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Publié par Patrick Granet

Menaces sur l’islam à l’indonésienne

Fière de son image de tolérance, l’Indonésie doit affronter un double péril : la corruption — à la mi-juillet, le président du Parlement est tombé pour ce motif — et la montée de l’intégrisme. Longtemps ignoré, l’islam rigoriste, importé principalement d’Arabie saoudite, fait des ravages. Si le dirigeant de la plus puissante milice fondamentaliste, menacé d’arrestation, a pris la fuite, la devise du pays, « l’unité dans la diversité », est fragilisée.

n cette fin d’après-midi écrasé de chaleur humide, le marché aux puces de la rue Surabaya sur les bords du canal est quasi désert — un havre de paix au milieu du chaos de voitures et de motos qui saturent le centre de Djakarta. Pourtant M. Diky Rachma, gérant d’une échoppe où s’entassent marionnettes traditionnelles, objets précieux, vraies et fausses antiquités, n’est guère sensible au charme de ce silence inhabituel. Attablé dehors avec l’un de ses clients, il fustige « les organisateurs des manifestations » géantes qui ont secoué la capitale indonésienne, en octobre et novembre 2016, et fait fuir les touristes. Et désigne le coupable : le Front des défenseurs de l’islam (FPI) et ceux qui le soutiennent. Créé lors de la chute de la dictature, en 1998, adoubé par l’armée et la police, ce groupe d’extrémistes musulmans aux allures de milice a su étendre ses tentacules dans la bonne société politique.

À la veille des élections locales, il a réussi, avec des organisations amies, à rassembler une foule hétéroclite d’islamistes fondamentalistes, de musulmans sincèrement inquiets quant à l’avenir de leur religion et de simples habitants mécontents de la politique menée par le gouverneur de la ville (l’équivalent d’un maire), M. Basuki Tjahaja Purnama, dit Ahok, un chrétien d’origine chinoise. Non sans succès : donné largement gagnant pour un nouveau mandat au début de la campagne électorale, Ahok a été battu à plates coutures par M. Anies Baswedan, qui prendra ses fonctions en octobre 2017. La trajectoire de ce dernier symbolise l’évolution du pays : recteur de l’université islamique Paramadina (Djakarta), il était connu pour la qualité de son enseignement (notamment sur les droits humains) et pour ses prises de position progressistes. « Nous avons nos islamistes et nos intégristes, déclarait-il au Monde diplomatique en 2010 , mais ils ont été en partie absorbés par le processus politique et démocratique. » Depuis, ce sont les intégristes qui semblent l’avoir absorbé. Quittant (...)

n cette fin d’après-midi écrasé de chaleur humide, le marché aux puces de la rue Surabaya sur les bords du canal est quasi désert — un havre de paix au milieu du chaos de voitures et de motos qui saturent le centre de Djakarta. Pourtant M. Diky Rachma, gérant d’une échoppe où s’entassent marionnettes traditionnelles, objets précieux, vraies et fausses antiquités, n’est guère sensible au charme de ce silence inhabituel. Attablé dehors avec l’un de ses clients, il fustige « les organisateurs des manifestations » géantes qui ont secoué la capitale indonésienne, en octobre et novembre 2016, et fait fuir les touristes. Et désigne le coupable : le Front des défenseurs de l’islam (FPI) et ceux qui le soutiennent. Créé lors de la chute de la dictature, en 1998, adoubé par l’armée et la police, ce groupe d’extrémistes musulmans aux allures de milice a su étendre ses tentacules dans la bonne société politique.

À la veille des élections locales, il a réussi, avec des organisations amies, à rassembler une foule hétéroclite d’islamistes fondamentalistes, de musulmans sincèrement inquiets quant à l’avenir de leur religion et de simples habitants mécontents de la politique menée par le gouverneur de la ville (l’équivalent d’un maire), M. Basuki Tjahaja Purnama, dit Ahok, un chrétien d’origine chinoise. Non sans succès : donné largement gagnant pour un nouveau mandat au début de la campagne électorale, Ahok a été battu à plates coutures par M. Anies Baswedan, qui prendra ses fonctions en octobre 2017. La trajectoire de ce dernier symbolise l’évolution du pays : recteur de l’université islamique Paramadina (Djakarta), il était connu pour la qualité de son enseignement (notamment sur les droits humains) et pour ses prises de position progressistes. « Nous avons nos islamistes et nos intégristes, déclarait-il au Monde diplomatique en 2010 , mais ils ont été en partie absorbés par le processus politique et démocratique. » Depuis, ce sont les intégristes qui semblent l’avoir absorbé. Quittant (...)

 

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