de miner la légitimité de l'Etat irakien, perçu comme pro-chiite et allié de l'ennemi iranien depuis l'intronisation de Nouri al-Maliki comme Premier ministre en 2006.»
Autre but découlant du premier: contrer l’extension de l’influence iranienne dans la région, appelée anachroniquement le plan «safavide» dans certains milieux arabes sunnites pour décrire une volonté présumée de conquête par Téhéran de l’ensemble du Moyen-Orient.
L'Etat séfévide entre 1512 et 1722 via Wikimedia Commons
Cette appellation fait référence à l’Empire éponyme, qui avait régné en Iran de 1501 à 1722, transformant l’islam chiite en religion d’Etat et menant des guerres contre l’Empire ottoman, la puissance sunnite dirigeante de l’époque.
A son apogée, l’Empire safavide a régné sur un territoire plus vastes que celui de l’Iran actuel. A l’est, il dominait des grandes parties de l’Afghanistan, du Pakistan et du Turkménistan. A l’ouest, il contrôlait la moitié de l’Irak, notamment Bagdad, ainsi qu’une partie de l’ouest de la Syrie.
Pour réaliser ses multiples objectifs, auxquels s’ajoute le contrôle des zones riches en pétrole et en gaz, et l’amas de richesses pour financer ses activités, le groupe fait feu de tout bois. Le groupe Jaish al-Mouhajirin wal-Ansar, largement composé de combattants venus du Caucase et d’Asie centrale, a fusionné en mai 2013 avec l’EIIL. Son chef, Omar Al-Shishani, un Tchétchène originaire de la Vallée de Pankissi en Géorgie, avait alors été intronisé Wali (gouverneur) d’Alep, d’Idlib, et de Lattaquié.
Outre les mercenaires, l’EIIL puise également dans le vivier des tribus sunnites ébranlées par l’affaiblissement de l’autorité centrale en Syrie, notamment au nord d’Alep et de Raqqa. «Certaines de ces tribus en quête de stabilité ne partagent pourtant pas l’idéologie des groupes islamistes vers lesquels elles se tournées par défaut, à l’instar de la tribu AFadila qui a longtemps soutenu le régime syrien», souligne Romain Caillet.
En Irak, le groupe joue davantage sur la fibre sectaire et les poches de misère. Raphaël Lefèvre:
«Il recrute principalement des jeunes sunnites radicalisés par la marginalisation politique et socio-économique de leur communauté, sous le régime chiite en place (…). C'est donc davantage le discours anti-gouvernemental et anti-chiite de l'EIIL qui attire ces nouvelles recrues plutôt que la composante djihadiste ou islamique de la rhétorique du groupe.»
Le groupe mise, par ailleurs, sur la libération de milliers de djihadistes des geôles syriennes et irakiennes, comme cela a été le cas récemment à Mossoul, pour renflouer ses effectifs, qui s’élèveraient désormais à 20.000 combattants répartis entre la Syrie et l’Irak. Cette quête a été facilitée par le régime de Bachar el-Assad, qui a délibérément libéré des djihadistes de ses prisons pour renforcer les groupes islamistes aux dépens de la rébellion modérée.
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Quant à l’armement, il repose sur un dispositif formé d’équipements procurés ou volés au fil des conquêtes. «En Syrie, le groupe a pu s’emparer d’importantes quantités d’armes provenant des bases militaires du régime autour d'Alep et d'autres régions qu’il a occupées (…) Il utilise également les armes des rebelles rivaux qu’il enlève (…). Quant à l’Irak, le groupe a dépouillé l’armée de ses munitions et véhicules de combat dans les zones où celle-ci a abandonné ses positions», précise Aron Lund, auteur de plusieurs rapports sur les groupes islamistes pour le compte de l’Institut Suédois des Affaires Internationales .
Le braquage de banques et d’autres types d’activités criminelles sont également monnaie courante. A Mossoul, dans le sillage de la prise de la ville, le groupe a mis à sac la Banque centrale, amassant quelque 430 millions de dollars. Un an et demi plus tôt, lors de l’assaut sur Alep, le groupe s’était dirigé droit vers la zone industrielle de la ville.
Aujourd’hui, les richesses de l’EIIL sont estimées à plus de deux milliards de dollars, armements et argent liquide inclus, selon The Guardian, le plaçant à la tête de toutes les organisations terroristes dans le monde.
Ce pouvoir financier provient également d’années de prélèvements de taxes, de l’exploitation des richesses minières et des «donations généreuses de certains individus, essentiellement actifs dans les pays du Golfe, qui s’identifient à l'agenda idéologique du groupe», ajoute Raphaël Lefèvre.
Quelques contrats de vente de pétrole ont même lieu à travers les services de renseignements syriens, selon The Telegraph. Le régime de Bachar el-Assad est en effet soupçonné de renforcer indirectement les groupes radicaux (Front al-Nosra et l’EIIL) dans le but de légitimer davantage sa rhétorique de «lutte contre le terrorisme».
Les limites de l’ascension
Cette fulgurante montée en puissance du groupe salafiste n’est toutefois pas sans limites.
Le terrain syrien reste aujourd’hui, malgré les gains territoriaux de l’EIIL, largement partagé entre plusieurs groupes d’influences, à savoir les forces de Bachar el-Assad, l’Armée syrienne libre (ASL), Al-Nosra, ainsi que les milices kurdes et le Front islamique.
Même dans la province de Raqqa, considérée comme le fief du groupe, l’EIIL n’a toujours pas réussi à étendre son emprise sur l’ensemble de la région. Dans plusieurs localités, des combats continuent d’opposer les djihadistes aux unités de protection du peuple kurde, l’YPG, pour lesquelles Raqqa a toujours été une extension naturelle du «Kurdistan syrien» et revêt ainsi une importance capitale pour tout éventuel projet d’autonomie transnational à l’avenir. Raphaël Lefèvre:
«En outre, et contrairement à l’Irak où sa présence est tolérée par d’importantes franges de la population sunnite, l'EIIL est largement perçu en Syrie comme un corps étranger qu'il faut expulser coûte que coûte hors du pays.»
En Irak, l’heure est plutôt aux victoires militaires, mais le groupe salafiste n’a toujours pas le contrôle absolu du désert d’Anbar, proche de la frontière syrienne, qu’il contrôlait à hauteur de 40% en décembre dernier, selon le Washington Post, ni des autres provinces concernées où il a pris d’assaut quelques villes et/ou secteurs.


