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SERPENT -  LIBERTAIRE

anarchiste individualiste

SOUDAN : SUR LA PLACE D’AL-QYADA ON S’ORGANISE CONTRE LE RÉGIME

 

SOUDAN : SUR LA PLACE D’AL-QYADA ON S’ORGANISE CONTRE LE RÉGIME

 

« Là où il y a révolution, il y a un point de rassemblement – pensez à la place Tahrir en Egypte, à la place Taksim à Istanbul, à l’avenue Habib Bourguiba en Tunisie. »

paru dans lundimatin#190, le 6 mai 2019
 
 

En contact téléphonique avec plusieurs manifestants et en explorant les nombreuses photos et vidéos sur les réseaux sociaux, nous avons essayé de voir à quoi ressemble, au jour le jour, l’occupation d’Al-Qyada, et comment les gens s’organisent sur place. Pour le déroulé des événements et les revendications, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil au dernier article « en direct d’Al-Qyada ».

Sudfa est un nouveau média participatif franco-soudanais, pour lire leurs autres articles, c’est par ici

[Illustration du sommaire : Aquarelle de Mounir Khalil, 25 avril.]

Depuis le 6 avril, l’espace d’Al-Qyada, autour des Quartiers Généraux de l’Armée à Khartoum, est occupé par plusieurs centaines de manifestants. Ce chiffre monte à plusieurs milliers en journée, et certains parlaient de 2 millions de personnes rassemblées là-bas le 2 mai dernier. Pourquoi cette place plutôt qu’une autre ? L’architecte et chercheuse soudanaise Amira Osman explique, dans un interview donné au magazine African Arguments :

« Là où il y a révolution, il y a un point de rassemblement – pensez à la place Tahrir en Egypte, à la place Taksim à Istanbul, à l’avenue Habib Bourguiba en Tunisie. (…) En tant qu’architecte qui étudie les espaces urbains publics, et en tant que soudanaise, je me demandais depuis décembre 2018 – moment où les manifestants se sont soulevés contre le régime d’Omar Al-Bachir – quel espace allait devenir l’équivalent soudanais de la Place Tahrir. (...) Certains des espaces ouverts de Khartoum, comme Al-Saha Al-Ghadraaa, ont des liens historiques avec le pouvoir d’Al-Bachir, et n’auraient pas été acceptables pour les manifestants. D’autres ont une valeur symbolique immense, mais posent des questions par rapport à leurs liens avec tel ou tel parti politique. (…) Finalement, ils ont un fait un choix symbolique : les manifestants savaient que la collaboration avec l’armée était nécessaire pour mettre en place la transition gouvernementale. »

« C’est ma responsabilité en tant que citoyenne soudanaise, explique Shaza Mustapha. Je remplis mon rôle dans le mouvement en étant là sur la place quasiment chaque jour avec les autres. On essaie de faire aboutir nos demandes face au Conseil Militaire. C’est un moment majeur, et c’est une action pacifique et efficace pour soutenir nos objectifs ».

« Sur la place, on voit bien que l’engagement politique ne passe plus par les partis, les moyens traditionnels, raconte aussi Aya, qui participe également au sit-in depuis le début. La grande majorité des gens sur la place sont des étudiants, et des jeunes diplômés, mais aussi plein de citoyens, tout simplement ». 

Schéma de l’espace occupé d’Al-Qyada, avec légende en anglais. On y voit la scène principale avec écran géant (le point vert), les barricades (en orange), et l’espace occupé (en jaune), c’est-à-dire l’esplanade et les avenues autour. / Mohamed Abd Abdelhamied Bakhit

Aux habitants de Khartoum et des environs se sont également ajoutés des convois en provenance d’autres régions et d’autres villes, notamment la semaine dernière, en provenance du Darfour. Certains ont parcouru 1500 kilomètres pour se joindre à l’occupation sur la place. A leur arrivée, une foule en liesse, et puis des chants, des prises de parole, et les slogans qui reprenaient de plus belle, notamment ’ya unsuri ya maghrur kul el-balad darfour’ (eh toi le raciste et l’arrogant, le pays entier est le Darfour - nous sommes tous le Darfour) qui résonnait encore toute la soirée. 

