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Publié par Patrick Granet

77 ANS APRÈS SON ASSASSINAT "Trotski est de retour"

Le 21 août 1940, Léon Trotsky est assassiné à Coyoacan au Mexique, par Ramon Mercader. Le grand révolutionnaire et dirigeant de la Révolution Russe, aux côtés de Lénine, organisateur de l’Armée Rouge, fondateur de la IVème Internationale vient de succomber sous la pioche stalinienne. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de « Trotsky, le retour » saga parue dans le quotidien Izquierda Diario, qui retrace les principaux moments de la vie de Trotsky et de la Révolution Russe.

Il est né le 26 octobre 1879 à Yanovka. Près de la ville Ukrainienne de Jerson. Depuis son plus jeune âge, il s’est intéressé aux problèmes de la révolution, de l’organisation et de la libération de la classe ouvrière. Il a connu la prison et l’exil. Il a donné sa vie à la cause de la révolution mondiale.

Pendant la révolution de 1905 il a été l’un des organisateurs et principaux dirigeants du Soviet de Petrograd. Durant toute sa vie, il a développé ses idées révolutionnaires. Il écrit Bilans et Perspectives où il formule pour la première fois les idées de la théorie de la Révolution Permanente, aborde le problème de la révolution dans les pays à économie et développement industriel plus arriéré et refuse la nécessité de passer par une période de développement capitaliste en affirmant que les tâches démocratiques-bourgeoises seront accomplies par la classe ouvrière elle-même dans une alliance avec a paysannerie pauvre. La dictature du prolétariat appuyée sur les paysans, que prônaient les bolcheviques était opposée à l’unité du prolétariat avec la bourgeoisie défendue par les mencheviques.

Difficile de résumer une vie et son œuvre, si vastes et si riches, sa lutte contre le stalinisme et le tournant adopté dans l’Internationale Communiste à la mort de Lénine qu’il exprime dans son livre L’Internationale Communiste après Lénine ou le grand organisateur des défaites, ou La Révolution Trahie, jusqu’à son exil au Mexique et la fondation de la IV Internationale.

Nous traduisons ci-dessous un extrait de « Trotsky, le retour » saga parue dans le quotidien Izquierda Diario, qui retrace les principaux moments de la vie de Trotsky et de la Révolution Russe.

C’est le moment où les positions de Lénine et Trotsky convergent pour pouvoir mener la première révolution triomphante de l’histoire de la classe ouvrière. Où la théorie de la révolution permanente et la conception de parti se fondent pour donner naissance au premier Etat Ouvrier, une première répétition générale de ce qui sera la grande révolution mondiale tant rêvée par ces deux révolutionnaires.

New York

Un peu plus de deux mois se sont écoulés depuis que la révolution de février à destitué le Tsar, mais le pouvoir est tombé aux mains de la bourgeoisie. Le Gouvernement Provisoire continue la Guerre contre la volonté des ouvriers et des paysans qui joueront un rôle central dans la révolution.

Quand la Révolution de février éclate, Trotsky est de nouveau en exil à New York. Il fait partie de la rédaction du journal russe « Nouveau Monde », centre de propagande internationaliste révolutionnaire. Par télégraphe les premières informations très confuses arrivent de Petrograd et beaucoup d’émoi se perçoit dans la population ouvrière de New York. La presse étasunienne est dépitée et des journalistes arrivent sans cesse à la rédaction du « Nouveau Monde ». Pendant plusieurs jours, le journal devient le centre de réunion des journalistes de la presse new-yorkaise. La presse et les organisations socialistes appellent par téléphone sans arrêt. « Au sein d’une assemblée restreinte de sociaux-démocrates russes (…), j’ai signalé que le prolétariat s’emparerait du pouvoir inévitablement dans la deuxième étape de la révolution », raconte Trotsky dans son autobiographie. Dans tous les quartiers de New York des réunions ont lieu, extraordinaires par l’affluence et par l’esprit qui les animent. Sur le Palais d’Hiver flotte le drapeau rouge : cette nouvelle s’étend et provoque dans les masses une énorme joie. Aux assemblées ne se rendaient pas seulement les émigrés russes mais aussi leurs enfants, grand nombre d’entre eux avaient oublié leur langue maternelle, mais respiraient les airs enthousiastes de la révolution.

