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Publié par Patrick Granet

La Chine est-elle la solution en Corée du Nord ?

L’allié chinois dont dépend à 90 % l’économie nord-coréenne est présenté comme le seul capable de régler la menace nucléaire et

 

septembre 2017. / Greg Baker/AFP

« La Chine s’oppose au développement par la Corée du Nord de son programme nucléaire et balistique et nous sommes engagés dans la dénucléarisation de la péninsule. Cette position est bien connue et Pyongyang la connaît également parfaitement bien ». À l’unisson de toute la communauté internationale, la diplomatie chinoise a une nouvelle fois condamné l’essai nucléaire pratiqué par la Corée du Nord, dimanche 3 septembre (le 6e depuis 2006).

Ainsi le principal allié et soutien économique de la Corée du Nord a « vigoureusement condamné » et appelle Pyongyang à « cesser ses actions erronées qui aggravent la situation et ne servent pas ses propres intérêts ». Mais si la Chine s’agace publiquement des agissements de sa voisine nord-coréenne, elle est loin d’être prête à voter à l’ONU des sanctions très sévères qui provoqueraient l’effondrement du régime.

Une Chine toujours très réticente

Convoqué d’urgence lundi 4 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a lui aussi condamné l’essai nucléaire présenté par la Corée du Nord comme une bombe H à hydrogène, tout en annonçant la rédaction d’une prochaine résolution sanctionnant encore la Corée du Nord. Un projet de résolution rédigé par les États-Unis, circule parmi les 15 membres du Conseil et Washington souhaiterait qu’il soit voté au plus vite lundi 11 septembre. Reste à convaincre une Chine très réticente.

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La nouvelle administration Trump, en place depuis janvier, tente de se défausser et de faire porter l’entière responsabilité de la crise nucléaire nord-coréenne sur les épaules chinoises. La logique américaine repose sur l’alliance historique entre la Chine et la Corée du Nord qui remonte à la guerre de Corée (1950-1953) quand Pékin avait envoyé des centaines de milliers de soldats au secours (dont un des fils de Mao qui y a trouvé la mort) de Pyongyang pour repousser l’offensive américaine. Au lendemain de la chute de l’URSS en 1991, la Chine avait pris le relais de Moscou devenant aujourd’hui le premier partenaire économique de la Corée du Nord.

Pékin ne veut pas couper les vivres à Pyongyang

Pyongyang dépend ainsi de la Chine pour 90 % de son énergie (la Russie pour le reste), 80 % des produits de consommation et 45 % de son alimentation. Ainsi, défend Washington, la Chine est le seul pays ayant une influence réelle sur la Corée du Nord et elle devrait couper les robinets énergétiques et alimentaires à Pyongyang pour qu’elle renonce à ses programmes nucléaire et balistique.

La logique fonctionne sur le papier mais ce n’est pas si simple. Avant tout, croire que la Chine serait la seule à pouvoir régler la crise nucléaire laisserait penser que le dragon chinois aurait tout pouvoir sur son « petit » voisin nord-coréen. Il s’agit d’une illusion car la Corée du Nord ne s’est jamais soumise aux ordres de Pékin, qui ne maîtrise ni ne contrôle la politique intérieure nord-coréenne.

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Le jeune leader nord-coréen Kim Jong-un, qui a succédé à son père Kim Jong-il, au lendemain de sa mort en décembre 2011, ne s’est d’ailleurs jamais rendu en République populaire de Chine. Pékin a bien essayé d’orienter et de convaincre son voisin de procéder à des réformes économiques depuis des années mais n’a jamais réussi à les imposer.

Pour autant, la Chine ne veut absolument pas voir l’effondrement de la Corée du Nord qui provoquerait un flot de centaines de milliers de réfugiés sur son territoire. Le risque serait de voir les États-Unis et la Corée du Sud en profiter pour reprendre le territoire du nord et réunifier la péninsule, un scénario cauchemardesque pour Pékin qui ne tient pas à avoir des troupes américaines à sa frontière.

La Chine ne veut pas voir de troupes américaines à sa frontière

La logique de Pékin est de ramener tous les acteurs concernés (Russie, États-Unis, Japon, Corée du Sud, Corée du Nord et Chine) autour d’une table. Lundi 4 septembre, l’ambassadeur chinois à l’ONU a réitéré le plan sino-russe prévoyant le gel des tests atomiques et de missiles nord-coréens en échange d’une suspension des manœuvres militaires conjointes des armées américaine et sud-coréenne. Une proposition jugée « insultante » par l’ambassadrice américaine Nikki Haley qui souligne qu’on ne « peut pas baisser la garde ».

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Dans ce contexte de division au sein du Conseil, le vote d’une nouvelle résolution visant à sanctionner encore plus la Corée du Nord pourrait ne pas se tenir lundi 11 septembre, comme prévu.

Dorian Malovic
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