Cet espace est un lieu de rencontre entre les différentes régions, professions, mais aussi classes sociales. Des manifestants ont également témoigné sur les réseaux sociaux du fait qu’ils apprenaient de leurs différences linguistiques et sociales depuis leur occupation commune de la place. 

Shaza décrit : 

« Sur la place, il y a toutes sortes d’activités, de discussions et de discours. Sur la culture, sur la politique. Il y a vraiment plein de choses qui se passent. Je dirais qu’aucun jour ne se ressemble vraiment. Il y a une ambiance très vivante sur la place. On ne peut pas rester là à rien faire, il y a tellement de groupes de discussion et d’activités, c’est génial. Le reste du temps, on essaie de garder la place propre, bien nettoyée. S’assurer que tout le monde a accès à manger et à boire. 

Quand tu arrives près de la place, tu dois d’abord passer par des petits points de sécurité où des jeunes, filles et garçons, fouillent les personnes qui entrent dans la zone. Il y a une bonne ambiance, les gens sont très respectueux, parce que tout le monde comprend la nécessité de garantir notre sécurité collective. Ils prennent les lames, les objets coupants. Ensuite on peut accéder à la place principale, où il y a les points de distribution d’eau et de nourriture, et toutes les activités. »

Aya explique aussi, par rapport aux points d’entrée sur la place :

« Il y a des personnes, surtout des jeunes, qui s’occupent de garder les barricades, d’ajouter des obstacles pour fortifier les barrières au niveau des rues qui mènent à la place. Ils sont là pour être sûrs que les obstacles ne soient pas enlevés. Ils se relaient aux points d’entrée, ce sont eux qui font que l’occupation peut continuer. »

Le 30 avril, le Conseil Militaire avait demandé aux manifestants de libérer l’accès aux routes et de lever les barricades. En réponse, les manifestants les avaient renforcé, et avaient formé des chaînes humaines pour prévenir toute tentative des militaires de les enlever. Hier, des panneaux humoristiques sont apparus au niveau des barricades, en anglais et en arabe, avec pour message ’désolés pour le temps d’attente, on déracine le régime’, ou encore ’merci de votre patience, on est là pour rester’. 

Un des panneaux, ’désolés pour le temps d’attente, on déracine le régime (littéralement, le régime est sous déracinement, en voie de déracinement’ / Réseaux sociaux.

Dans la journée, les gens se regroupent sur les chaises ou les trottoirs pour discuter, jouer aux cartes, organiser des débats, ou encore boire du thé, sous les tentes et les bâches tirées, à l’abri de la chaleur. Hier, on atteignait les 45 degrés à Khartoum, dans les 50 degrés en ressenti.

Des ateliers de discussion sont organisés par des étudiants ou bénévoles liés à l’Alliance pour la Liberté et le Changement. Leur rôle est aussi d’expliquer les décisions récentes de l’Alliance, qui mène les négociations avec le Conseil Militaire, et de lire les communiqués de l’Association des Professionnels Soudanais pour diffuser les informations et débattre. Des discussions et discours naissent aussi de manière spontanée entre les personnes sur la place. Des prises de parole filmées dans ces discussions peuvent rapidement atteindre des centaines voire milliers de vues. Certains lancent des slogans et des phrases qui sont répétées par les personnes autour. 

        Aya poursuit sa description : 

SOUDAN : SUR LA PLACE D’AL-QYADA ON S’ORGANISE CONTRE LE RÉGIME

 

« Là où il y a révolution, il y a un point de rassemblement – pensez à la place Tahrir en Egypte, à la place Taksim à Istanbul, à l’avenue Habib Bourguiba en Tunisie. »

paru dans lundimatin#190, le 6 mai 2019
 
 

En contact téléphonique avec plusieurs manifestants et en explorant les nombreuses photos et vidéos sur les réseaux sociaux, nous avons essayé de voir à quoi ressemble, au jour le jour, l’occupation d’Al-Qyada, et comment les gens s’organisent sur place. Pour le déroulé des événements et les revendications, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil au dernier article « en direct d’Al-Qyada ».