Face aux nouvelles sur les premiers évènements de la révolution de février, Trotsky se présente au Consulat Général de Russie à New York à la recherche des papiers nécessaires pour faire le voyage en Russie. Entre temps, le Consulat anglais lui confirme que les autorités britanniques lui permettraient passer par leur territoire. Cependant, après l’embarquement les fonctionnaires de la Marine anglaise l’interrogent, et l’arrêtent à Halifax (Canada) dans un camp de concentration. Trotsky raconte qu’« Entre les huit cents prisonniers, avec qui j’ai passé près d’un mois, près de cinq cents étaient des marins des bateaux de guerre allemands coulés par les anglais, environ deux cents ouvriers que la guerre avait surpris au Canada, et une centaine d’officiers et des civils bourgeois. Notre relation avec les camarades allemands de prison s’est améliorée à mesure qu’ils apprenaient que nous étions des socialistes révolutionnaires (…) la grande majorité éprouvait de la sympathie envers nous. Le mois que nous avons passé dans ce camp a été un meeting permanent. J’ai parlé aux prisonniers de la Révolution Russe, de Liebknecht, de Lénine, quelles étaient les causes qui avaient déterminé la défaite de l’ancienne Internationale, et de l’intervention des États unis dans la guerre. Nous faisions des assemblées, et des groupes de discussion. Notre amitié devenait de plus en plus étroite ».
Quand la nouvelle de l’arrestation se fait connaître, l’ambassade anglaise envoie aux journaux de Petrograd, des informations officielles disant que les russes arrêtés au Canada ont été surpris vers la Russie avec une subvention de l’ambassade allemande pour faire tomber le Gouvernement Provisoire. Lénine va orienter toute sa défense de Trotsky dans le journal Pravda, contre l’ambassadeur anglais : « Peut-on donner crédit, seulement un instant, à la bonne foi d’un indic selon lequel Trotsky, Président du Soviet des Députés Ouvriers de Saint Petersburg en 1905, un révolutionnaire qui a consacré des décennies au service de la Révolution, aurait pu s’associer à un plan financé par le gouvernement allemand ? Il s’agit d’une calomnie flagrante, abjecte et dévergondée qui se lance contre un révolutionnaire. Où avez-vous obtenu cette information, Monsieur Buchanan ? Six hommes ont arrêté le camarade Trotsky, le traînant en prison, et tout cela au nom de votre amitié avec le gouvernement provisoire russe ! »
Le ministre des Affaires Étrangères russe, Milioukov, est favorable à la détention, cependant, il dépend des Soviets et doit agir avec prudence. Finalement, dès que le soviet prend le problème en mains, Milioukov se voit obligé à céder. Un mois plus tard Trotsky est libéré. Dans son autobiographie il décrit ce moment : « Les camarades de prison nous ont fait des adieux solennels. Les officiers se sont enfermés dans les compartiments, ils n’étaient pas nombreux à montrer le nez. Les ouvriers et les marins formaient une colonne pour nous laisser passer, un orchestre improvisé jouait un hymne révolutionnaire et des centaines de mains amies se tendaient vers nous. L’un des prisonniers a prononcé un bref discours qui saluait la révolution russe et condamnait la monarchie allemande. Encore aujourd’hui je ressens de l’émotion quand je pense à cette fraternité que nous avons scellée avec les marins allemands d’Amherst en pleine guerre. Plusieurs d’entre eux m’ont écrit après des lettres affectueuses depuis l’Allemagne ».

