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Publié par Patrick Granet

Ouragan Irma. Le gouvernement s’embourbe dans les polémiques

Manque d’anticipation… et de réactions. Les colonies françaises semblent être le cadet des soucis du gouvernement

« Au-delà des polémiques auxquelles un certain nombre de gens sont abonnés – j’ai parfois le sentiment qu’alléchés par la souffrance, ils bondissent sur l’opportunité d’une polémique politicienne -, ce qui va se jouer, c’est l’expression d’une très grande solidarité à destination de nos concitoyens, qui pour beaucoup d’entre eux ont tout perdu ». C’est par ces mots que le premier ministre, Édouard Philippe, a répondu aux accusations qui pleuvent sur le gouvernement suite au passage de l’ouragan Irma sur l’île Saint Martin et Saint Barthélémy. En effet, de nombreuses personnalités politiques ont dénoncés [l’impréparation totale du gouvernement, et ce alors que le bilan officiel pour ces seules colonies françaises, avec au moins 10 morts et 247 blessés, est à la fois extrêmement lourd, mais aussi largement contesté→ ] . Ce mardi, Emmanuel Macron se rendra à Saint Martin pour faire « face à la colère des habitants » selon les mots de Gérard Collomb.

Manque de moyen humains et manque de coordination, ce sont les deux critiques majeures adressés au gouvernement dans la gestion du passage de l’ouragan Irma. Si Gérard Collomb a balayé ces critiques d’un revers de la main, il n’en reste pas moins que les territoires sous administration française sont bel et bien ceux dont le bilan est le plus lourd. Une situation qui force le gouvernement à réagir en toute hâte, envoyant plusieurs poids lourds du gouvernement au front, alors que de nombreux habitants fuient une île ravagée et, pour l’heure, sans plan concret pour œuvrer à sa reconstruction. Une situation qui en dit long sur la politique menée envers ces territoires par le gouvernement.

Les « non assurés » pris en charge… par une association humanitaire : La sortie honteuse de Benjamin Griveaux

Sur les ondes de France Inter, Benjamin Griveaux, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, n’a pas manqué d’interpeller. « Trois mois après le drame, l’ensemble des personnes assurées devra être indemnisée » a-t-il ainsi déclaré. Si nous pouvons déjà nous interroger sur la lenteur des procédures, une question se pose. Quid des « non assurés » ? Eh bien, pour Benjamin Griveaux, la réponse est toute trouvée : se tourner vers une association humanitaire, les Artisans du coeur.

En d’autre terme, Benjamin Griveaux assume publiquement que l’État français ne s’occupera pas des plus démunis, plongés dans une misère totale, en laissant reposer tout accompagnement sur une simple association. Un mépris qui en dit long sur les relents coloniaux qui anime les hautes sphères du pouvoir et des classes dirigeantes. Bien entendu, des auditeurs ont relevé cette déclaration scandaleuse, interpellant directement Benjamin Griveaux. Et ce dernier de s’enfoncer : « Ce qui est choquant, c’est que dans ce pays, quand on fait preuve de solidarité et de générosité, ça choque vos auditeurs. Moi, je suis désolé, je suis content que dans ce pays, on puisse encore être solidaire […] et je laisse ceux qui sont confrontés à leur passion triste […] S’ils ne sont pas capables de tendre la main à leur voisin, sur le territoire national quand il y a une catastrophe de cette ampleur, j’en suis triste pour eux et je les laisse à leurs névroses. J’imagine qu’ils seront dans la rue avec Jean-Luc Mélenchon le 23 ».

Benjamin Griveaux pensait très certainement faire d’une pierre deux coups. D’une part, s’ériger en porte drapeau de la solidarité envers les peuples plongés dans la misère et amalgamer manifestants anti-loi travail XXL, et en particulier la France Insoumise à des « sans-cœur ». Une entreprise pour le moins branlante, qui apparaît comme une pirouette politique destinée à décrédibiliser les opposants au gouvernement, tout en se désintéressant totalement de la population qui subit les dommages d’Irma et l’inconsistance de la politique de l’exécutif.

De nouvelles forces répressives déployée pour éviter les « pillages »… et une population abandonnée dans la misère

Conséquence directe de cet abandon total de la population, le recourt au pillage est apparu rapidement comme une solution pour obtenir les denrées de première nécessité, comme l’eau et la nourriture, et ce dans une violence extrême. Et si le gouvernement tarde à réagir en ce qui concerne l’aide sociale de première nécessité, il sait être réactif en termes de répression.

Ce sont ainsi 240 gendarmes supplémentaires qui seront envoyés selon Édouard Philippe afin de reprendre le contrôle de l’île. Une situation qui exaspère sur place. « On n’a ni information, ni adresse quant aux solutions pour les sans-abri. Je suis en colère après Paris et sa gestion de crise » explique ainsi Nicolas, fonctionnaire à Saint Martin depuis 6 ans, dans des propos relayés par Ouest France. Des mots qui résument bien la politique du gouvernement actuel : maintenir une chape de plomb répressive sur les franges les plus précarisées de la population.



 

MOTS-CLÉS

 colonisation   /    Politique

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