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Publié par Patrick Granet

Monique Pinçon-Charlot : "Emmanuel Macron synthétise complètement les intérêts de l'oligarchie" 14/09/17 17h56 PAR Mathieu Dejean	 Alors qu'Emmanuel Macron va faire face à la contestation de la loi travail pendant tout le mois de septembre, la sociologue spécialiste de la grande richesse Monique Pinçon-Charlot, auteure de livres de référence sur la grande bourgeoisie avec Michel Pinçon, alerte sur la "régression sociale sans pareille qui est en marche". Au regard des premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron, persistez-vous à dire, en jugeant sur ses actes, qu’il conduit une politique au bénéfice des puissants ? Monique Pinçon-Charlot – Oui, et sans nuances. Michel [son mari, ndlr] et moi avions écrit Le Président des riches à propos de Nicolas Sarkozy, mais là on est passé un cran au-dessus. Les politiques d’Emmanuel Macron sont au service quasi-exclusif de l’oligarchie. Nous ne sommes plus désormais dans le cadre d’une alternance classique à l’intérieur de l’oligarchie entre la droite et la gauche : il synthétise complètement les intérêts des plus riches. Ce phénomène est confirmé par la porosité qui existe entre le public et le privé dans son gouvernement, par la généralisation du pantouflage [le fait pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans une entreprise privée, ndlr], et par le fait que les commissions de déontologie, lorsqu’elles sont saisies, sont toujours au service des puissants. Pourquoi Destiny 2 est l'un des jeux les plus attendus de l'année Contenu sponsorisé La recette du succès est aujourd'hui renouvelée et améliorée dans Destiny 2, le nouvel épisode de la saga de Bungie maintenant disponible  Les ordonnances sur la loi travail montrent aussi que le gouvernement peut taper fort sur tous les fronts : contre la démocratie d’une part, avec ce processus intervenu en plein été qui court-circuite le débat parlementaire, et sur les travailleurs en procédant au détricotage des droits sociaux. Cette loi va dans le sens quasi-exclusif des patrons, des actionnaires, des puissants et des riches. On est au cœur de l’antagonisme de classe de notre société, basée sur le système capitaliste. L’oligarchie, qui demeure la classe la plus consciente dans notre société, ne s’y trompe pas. Comment définiriez-vous le macronisme, s’il est un cran au-dessus du sarkozysme ? Nicolas Sarkozy était le président des riches, Emmanuel Macron est lui le président maquillé. Au sens propre, puisqu’il est lourdement maquillé - ses frais de maquillage s’élèvent à 26 000 euros pour trois mois de mandat. Mais aussi au sens figuré : il avance maquillé en permanence, avec une priorité donnée de façon constante à la communication et à l’image. Pour cela, il est très bien servi par ses camarades de classe du CAC 40, qui sont propriétaires de la plupart des grands médias, et qui lui offrent des couvertures par dizaines mettant en scène un homme souriant, jeune et bien dans sa peau. Son maquillage lui a aussi permis de se faire passer pour un homme neuf, alors que c’est le poids lourd du quinquennat de Hollande. Enfin, on est aussi passé un cran au dessus dans la mesure où il s’est permis de traiter les opposants à la loi travail de "fainéants, de cyniques et d’extrêmes" - dans la continuité de ses précédentes déclarations sur les ouvrières "illettrées" de Gad, ou sur le fait qu’il fallait travailler pour se "payer un costard". C’est très grave dans la bouche d’un président de la République. Bourdieu avait écrit un livre sur la violence symbolique du langage, Ce que parler veut dire. Qu’est-ce que parler de "fainéants, de cyniques, et d’extrêmes" veut dire dans la bouche d’Emmanuel Macron ? Ça veut dire qu’aujourd’hui il n’y a plus de frein à la violence de classe. Ce n’est même plus de l’ordre de la violence symbolique. Traiter les travailleurs de fainéants, de cyniques et d’extrêmes, franchement, c’est du jamais vu. C’est une violence de langage qui est profondément corruptrice, qui vous sidère, qui vous rend impuissant, qui vous détruit. Le maquillage du président est tombé à ce moment-là. Avec la loi Pénicaud, c’est une régression sociale sans pareille qui est en marche.