Des combattants de l'armée du Mehdi, à Najfa, le 18 juin 2014. REUTERS/Ahmad Mousa
Au-delà de la dimension territoriale, la limite est surtout démographique, explique Romain Caillet. «Près de 70% de la population irakienne est chiite, tandis que 15% est kurde. Les arabes sunnites représentent ainsi 20% de la population», précise-t-il.
Bassora, Najaf, Karbala et d’autres villes majoritairement chiites seront donc difficiles à occuper, même si le groupe vient de s’emparer de Tel Afar, une enclave chiite au sein de la province majoritairement sunnite de Ninive.
A cette limite «structurelle» s’ajoute l’appui de l’Iran à l’armée irakienne et aux milices chiites présentes sur place, dont l’armée du Mahdi et Kata’eb Hezbollah, qui devrait également contrer l’avancée du groupe sunnite radical. Selon des informations sécuritaires irakiennes, Téhéran aurait déjà déployé en Irak trois bataillons des Forces Al-Qods, l’unité d'élite extraterritoriale des Gardiens de la Révolution.
Bachir El Khoury

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Abou Bakr Al-Baghdadi, le mystérieux chef de l'Etat islamique en Irak et au Levant, est-il le nouveau Ben Laden?
Joshua Keating Traduit par Peggy Sastre Monde 19.06.2014 - 7 h 11 mis à jour le 19.06.2014 à 9 h 25
Combattants de l'Eiil piétinent des cartouches de cigarettes qu'ils ont saisies avant de les brûler à Raqqa, en Syrie, en avril 2014. REUTERS/Stringer
Combattants de l'Eiil piétinent des cartouches de cigarettes qu'ils ont saisies avant de les brûler à Raqqa, en Syrie, en avril 2014. REUTERS/Stringer
En à peine cinq ans, il est passé du rang de petit combattant de base, libéré par les forces américaines qui le considéraient comme une menace insignifiante, à celui d'héritier possible d'Oussama ben Laden.


Compte-tenu du sort de ses prédécesseurs, rien de surprenant à ce que le chef de l'EEIL, Abou Bakr Al-Baghdadi, préfère jouer la discrétion. Abou Moussab al-Zarqaoui, fondateur de ce qui s'appelait alors «al-Qaida en Irak», a été tué par un bombardement américain en 2006. Ses successeurs, Abou Ayyoub al-Masri et Abou Omar al-Baghdadi, ont vu leur existence se terminer en 2010, lors d'une offensive conjointe des forces américaines et irakiennes à l'ouest de Bagdad.
De même, la rareté des informations sur Baghdadi est aussi impressionnante que la rapidité de son essor. En à peine cinq ans, Baghdadi sera passé du rang de petit combattant de base, libéré par les forces américaines qui le considéraient comme une menace insignifiante, à celui de «militant islamiste le plus influent du monde», envisagé comme l'«héritier véritable d'Oussama ben Laden».
Nous ne disposons que de deux photos de Baghdadi, 43 ans, qui, selon des dignitaires de l'armée irakienne, se cacherait quelque part dans la province de Diyala, à l'est de l'Irak.




