Un principe nécessaire au socialisme

L'internationalisme n'est pas un idéal abstrait, mais un principe qui se base sur les conditions matérielles des prolétaires et leurs intérêts convergents. Au 19ème siècle, lorsque Marx et Engels écrivaient le Manifeste du parti communiste, le capitalisme unifiait rapidement l'économie mondiale et faisaient des prolétaires les mêmes pauvres exploités. D'où le célèbre passage :

« on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions d'existence qu'ils entraînent.» [1]

L'internationalisme, pour le socialisme scientifique, part donc d'abord d'un constat. Mais du point de vue du mouvement ouvrier et de son action politique consciente, c'est également un combat et une nécessité. En effet, le Manifeste poursuit :

« Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. »

Cette nécessité est à la fois économique et politique :

  • économique : le socialisme ne peut s'appuyer que sur la forte productivité établie par le capitalisme (pour répartir rapidement le travail, donner du temps libre pour exercer la démocratie ouvrière...), or celle-ci dépend fortement de la mondialisation, donc un Etat révolutionnaire ne peut être autarcique sans risquer de subir un profond recul économique ;
  • politique : si les travailleurs de tous les pays ne sont pas suffisamment solidaires, un éventuel Etat révolutionnaire serait immanquablement agressé par son entourage capitaliste. Et si la révolution ne s'étend pas, la dégénérescence bureaucratiqueest un fort risque, particulièrement dans les pays peu industrialisés.

En résumé, la révolution socialiste, même si elle peut démarrer dans un pays, est nécessairement mondiale (révolution permanente, en opposition au "socialisme dans un seul pays") ou elle n'est pas. Ce qui implique que le mouvement ouvrier révolutionnaire est internationaliste ou il n'est pas.

Le combat pour la révolution mondiale

Historique

L'Internationalisme dans son acception moderne nait dans les mouvements révolutionnaires de 1848 de la prise de conscience qu'il existe des intérêts communs à l'humanité.

C'est pour cela qu'un des principaux combats de Marx et Engels durant leur vie fut la construction d'une organisation internationale des travailleurs. C'est pour chanter la lutte de classe mondiale et l'Internationale Ouvrière qu'Eugène Pottier écrit dans sa prison les paroles de la fameuse Internationale. C'est pour défendre l'internationalisme trahi par la Deuxième internationale opportuniste que Lénine tenta de réunir les révolutionnaires dès 1915[2] et impulsa la création de l'Internationale Communiste.

C'est enfin pour reprendre ce flambeau étouffé par le stalinisme que Trotsky tenta de mettre sur pied la Quatrième internationale, combat que mènent encore aujourd'hui les communistes révolutionnaires, malgré toutes les divergences et leurs difficultés.

Un combat permanent

Comme la conscience de classe, l'internationalisme n'est pas spontané dans le prolétariat du monde. Même s'il repose sur des bases matérielles, bon nombre de tendances tendent à le contre-carrer. Au XIXème siècle, il s'agissait surtout de traditions dues à l'inertie historique, que l'on trouvait surtout dans la paysannerie, et déjà moins chez les ouvriers et les bourgeois. La mondialisation, amorcée depuis des siècles par les échanges marchands, constituait une puissante lame de fond contre les idéologies étroitement nationales :

« La grande industrie a fait naître le marché mondial, que la découverte de l’Amérique avait préparé. […] En exploitant le marché mondial, la bourgeoisie a donné une forme cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand regret des réactionnaires, elle a dérobé le sol national sous les pieds de l’industrie. »[3]

Mais le capitalisme, de par ses violentes crises et les conflits impérialistes qu'il a développé à l'extrême au XXème siècle, pousse aussi à de profonds reculs réactionnaires. Les idéologies nationalistes et chauvines ont alors une profonde utilité pour la bourgeoisie : réaliser l'Union sacrée des exploités avec leurs exploiteurs, et préserver le système.

Aujourd'hui encore, malgré un niveau jamais atteint de mondialisation des échanges de marchandises et de capitaux, la majorité des travailleurs est enracinée dans un territoire, avec peu d'occasions de voyager ou de s'intéresser à d'autres pays. Malgré la baisse spectaculaire du coût des communications, seulement 2% des appels téléphoniques sont internationaux, et seulement une connexion internet sur 5 ou 6 dépasse les frontières nationales. Il est plus facile à un riche homme d'affaire passant d'avions à hôtels de se sentir "citoyen du monde", que pour un balayeur de Budapest.

Internationalisme et "mondialisme"

Un thème en vogue actuellement à l'extrême droite est le combat contre le "mondialisme" (ou parfois la "mondialisation"). Sous couvert de nouveauté (puisque la mondialisation est à tort présentée comme nouvelle), il s'agit de surfer sur la dégradation socialeaccélérée depuis le tournant néolibéral pour instiller une série de thèmes classiques ("la malfaisante finance cosmopolite juive ou anglo-saxonne nous attaque") et proposer de fausses solutions ("sortir de l'euro et mener une politique protectionniste", sans sortir du capitalisme, ce qui revient une fois de plus à s'unir avec nos bourgeois contre de faux ennemis, l'extérieur ou les immigrés).

Bien sûr, l'extrême droite en profite pour dénoncer l'internationalisme révolutionnaire comme une "trahison du pays", une "alliance objective avec le Capital financier"...

Les Internationales

Pour permettre une réalisation efficace de cet idéal, différents courants politiques ont fondés à différentes époques des associations internationales. Les plus importantes sont :

D'autres associations internationales ont existé ou existent encore, regroupant généralement des partis frères sur leurs propres bases politiques.

La démarche pour construire une organisation révolutionnaire internationale et le fonctionnement qu'elle doit avoir sont sujets à débats entre trotskistes.

Article détaillé : Parti mondial.

Notes et sources