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Publié par Patrick Granet

Jean-Patrick Clech

Au plus bas dans les sondages, affaibli par le mouvement contre la Loi Travail adoptée à coups de 49.3, les vœux du 14 juillet de Hollande ressemblaient davantage à un mauvais exercice de justification qu’à un discours de fête nationale. Quelques heures plus tard, à peine la retransmission du discours enregistré achevée, c’était à nouveau l’horreur qui s’emparait de l’Hexagone. La course folle d’un camion kamikaze sur la Promenade des Anglais, à Nice, faisait 86 morts et près de 500 blessés, suivie, deux semaines plus tard, par l’assassinat d’un prêtre en pleine messe dominicale à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Dans les deux cas, on assistait à un nouveau mode opérationnel : une action « franchisée » Daech contre des cibles molles, comme cela avait déjà eu lieu à Magnanville, contre un couple de policiers, en juin.

Ce que mettait en lumière les deux attentats, c’était les failles, logiques, de l’état d’urgence lui-même : implacable contre les opposants à la Loi Travail contraints de manifester en cage, mais incapables de protéger qui que ce soit, alors que les opérations militaires extérieures en Iraq et en Syrie renforçaient, alors comme aujourd’hui, la spirale infernale de « leurs guerres et nos morts ». Cependant, en ce début d’été, la gauche de gouvernement réussissait dans un premier temps à reprendre la main avant de la perdre, au profit de sa droite. Définitivement, sans doute.

À nouveau Hollande et Valls adoptaient la mine grave et martiale des lendemains d’attentats. À nouveau, on invitait nos « concitoyens musulmans » à se dissocier avant de s’associer au deuil national, la république très laïque les invitant y compris à se rendre à la messe pour témoigner de leur solidarité. À nouveau, c’était les mêmes « solutions » qui étaient avancées, mais en pire : Hollande faisait appel pour la première fois à la « réserve opérationnelle », sorte de proto-milice-garde-nationale telle que seule la droite et l’extrême-droite en avaient jusqu’alors rêvée. L’Assemblée Nationale, elle, devançait même les souhaits de l’Élysée en prolongeant de six mois (et non de trois) l’état d’urgence (que les députés viennent d’étendre, mi-décembre, jusqu’à l’été 2017…). Dans ce climat, d’hystérie « sécuritaire », comment s’étonner du meurtre d’Adama Traoré, dans la cour de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise, le 19 juillet ?

Comme on ne saurait jamais trop en rajouter, la seconde partie du mois d’août a été l’occasion de relancer la polémique en multipliant les raccourcis islamophobes. Laurence Rossignol avait déjà fait preuve d’une grande clairvoyance, en mars, en comparant les femmes souhaitant porter le burkini à des « nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage ». Après les incidents de la crique de Sisco, en Corse, la question du burkini, était relancée de plus belle. Sur les médias, à sec de nouvelles fraîches en ce 15 août 2016, Rossignol appelait à la multiplication de l’interdiction des maillots de bain islamiques sur les plages hexagonales au nom du droit des femmes… Dans une sorte de climat d’unité nationale où il revenait à l’Etat de déshabiller les femmes, sur le sable ou les galets, pour mieux les libérer, quelques voix ont commencé à s’élever pour contester des arrêtés aussi racistes que réactionnaires, depuis les actions conduites par le NPA en passant par le camp décolonial.

Malgré le soutien du sommet de l’État, les arrêtés sont tombés, les uns après les autres, cassés par le Conseil d’État. Néanmoins, le mal était fait, au moins au niveau conjoncturel : en dépit des températures, l’été a été bien pourri, en 2016.

Sur fond de changement global de la période, à la suite, notamment, du Printemps contre la Loi Travail, le retour de manivelle réactionnaire de l’été allait marquer les esprits. Après une telle guerre estivale contre les consciences, il y avait, dès la rentrée, la nécessité de faire front, toutes et tous ensemble, à commencer par le mouvement ouvrier combatif, la jeunesse révoltée, l’antiracisme radical ainsi que l’extrême gauche, contre la répression anti-syndicale et les violences policières.

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