Selon une biographie «officielle» ayant circulé sur des forums djihadistes, Baghdadi –Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Samarrai de son vrai nom– aurait obtenu un doctorat en études islamiques et enseigné la charia avant de devenir militant. Pour d'autres sources, il serait au départ paysan et aurait été formé par des membres d'al-Qaida durant sa détention.
Après l'invasion américaine, Baghdadi en vient à prendre les armes et à rejoindre des groupes de combattants sunnites, mais, en 2005, les forces américaines l'arrêtent et l'enferment dans la prison de Bucca, devenue premier centre de détention américain en Irak après la fermeture d'Abou Ghraib. Il n'est pas considéré comme une menace significative et recouvre la liberté en 2009.
Selon Kenneth King, ancien directeur de Bucca et récemment interviewé par le Daily Beast, au moment de sa libération, Baghdadi a salué le personnel pénitentiaire par un «les gars, on se revoit à New York». (Les gardiens de la prison appartenaient à une unité de police militaire basée à Long Island.) L'officier ajoute aussi que Baghdadi «était un sale type, mais vraiment pas le pire du pire» et ne cache pas sa surprise face à sa montée en puissance.


Les informations et la récompense de 10 millions de dollars concernant Baghdadi, sur le site du département d'Etat.
Tout porte donc à croire que Baghdadi s'est rapproché d'al-Qaida en Irak pendant sa détention, tant et si bien qu'il en prendra la direction après la mort de Masri et de l'autre Baghdadi, un an à peine après sa sortie de Bucca. En 2011, il est désigné comme terroriste international par le Département d’Etat américain, qui offre une prime de 10 millions de dollars pour sa capture.
Les choses s'accélèrent réellement en 2012 quand, flairant l'opportunité, Baghdadi décide d'envoyer des soldats en Syrie pour combattre le gouvernement de Bachar el-Assad. En 2013, il annonce que son groupe fusionne avec le Front al-Nosra, l'autre branche d'al-Qaida en Syrie, pour former une nouvelle entité, l’Etat islamique d'Irak et d'al-Sham (al-Sham étant la «Grande Syrie», qui devient soit la Syrie ou le Levant dans la presse. Pour leur part, les populations locales utilisent souvent l'acronyme «Da’ash» pour parler du groupe, ce qui est considéré comme un crime et puni par le fouet dans les zones sous contrôle de l'EIIL).
La manœuvre est assez audacieuse, vu qu'elle s'est visiblement faite sans passer par les chefs d'al-Nosra, ni par le leader suprême d'al-Qaida, Ayman al-Zawahiri. Le principal objectif d'al-Nosra, dont la majorité des membres sont Syriens, est de renverser Assad, tandis que l'EIIL est dans une perspective plus internationale et cherche à étendre son territoire et à y imposer la charia. Au début de l'année, Al-Zawahiria clairement désavoué l'EEIL, ce qui ne l'a pas empêché de devenir dominant en Syrie et d’éclipser al-Nosra, autrefois redoutable.
A l'EEIL, sous le règne de Baghdadi, la gouvernance est envisagée comme un étrange mélange de terreur et de séduction. Le groupe approvisionne les populations locales en nourriture et en carburant bon marché –marqué du drapeau noir, symbole du groupe– et finance des kermesses pour les enfants, tout en se targuant d'exécuter sommairement des centaines de personnes et de faire respecter une version on ne peut plus rigoriste de la charia, avec coups de fouet et amputations.
Si l'habileté de Baghdadi à tirer avantage du chaos syrien est indéniable, il est tout aussi évident que l'essor de son organisation ne s'est pas fait tout seul. En plus des armes et de l'argent récupérés dans les régions capturées, il est probable que l'EEIL soit directement financé par al-Qaida et ce depuis maintenant un certain temps.
Dans son refuge pakistanais, Zawahiri, le successeur officiel de Ben Laden, semble plus isolé que jamais, tandis qu'en Syrie, Irak, au Yémen, Maghreb et en Afrique de l'Ouest, de nouveaux groupes dynastiques gagnent en indépendance. Baghdadi est-il vraiment le nouvel héritier?
A l'inverse de Ben Laden, son influence n'est visiblement pas énorme dépassées les frontières de son champ de bataille en Syrie et en Irak, même si une «cellule de l'EEIL» vient d'être démantelée en Espagne, l'indice d'ambitions internationales certaines. A mon avis, Baghdadi ne restera pas mystérieux très longtemps.
Joshua Keating

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