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Publié par Patrick Granet

Parti Socialiste : LA FIN ?

Contenue depuis 2002, la crise du Parti Socialiste est à nouveau sur le devant de la scène. Aux dires des « rénovateurs » du P.S., cette crise proviendrait de 3 facteurs :

« Crise des idées, d'abord, puisque notre projet n'est plus adapté aux attentes de la société. Crise de direction, avec le système des « éléphants » ne produisant que du blocage collectif et du conflit personnel. Crise des alliances, enfin. Le PS s'est construit sur une stratégie d'union de la gauche mais il occupe désormais à lui seul l'essentiel de cet espace et il faudra bien en tirer des conséquences. »1

L'enjeu est énorme. On sait en effet que pour la fraction « rénovatrice » de l'appareil, l'objectif n'est ni plus ni moins que d'en finir avec un parti « nécrosé ». M. Valls, l'un des députés à la pointe du mouvement, se prononce explicitement pour « faire imploser le P.S. ». En lieu et place de ce parti, il s'agirait de construire un parti de type libéral, « moderne », c'est à dire bourgeois.

En 1892, Engels commentait par ces lignes la montée du travaillisme en Grande-Bretagne :

 

 

1971 : reconstruction du P.S.

Epinay et ses suites

On sait que la reconstruction du P.S. a débuté en 1971 - il avait quasiment implosé auparavant. Mitterrand en prit la direction sur la base d'une orientation de type « front populaire » habillé d'une phraséologie très « gauche ». Ainsi la déclaration de principes du Parti adoptée stipulait :

« Le Parti socialiste affirme sa conviction que la liberté de l'homme ne dépend pas seulement de la reconnaissance formelle d'un certain nombre de droits politiques ou sociaux, mais de la réalisation des conditions économiques susceptibles d'en permettre le plein exercice. Parce qu'ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu'il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C'est en ce sens que le Parti socialiste est un Parti révolutionnaire. »

Pas moins ! Dans la foulée, la motion victorieuse à Épinay se prononce pour un « dialogue » avec le P.C.

« sur les problèmes concrets d'un gouvernement ayant mission d'amorcer la transformation socialiste de la société. »

Bref, le nouveau Parti Socialiste se prononçait pour un nouveau Front Populaire, l'Union de la Gauche, susceptible de stabiliser la situation à un moment où les heures de la V° République paraissent comptées (on était au lendemain de la Grève Générale de 1968, du départ de De Gaulle). Rapidement, le P.S. et le P.C.F. s'associent au M.R.G., un débris du vieux parti radical (bourgeois) des III° et IV° républiques pour élaborer un « programme commun » censé servir de base à leur éventuel gouvernement.

C'est sur la base de cette orientation que le P.S. se reconstruit durant toute la décennie jusqu'à sa victoire électorale de 1981.

Rocard entre en scène

En 1974, le P.S. absorbe la majorité du P.S.U. de M. Rocard ainsi qu'un fort contingent cédétiste, parmi lesquels J. Delors. Ce sera la base sur laquelle se constituera l'opposition de droite au sein du parti.

Dès cette époque, ce courant manifeste son « scepticisme » vis-à-vis du programme commun, son peu d'enthousiasme pour l'alliance avec le P.C.F. En fait, Rocard passa la fin de la décennie à militer pour le « réalisme ».

En pratique, il s'agissait de renoncer de jure aux revendications ouvrières, de se convertir au « marché » en matière économique. Sur le fond, Rocard voyait juste : en pleine crise économique, même les timides mesures du programme commun n'étaient pas applicables. Sans expropriation du Capital, aucun des problèmes posés à la classe ouvrière ne pouvaient trouver le moindre début de solution. En tout cas, partant de là, les rocardiens tentaient de dévier l'action du mouvement ouvrier sur le terrain « qualitatif », de la gestion du capitalisme, c'est-à-dire en dernière analyse d'enchainer le mouvement ouvrier à la logique capitaliste - licenciements, déqualification et autres....

Bien sur, cette orientation menait à une politique différente de celle de la majorité du P.S. en matière d'alliances. Sans que ce soit explicitement affirmé, Rocard privilégiait la recherche de convergences avec la fraction « civilisée » de la bourgeoisie. Cela ne pouvait mener à terme qu'à un accord avec l'U.D.F. de Giscard d'Estaing - ou au moins des secteurs de celle-ci. En définitive, l'orientation de Rocard - plus ou moins avouée - visait à transformer le P.S. en parti de type « libéral » - on utilisait alors l'expression de « parti démocrate à l'américaine ». On voit que la question ne date pas d'aujourd'hui.

