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Publié par Patrick Granet

/la-ligne-treize        Lisa Escudero
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la donne le temps de réfléchir. J
’étais à l’avant du train et commençais à sérieusement perdre patience quand une minuscule lumière se mit à briller sur le côté.
Cette vive clarté dans l’obscurité me fascina. Elle semblait me regarder elle aussi.
Avec insistance, sans vaciller, elle m’exhortait à la rejoindre.
A mes côtés se trouve un groupe d’américaines, elles sont souvent jolies les américaines quoique parfois un peu vulgaire.
L’une d’elle me regarde.
Elle est jolie, c’est drôle, avec ses grands yeux fixes, elle ressemble à Julie.
Ah Julie ! Magnifique Julie ! Ma Julie !
Il ne me suffirait pas d’une vie pour vous la décrire !
Elle est tellement belle, et douce aussi, elle est tendre, elle est drôle, elle est fine, elle est… elle est partie !
Je suis allé la chercher à la sortie de son travail.
Assis sur le banc en face j’attendais patiemment sa venue, la nuit tombait doucement.
Elle est sortie, j’ai souri, elle a souri, je me suis rapproché confiant et avant que je ne comprenne quoi que ce soit, elle était pendue au bras d’une espèce de superman qui me dépassait d’une tête au moins.
Ils riaient tous deux, ils s’embrassaient ! Ma Julie ! à moi !
Une sensation horrible m’envahit, un froid glacial me saisit de la pointe de mes pieds jusqu’à la racine de mes cheveux, je me senti incapable d’avancer comme vissé à la terre.J’ai eu envie de lui courir après pour la retenir mais la nuit les avait emportés.
Foutus souvenir



Je me lève finalement, en descendant les marches devant l’Opera, une grosse femme se jette pratiquement sur moi, ses paquets volent au-dessus de nous et je trébuche sous son imposante personne.
A peine sur pied, sa voix nasillarde me monte à la tête.
« Tu m’as pas vu ! Tu bailles aux corneilles ou quoi, avec l’monde qu’y a, allez bouge-toi empoté ! »
« Suppôt de Satan ! » « Mal élevé ! » « Vieille folle » « Pisse froid » …
Je cherche la fausse Julie des yeux, elle a disparu dans la foule avec ses copines.
Je reprends ma route et j’arrive devant la gare Saint-Lazare. Devant cette petite tour pleine d’horloges, toutes de formes et de tailles différentes les unes des autres.
Elles m’ont toujours intrigué, comme le regard sombre de Julie.
Je consulte l’heure et règle ma montre sur celle de la gare.
Dans exactement une demi-heure le train magique passera peut-être sur le quai de la ligne treize.
Sans la moindre hésitation je me dirige vers le métro.
Le cœur battant, j’espère que ce sera le bon.
Je descends dans le métro, me dirige vers un guichet pour acheter un ticket et tend ma monnaie au guichetier qui refuse de me servir et me dirige vers les caisses automatiques.
Je passe les portiques et atterris sur le quai.
Je constate que ma montre et celle du métro sont synchro.
Dix-sept heures pile.
Je scrute autour de moi les voyageurs, ils ont l’air rompus.
Le dos vouté, fatigués, absorbés, over bookés, résignés.
Certes certains doivent parfois se sentir heureux dans toute cette masse informe, mais c’est plus difficile pour moi d’en parler parce que ceux-là je ne les connais pas.
Et pourtant j’en surprends certains à sourires et même à rire !
Où trouvent-ils toute cette force ?


Ce
Soudain j’entends le bruit familier d’un métro sur le point d’entrer en gare.
Fébrilement je regarde la montre de mes parents.
Dix-sept heures six.
Les wagons s’avancent lentement, l’immense machine s’immobilise et ouvre ses portes dans un bruit singulier.
Dix-sept-heures sept.
Je m’élance dans la rame bondée, accoudé à une des parois du véhicule, je reste debout.
J’ai l’impression qu’il roule à toute vitesse, les vitres ouvertes créent des vibrations dans tout l’habitacle.
J’entrevois le mince soleil à travers le soir.
Je commence à voir flou, cette agitation m’enivre, je sais que je suis dans le bon train.
L’appareil perce le mur dans une clarté éblouissante et dans un vacarme assourdissant.
Enfin le convoi se met à ralentir, la vitesse se stabilise et les freins crissent.
Pendant que nous rentrons sur le quai de la station fantôme, j’agrippe fermement le bouton d’ouverture et appuie fortement dessus.
Les gens autour de moi hurlent des mots incompréhensibles.
Ils m’attrapent, tentent de me retenir, en vain.
La porte s’ouvre dans un fracas extraordinaire, une violente bourrasque de vent m’atteint en pleine figure.
 

s visages des inconnus deviennent des abstractions, j’entends confusément un brouhaha de mots qui s’éloigne calmement de moi.
Les incertitudes, la peur, le mal-être, les souffrances, les regrets se mélangent joyeusement et s’envolent au lointain.
La nuit, le jour, le bien, le mal, la beauté, la laideur, l’amour, la haine se mêlent dans une sarabande féerique.
En sautant du train, mon corps se soulève pour ne faire plus qu’un avec mon esprit.
Le point d’équilibre. La main de dieu.
Alors je goûte et je respire réellement, pour la première fois je suis heureux.

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