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Publié par Patrick Granet

 Appel depuis le Venezuela aux anarchistes d'Amérique latine et du monde », par le Collectif éditorial de « El Libertario »  28 Juin 2017

  Nous nous adressons à toutes les expressions du mouvement libertaire, en particulier à celles de ce continent, non seulement pour attirer leur attention sur la situation que nous sommes en train de vivre au Venezuela, mais aussi parce que nous considérons qu'il est urgent que l'anarchisme international s'exprime plus énergiquement au sujet de ces circonstances dramatiques, par des positions et des actions dignes de ce que l'idéal anarchiste a pu produire historiquement en matière de parole et de pratique.

   Il est déplorable que, tandis que d'un côté le gouvernement chaviste – conduit aujourd'hui par Maduro – flanqué de ses caisses de résonance à l'étranger, et de l'autre, les opposants de la droite et de la social-démocratie, mènent des campagnes tapageuses pour vendre à l'opinion mondiale leurs visions identiquement biaisées et chargées d'intérêts de pouvoir, beaucoup de voix anarchistes hors du Venezuela demeurent dans un mutisme équivalent finalement à une acceptation de ce que les différents avides prétendants au pouvoir de l'Etat veulent imposer comme "vérité". Nous savons que les voix amies ne disposent pas des medias aux ordres des étatistes de divers pelages, et les compagnons affrontent des réalités complexes où il y a des thèmes et des problèmes qui, du fait de leur urgence, réclament leurs plus immédiates préoccupations. Mais nous considérons que cette difficulté ne devrait pas être un obstacle à ce que, de quelque modeste façon que ce soit, s'expriment l'attention, l'intérêt et la solidarité à propos de ce qui se passe au Venezuela et aussi concernant ce que divulgue l'anarchisme dans cette contrée.

   En bref résumé de ce que dit aujourd'hui l'anarchisme local, l'actuelle situation révèle la nature fasciste du régime de Chávez – et de son successeur Maduro –, ces gouvernements militaires que nous avons toujours dénoncés au travers d'El Libertario. Ce régime a versé dans la criminalité, le trafic de drogue, le pillage, la corruption, l'emprisonnement des opposants, la torture, les disparitions en sus d'une désastreuse gestion économique, sociale, culturelle et éthique. Chávez est parvenu à imposer son leadership messianique et charismatique, financé par l'élévation du prix du pétrole, mais après sa mort et avec la fin de l'embellie économique, le dénommé « processus bolivarien » s'est dégonflé, ne reposant que sur des bases de plus en plus précaires. Cette « révolution » s'est inscrite dans la tradition rentière qu'inaugura au début du vingtième siècle le dictateur Juan Vicente Gómez, que continua le militaire Marcos Pérez Jiménez et qui ne s'est pas éteinte avec l'avènement du système démocratique représentatif.

   Certains, au plan international (Noam Chomsky en est le meilleur exemple), sont revenus sur leur soutien initial à l'autoritarisme vénézuélien pour aujourd'hui le dénoncer sans détours. Cependant, nous observons avec une grande préoccupation le silence de nombreux anarchistes, de ce continent et des autres, sur les événements en cours au Venezuela. Un proverbe dit : « Qui ne dit mot consent ! », ce qui s'applique parfaitement quand on affame et qu'on réprime dans le sang un peuple et que ceux qui devraient protester contre cela ne disent rien ou presque. Nous lançons un appel à tous ceux qui arborent le drapeau libertaire pour qu'ils se prononcent, s'ils ne l'ont pas déjà fait, sur notre tragédie. Il n'existe aucune justification à l'indifférence si on a une vision anarchiste du monde. Le contraire équivaut à couvrir la farce gouvernementale, en oubliant ce qu'ont dit les anarchistes de toutes les époques sur la dégradation du socialisme autoritaire au pouvoir. Peut-être que par le passé, le mirage « progressiste » du chavisme a pu tromper même certains libertaires, mais être conséquent avec notre idéal rend impossible aujourd'hui de continuer de soutenir une telle croyance.

  Nous sommes en présence d'un gouvernement agonisant, sans plus aucune légitimité et répressif, qui cherche à s'accrocher au pouvoir, répudié par l'immense majorité de la population, qui assassine par le biais de ses forces répressives et ses groupes paramilitaires, qui, en outre, favorisent les pillages. Un gouvernement de corrompus qui fait du chantage aux rations alimentaires, vendues au prix du marché noir, qui participe à tout type de magouilles, un gouvernement de bolibourgeois et de militaires enrichis par la rente pétrolière et l'écocide minier. Un gouvernement qui tue par la faim et l'assassinat, tandis qu'il applique un ajustement économique brutal en accord avec le capitalisme transnational, auquel il paye ponctuellement une dette externe criminelle.

   Il est temps de démonter les manœuvres pseudo informatives à l'instigation de ceux qui contrôlent ou aspirent à contrôler l'Etat vénézuélien, et à cet effet, nous espérons compter sur le soutien actif d'individualités et de collectifs libertaires, tant en Amérique latine que sur le reste de la planète. Toute démonstration de solidarité anarchiste sera la bienvenue pour le mouvement anarchiste vénézuélien, qui est certes petit et se démène face à beaucoup de difficultés, mais qui, dans la situation actuelle, appréciera énormément de savoir que d'une façon ou d'une autre nous pouvons compter sur l'appui des compagnons du reste du monde, que ce soit par la reproduction et la diffusion de l'information que nous, anarchistes du Venezuela, produisons, engendrant des prises de position et des réflexions qui démontent les visions que les autoritaires de droite et de gauche tentent d'imposer, ou – ce qui serait beaucoup mieux– en promouvant ou en soutenant des actions dans leurs pays respectifs, où l'on condamne la situation de famine et répression que l'on vit actuellement au Venezuela. Aujourd'hui plus que jamais, votre présence et votre voix sont nécessaires dans tous les scénarios où il est possible de dénoncer la tragédie dans laquelle est plongé le peuple vénézuélien.

