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Publié par Patrick Granet

Les situationnistes et l’anarchie - Miguel Amorós
 
Les situationnistes et l’anarchie - Miguel Amorós

 Lucie Heymé /24 septembre 2012   

 Réflexions - Culture

 

 

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Ce qui frappe dès l’abord dans ce livre, c’est l’extraordinaire richesse séditieuses des années 1960, et le contenu essentiellement libertaire de la contestation, qui explique comment l’I.S. a réussi, avec de très faibles moyens mais une grande intelligence critique, à marquer de son empreinte le projet de révolution sociale qui était alors réalisable : les aliénés eux-mêmes ayant déjà entrepris le travail de désaliénation, une poignée d’individus leur apportait des armes dont la suite de l’histoire allait démontrer l’efficacité.

Pour évoquer cette période, Miguel Amorós [1], s’est appuyé sur l’étude d’une importante masse de documents, de correspondances (certaines inédites), de brochures, d’éditions critiques, ainsi que sur des conversations directes avec certains protagonistes ; il a ainsi dressé un tableau détaillé et précis des rapports qui s’établirent entre l’univers libertaire et l’I.S. avant la révolte de Mai 68 et jusqu’à son irruption. Cependant, pour le malheur de la génération suivante, la médaille avait son revers, que l’auteur met en lumière sans complaisance, et qui se révéla dans sa triste réalité dès le début des années 1970. Ici, en effet, s’impose bien un constat d’échec majeur de l’intervention situationniste, échec largement déterminé par une erreur d’appréciation du moment historique dont la première manifestation éclatante fut le « fiasco américain », mais également en Grande-Bretagne.

Mais au delà des relations entre l’IS et divers groupes anarchistes plus ou moins liés à la Fédération Anarchiste, de l’échec de sa tentative d’implantation aux Etats-Unis ou de l’intégration des Enragés dans l’IS [2], c’est la cécité de couardes bureaucraties (libertaires ou anarcho-syndicalistes), qui est exposé, de documents en témoignages. 
Du verrouillage de la "FA de Joyeux" et du mouvement anarchiste dans différentes composantes, ou de l’obsessionnelle stigmatisation de ces "marxistes de situationnistes", (coupables aux yeux de certains d’avoir pu oser critiquer et théoriser ce qu’eux mêmes avaient été bien incapables d’oser imaginer), la "bureaucratie considérée comme une fin en soi" manquera le rendez-vous de 68 comme des années suivantes, trop occupée qu’elle fut à exclure, à mener des opérations coups de force ou à entretenir de longs procès "en sorcellerie" …
 

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