Monique Pinçon-Charlot : "Emmanuel Macron synthétise complètement les intérêts de l'oligarchie"

14/09/17 17h56
Alors qu'Emmanuel Macron va faire face à la contestation de la loi travail pendant tout le mois de septembre, la sociologue spécialiste de la grande richesse Monique Pinçon-Charlot, auteure de livres de référence sur la grande bourgeoisie avec Michel Pinçon, alerte sur la "régression sociale sans pareille qui est en marche".

Au regard des premiers mois de mandat d’Emmanuel Macron, persistez-vous à dire, en jugeant sur ses actes, qu’il conduit une politique au bénéfice des puissants ?

Monique Pinçon-Charlot – Oui, et sans nuances. Michel [son mari, ndlr] et moi avions écrit Le Président des riches à propos de Nicolas Sarkozy, mais là on est passé un cran au-dessus. Les politiques d’Emmanuel Macron sont au service quasi-exclusif de l’oligarchie. Nous ne sommes plus désormais dans le cadre d’une alternance classique à l’intérieur de l’oligarchie entre la droite et la gauche : il synthétise complètement les intérêts des plus riches. Ce phénomène est confirmé par la porosité qui existe entre le public et le privé dans son gouvernement, par la généralisation du pantouflage [le fait pour un haut fonctionnaire d'aller travailler dans une entreprise privée, ndlr], et par le fait que les commissions de déontologie, lorsqu’elles sont saisies, sont toujours au service des puissants.

Les ordonnances sur la loi travail montrent aussi que le gouvernement peut taper fort sur tous les fronts : contre la démocratie d’une part, avec ce processus intervenu en plein été qui court-circuite le débat parlementaire, et sur les travailleurs en procédant au détricotage des droits sociaux. Cette loi va dans le sens quasi-exclusif des patrons, des actionnaires, des puissants et des riches. On est au cœur de l’antagonisme de classe de notre société, basée sur le système capitaliste. L’oligarchie, qui demeure la classe la plus consciente dans notre société, ne s’y trompe pas.

Comment définiriez-vous le macronisme, s’il est un cran au-dessus du sarkozysme ?

Nicolas Sarkozy était le président des riches, Emmanuel Macron est lui le président maquillé. Au sens propre, puisqu’il est lourdement maquillé - ses frais de maquillage s’élèvent à 26 000 euros pour trois mois de mandat. Mais aussi au sens figuré : il avance maquillé en permanence, avec une priorité donnée de façon constante à la communication et à l’image. Pour cela, il est très bien servi par ses camarades de classe du CAC 40, qui sont propriétaires de la plupart des grands médias, et qui lui offrent des couvertures par dizaines mettant en scène un homme souriant, jeune et bien dans sa peau.

Son maquillage lui a aussi permis de se faire passer pour un homme neuf, alors que c’est le poids lourd du quinquennat de Hollande. Enfin, on est aussi passé un cran au dessus dans la mesure où il s’est permis de traiter les opposants à la loi travail de "fainéants, de cyniques et d’extrêmes" - dans la continuité de ses précédentes déclarations sur les ouvrières "illettrées" de Gad, ou sur le fait qu’il fallait travailler pour se "payer un costard". C’est très grave dans la bouche d’un président de la République.

Bourdieu avait écrit un livre sur la violence symbolique du langage, Ce que parler veut dire. Qu’est-ce que parler de "fainéants, de cyniques, et d’extrêmes" veut dire dans la bouche d’Emmanuel Macron ?

Ça veut dire qu’aujourd’hui il n’y a plus de frein à la violence de classe. Ce n’est même plus de l’ordre de la violence symbolique. Traiter les travailleurs de fainéants, de cyniques et d’extrêmes, franchement, c’est du jamais vu. C’est une violence de langage qui est profondément corruptrice, qui vous sidère, qui vous rend impuissant, qui vous détruit. Le maquillage du président est tombé à ce moment-là. Avec la loi Pénicaud, c’est une régression sociale sans pareille qui est en marche.

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