Sudfa est un nouveau média participatif franco-soudanais, pour lire leurs autres articles, c’est par ici

[Illustration du sommaire : Aquarelle de Mounir Khalil, 25 avril.]

Depuis le 6 avril, l’espace d’Al-Qyada, autour des Quartiers Généraux de l’Armée à Khartoum, est occupé par plusieurs centaines de manifestants. Ce chiffre monte à plusieurs milliers en journée, et certains parlaient de 2 millions de personnes rassemblées là-bas le 2 mai dernier. Pourquoi cette place plutôt qu’une autre ? L’architecte et chercheuse soudanaise Amira Osman explique, dans un interview donné au magazine African Arguments :

« Là où il y a révolution, il y a un point de rassemblement – pensez à la place Tahrir en Egypte, à la place Taksim à Istanbul, à l’avenue Habib Bourguiba en Tunisie. (…) En tant qu’architecte qui étudie les espaces urbains publics, et en tant que soudanaise, je me demandais depuis décembre 2018 – moment où les manifestants se sont soulevés contre le régime d’Omar Al-Bachir – quel espace allait devenir l’équivalent soudanais de la Place Tahrir. (...) Certains des espaces ouverts de Khartoum, comme Al-Saha Al-Ghadraaa, ont des liens historiques avec le pouvoir d’Al-Bachir, et n’auraient pas été acceptables pour les manifestants. D’autres ont une valeur symbolique immense, mais posent des questions par rapport à leurs liens avec tel ou tel parti politique. (…) Finalement, ils ont un fait un choix symbolique : les manifestants savaient que la collaboration avec l’armée était nécessaire pour mettre en place la transition gouvernementale. »

« C’est ma responsabilité en tant que citoyenne soudanaise, explique Shaza Mustapha. Je remplis mon rôle dans le mouvement en étant là sur la place quasiment chaque jour avec les autres. On essaie de faire aboutir nos demandes face au Conseil Militaire. C’est un moment majeur, et c’est une action pacifique et efficace pour soutenir nos objectifs ».

« Sur la place, on voit bien que l’engagement politique ne passe plus par les partis, les moyens traditionnels, raconte aussi Aya, qui participe également au sit-in depuis le début. La grande majorité des gens sur la place sont des étudiants, et des jeunes diplômés, mais aussi plein de citoyens, tout simplement ». 

Schéma de l’espace occupé d’Al-Qyada, avec légende en anglais. On y voit la scène principale avec écran géant (le point vert), les barricades (en orange), et l’espace occupé (en jaune), c’est-à-dire l’esplanade et les avenues autour. / Mohamed Abd Abdelhamied Bakhit

Aux habitants de Khartoum et des environs se sont également ajoutés des convois en provenance d’autres régions et d’autres villes, notamment la semaine dernière, en provenance du Darfour. Certains ont parcouru 1500 kilomètres pour se joindre à l’occupation sur la place. A leur arrivée, une foule en liesse, et puis des chants, des prises de parole, et les slogans qui reprenaient de plus belle, notamment ’ya unsuri ya maghrur kul el-balad darfour’ (eh toi le raciste et l’arrogant, le pays entier est le Darfour - nous sommes tous le Darfour) qui résonnait encore toute la soirée. 

Cet espace est un lieu de rencontre entre les différentes régions, professions, mais aussi classes sociales. Des manifestants ont également témoigné sur les réseaux sociaux du fait qu’ils apprenaient de leurs différences linguistiques et sociales depuis leur occupation commune de la place. 

