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Publié par Patrick Granet

Quelles sont les origines de l’Église copte ?

Cette Église fut fondée selon la tradition en 43 par l’évangéliste saint Marc à Alexandrie, où il serait mort en martyr en l’an 68. L’Église d’Alexandrie, célèbre depuis les premiers temps du christianisme par la multitude de ses martyrs mais aussi pour la diffusion du monachisme, se sépare de l’Église byzantine, fidèle à l’empire, au moment du concile de Chalcédoine, en 451. L’Église copte est qualifiée d’orthodoxe car séparée de Rome, mais elle n’appartient pas pour autant à l’orthodoxie gréco-slave.

> A LIRE Égypte : les coptes visés en pleine célébration au Caire

L’appellation « copte » – contraction arabe du mot grec aïguptios, « égyptien » – recouvre également une langue dont l’usage s’est perdu au profit de l’arabe, mais aussi une culture et une histoire collective qui se confondent avec celle de l’Égypte. Autrement dit, être copte, c’est avant tout être Égyptien.

Quel est le poids des coptes en Égypte ?

En l’absence de tout recensement, les spécialistes estiment que les coptes représentent entre 8 % et 15 % de la population du pays, sur un total de près de 90 millions d’habitants.

Très bien intégrés dans le tissu économique égyptien, ils sont toutefois sous-représentés dans les institutions et dans les instances de pouvoir. C’est le cas également des autres dénominations chrétiennes présentes en Égypte : arméniens, melkites mais aussi coptes catholiques. Représentant 250 000 fidèles, ces derniers n’en ont pas moins un rôle important dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Comment leur statut a-t-il évolué au cours de l’histoire ?

Avec la conquête arabe, au VIIe siècle, les coptes vont peu à peu perdre de leur importance, jusqu’à devenir minoritaires à partir du XIVe. Leur poids va continuer de décliner dans les siècles suivants. Sous la période ottomane, ils deviennent des dhimmis (statut juridique inférieur) assujettis au calife en échange de sa protection. Ce n’est qu’au XXe siècle, dans l’entre-deux-guerres, sous le règne de Fouad Ier, qu’ils retrouvent une place non négligeable avec un nombre de députés (parti Wafd) proportionnellement supérieur à leur démographie. « C’est notamment l’occupation britannique qui va permettre à musulmans et chrétiens de se serrer les coudes », estime Christine Chaillot, spécialiste des coptes et auteur du livre « Les coptes d’Égypte ».

À partir des années 1950, le nationalisme nassérien et les gages concédés à l’islamisme conduisent au retrait progressif des coptes de la vie civile. « Un processus qui s’accentue sous la présidence d’Anouar el-Sadate (1970-1981), qui fit sortir des islamistes des prisons », rappelle Christine Chaillot.

C’est à cette époque qu’émigrent de nombreux coptes, qui constituent aujourd’hui dans le monde entier une importante diaspora. L’exil se poursuit depuis.

Quelle est leur situation actuelle ?

Il existe d’importantes disparités de situations entre habitants de la ville et de la campagne, les coptes des villages ruraux de Haute-Égypte, étant plus exposés aux risques de violences communautaires. Il n’en reste pas moins que tous sont concernés par la progression au Moyen-Orient des idées de Daech.

Avec l’éclatement des printemps arabes en 2011, les coptes ont été au cœur des convulsions de la société égyptienne. Le 1er janvier 2011, la communauté fut durement frappée par un attentat perpétré dans une église d’Alexandrie, causant plusieurs morts, dans un contexte d’intensifications des persécutions.

Participant aux manifestations de la place Tahrir, les coptes ont participé au mouvement pour chasser Hosni Moubarak, président dont l’autoritarisme avait pourtant rassuré pendant longtemps les chrétiens égyptiens. Leur engagement dans la révolution a été marqué par le massacre de Maspero, en octobre 2011, commis par les autorités égyptiennes pour réprimer une manifestation pacifique.

> À LIRE : Mina Thabet, défenseur des coptes, est détenu par les autorités égyptiennes

Après avoir réclamé un statut de citoyen à part entière dans la nouvelle Constitution, les coptes ont pris part à la mobilisation pour le départ du président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi en 2013, ce qui leur valut d’être pris pour cibles de violentes représailles au cours de l’été. Plusieurs églises furent notamment incendiées et des magasins de coptes vandalisés lors du coup d’État qui porta au pouvoir le général Abdel Fattah al-Sissi.

Si le nouveau président a tenu à rassurer les chrétiens, se rendant notamment aux messes importantes et faisant preuve d’autorité, il n’y a pas eu pour le moment d’évolution concernant la liberté religieuse et la citoyenneté. Les discriminations dans l’administration, l’armée ou l’université sont toujours d’actualité.

Marie Malzac

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