La ligne Rocard ne put jamais être majoritaire au sein du P.S. : elle ne pouvait garantir la victoire électorale du parti avec toutes les prébendes que cela implique pour son appareil. Mais sur le fond, c'est en définitive cette méthode politique qu'applique depuis 1983 la direction du Parti Socialiste. C'est cela « l'aggiornamento rampant » en cours depuis 20 ans dont se félicitait encore récemment Strauss-Kahn.

Le nouveau P.S.

Le P.S. qui émerge à partir de 1971 sur les ruines de la vieille S.F.I.O. occupe donc le terrain traditionnel de la social-démocratie française, de la S.F.I.O. Il ne lui est pourtant pas équivalent. Ses liens avec la classe ouvrière sont autrement plus ténus.

D'abord, les relations du P.S. et du mouvement ouvrier « organique » sont restées limitées. Cela se conçoit aisément, en ce qui concerne la C.G.T., alors cadenassée par l'appareil du P.C. Mais historiquement, F.O. entretenait de nombreux liens avec la S.F.I.O. depuis 1947. Or la centrale réformiste refusa de soutenir le tournant vers l'Union de la Gauche pris par le Parti pour des raisons diverses (l'anticommunisme virulent de sa direction, ses liens avec le patronat, l'État gaulliste...). La seule organisation issue du moule cégétiste avec laquelle le P.S. eut des liens fut donc la F.E.N., organisation dont de nombreux cadres adhérèrent au Parti.

Reste le cas particulier de la C.F.D.T., qui fournit de nombreux cadres à la droite rocardienne du Parti.

La composition de la direction du parti est aussi à rappeler. Que ce soit un Mitterrand, vieux politicien mouillé dans toutes les combines de la IV° République, qui soit le véritable « patron » du parti a valeur de symbole. De même, le fait que son aile « gauche », le CERES, soit dirigé par un quarteron d'énarques en mal d'émotions fortes doit être rappelé. Certes, la nature sociale d'un parti ne peut se déduire de celle de sa direction. Il n'empêche qu'on ne peut ignorer le poids de la petite et grande bourgeoisie à la direction du parti, et la quasi-absence de la classe ouvrière en son sein.

Le grossissement du Parti durant ces années demeura donc limité : 81 000 membres en 1968, 150 000 en 1975 et 195 000 en 1981. Rien d'un raz de marée... A l'évidence, les rapports entretenus par le P.S. et les masses intégraient l'histoire peu glorieuse de la social-démocratie au long du siècle.

Mais la faiblesse des liens entretenus par le P.S. avec la classe ouvrière signifie aussi que la capacité de celle-ci à influer sur la politique du P.S. a toujours été limitée. Très certainement, ceci explique largement que ne se soit pas constitué dans ce parti une aile gauche à l'image des pivertistes d'avant-guerre ou du courant Militant britannique.

Alors certes, le P.S. n'existe que parce qu'il occupe la place de la social-démocratie sur la scène politique, et cela demeure vrai, comme on le verra. En ce sens il était et demeure un parti ouvrier-bourgeois, au sens que Lénine et Trotsky donnaient à ce terme3. Son appareil ne peut espérer trouver place au soleil sans cette référence, certes de plus en plus formelle. Mais ce parti ne saurait être mis sur le même plan que la Labour britannique ou le S.P.D. allemand. Déjà à cette époque, c''est un parti dont la relation avec les masses est de nature avant tout électorale4, et en pratique, on doit en tenir le plus grand compte.

Le P.S. demeure encore un parti ouvrier-bourgeois

Les contradictions demeurent

L'objectif final de la « rénovation » annoncée est donc de permettre que se constitue un nouveau parti « de la gauche et du centre », « réformiste ». Etant entendu que son fonctionnement serait diffèrent de celui du P.S. Sous couvert de dénonciation des « éléphants », il s'agirait de liquider tout ce qui rappelle le mouvement ouvrier : motions, tendances, etc. Bref, encore une fois, il s'agit de liquider le P.S. au profit d'un parti libéral, bourgeois.

Il suffit de regarder ce qui se déroule dans d'autres pays pour mesurer qu'il ne s'agit pas d'une vue de l'esprit. On sait qu'en Italie, le Parti des Démocrates de Gauches, la social-démocratie locale, a décidé récemment de mettre la clé sous la porte. Elle a décidé de fusionner avec les restes de la démocratie chrétienne (« l'Olivier ») pour donner naissance à un « Parti Démocrate » servant de couverture politique au gouvernement de Prodi.