La convergence

Bien que Lénine et Trotsky aient connu des divergences dans le passé sur quelle serait la dynamique de la Révolution Russe, ils ont souvent convergé après avoir fui les prisons, et l’exil forcé suite à la défaite de la révolution de 1905. Depuis, Léon Trotsky devint un important collaborateur du journal Pravda à l’étranger dirigé par Lénine. Cependant, l’un des principaux points d’accords entre les deux révolutionnaires avant la révolution a été la position sur l’internationalisme, avec une poignée de révolutionnaires comme Rosa Luxemburg, Liebknecht ou encore Mehring (entre autres), face à la trahison de la social-démocratie allemande dans la Première Guerre Mondiale, ce qui entraîna la déroute de la Seconde Internationale.

Petrograd
Quand il arrive à Petrograd un grand accueil l’attend à la station de Finlande. Dans son discours il fait référence à la nécessité de préparer la seconde révolution. Trotsky raconte que grâce à l’intervention de Lénine, il fait à nouveau partie du Comité Exécutif du Soviet : « À peine sorti de la station, a commencé pour moi, un tourbillon dans lequel les hommes et les épisodes défilent rapidement devant les yeux, comme les madriers traînés par le torrent. Les grands événements sont pauvres dans des souvenirs personnels ; c’est le recours qui a la mémoire pour se protéger d’un accablement excessif. Je crois que depuis la station je me suis immédiatement déplacé à la séance du Comité Exécutif. Cheidsé, le président inamovible de cette période m’a sèchement salué. Les bolcheviques ont proposé de m’inclure parmi les membres du Comité Exécutif, en qualité de l’ex-président du soviet de 1905. Cela a produit une certaine confusion. Les mencheviques ont commencé à se rapprocher des narodniki (‘’populistes’’) . À l’époque ils avaient la majorité écrasante dans tous les organes de la révolution. Ils se sont mis d’accord pour m’admettre avec une voix consultative. Ils m’ont remis mon carnet de membre du Comité avec une tasse de thé et du pain complet.

La révolution de février (8 mars) libère les bolcheviques qui se trouvaient dans les prisons tsaristes. Les dirigeants déportés, Kamenev et Staline, libérés par le Gouvernement Provisoire, arrivent à Petrograd et prennent la direction du parti. Ils adoptent d’ors et déjà la politique des mencheviques, selon laquelle, il était nécessaire que les révolutionnaires russes poursuivent la guerre pour défendre les récentes conquêtes démocratiques de l’agression de l’impérialisme allemand. Pour cela ils portent un « soutien avec des conditions » au Gouvernement Provisoire. Quelques jours avant le retour de Lénine, dans une conférence, sur proposition de Kamenev et Staline, ils acceptent de considérer la réunification de tous les sociaux-démocrates qui leur avait proposé le Comité d’ Organisation menchevique.

Convergence stratégique

Lénine par contre comprend que la révolution de février n’a pas donné comme résultat la réalisation des tâches de la révolution « démocratique bourgeoise ». Comme la distribution de la terre aux paysans, la durée de la journée de travail de 8 heures pour les ouvriers, et la convocation à une Assemblée Constituante pour réorganiser la nation en éliminant l’héritage du tsarisme. Cela ne serait jamais réalisé par la présence de la bourgeoisie au pouvoir. Il était donc nécessaire d’aller plus loin dans les objectifs de la révolution, faire la « deuxième révolution ».

Lénine bataillait pour ces idées qui se cristallisaient dans son mot d’ordre « tout le pouvoir aux soviets », déjà depuis son exil en Suisse et dès son retour ratifié dans les « Thèses d’avril ». C’est ainsi qu’il réussi, non sans une opposition de fer de la part de la vieille garde bolchevique, à récupérer la direction du parti.

Selon l’historien Pierre Broué, Lénine adopte alors « tactiquement la thèse de la révolution permanente » de Trotsky après avoir affirmé que « le trait le plus caractéristique de l’actuelle situation en Russie est celui de la transition de la première étape de la révolution qui a remis le pouvoir à la bourgeoisie à cause de la jeunesse de l’organisation et de la conscience prolétarienne, à sa deuxième étape qui doit remettre le pouvoir aux mains du prolétariat et des secteurs les plus pauvres de la paysannerie. »

Refusant les déclarations et les désirs du gouvernement provisoire de continuer dans la Guerre mondiale, des manifestations populaires éclatent. Les soldats refusent de réprimer la population, ce qui ouvre une situation de crise dans le pays. À ce sujet Lénine affirme : « la révolution bourgeoise est close en Russie et la bourgeoisie conserve le pouvoir entre ses mains », mais la lutte pour la terre, le pain et la paix ne pourra plus se réaliser sans l’accès des soviets au pouvoir, « ceux-ci sauront beaucoup mieux, d’une manière plus pratique et plus sûre comment se diriger vers le socialisme ».

