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Publié par Patrick Granet

Un monde de camps

 

Les désastres humanitaires ne sont pas désastreux pour tout le monde. Cabinet d’audit, vendeur de cartes de paiement ou géant de l’ameublement : sitôt qu’un camp ouvre, des entreprises se précipitent pour profiter d’une « industrie de l’aide » dont le volume annuel dépasse 25 milliards de dollars.

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Cécile Carrière. — de la série « Barques », 2014
cecilecarriere.Fr - Collection Fondation François Schneider

Comme dans tous les salons internationaux, les stands sont bardés d’affiches aux couleurs vives, de photographies aguichantes et d’hôtesses apprêtées. Des hommes en costumes cintrés échangent ostensiblement leurs cartes de visite. Parmi les présentoirs, de larges maquettes de conteneurs bien alignés ; des villes miniatures dans lesquelles règnent l’ordre et la propreté. « Je peux vous envoyer toutes les informations à propos de nos camps. Miniers, pétroliers, militaires ou de réfugiés : comme vous voulez », annonce fièrement Mme Clara Labarta, représentante de la société de logistique espagnole Arpa, à un homme qui se dit simplement l’envoyé d’un « gouvernement africain ». Derrière son stand, une large photographie d’un camp de base regroupant divers types de tentes et des hélicoptères. « Nous travaillons d’abord comme fournisseur d’équipements militaires pour le ministère de la défense espagnol, mais nous sommes ici pour comprendre le marché humanitaire. C’est un marché très complexe, avec toutes sortes d’agences », poursuit-elle.

La foire organisée parallèlement au premier Sommet humanitaire mondial de l’Organisation des Nations unies (ONU), en mai 2016 à Istanbul, a réuni avec force publicité plus de six cents exposants venus du monde entier. Elle témoigne d’une évolution assumée des organisations internationales chargées des camps de réfugiés : l’association de plus en plus étroite du secteur privé à l’action humanitaire. Plusieurs fois par an, à Dubaï ou à Bruxelles, de gigantesques salons commerciaux réunissent les grandes agences onusiennes, les organisations non gouvernementales (ONG) traditionnelles et des sociétés privées, de la jeune entreprise locale aux plus grandes multinationales. À Istanbul, les présentoirs de vendeurs de drones, lampes photovoltaïques ou kits alimentaires côtoyaient les stands des sociétés de services financiers MasterCard Worldwide ou des grands cabinets d’audit et de réduction des coûts en entreprise, Accenture et Deloitte. On passe sur la présence (...)

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