En tout cas, si ce processus est mené à son terme en France, il faudra en conclure qu'après une longue agonie, la social-démocratie a disparu du champ politique, qu'elle s'est sabordée au profit d'un parti de type libéral-bourgeois.

Mais on n'en est pas là. Il y a près d'un siècle, à propos du social-chauvin Monitor,  Lénine écrivait :

« Monitor estime qu'il serait très dangereux que la social-démocratie aille encore plus à droite : « Elle doit conserver son caractère de parti ouvrier ayant des idéaux socialistes. Car, le jour où elle l'aura perdu, surgira un nouveau parti qui reprendra le programme abandonné par l'ancien et le formulera d'une manière encore plus radicale. »22

Evidemment, depuis l'écriture de ces lignes, les dirigeants socialistes ont pu aller loin, très loin. Cela fait longtemps que les « idéaux socialistes » font ricaner un Hollande ou un Blair. Mais fondamentalement, le jeu d'équilibre décrit par Monitor continue. Les dirigeants socialistes mesurent en effet le risque qu'il y a en finir définitivement avec le P.S. comme parti ouvrier-bourgeois.

Il suffit de regarder ce qui se déroule en Allemagne pour comprendre que ni Hollande ni Royal ne maîtrisent réellement ces contradictions. On sait en effet que dans ce pays, le parti social-démocrate s'est porté aux avant-postes de l'offensive anti-ouvrière et participe actuellement au gouvernement Merkel. Résultat : sondages en berne et hémorragie militante (il y avait 735 000 adhérents en 2001, 548 000 actuellement).

Dans ce contexte, les progrès de « Die Linke » (« La Gauche ») le parti dirigé par O. Lafontaine, sont incontestables :

En Italie, même, des reclassements se produisent, l'aile « gauche » (si on peut dire...) du P.D.S. refuse le nouveau parti démocrate. Il n'est pas exclu qu'un nouveau parti réformiste disposant d'une assise significative voie le jour après jonction avec les dirigeants tout aussi modérés de « Refondation Communiste ». Personne ne doute du succès potentiel de l'opération si elle va à son terme.

On peut donc aisément comprendre, dans ce contexte, que des déclarations martiales à la liquidation effective du P.S., il y a un pas qui reste à être franchi. Car rien n'indique que sur les ruines du P.S. actuel n'émergerait pas un nouveau parti de type réformiste - auquel cas l'appareil aurait tout perdu. D'où les réticences que manifestent les secteurs de l'appareil liés à Jospin et Delanoe (qui aurait actuellement le vent en poupe). Ceux-ci se prononcent quant à eux pour

« un réformisme assumé et résolument ancré à gauche »24

Et pointent les risques que leur fait courir la politique menée par Royal envers Bayrou & co. D'où leur soutien à une politique :

« s'adressant directement aux électeurs progressistes du centre plutôt qu'aux états-majors du Modem, ou, encore moins du Nouveau Centre »

Unité contre Sarkozy et le MEDEF ! Rupture avec le gouvernement, le patronat !

A l'heure où sont écrites ces lignes, on en est là. Quoique de plus en plus politiquement dégénéré, le P.S. n'a pu être encore liquidé comme organisation issue du mouvement ouvrier. A l'évidence, ce serait un important succès politique pour le Capital si disparaissait de la scène politique toute trace de parti politique lié à ce mouvement. Nous n'avons donc aucune raison d'être pressés.

Historiquement, l'acte politique de proclamation des III° et IV° Internationales était bien sur une déclaration de guerre à la social-démocratie. Mais cela ne signifie évidemment pas qu'au nom de cela, nous soyons pour aider les possédants dans leurs offensives contre le mouvement ouvrier.

En tout état de cause, la crise du P.S. vient d'abord de la politique de collaboration éhontée de sa direction avec la bourgeoisie, ainsi qu'on l'a encore vu durant les élections présidentielles et depuis. C'est d'autant plus insupportable qu'on sait que le gouvernement issu du scrutin du 6 mai 2007 se prépare a entamé une véritable guerre contre les salariés, que plus que jamais l'unité doit se réaliser contre lui, que toute collaboration avec lui doit être bannie.

En ce sens, ce combat pour l'Unité intègre nécessairement une dimension d'affrontement avec les dirigeants socialistes, contre leurs plans liquidationnistes.


 

Pascal Morsu, 30 août 2007

 

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