Lénine s’adresse aux « vieux bolcheviques » qui répétaient sans intelligence une formule « apprise » au lieu d’« étudier » les particularités de la nouvelle situation réelle. « Il ne faut pas s’attacher aux vieilles formules mais à la nouvelle réalité », leur dit il. Pour lui la formule de dictature démocratique des ouvriers et des paysans est périmée, morte, et vains sont les efforts qui essaient de la ressusciter.

« Depuis, il n’y a pas eu un meilleur bolchevique que lui » :

Le lendemain de l’arrivée de Trotsky, tel comme l’avait fait Lénine un mois plus tôt, il annonce dans le Soviet de Petrograd que la révolution « a ouvert une nouvelle ère, une ère de sang et de feu, une lutte qui n’est plus celle d’une nation contre autre, mais celle des classes souffrantes et oppressées contre ses gouvernants », que « les socialistes doivent lutter pour donner tout le pouvoir aux soviets », et il conclut : « vive la révolution russe, les prémisses de la révolution mondiale ! ». Deux jours plus tard, dans un meeting en son honneur, il affirme avoir abandonné définitivement son vieux rêve d’unification de tous les socialistes, en déclarant que la nouvelle Internationale ne pourra se construire qu’en rupture totale avec le social-chauvinisme.

À moins d’une semaine de son retour il rencontre Lénine. Ils ont alors très peu de divergence et en sont conscients. Les vieilles divergences en ce qui concerne la dynamique de la révolution et les questions du parti, ont été soldées. Maintenant, Lénine a hâte d’intégrer d’intégrer Trotsky et ses camarades de « l’organisation Interdistricts » dans le parti. Dès lors ils commencent à préparer le meilleur moment pour effectuer et rendre publique leur fusion. Au cours des semaines suivantes, Trotsky devient pour les masses, dont il est l’orateur préféré, un authentique bolchevique.

Le parti, qui sera renouvelé entre avril et septembre 1917, naîtra de la convergence des meilleurs éléments révolutionnaires au sein du courant bolchevique, des petits courants révolutionnaires qui intégraient l’Organisation des Interdistricts et les nombreuses organisations social-démocrate internationalistes qui étaient restées jusqu’à lors en marge du parti de Lénine.

Les deux dirigeants savent qu’ils ont besoin l’un de l’autre, comme stratèges révolutionnaires pour les événements cruciaux à venir, qui sont plus près de ce que la majorité imagine. Par exemple, la conception de Lénine sur la construction de la direction révolutionnaire. C’est pour cela qu’en même temps qu’il avait bataillé en interne avec ses vieux camarades qu’il qualifiait souvent de « vieux bolcheviques », il avait exercé toute la pression et touché tous les contacts possibles pour la libération et le retour de Trotsky à la ville dont il rêvait de répéter l’exploit des communards de Paris.

À tel point qu’un peu plus tard, la semaine après de la prise du pouvoir, dans son discours de la séance du Soviet de Petrograd durant la quelle le débat portait sur la possibilité de former une coalition avec les mencheviques et les socialistes révolutionnaires, Lénine est catégorique. En débat contre les partisans de la coalition qui faisaient allusion à la vieille idée de Trotsky d’unifier la social-démocratie, il répondra : « On ne peut pas parler de cela sérieusement. Il y a long temps que Trotsky a dit que l’unification était impossible. Trotsky a compris cela et depuis il n’y a pas eu un meilleur bolchevique que lui ».

Sources :
« Ma vie », « L’histoire de la Révolution ru

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