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Publié par Patrick Granet

La Fête de l’Huma : le « plus grand rassemblement anti-Macron » ?

Pour Pierre Laurent, la Fête de l’Humanité 2017 sera « le plus grand rassemblement anti-Macron ». Pourtant, l’une des principales têtes d’affiche de cette édition, Renaud, après avoir hésité avec Fillon, a lui-même annoncé avoir voté pour le président jupitérien aux présidentielles. Un paradoxe à l’image d’une fête où, depuis plusieurs années, le côté commercial de la fête semble avoir pris le pas sur le rassemblement militant, sous le regard souvent désabusé des vieux communistes. Sur les 600.000 personnes présentes chaque année, beaucoup viennent pour les têtes d’affiches, d’envergure mondiale, qu’on peut voir pour un prix réduit : 25 euros en vente militante alors qu’il n’est pas rare de débourser 100 euros en temps normal pour voir ces artistes en concert. Dans cette fête populaire, les stands du parti communiste se mêlent aux panneaux de pubs monopolisés par les marques de boissons alcoolisées et les stands aux effigies des entreprises impérialistes du CAC40 comme Areva qui dispose d’un stand depuis plusieurs années.

Une situation loin d’être nouvelle, mais qui est la continuité du choix fait par la direction de la fête depuis les années 1980, de mettre de côté la politique pour maintenir l’audience. Avec une date symbolique, celle de 1985, où pour la première fois, une tête d’affiche populaire, mais de droite, Johnny Halliday, sera présente sur la Fête de l’Huma. Une décision incomprise, voire combattue par les militants, mais dans laquelle la direction du parti voit une bonne manière de redynamiser une organisation en perte de vitesse. Dans les années 1990, les choses s’accélèrent encore. Têtes d’affiches d’envergure mondiale, fin des interventions politiques sur la grande scène, multiplication de la publicité ou encore l’augmentation continue du prix des places.

Un virage à l’image de celui pris par le journal fondé en 1905. Il est loin le temps où l’Humanité était l’organe officiel du stalinisme français. Depuis 1999, le lien entre le journal et le parti, le PCF, est même supprimé des statuts. Faisant face à une baisse continue de ses ventes et des difficultés financières croissantes, le journal cherche à s’ouvrir à de nouveaux publics, quitte à pratiquer le grand écart idéologique. En 2001, il ouvre même de manière temporaire son capital à des entreprises privées (dont Bouygues et TF1). Aujourd’hui, le journal est sur la sellette, et il ne survit que grâce au financement de l’Etat, qui s’élevait en 2014 à presque 6 millions d’euros, soit 0,59€ par numéro, un record dans la presse française. Bien loin des préceptes du fondateur du journal, Jean Jaurès, pour qu’un journal « n’est libre de son action nationale et internationale qu’à la condition de rejeter les subventions ».

Néanmoins, la politique est toujours présente sur la Fête de l’Huma. Celle-ci reste le principal évènement de la gauche et du mouvement ouvrier en France. Cette année, seront présents pour discuter de la rentrée sociale et de la mobilisation contre Macron : Pierre Laurent, Philippe Martinez, Benoit Hamon, François Ruffin ou encore Philippe Poutou. Le seul grand absent, très remarqué, sera Jean-Luc Mélenchon qui a choisi de boycotter cette édition pour la première fois depuis 12 ans. Cette édition 2017, en plein cœur de la mobilisation, à quelques jours du 21 et du 23 septembre, aurait pourtant été l’occasion idéale pour discuter avec l’ensemble des forces politiques et syndicales d’un plan de bataille commun contre le gouvernement Macron et ses ordonnances.

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