 

La rédaction de El Libertario
Traduction : Daniel Pinós

 

Note finale de El Libertario :

analyses plus amples et détaillées et informations sur ce qui se passe au Venezuela, avec en plus un suivi quotidien, sur le blog de El Libertario http://periodicoellibertario.blogspot.com


Nous recommandons tout spécialement ces articles, où sont exposées sommairement nos visions et positions par rapport à la récente et actuelle situation vénézuélienne :

"Buenos Aires: Interview radio de El Libertario

"Cartographie de l'échec Chavomaduriste: Un parcours sur la carte actuelle du Venezuela

"Crise dans la pensée "critique", ou en sautant d'un bateau qui coule

"Résultat de la crise vénézuélienne

"Déclaration de El Libertario: Dépasser les partis politiques pour affronter la crise et construire un nouveau Venezuela

Le Venezuela aujourd'hui: Les erreurs de la dictature 

"Un mot d'ordre à reprendre aujourd'hui: DISSOLUTION IMMEDIATE DE LA GARDE NATIONALE BOLIVARIENNE

"La fraude constituante

 

***

   A propos de la situation réelle au Venezuela, et notamment de la« modernisation de rattrapage » (Robert Kurz) altercapitaliste qui sous le faux-nez de « révolution bolivarienne », plaît tant à l'anticapitalisme tronqué de gauche et ses sous-branches néo-léninistes, tiers-mondistes, anti-impérialistes tronqués (l'alter-impérialisme du campisme issu de la guerre froide) et carrément populistes, on peut conseiller la lecture du livre de Rafael Uzcategui, Venezuela : révolution ou spectacle ?(éditions Spartacus, 2011) qui est lui-même journaliste et militant de longue date à El Libertario. Le livre étato-populo-altercapitaliste de George Ciccariello-Maher, La révolution au Venezuela, publié on ne peut déjà plus s'en étonner, à La Fabrique en 2016, constitue le tissu des contre-vérités habituelles que décortique patiemment le livre de Rafael Uzcategui en revenant sur l'opposition entre l'autonomie du mouvement social et les instances paragouvernementales sous tutelle (les cercles bolivariens, médias, conseils communaux, coopératives), le capitalisme d'Etat dans les usines productrices de marchandises, de valeur et d'argent, etc. 

 

Venezuela. La révolution comme Spectacle

 

Sommaire 

 

Ière partie : La vie quotidienne au Venezuela bolivarien

1. Le regard des intellectuels de gauche étrangers

2. Pourquoi tant de violence

3. La situation des travailleurs

4. Les programmes sociaux

IIème partie : L'excrément du diable

5. Un pays transformé par le pétrole

6. Un contexte, la mondialisation

IIIème partie : La politique bolivarienne

7. Le populisme

8. Les mouvements sociaux comme acteurs du changement

9. Le processus politique bolivarien

Conclusion : Le triomphe du Spectacle et le chantier qui s'ouvre

 

 

4ème de couverture

Malgré les déconvenues qu’il a causées depuis un siècle, et malgré les crimes qui ont été commis en son nom, le socialisme continue à susciter l’espoir d’une vie meilleure, dans une société libre et égalitaire. Aussi, quand dans un pays riche en pétrole comme l’est le Venezuela, un gouvernement, fort de victoires électorales successives, annonce qu’il s’engage sur le chemin du socialisme, d’un socialisme nouveau, il s’attire à travers le monde le soutien enthousiaste d’une partie de la gauche. 

Mais un discours véhément contre l’Empire états-unien, la haine que lui témoignent certains de ses adversaires, des ventes de pétrole à bon marché à des régimes amis, des expropriations d’entreprises locales ou étrangères suffisent-ils pour justifier cet enthousiasme ? 

Rafael Uzcátegui, militant libertaire vénézuélien, contributeur de longue date à El Libertario, le périodique anarchiste de Caracas, et responsable du service d’enquête de PROVEA, une organisation vénézuélienne de défense des droits de l’homme, ne le pense pas. Au sujet de ce que ses dirigeants appellent le « processus bolivarien », il nous dit : « Deux interprétations grossières de ce processus se font concurrence sur la scène mondiale : d’un côté, on affirme que le gouvernement de Caracas a engagé une série de transformations radicales qui déboucheront sur le "socialisme du XXIe siècle", une trajectoire qui s’oppose aux politiques et aux valeurs de l’impérialisme capitaliste ; de l’autre, au contraire, on assure que le président Chávez est un dictateur qui instaure par la force le communisme au Venezuela. 


Toutes deux, comme nous essaierons de le démontrer, sont fausses. » 

Dans ce livre, sous une forme ramassée, on trouvera bien des éléments – sur la vie quotidienne, sur les relations entre le gouvernement et les organisations et mouvements sociaux – permettant de replacer les politiques menées par le régime vénézuélien dans leur double contexte, celui de l’histoire du Venezuela et celui de la mondialisation économique contemporaine. On y trouvera aussi à coup sûr des éclairages sur les conditions d’une transformation sociale radicale dans notre propre pays. 

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