Shaza décrit : 

« Sur la place, il y a toutes sortes d’activités, de discussions et de discours. Sur la culture, sur la politique. Il y a vraiment plein de choses qui se passent. Je dirais qu’aucun jour ne se ressemble vraiment. Il y a une ambiance très vivante sur la place. On ne peut pas rester là à rien faire, il y a tellement de groupes de discussion et d’activités, c’est génial. Le reste du temps, on essaie de garder la place propre, bien nettoyée. S’assurer que tout le monde a accès à manger et à boire. 

Quand tu arrives près de la place, tu dois d’abord passer par des petits points de sécurité où des jeunes, filles et garçons, fouillent les personnes qui entrent dans la zone. Il y a une bonne ambiance, les gens sont très respectueux, parce que tout le monde comprend la nécessité de garantir notre sécurité collective. Ils prennent les lames, les objets coupants. Ensuite on peut accéder à la place principale, où il y a les points de distribution d’eau et de nourriture, et toutes les activités. »

Aya explique aussi, par rapport aux points d’entrée sur la place :

« Il y a des personnes, surtout des jeunes, qui s’occupent de garder les barricades, d’ajouter des obstacles pour fortifier les barrières au niveau des rues qui mènent à la place. Ils sont là pour être sûrs que les obstacles ne soient pas enlevés. Ils se relaient aux points d’entrée, ce sont eux qui font que l’occupation peut continuer. »

Le 30 avril, le Conseil Militaire avait demandé aux manifestants de libérer l’accès aux routes et de lever les barricades. En réponse, les manifestants les avaient renforcé, et avaient formé des chaînes humaines pour prévenir toute tentative des militaires de les enlever. Hier, des panneaux humoristiques sont apparus au niveau des barricades, en anglais et en arabe, avec pour message ’désolés pour le temps d’attente, on déracine le régime’, ou encore ’merci de votre patience, on est là pour rester’. 

Un des panneaux, ’désolés pour le temps d’attente, on déracine le régime (littéralement, le régime est sous déracinement, en voie de déracinement’ / Réseaux sociaux.

Dans la journée, les gens se regroupent sur les chaises ou les trottoirs pour discuter, jouer aux cartes, organiser des débats, ou encore boire du thé, sous les tentes et les bâches tirées, à l’abri de la chaleur. Hier, on atteignait les 45 degrés à Khartoum, dans les 50 degrés en ressenti.

Des ateliers de discussion sont organisés par des étudiants ou bénévoles liés à l’Alliance pour la Liberté et le Changement. Leur rôle est aussi d’expliquer les décisions récentes de l’Alliance, qui mène les négociations avec le Conseil Militaire, et de lire les communiqués de l’Association des Professionnels Soudanais pour diffuser les informations et débattre. Des discussions et discours naissent aussi de manière spontanée entre les personnes sur la place. Des prises de parole filmées dans ces discussions peuvent rapidement atteindre des centaines voire milliers de vues. Certains lancent des slogans et des phrases qui sont répétées par les personnes autour. 

        Aya poursuit sa description : 

« il y a des coins avec des jeunes qui chantent, des gens qui récitent et écrivent de la poésie. Ce n’est pas n’importe quelle chanson ou n’importe quelle poésie, ce sont des textes et des musiques liés à la révolution. Il y a de grands chanteurs qui viennent faire des concerts et soirées révolutionnaires, comme Abu Al-Araqi. Ce soir, c’est Mohamad Al-Amine qui va venir. Il y a des gens qui font des discours pour sensibiliser les gens à la situation de la place, expliquer aussi pourquoi on doit rester là, redonner de la force aux gens ».

Des petits groupes de personnes se réunissent pour chanter, jouer de la musique ensemble

Des classes temporaires ont aussi ouvert, autour desquelles on peut voir des enfants avec des cahiers, des feuilles, recopiant soigneusement des lignes de lettres, sous l’œil d’enseignants bénévoles. La clinique est ravitaillée de médicaments par des pharmacies et hôpitaux, et permet un accès gratuit aux soins. « Il y a des gens qui s’occupent des personnes qui sont malades et les gens qui ont besoin de soins, il y a plusieurs petits points de clinique pour 

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