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Publié par Patrick Granet

Effondrement du rêve d’un royaume arabe indépendant

En brisant le rêve de royaume arabe forgé par l’émir Fayçal Ben Hussein, la bataille de Khan Meisseloun marque un tournant dans l’histoire des relations entre la France et les Hachémites. Elle opposa les forces françaises bien armées et bien équipées du général Mariano Goybet aux forces syriennes emmenées par Youssef Al-Azmé, ministre de la guerre de Fayçal, « roi de Syrie » depuis le mois de mars 1920.

Réglée en quelques heures, la bataille de Khan Meisseloun1 — du nom du défilé se situant sur la route entre Beyrouth et Damas où eurent lieu les combats — permet aux Français, dirigés par le général Henri Gouraud (1867-1946), haut-commissaire et commandant en chef des armées françaises au Levant, de pénétrer triomphalement dans Damas dès le lendemain. Si cette entrée dans la ville des Omeyyades marque pour eux la fin de l’expérience chérifienne en Syrie, elle est surtout perçue comme une simple mise en conformité de la présence française en Orient par un nécessaire retour à l’ordre réclamé par la Société des Nations (SDN). De ce fait, le combat de la « colonne de Damas » — autre désignation de la bataille de Khan Meisseloun — est vite oublié du côté français. Mais pour l’émir Fayçal Ben Hussein (1885-1933) et sa famille, convaincus que ce n’est qu’une péripétie dans le cadre d’une guerre pour la conquête du monde arabe par les « Arabes », la bataille perdue devient aussitôt la butée-témoin d’une mémoire combattante douloureuse. Meisseloun se charge alors d’une dimension symbolique dont la résonnance se fait encore sentir de nos jours. Pour appréhender sereinement cette bataille et ses conséquences, pour distinguer l’histoire de la mémoire, il s’agit non pas d’aborder l’événement sous un angle téléologique (en connaissant la fin de l’histoire), ou pire sous un angle idéologique, mais au contraire de comprendre le processus qui a mené à la bataille en posant correctement les jalons historiques.
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